Richars le Biaus^ éd. Foerster, v. 3333 et suiv
Ces deux mentions sont les premières en date. On cite, il est vrai, le miracle du poète artésien Jean Bodel, le « Jeu de Saint Nicolas », vers 1200, comme farci d'argot, et principalement quatre vers débités dans une taverne par des ribauds K Cependant, tous les vrais connaisseurs, les Fr. -Michel, les Vitu, les Schône, en ont contesté le caractère jargonnesque, et on ne peut que se rallier à leur opinion.
On doit affirmer la même chose des prétendus mots d'argot semés dans les Fabliaux, comme clicorgne, esclubar-, etc. Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit de termes provinciaux — artésiens, d'une part, champenois, de l'autre — qui n'ont pas survécu, mais qui n'ont rien de commun avec le langage des voleurs.
On ne saurait non plus considérer comme appartenant à l'argot ancien les curieuses expressions que le scribe et poète bohème Raoul Taingui intercala, avant i425, dans les manuscrits d'Eustache Deschamps, Froissart et Pierre Berceure. Sa copie de la traduction de l' u Histoire romaine de Titus Livius » par Berceure se termine notamment par ces vers :
Toudis piant du meilleur, Sanz faire noise ne riot,
1. Voir notre Argot Ancien, p. iG3-iG/|. Cf. Petit de Juleville, Mystères, t. 1, p. lo/i : « Nous ne comprenons grande chose à la conversation des trois voleurs, car ils causent dans leur langue spéciale, l'argot. »
2. Cf. F. Brunot, Histoire de la langue française, I, 5og, et Bourcier, dans la Revue critique de 1908, p. /iO/i.
Dont me rapport à Petiot, Fors nux pians et aux criipaux.
Comme frères et catervanx.
Si prie Dieu, le roi Jijcsus^
Qu'il doint à mon seigneur regnun cœlorum. Amen. Catervanment Non tuffaument '.
Les termes en italiques sont censés jargonnesqucs. Remarquons cependant que piant est un vieux mot d'origine vulgaire et que c'est au vocabulaire des lettrés bons vivants que reviennent caterve et ses dérivés. Le terme se lit dans Eust. Deschamps, au double sens de (( troupe » et de « réunion de buveurs ». Dans la ballade mccxvi. oii il s'agit d'une vieille grotesque :
Eureux seroit qui aroit tcle amie ; Il en ystroit trop noble progenio.
Dont les enfans aroiont chiere lie Pour repeupler leur cafcrre dampnéc.
Et dans la rubrique de la ballade mcccxliu : « De Monseigneur d'Orliens et autres seigneurs estans avecques lui ou chastel de Boissy, et comme ils buvoient d'autant selon la caterve. » Ailleurs on trouve aussi : « Lettres sur le lait de boire et de la caterve -. »
C'est un des mots favoris de Taingui, qui, dans