ive David, saint archquin, la baboue
t-i ehan mon amy, qui les fueilles desnoue, t-" e vendengeur, beffleur comme une choue, Q ing de son plain, de ses flos curieulx, •^ oe beaucop, dont il reçoit fressoue,
3o. Jonc verdoiant, etc.
XT
Ballade (fol. 27 r°).
I . Se devers quay, par ung temps d'ivcrnois, Veiz abrouer a la vergne Gygault Marques de plant, dames et audinas Et puis merchans, tous telz que au mestier fault
Gueulx affinez, allegruis et floars, Mareus, arves, primpres, dorelotz et fars. Qui, par usaige, a la vergne jolye Abrouerent au flot de toutes pars 10. Pour maintenir la joyeuse folye.
Pour mieulx abbatre et oster le broullart, Adraguerent de Grenoble maint crupault De rumatin et puis mole sines gras Truye marir sans avancer ravault
1. Ce vers est écrit dans la marge. V abréviation 9° peut se lire également contre.
38 DOCUMENTS JARGONNESQL ES
Babillangicr sur tous fais et sur ars, Tant qu'il n'y eust de l'arton sur les cas, Hrocquans dorelotz, grain, guain, aubefloryc, Que tout ne fust desployé [et] en pars, 20. Pour maintenir etc.
l^our mieulx polir et desbouser musars.
On polua des luans, bas et hault.
Tant qu'il n'y eust de vivres en caras ; Puis feist on faire a saint arquin ung sault.
35. Apres, doubtans de ses anges l'assault, On verrouUa et serra les busars, Pour mieulx blanchir et desbouser coquars. La ot ung gueulx son endosse polye.
Qui puis alla emprunter aux lombars,
3o. Pour maintenir etc.
m. — La Vie généreuse.
Voici \o titre de ce curieux inoiiuinent du jargon du: xvr siècle :
La Vie généreuse des Mercelots, Gueiiz et Boesmiens, conlenans leur façon de vivre, sublilitez et Gergon. Mis en lumière par Monsieur Pechon de Ruby, Gentiriiommc Hrelon, ayant esté avec eux en ses jeunes ans, où il a exercé ce beau Mestier. Plus a esté adjousté un Dictionnaire en langage Blesquien, avec l'explication en vulgaire. — A Lyon, par Jean Jullicron, tSqC). Vvec perniissiou, petit in-4°.
Dans l'Introduction , nous avons déjà fait remarquer ^ que l'auteur de cet opuscule de quarante pages se cache sous le pseudonyme blesquien d' a Apprenti-voleur éveille », et que les trois catégories argotiques qui figurent sur le litre représentent les trois classes des merciers, des mendiants et des coupeurs de bourses, parlant tous à peu près le même langage.
Les merciers portaient le nom de BIcsches ou Blcsqucs, d'où le dérivé blesquien que porte leur jargon.
C'est à ce parler spécial des Mercelots que fait allusion Jean Kicher, dans sa Chronologie septénaire (i6o5, fol. 442 V") : « Le plus difficile est que les mandarins et lettrés usent de jargon comme les Blaisches, tellement qu'ils ne s'entendent pas souvent euxmesmes. »
On lit également ces deux articles dans le Dictionnaire étymologique de Ménage :
l4o DOCUMENTS JARGONNESQUES
Blaische. Nous appelions un blaische un homme de peu de mérite. De ,3^2t^, qui signifie stolidus, supinus, iiiers.
Blesche, On appelle ainsi en Normandie un homme de mauvaise foi. On dit Blesche pour Blacque. C'est ainsi qu'on appelloit autrefois les Valaques ; et Blacquie, pour Valachie. Froissard, liv. iv, ch. 8i et 83, dit que les Valaques étoient de fort méchantes gens. Et Leunclavius, dans ses Pandec/es Tarciques, dit que c'est une nation fort infidèle à ses maîtres et à ses princes. Veillaqae a la même signification et la même origine.
Le premier article est de Ménage, le deuxième, de Huet 1 : mais les étymologies qu'ils proposent ne valent pas plus l'une que l'autre la peine qu'on s'y arrête. Blèche s'est conservé dans les patois du Bas-Maine et de la Haute-Bretagne au sens de « sournois » (sens dérivé de celui de mercier-voleur), ainsi que dans le parler vulgaire du xMf siècle. Oudin, dans ses Recherches (i653), rend blesche, par « furbo, furbesco », c'est-à-dire par voleur, et dans la comédie de Bois-Robert, La belle Plaideuse (i654^, le mot a le sens d'individu niais (acte II, se. 3) :
Madame, elle est comtesse,
Très riche, mariée avec impuissant;
Mais on la démarie et le blesche y consent -.
I. Cf. Ed. Fournier, Théâtre français au ^^xi' et x\ii' siècle, p. i/jo, note. A propos du mot espagnol bellaco, fourbe, lâche, qu'on lit dans la comédie de lôSli, Les Napolitaines, de François d'Amboise (acte I, se. !i : « S'il dit Juradios, veillaco... »), l'éditeur remarque : « Valaques, terme de mépris, parce que les Zingari, ou Bohémiens, venaient presque tous alors de la Valachie. w
■i. Idem, ibidem, p. 5Gi, note : « Blesche, gvieux, misérable. C'était «me altération du mot blach ou vlacq, diminutif de Valaque. Tous les Bohémiens passaient alors pour venir de Valachte. »
LV VIE GÉNÉREUSE Il^l
Cette acception de « sot » (plus ou moins méchant), ou de (( laid », est encore familièi-e au parler vulgaire^.
Ajoutons que le sens primordial du mot s'est conservc'-^ dans le parler des peigneurs de chanvre du Haut-Jura, chez lesquels blesse signifie « marchand », c'est-à-dire mercier 2. D'Hautel, dans son Dictionnaire du has-langagc (1808), cite les expressions : faire le blèche « signifie manquer de fermeté, être poltron » et c'est un blèche (( pour c'est un poltron, un lâche dont on ne doit rien attendre », sens voisin de celui de « sournois » déjà mentionné.
Le terme blesquin n'est pas attesté antérieurement à la Vie généreuse (1096). M. Otto Driesen en a trouvé trace dans r 'EouL7,v'la, lexique cliimico-médical du médecin brandenbourgeois Tiuirneisser, une des sources de l'argot allemand, de i583 (cf. Kluge, p. 1 10). A côté de Frenkisch, Brabendisch, Schwebisch, sous-divisions de la langue littéraire, l'auteur met en ligne parallèle, et en opposition avec les précédents : Bleckinsch, Rothwelsch, Bettlerlatein, autant de langues secrètes ou parlers spéciaux. Ce Bleckinsch, répondant au Brabendisch ou Brabantois^, désignerait, suivant M. Driesen, l'argot néerlandais que les merciers parlaient dans les villes limitrophes de la
1. Bruant, Dictionnaire français-argot, v° laid, cite ce vers d'une poésie de Léon de Bercy : «L'est blèch' !... Son aubert, l'est-i blèche? »
2. Ch. Toubin, le Bellau, dans les Mémoires de la Société d'émulation de Doubs, 1867, p. ôo.
3. On lit dans l'Histoire générale des larrons (iGaô), III' partie, p. 22 : « Pour estre insigne voleur, il faut avoir passé par la Republique des gueux, sçavoir toutes les ruses, artifices et industries des Boësmiens, cognoistre les Mercelots, les Blesches, les Caignars, les Brebantins et les Biscayens, et autres canailles qui ont accoustumé de vaguer ça et là parmi le monde. »
«42 DOCUMENTS JARGONNESQUES
France, et hlesquin serait le diminutif de hlca, qui, en néerlandais, signifie à la fois chauve et sot ^
Tandis que hleschc vXait l'appellatif du mercier, représentant le degré immédiat qui suivait l'apprentissage (pechonncrie), le gros mercier portait le nom de coesme, •diminutif coesmelotier. Le sens primordial en est également « sot, niais », sens encore usuel dans les patois du •Centre (Berry, comme), proprement couenne de lard. €*est là une association d'idées parallèle au synonyme blesche.
Le dictionnaire blesquin est essentiellement constitué par les éléments du jargon antérieur : anse (oreille), artois (pain), comble (chapeau), crie (chair), fouille et /ba///oar6' (bourse), ^é?o/*^^^ (pourpoint), goasscr (manger). Mme (chemise), pie (boisson), razis (prêtre), riife (feu), vergue (ville).
Le terme passeligoiirt y revient fréquemment, à côté de iripeligoiirt.
P. i48 (de notre réimpression): J'atrinir au passeligourd du
tout, c'est à dire je desrobcray bien ;
P. i5i : Le grand Goesrc nie rcnionstre comme ensuit : Vozis
atrinient au tripeligourl? Je respons : Gis, c'est parce que
quand on passe mercier, le mot c'est, j'atrime le passeligourt.... l P. iD2 : Prometez-.. sur la vie de ne déclarer le secret à •: homme vivant, c'est à dire j'atrime au tripeligourd, je desro- \\ beray trois fois très bien ; ^ P. i5G : Le meusnicr avoit cela de bon de ne donner jamais
rien à gens de nostre robbc. Ne sera il pas bon de Valrimer
au tripeligourd ? dict le Gagou.
1. Voir r^rc/u'y /tir das Studium dcr neiicni Sprachen, tome CWIII {'9oy)> P' 200 a 2o3.
LA VIE GÉNÉREUSE l ll'S
Ces locutions, qui étaient censées secrètes, avaient déjà depuis quelque temps franchi le royaume de l'Argot, et nous avons déjà rencontré passelirjoiirt dans un libelle protestant de i56o.
Relevons (joiirne (= gouverne: p. i03), à coté de gournc (= gouverné : p. i45) et du dérivé étrange (journitique (p. i48) : (( ilaliméenternatiqueet<5fOtir/u%ae)) ; ensuite : coues (maison), pendant de coys du Jobelin (Bail. IX), qui semble encore survivre dans le bellau eue, même sens.
Des autres éléments du blesquien, les patois du Midi ont fourni : Aquiger, tromper, attraper, faire mal (limous. «/(/«, vexer, molester) ^ ; aazard, âne, du prov. asard, gros anc ; cosny, mort, du prov. cauni, trépassé ; pechon, jeune apprenti (p. 44) ipUwaais, vin, identique aupivois de Bouchet, / mot dérivé de pivo, pie^, et répondant exactement à pio/. ,
Les patois de l'Ouest ont donné : hriniard, bourreau, proprement celui qui frappe avec une verge (Bas-Maine, brime, petite branche) ; guelier, diable, emprunt du patois angevin (cf. p. 0); hanols, cheval (Anjou, hane, vieille rosse) ; mille, femme, répondant à l'angevin mieille, bohémienne, une de ces femmes qui courent les grandes routes, d'où mieillaiid, gueux, mendiant (Verrier et Onillon).
Des termes du moyen français y sont pris dans un sens
1. La forme primitive s'est conservée -dans le langage des voyous (lu commencement du xi\' siècle. D'Hautel écrit en i8o8 : « Attigr, avoir la figure ou Vœil attigés, c'est-à-dire le visage meurtri de coups, l'œil noir et poché. Cette expression est d'un fréquent usage parmi les écoliers et les petits garçons qui courent les rues. » Fr. Michel donne atliger, blesser, et Rigaud, atigé, malade.
2. On lit dans le Dictionnaire béarnais de Lespy et Raymond : (( Piboet, vin... Notre piboet n'est pas de l'argot des voleurs. » Erreur : le mot béarnais répond au langucd. piboues, pivoues, du vin, qui est un terme d'argot.
l44 DOCUMENTS JA.RGON1VESQUES
métaphorique : Anticle, messe et église, répondant à antljfe, église, du Jargon de l'Argot, l'une et l'autre expression signifiant l'ancienne (prière ou maison) ; Joigne, guerre (= fange), eifoignard, soldat (= fangeux) ; franc mitou. Dieu (= franc matou) et malade, association d'idées analogue à celle de jambe de Dieu, étudiée dans l'Introduction; ripe ou rippe, dame, proprement galle i, avec de nombreux dérivés 2 ; soiirdu, pendu, proprement soulevé (cf. ci-dessus : essorer).
Ajoutons-y quelques mots isolés : ance, eau, parallèle au synonyme ansia de l'argot espagnol ; ornie, poule (= opvt.ç), avec de nombreux dérivés ; targue, ville, qui rappelle d'une part, le terich, pays, du Liber Vagatorum, et, d'autre part, les synonymes donnés par Juan Hidalgo (1609) : taragoza, « pueblo », et taragozagida, (( ciudad^ ».
Restent d'ori^ire inconnue : Brissart, caissier (p. ib-i): {( le receveur de ces deniers s'appelle brissart » ; chibre (membre viril), devenu gibre dans le Jargon de l'Argot ; danlaé ou daulvé (marié) ; dyme (intention) ; foiujuer (donner) ; ovende (livre), ternatique (v. ci-dessus) et zerver (crier).
On y rencontre également des traces isolées de procédés déformateurs : bier (= ambier), toutime (= tout), et les pronoms mezis (moi), tezis (toi), sezis (lui).
1. Le dauphinois ripo, femme, méchante (Lyon, ripa, vagabond^ dérive de l'argot.
2. Tels que : Ripaiidier (gouverneur), ripault (gentilhomme), ripois (prince), à côté de riipiole (demoiselle) ; cette dernière forme rupc, parallèle à ripe (cf. grupper à côté de gripper), a fourni au Jargon le dérivé rupin, gentilhomme.
3. Rapprochements proposés par M. A. Kluyver, dans le Muscuin de Leyde de 1908, col. 383.
LA. VIE GÉNÉREUSE l45
Les variantes citées dans notre réimpression sont tirées de l'édition imprimée à ïroyes, chez Nicolas Oudot, en 1627. Le texte de cette dernière a été absolument défiguré dans la reproduction faite par ïechener (i83i) ; celui de la première édition a été réimprimé par Ed. Fournier (i858) d'une façon plus correcte, mais non pas irréprochable : on y lit notamment (p. (i) campagne pour compagnie, et (p. 16) menues pour menées, etc.
Epistre au sieur des Arliines Gournées.
Vniy et frère, pour ce que, depuis trois ans et plus que j'ay l'honneur de le cognoistre, je t'ay tousjours ouy plaindre de ta fortune, et que tu te trouvois à mal-aise, cncor que je te vcisse à une très bonne table ; te plaindre d'argent et t'ay veu tousjours jouer ; et te plaindre de n'estrc assez brave, je t'ay \eu très bien paré. On ne sçauroit peindre un Roy Herode plus brave que je t'ay veu. Tu te plains, de n'estre bien monté, je t'ay veu des poulains, et d'assez bons chevaux et bonnes armes. Pour ce que l'honneur t'a mis plus bas que de coustume, je te donne ce mien œuvre, afin que tu y puisse trouver quelque cautelle pour recouvrer argent. Et comprens bien ces trois estais, et comment ils sont très lucratifs et plains de finesses et cautelles, et si se trouvoit quelqu'un qui par mospris voudroit blasmer les discours de ce livre, je luy responds que je ne les ai pas faict par envye contre aucun de cette sorte de gens, ains pour laisser couUer le temps et pour mon plaisir, à Dieu.
l46 DOCUMENTS J VRGONNESQUES
Comme VAiitheiir se meist au meslier.
Ayant l'aage de neuf à dix ans, craignant que mon Père me donast le fouet pour quelque faute commise, comme advient à gens de cet aage, je prins resolution d'aller trouver un petit mercier, qui venoit souvent à la maison de mon Père, et desi rant faire quelque beau voyage, je résolu m'en aller avec luy, 11 n'estoit Coesme, n'ayant parvenu à ce degré, ains estoit simple Blesche, et sortait de Pechonnerie, toutcsfois entervoil le gourd, et deliberasme d'aller en Poictou, faisant estât d'y estre jusqu'après vendanges. Mon compagnon me disoit que j'eusse beaucoup gaigné à l'entrée des vignes pour mestre en escrit les charges dez raisins : on appelle ce rnestier escarter.
Comme V Autheur fit paciion avec ce Blesche.
J'avois desrobé cinquante cinq sols à ma Mère, je dis à mon compagnon que nous serions à moitié. 11 me respond que sa balle valloit quatre livres tournois, et que j'avois part à la concurrence de mes deniers et qu'eussions affuré les Ripaux, Rippes et Milles, et Péchons, qui attrimoyent nostre Coesmelotrie pour de Vaubert huré '. Quand nous eusmes esté trois ou quatre mois à la campagne, j'avois de butin deux rusc[uins, et demie menée de rons, deux herpès, un froc et un pied-.
Les façons de coucher.
Rostre vie estoit plaisante, car quand il faisoit froid, nous peaussions dans l'abbaye ruffante, c'est dans le four chauld
1. C'est à dire que eussions trompé les gentilshommes, damoiselles et garçons, femmes de village et paysans leur donnant notre marchandise \Note de Pechon de Haby].
2. liusquins sont escus, ovendes sont livres, rons sont douzains, herpès liards, pieds deniers, froc ung double [Note de Pechon de Puby]. La réimpression de 1G27 a broque, au lieu de f'oc, et c'est là la forme correcte du mot.
LA VIE GÉNÉREUSE l47
OÙ l'on a tiré le pain n'agucrcs, ou sur le pelard, c'est sur le foing, sur frétille, sur la paille, sur la dure la terre, ces quatres sortes de coucher ne nous manquoient selon le temps ; car si nos hostes faisoient ditïicultc de nous loger, où la nuict nous prenoit, s'il pleuvoit nous logions dans l'abbaye rujfanie et au beau temps sur le pelardier, c'est à dire le pré. Et là espionnions les ornies, ce sont les poules, et ornions, ce sont poulets et chapons, qui perchent aux villages dans les arbres près des maisons, aux pruniers fort souvent. Et là atlrimions Vomie sans zerver, et la goussions ou fouquions pour de l'aubert, c'est à dire manger ou vendre. Et en ajfarant selon nostre vouloir et commodité, nous trouvions souvent à des festins où les Péchons passoient Blesches et Coesmes, selon leur capacité. Ainsi faisant bonne chère, chacun apportoit son gain ou larcin que je ne mente ; j'use de ce mot de gain, parce que tous les larrons en usent. Geste vie me plaisoit, fors que mon compagnon me faisoit porter la balle en mon rang, mais les courbes niaquigeoientfermis, c'est à dire que les espaules me faisoient mal ; toutefois je ne plaignois pas mon mal, car j'avois desja vcu beaucoup de pais, nous avions esté jusques à Glisson de la Loire et au Loroux, à Bressuire, et en plusieurs fours chauds et froids, de paillers et prez.
Comme je fus contrainct de prendre la balle à bon escient.
Advint qu'en nostre voyage mon compagnon demeura malade à Mouchans en Poictou ; je me résolus d'estre habile homme, et aussi que j'avois bon commencement. Laissant là mon compagnon, je prens la balle et la mets sur mon tendre dos qui peu à peu s'endurcissoit à ce beau mestier, et allay avec d'autres à la foire de la Ghastaigneraye près Fontenay, où je fus accosté de tous les Péchons, Blesches et Coesmeloliers hurez * pour sçavoir si fentervois le gourd et toutime : me
I. Pechon c'est quand on a la première balle, et du premier voyage. En après Blesche, Mercdot et puis Coesme, c'est Mercier, et puis Coesmelotier huré, c'est bon marchand qui porte à col seulement [Note de Pechon de Ruby].
1^8 DOCUMENTS JARGONNESQUES
demandans le mot et les façons de la cérémonie, ce fut à moy à entier en carrière et payer le soupper après la foire passée ; car il cogneurent que je n'entervois que de beaux, c'est à dire que je n'entendois le langage ny les cérémonies. Lors je paye le festin à mes supérieurs, et sur la fin du soupper le plus ancien feist une harangue.
La harangue qui futfaicte au nouveau Blesche.
Coesmes, Blesches, Coesmelotiers et Péchons, le pechon qui 9 ambie o nosis, qui sesis ont fouqué la morfe il a limé en Ternatique et Gournitique et son an ja passé d'enterver. Lors ils me appellent et me font descouvrir et devant tous me font lever la main, et sur la foy quej'avois pour l'heure, jurer que je ne declarerois point le secret aux petits Mercelots, qu'ils ne payassent comme moy : et me présentent un baston à deux bouts et une balle, voir si je mettrois bien ma balle sur le dos, me dcffen^ dre des chiens d'une main, et de l'autre mettre la balle sur le dos en mesme temps et aussi si je sçavois jouer du baston à deux bouts selon l'antique coustume en disant J'atrime au passeligourd du tout, c'est à dire je desrobcray bien. Je ne sça- ^ vois rien alors, mais ils me monstrerent fidellement et avec I beaucoup d'affection ce que dessus, et outre m'apprindrent à I faire de mon baston le faux montant, le râteau, la quige habin, I le bracelet, V endosse, le courbier ^ , et plusieurs autres bons tours, ^/'Mon compagnon me trouva passé maistre, dont il fut bien resjouy.
Belle subtilité pour faire taire les chiens.
lo Nous assemblasmes nombres de Blesches et de Coesmes et deliberasmes de peausser en un bon village, où y avoit force
I. C'est un tour de baston subtil et le râteau une autre façon très adroite ; le quige habin, le trompe-chien, le bracelet, un sublime tour de baston, qui se peuvent comprendre par l'expérience [Note de Pechon de Ruby].
volaille, mais il y avoit des plus meschans chiens du monde qui nous vouloient dévorer. L'un de noz compagnons fort expérimenté nous dict : Laissez moy faire, vous voyez ces chiens bien enragez, mais je les feray bien taire et vous monstreray que nous aurons le corporal * et toute la volaille du village, si nous voulons, car j'ay l'herbe qui en guerist. Il tire de sa balle quatre cornes de vache, deux de bœuf, et deux de bélier, et une potée de graisse de porc, meslée de poudre de corne, de pied de cheval meslé ensemble, et les emplit de cest unguent, nous en donnant à chacun la sienne : et arrivons dans ce village par divers endroicts. Comme les chiens voulurent s'esmouvoir, nous leur jettons ces cornes, chasque chien prend la sienne et de faire chère, n'aboyans nullement et prismes ce que bon nous sembla au tour du village, et anibiasmes le pelé juste la targue, c'est à dire nous enfilasmes promptement le chemin de la prochaine ville.
Mon compagnon aymoit une Limougere d'une taverne borgne où logions souvent venant de Clisson au Loroux Botereau, où il nous coustoit pour le peaux huré deux herpès, c'est à dire deux liards pour coucher. La Limougere, c'est à dire la chambrière, venoit au soir coucher avec mon compagnon et se vient mettre contre moy. Je fuz tout estonné, comme n'ayant jamais rivé le bis, toutesfois mon compagnon dormoit. Je m'aventure à river selon mon pouvoir, et si mon choûard eust esté comme il est, elle se fust mieux trouvée, encores qu'elle me trouvast assez bon petit gars. Mon compagnon s'esveille, et dessus ! et moy de dormir en mon rang. Je vous jure que j'avois bien veu river, mais jamais je n'avois point rivé ; mais je ne sçay si je perdy ce qu'on appelle pucelage, car je pensay esvanouir d'aise. Mon compagnon /•tm /erm/s, et au matin nous en allasmes à Clisson, et là trouvasmes une trouppe qui nous surpasseoient en félicité, en pompe, subtilité et police plus qu'il n'y a en l'Estat Venicien comme verrez cy après.
1 . C'est-à-dire le coq : cette apppellation répond à celle de caporal, même sens, du vocabulaire des Chauffeurs de 1800.
j5o documents jargonnesques
Mon compagnon et très bon Amy sçachant que nous approchions de la rivière de la Loire pour tourner vers nos Parents, s'advisa de majfurer, c'est à dire de nie tromper, car il s'en alla avec mon argent et ne me resta que huict sols. Mon autre compagnon s'en alla chez mon Père près du lieu où nous estions, tellement que je demeure affurê et seulet. Toutesfois j'avois fait amitié avec les plus signalez Gueuz de cette grande trouppe ne sçachant qui me pouvoit arriver ; car de retourner vers mon pays je n'en voulois ouyr parler, craignant le fouet, ce que je meritois bien, et m'accommode avec lesdits Gueiiz.
G'estoit lors d'une assemblée générale où tous les plus signalez Gueuz de France estoient assemblez, comme grands Goesres, premiers Gagouz avec autres de respect envers leurs supérieurs, comme une court de Parlement à petit ressort. Je vous deduiray cy après ce que j'en appris en neuf mois.
Vous croirez qu'en toutes les Provinces il y a un chef de ces Docteurs, chose certaine ; et selon qu'il a este créé vient recognoistre le chef appelé le grand Goesre et payer le devoir, et faut notter que tous les Chassegueuz, qui sont aujourd'huy aux villes, sont grands Goesres et tirent de l'argent.
L'assemblée et ordre qu'ils tiennent à leurs Estais Généraux.
i3 Ils s'assemblèrent tous à l'issue d'un grand village près Fontenay le Conte, et là le grand Goesre qui estoit un très bel homme, ayant la majesté d'un grand Monarque et la façon brave avec une grande barbe, un manteau à dix mille pièces très bien cousues, une hoquette bien pleine sur le dos, la bezasse bien garnie à costé le manteau attaché souz la gorge avec une teste de matraz en guise de bouton appelé bouzon en nostre paroisse, une jambe très pourrie qu'il eust bien guérie s'il eust voulu, une calotte à cinq cents emplastres et la teste assez fort bien teigneuse. Le baston de Monsieur le Goesre estoit de pommier et à deux pieds près du bas estoit rapporté, et la dessouz une bonne lame comme d'un fort grand poignard, et deux pistolets dans sa bezasse. Il fait
LA VIE GENEREUSE lOI
mettre à quatre pieds tous les nouveaux venuz qui estoicnt douze. Outre, se sied le premier dessus le dos de ces nouveaux venuz. Les Cagouz, Lieutenants du grand Coesre par les provinces, s'assirent aussi sur le dos des nouveaux, et sur moy aussi : et au milieu une escuelle de bois que nous appelions croslf. .le fus le premier appelé, et avant estre interroge, falloit mettre trois ronds en la crosh\ les anciens receuz baillent demi escu, un escu, ou un quart d'escu. Selon la province que dictes estre, l'on baille le (^agou qui meine pour attrimer, et apprend les tours et comme on se doit gouverner pour acquérir de l'honneur et de la réputation pour parvenir à Lieutenant de Cagou, Gagou, ou Coesre qui est le plus hault deeré.
Inlerrogats du (jrand Coesre, avec l'opinion des ses Lieuienanls les Cagou: aux nouveaux venuz.
Ce grand Prince me demanda qui j'estois et comme j'avois nom et du lieu de la province. Je luy respons avec respect, mon bonnet à la main, que j'ctois Breton d'auprès Redon. Lors le Cagou de Bretagne jette l'œil sur moi pensant que j'estois de son gouvernement et des siens. Le grand Coesre me remonstre comme ensuit : Vozis alrinient au Iripeligourl ? Je respons, Gis, c'est parce que quand on passe Mercier, le mot c'est, J'atrinie le passeligourl. Ouy, fds. Ne pensez que nos- Ire vacation ne soit meilleure que celle des Merciers, et nous estimons autant que les plus grands du monde : à sçavoir si vous pouvez esgaler à eux. Au reste nous sçavons vos subtilitez, comme à faire taire les chiens, et sçavons les quatre sortes de peausser, V abbaye rujfanle, la frelille, le pelard, la dure. Vostre langue est semblable à la nostre ; nous sçavons attrimer ormes, sans zerver, l'artois en Vabbaye rujfanle. Vostre Cagou, | qui est l'un des plus anciens, vous apprendra comme devez'.! vivre, car c'est le plus capable qui soit venu devant moy. Pour -abréger, vous promettez de ne dire le secret. Sur vostre foy, avez vous mis les trois ronds dans la crosle i» Prenez vostre baston»
102 DOGUME^TS JARGONNESQUES
mettez le gros bout à terre, et le poussez le plus bas que pourrez, et dictes : Taltrime au tripeligoiird, et aller baizer les mains de vostre Gagou, et lui prometez la foy. Embrassez moy la cuisse : ce que je feis promptement ; sur la vie de ne déclarer le secret à homme vivant, c'est à dire J'atrime au tripeU- (jourt, je desroberay trois fois très bien. Il y a une chose requise de sçavoir, premier de démettre tous les interrogats ; c'est que tous les gueuz que la nécessité convie de prendre les armes, comme le Pechon, l'escuelle, et la quige habin, et aussi ceux qui ne veulent recognoistre le grand Coesrc, ou son Cagou, on les devalize, et les tient on pour rebelles à l'Estat, et en rend on compte au grand Coesre ; et là il faict de bons butins et faict on sa fortune. Le receveur de ces deniers s'appelle Brissart.
Le reste de l'interrogation.
Pechon de rubi, sur quoy voulez-vous marcher ? Sur la dure. Vous estes bien nouveau et bien sot, dit le Coesre, pour te faire entendre, et afin que d'icy à quelque temps tu ayes plus d'esprit et que tu respondes jjIus pertinemment, nous marchons sur la terre de vray, mais nous marchons avec beaucoup d'intelligences. Ne m'advouëz vous pas qu'il y a plusieurs chemins pour aller à Rome.^ Aussi y a il plusieurs chemins pour suyvre la vertu. Et pour conclure, c'est que nozis Ment en mennée dymes, c'est que nous marchons à plusieurs intentions.
Diverses façons de suyvre la vertu.
1. Biez sur le rufe, c'est marcher en homme qui a bruslé sa maison, et feindre y avoir perdu beaucoup de bien, et avoir une fausse attestation du Curé de la prétendue paroisse où la maison doit estre brusléc : et celuy donne au grand Coesre ou son Cagou un rusquin, c'est un escu.
2. Bier sur le minsu, c'est aller sans artifice, et tu payeras un testouin et iras simple et l'on t'apprendra les excellents tours.
LA VIE GÉNÉREUSE l55
3. Bier sur Vanlicle. c'est feindre avoir voué une Messe de- > ant quelque Sainct pour quelque mal ou pour quelque hazard où l'on se seroit trouvé, et demanderez en cette sorte : Donnez moy, nobles Gentilshommes et nobles Dames et Damoiselles, pour achever de quoy payer une Messe, il y a quinze jours que je la cherche, et ne l'ay encore amassée. Pour cette façon vous payerez deux menées de ronds, qui sont quatre sols.
4. Bier sur la foigne, c'est feindre avoir perdu son bien par la guerre, et feindre avoir esté fort riche marchant, et avoir les habits convenables à vos discours, et tu payeras un rusquin, je te les diray toutes et tu choisiras.
5. Bier sur le franc niitou, c'est d'estre malade à bon escient: tu es sain, tu ne sçaurois y bier : ceux là sont privilégiez, ils recognoissent seulement le grand Coesre et prennent passeport dont ils payent cinq ronds, cela vault beaucoup au chef.
("). Bier sur le toulime, c'est aller à toutes intentions et 18 avoir tant de jugement et dextérité, se contrefaire du franc milou, du rufte, de Vanlicle et de la foUjne, bref s'aider de tout: mais en bonne foy il n'y en a gueres et aussi les places sont prinses, et aussi tuez.
Trop sot, va, tu marcheras sur Vanlicle, au reste si tu es si osé d'aller sur autre intention, sans le faire sçavoir à ton Cagou, je t'en ferai punir comme verrez tantost ce compagnon là que vous voyez lié, et advouëray la prise bonne de vostrc equippage, tant argent qu'autres choses : vous promettez sur votre foy, levez vostre main gauche (c'est une erreur que les Courts de Parlement font lever la droicte, c'est celle de quoy nous torchons nostre cul et tuons les hommes, et faisons tous les maux : la main gauche est la prochaine du cœur, c'est la main honneste, etc.), sur la vie ne déclarez le secret.
Faictes comme avez veu ces autres, et de main en main tous les nouveaux passèrent. Les anciens d'un autre costé rendoient compte au receveur Brissart, et à la Mille du Coesre, tant des devalizez que des deniers ordinaires. Je diray avec vérité, que de cinquante ou soixante gueuz qu'il y avoit en la trouppc fut receu trois cens escuz. iç)
Ils font un roolle avec de coches sur le baston du Cagou :
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chacun Cagou a son roollc, et marquent ainsi leurs affaires. Le grand Coesre se levé de dessus ce nouveau, et les Cagouz, il nous prie tous de soupper et qu'eussions à assembler noz bribes, veu que chacun n'avoit eu le moyen d'allez chercher à soupper et mesmes que le jour s'estoit j)assé en affaires et cstoit tard.
Forme du soupper.
Le grand Coesre et brave Prince, luy et sa femme tirent de la bezasse et de leurs bissacs et courbieres un beau petit trépied, un pot de fer avec sa cueillere, un chaudron joly,. une poislc à frire et en mesme endroict faisons grands feuz, où chascun Cagou avoit son feu et pots d'aller. Nostre chef lira trois neudz d'eschine, deux pièces de bœuf, une volaille qu'il meist au pot, et un bon morceau de mouton et de lard, et du saffran: les Cagouz à qui mieux mieux, et à belles couhourdes. pleines de bon vin, et du meilleur, on il s'en trouve, pour leur argent. Je puis dire n'avoir veu faire meilleure chère depuis sans paslisserie, nous rolismes deux bons chapons et une oye.
(Jomme fut puny ce rebelle et criminel de leze Majesté.
Le plus ancien Cagou le prend et le despoiiille tout nud, l'on pisse tous en une crosle, avec deux poignées de sel, et un peu de vinaigre : avec un bouchon de paille on lui frotte le bas du ventre et le trou du cul si bien que le sang en vient et m'assure que cela lui a démangé à plus d'un mois de là, et de cette eau faut qu'il en boive un peu ou estre bien frotté. Nous partismes, chacun s'en va avec son gouverneur de province, et moy avec le mien.
En partant, il nous assembla tous et nous remonstre comme nous eussions couru très heureuse fortune, mais que l'obéissance estoit bien nécessaire à cette vocation. Car, mes amis, je vous diray, il faut aller tous par un tel endroict, tantost demeurer, car je ^cognoy tous les bons villages, et sçay
les lieux où se font les bons butins : et ainsi il nous entretcnoit.
Les Maximes que notre General nous faisoil entretenir.
Il ne faut jamais estre ensemble à l'entrée des villes ny villages, et faut importuner de demander jusques à neuf fois ; et passans sur les chaussées des estangs où il y a moulins, il ne faut passer qu'une partie sur la chaussée, et les autres derrière le moulin, parce qu'il se présente une infinité de beaux effects, tant aux maisons escartées qu'ailleurs ; car s'il n'y a qu'un chien, il ne pourra mordre ceux de l'autre costé de la maison ; s'il y a quelques hardes quand on donnera l'aumosne, de l'autre costé Von sabre, c'est à dire altrappe.
Il est de besoin d'avoir la bezasse pleine de cornes emplies de graisse, accommodées ainsi qu'il faut pour faire taire les chiens la nuict.
>ostre General avoit un nepveu qu'il desiroit avancer, et de vray luy avoit bien augmente la créance entre nous, et le faisoit changer de condition sans rien payer pour l'auctorité qu'il avoit. Et passant un soir auprès d'un gibet, la vigile d'une foire de Nyort en Poictou, où il y avoit trois pcnduz nouveaux: nostre chef faict ferme auprès, et fismes du feu, faisans feinte de camper et repeusmes environ deux heures de nuict, j'avise mon Cagou qui tire de sa bezasse quatre tirefons et une grande boëste et nous meine au pied du gibet, et moy estonné, les cheveux me Icvoient en la teste de frayeur. Il pose l'un de ces tirefons contre un des pilliers qui estoit de bois, appelle ce Nepveu et luy dict: Tien, monte jusques là haull, ce qu'il fît promptemenl. Ce Docteur lit coupper un bras de l'un de ces penduz, et le met en son bissac, et anibiasnies le pelé, a deux lieues de là, et arrivasmcs à Nyorl, où trouvasmes grand nombre de noz Frères, qui ne manquèrent de recognoistre ce Lieutenant de Roy comme la raison leur commandoit. Avant que le jour fust bien esclaircy, il attache le bras de son Nepveu derrière fort serré ; et ayant sur
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son dos un pacquet pour couvrir le jeu, et un mantelet à mille pièces attaché par soubs la gorge, attache ce bras de pendu au mouvement de l'espaule du Nepveu, et en escharpc, en un grand linge tacheté de matière de playe, et avec proportion, tellement que l'on jugeoit estre le bras naturel. Monsieur le Lieutenant du Roy prend un couteau et faict une playe jusques à l'os, le descouvre et verse du sang sur icelle playe, et un peu de fleur de froment, et le bras qui est près de corrompu on jugeoit une parfaicte gangrené, tellement qu'il y avait presse à donner à ce bras pourri.
23 Et si quelqu'un n'estoit assez esmeu de pitié, l'Oncle luy donnoit invention de se mestre un poinçon à travers le gras, et recevoir plus d'argent que nous tous.
Ce signalé Cagou nous acheminant sur noz subjects, nous advcrtit qu'il estoit besoin de prendre garde à nous, et estions près d'un moulin à eau, près de Mortaigne. Le Meusnier avoit cela de bon de ne donner jamais rien à gens de nostre robbe. Ne sera il pas bon de Vatrimer au tripeligourd ? dict le Cagou. Chaciin rcspond, gis, gis, gis ! Mes enfans, il faut aller trois par au dcssouz du moulin et nous autres par dessus la chaussée : les premiers importuner fort sur la bille, c'est sur l'argent, sur la crie, sur le pain ^ ou sur la moulue, c'est la farine : et au cas qu'on ne nous donne rien, je crieray à la force du Roy, ils sortiront du moulin, vous entrerez par la grand porte, et trouverez sur la cheminée le pain du Meusnier et un coftVe au pied du lict, dans lequel il y a un pot de beurre ; l'autre prendra en la met une sachetée de farine, et chacun avec son butin se retirera. Et sans doute je feray sortir le Meusnier et les moutaux ^.
24 Nous acheminons trois et le chef, la troupe à la file, et importunans de demander, eurent un peu de fleur de farine et la meirent en une escuelle. Pour mieux jouer le roolle, le grand Cagou la prend, cestuy feit semblant de luy donner
1. Il y a ici une lacune dans le texte qu'il faut ainsi compléter « sur la cric, sur la chair, sur Vartie, sur le pain... »