Les garçons meuniers (de moule, mouture
un coup de baston et quereller, jusques à en venir aux armes, et crier la force. Le Meusnier et les Mentaux sortent pour voir le combat. Cependant nous ne perdions le temps, car nous executasmes ce que dessus fort heureusement, et non sans hazard. Apres ce bel effect nous ambiasmes le pelé à une lieue de là, afin d'accoustrer à soupper, nous moquans du Meusnier. Nostre Capitaine nous dict qu'il en gardoit une autre bien verte au Meunier et qu'il luy apprendroit avec le temps à donner l'aumosne pour l'amour de Dieu. Et faut croire que ce Cagou estoit fort digne de sa charge, et digne de mener les gens à la guerre de Vartie et de la crie.
Autre bon tour.
Peu de temps après, nostre régiment estant près de Beaufort en Vallée, nostre Cagou veid un pendu à une potence, qui n'y estoit que du jour, commande à son Aepveu de demeurer derrière, et que la trouppe s'en allast peausser en un 25 pelardier, assez près de là : et luy commanda que quand la nuict seroit venue, il coupast la couille du pendart, ostast les couillons de dedans, et l'emplist de gros sable de rivière ; et ce faict, qu'il s'en vinst promptement et qu'il trouveroit la sentinelle sur le grand chemin qui le r'adresseroit dans le camp. Estant venu, son oncle luy demande s'il avoit le sac. Le Nepveu lui respond qu'il avoit jette les quilles, et que pour le sac il estoit en seureté. Nous avions de bon feu, car le compagnon estoit garny de bon fuzil et allumettes, avec le bon * pistolet, et dans son bourdon la bonne lame d'espée, et son nepveu assez bien armé. Pour revenir à nos moutons, il prend les besongnes de nuict du pendu, et remplit le sac de paste espicée, et l'enfle fort grosse, presque comme la teste, et la perce tout outre dés le hault venant en bas, et resta là dedans un trou vuide. Lors prend du laict de sa femme, et du sang de chapon, demeslant le tout (cela ressembloit à de la matière sortant d'une apostume) et la met en ce trou vuide, et le bousche jusqu'au lendemain. Nous acheminans vers une
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maison de gentilhomme appellee MontgefFroy, il nous disoit
26 en cheminant qu'il s'en trouvoit tant qui sçavoient la finesse du mal de jambes, mais que cela ne valloit plus rien. Il commanda de passer outre la maison, tous deux avec luy, de quoy j'estois l'un, luy aydant à marcher. Au mesme temps il s'attache ce contrepois aux couilles naturelles et les enveloppe ■dans ce sac artificieusement (comme il sçavoit). Allant à ceste porte de MontgefFroy, où il y avoit grande compagnie, nostre Maistre monstroit ce beau présent, faisant le demi mort, et la couleur blesme avec des feintes douleurs ; et touchant à l'endroit du trou la matière sortoit de là dedans. La Dame de la maison se promenant en la salle de la dicte maison, jette l'œil sur la douleur de mon Maistre, et quelques autres Damoiselles, partie desquelles se mirent à rire. La Dame cntr'autres dict : Il n'y a pas de quoy rire, mon Mary se blessa un jour en cet endroict, et en est encores mal. (Ce faict luy touchoit) . Et s'approchant dit : Couvrez cette saleté là, l'on vous donnera l'aumosne. Lors tirant à sa bourse, luy donne un teston, et demande si le Cagou avoit jamais essayé à se faire guérir. Luy qui avoit du jugement et de la cautelle,
27 respond qu'il y avoit un jeune chirurgien d'auprès du lieu où il estoit, qui devoit passer à Saumur dedans deux ou trois jours, qui lui avoit promis de le rendre libre.
Ayant ce ouï la Damoiselle et sçachant que son Mary en avoit près d'autant que le pauvre patient, lui dit : Mon amy, i'ay un serviteur qui est malade comme toy, que je voudrois faire guérir : si lu rencontres ton chirurgien amené le moy, et je te nourriray et payeray le chirurgien et venez céans vous restaurer. Il pensa que son Nepveu eust esté bon chirurgien, et incontinent allasmes à Saumur : et fit achetter à son Nepveu un vieil pourpoint noir et des chausses noires, un chapeau, un estuy et un boestier plein d'unguents, et reprismes chemin, le chirurgien à cheval. La Dame Ires joyeuse nous loge en une boulangerie et le Barbier en une bonne chambre. On luy demande s'il avoit espérance de guérir ce pauvre homme : il dit qu'il le gueriroit dans quinze jours, sur sa vie, encores que le patient ne pourroit endurer
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la force des ungucnts parce que le mal est en lieu fort sensible. En fin il le traictcsi bien que dans dix jours il fusiguery. (le qu'entendant la Dame du logis, pour luy mettre son mary 28^ en main, le Seigneur ne faisant semblant que fust pour luy, alla voir le gueu qu'il trouva guery et ne restoit que quelques plumaceaux pour faire bonne mine. Retournant à sa femme luy dict : M'amie, voilà un très excellent chirurgien et heureux en ses cures. Le Seigneur lui demanda où il avoit appris,^ il respondit : Avec un mien Oncle qui estoit assez suflisant. La Dame faisoit la meilleure cherc qu'elle pouvoit au chirurgien, commença à le haranguer comme s'ensuit:
Mon cher Amy, vous estes fort expert en vostre art, d'avoir sitost guery ce pauvre homme. Estes vous passe maistre ? Non. Pour tout cela ne laisserez de garder un secret. Je vous tiens pour un si honnesle homme que ne voudriez faire une telle faulte de déclarer un homme d'honneur. Jésus, dict il. Madame, j'aymerois mieux mourir. Pour vous dire, vous sçavez à combien de misères les gens d'honneur sont subjecls : Mon Mary que voicy, se blessa un jour maniant un cheval les..., vous m'entendez bien, et sont fort enflez; mais je croy que pourrez bien Je guérir, puisque avez faict la cure de ce pauvre homme. Je vous prie d'y mettre tout vostre pouvoir et vous asseure que je ne manqueray à vous contenter et 2a outre vous feray un présent honneste.
La Dame va quérir son mari, et l'amené en une chambre, appelle le Chirurgien, et là font exhibition du sac, et besongnes de nuict. La Dame soigneuse, comme à la vérité le faict luy touchoit : N'est-il pas vray (disoit elle) que le gueu estoit plus malade que mon Mari ? Ouy, respond le Chirurgien. Mais, Madame, il ne faut perdre temps, il faut avoir des drogues et unguents. Où vous plaist il que j'aille, à Tours ou à Saumur ? Il me semble que l'on trouve de tout à Saumur. Tenez, voilà vingt escus. prenez ma haquenée et vous en allez promptemcnt quérir tout ce qu'il vous faut.
Ayant l'instruction du Cagou, il s'en va et est encor à retourner voir le patient. Au mesme temps que nostre Chirurgien fut party, et nous de nous en aller, et nous [le] trou-
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vasmes à la Maison Neufve trois lieues près d'Angers. 11 avoit desja osté ses accoustrements de Chirurgien, et nous cheminasmes vers Ancenis, esperans faire quelque autre tour signalé. Croyez que mon maistre entervoit touiime. Ils ont
3o d'autres tours, comme faire venir le mal S. Main, mal de jambes, comme si on avoit les loups ou ulcères. Ils prennent une vessie de pourceau, et la fendent en long dessus l'os de la jambe, et de la paste demeslée avec du sang, et couvrent le reste de la jambe, fors l'endroit blessé qu'ils cavent, et y paroist de nerfs pourriz, de la chaire morte, et une si grande putréfaction qu'il n'est possible de plus.
Ils ont bien d'autres inventions, comme de porter deux enfans, feindre, si c'est un homme qui les porte, que la mère est morte, qui bien souvent se porte bien, et sont le plus souvent de deux mères : si c'est une femme qui les porte, elle dira que le père est mort ; et tant d'autres beaux artifices ! Ces Tigneux, Galleux, Estropiez Iriomphent d'aller droict, quand ils sont de hors de devant le peuple, et outre parfaits voleurs, quand ils sont les plus forts.
Mon Cagou se courrouça contre moy, ayant trouvé près des ponts de Piremil, près de Nantes, une bourse où y avoit huict livres dedans. Je la garday longtemps sans l'en advertir, qui fut cause qu'il me devaliza. Lors je quittay mes Gueux, et allai
3i trouver^uîTCapitaine d'Egyptiens qui estoit dans le faubourg de Nantes, qui avoit une belle troupe d'Egyptiens ou Boësmiens, et me donnay a luy. Il me receut à bras ouverts, promettant m'apprendre du bien, dont je fus très joyeux. Il me nomma Afourete.
Maximes des Boësmiens.
Quand ils veulent partir du lieu où ils ont logé, ils s'acheminent tout à l'opposite et font demi lieue au contraire, puis se jettent dans leur chemin. Ils ont les meilleures chartes et les plus seures, dans lesquelles sont représentées toutes les villes et villages, rivières, maisons de Gentilshommes et
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autres, cl s'entredonnent un rendez vous de dix jours en dix jours, à vingt lieues du lieu où ils sont partis.
Le Capitaine baille aux plus vieux chacun trois ou quatre mesnageres à conduire, prennent leur traverse *, et se trouvent au rendez vous. Et ce qui reste de bien montez et armez, il les envoyé avec un bon Almanach où sont toutes les foires du monde, changeans d'accoustremens et de chevaux.
Forme de logement.
Quand ils logent en quelque bourgade c'est tousjours avec la permission des Seigneurs du pays, ou des plus apparents des liouv. Leur département'^ est en quelque grange ou logis inhabité.
Là le Capitaine leur donne quartier et a chacun mesnage en son coing à part.
Ils prennent fort peu auprès du lieu où ils sont logez, mais aux prochaines paroisses, ils font rage de desrober et crochettcr les fermetures : et s'ils y trouvent quelque somme d'argent, ils donnent l'advertissement au Capitaine et s'esloignont promptement à dix lieues de là. Ils font la faulsse monnoye, et la mettent avec industrie : ils jouent à toutes sortes de jeux, ils achètent toutes sortes de chevaux, quelque vice qu'ils ayent, pourveu qu'ils passent leur monnoye.
Quand ils prennent des vivres, ils baillent gages de bon argent pour la première fois, sur la deffîance que l'on a d'eux, mais quand ils sont prests à desloger, ils prennent encor quelque chose dont ils baillent pour gage quelque fausse pièce et retirent de bon argent, et à Dieu.
Vu temps de la moisson, s'ils trouvent les portes fermées, avec leurs crochets, ils ouvrent tout, etdesrobent linges, man-