L ARGOT ET LA LANGUE
w 11 siècle ei le « Dictionnaire comique » de Leroux (17 18) pour le xvur.
Citons-en d'abord une série de locutions que l'auteur qualifie lui-même de jargonesques1 :
Bâcler la lourde. Terme d'argot, signifle fermer la porte. — Brider la lourde, en termes d'argot, signifie fermer la porte. — Débâcler la lourde, en termes d'argot, veut dire ouvrir la porte.
Bigorne. Mot baroque tiré de l'argot des filous : jaspiner bigorne, comprendre el parler le langage des filous.
Cambriole, pour dire petite chambre : la cambriole du milord signifie, en termes d'argot, la chambre d'une personne riche et fortunée.
Trimard, le grand Irimard, terme d'argot qui désigne le grand chemin.
De beaucoup plus nombreux sont les termes que d'Haute l donne franchement comme vulgaires, tandis que leur origine argotique est hors de doute. C'est le cas des mots suivants qu'on trouve attestés antérieurement au xix° siècle - :
[Humer quelqu'un, le regarder avec recherche et d'une manière indiscrète.
Aubert. Mot baroque, pour argent monnoyé, espèces sonnantes.
Babillard (un), pour dire un livre, une lettre, un papier manuscrit ; en un mot, tout ce qui peut fournir à la lecture.
1. Voici la définition que d'Hantel donne du mot Argot : « Langage «les porte-balles entr'eux, et qui se compose en partie de termes burlesques, de néologismes baroques et de mots anciens que l'usage a rejetés; on donne aussi ce nom au patois des vauriens, des filous, qui est inintelligible aux honnêtes gens ».
'. Voir, sur tous ces mots, le Glossaire.
Les Sources de l'Argot Ancieji, t. II. <2
Bille, des billes, pour dire de l'argent monnoyé, des espèces sonnantes. On n'a rien sans bille, c'est-à-dire qu'on ne peut rien se procurer sans argent.
Bouliner, filouter, dérober furtivement. On lui a bouline tous ses effets, pour on lui a tout emporté. — Boulineur, escroc, filou, voleur.
Camelotte, c'est de la camelotte, se dit par mépris et pour rabaisser la valeur d'une marchandise quelconque, et pour faire entendre que la qualité est au-dessous du médiocre.
Chanter, faire chanter quelqu'un, locution burlesque, qui signifie soutirer, censurer, rançonner quelqu'un ; lui faire payer par ruse ou par force une chose qu'il ne devait pas.
Chenu, au propre, blanc de vieillesse. On s'en sert au figuré pour exprimer le haut degré de bonté d'une chose quelconque. Ce vin est chenu, pour est bon, exquis, excellent.
Colle, bourde, mensonge, gasconnade : donner une colle, faire des contes, se tirer d'une mauvaise affaire par quelque subterfuge.
Daron, sobriquet que les ouvriers donnent à leurs bourgeois : ce mot signifiait dans le vieux langage1, un vieillard fin et rusé. Un daron se dit aussi d'un homme de la manique, d'un cordonnier.
Escoffier. Ce mot a plusieurs significations dans le langage populaire. On l'emploie pour dérober, voler, et souvent aussi pour perdre, tuer, assommer.
Frusquin, patrimoine, bagage, trousseau, tout ce que l'on a de vaillant : il a emporté tout son saint frusquin, pour dire tout ce qu'il possédait, tout son petit bagage.
Grains, avoir des grains, amasser des grains, de l'argent ; un grain de six balles, un écu de six francs.
Jaspiner, jaser, bavarder. Ce verbe du vieux langage"2 est
i. Le mot est inconnu dans ce sens à l'ancien français (daron y signifie fief, manoir) : l'erreur remonte à Le Roux (1718) qui donne à daron le sens de « vieillard rusé ».
2. Erreur : le mot est inconnu à l'ancien français ; c'est des patois