‹ Les sources de l'argot ancienChapitre 11 sur 157 · L VRGOT ET LA LANGUE I · texte numérisé non relu

L VRGOT ET LA LANGUE I

encore en.usage parmi le peuple ; jaspiner bu/orne, en termes d'argot, signifie entendre et parler le langage des filous, des voleurs.

Maca, une vieille maca, terme de mépris, entremetteuse, femme vieillie dans le vice et la débauche, et qui vit du commerce honteux de prostitution.

Marpaud, sobriquet injurieux et méprisant que Ton donne, à Paris, aux hommes qui fréquentent les mauvais lieux; il signifie aussi niais, sot, nigaud, badaud '.

Mioche, pour petit enfant : avoir des mioches. C'est un terme de mépris que l'on applique à un petit homme qui fait le fanfaron, à un fat qui n'a ni force, ni talent, ni esprit.

Mouton, homme apposté dans la prison par la justice, pour tirer par la ruse les secrets d'un prisonnier.

Pallot, terme de mépris, un rustre, un lourdaud, homme brusque et grossier, sans principe ni instruction "2.

Trimer, pour dire travailler péniblement, faire beaucoup •de chemin à pied.

Tronche, pour dire la tète : Gare la tronche! pour prends .garde à ta tête !

Inversement, toute une série de mots franchement vulgaires dans dliautel figurent déjà chez Vidocq comme appartenant au langage des voleurs. C'est là une influence mutuelle qui s'est exercée à toutes les époques et dont il importe de tenir rigou-

•que jaspiner a pénétré dans le langage parisien d'abord (cf. Le Roux, 1718 : jaspiner, jaser, bavarder) et ensuite dans lo Vice puni de Gran- •val (172Ô), d'où il passa dans l'édition du Jargon de 1728.

1. Cf. le Dictionnaire de Trévoux : a Marpaud, vieux mot, [celui] qui prend toujours quelque chose », c'est-à-dire voleur. Sorel, dans son Francillon, le prend au sens d'individu méprisable, sens que le mot a d«'jà à la fin du xv" siècle (v. Fr. -Michel, p. 2G0).

2. Cf. Le Roux (1718) : a Pallot, sot, rustre, homme massif, neuf, ignorant : Que tu sens ton franc pallot ! (Ghcrardi, Théâtre italien). »

reusement compte dans une étude historique des éléments du vocabulaire argotique.

A l'époque où nous sommes arrivés, cette distinction est encore réelle et un émule de Boileau, aujourd'hui bien oublié, fulmine contre cet envahissement croissant de l'argot dans le domaine littéraire. Une des satires de la « Nouvelle Némésis » de Barthélémy, celle du 2 février i845, porte le titre significatif : « Les Escarpes *. » On y lit des vers de ce genre :

Paris est devenu moins sur que la Calabre. Sur le boulevard même, où le haut candélabre Rayonne à faire honte au soleil du midi, On découvre souvent un homme refroidi.

C'est Vescarpe sanglant, le sombre vanternier, Uhabit noir, le chanteur et bien d'autres encor ; Chaque genre de crime est une métaphore ; Alphabet du sabbat, langue des cabanons.

Se tournant vers les chroniqueurs du Palais qui vulgarisent les termes de cette langue spéciale :

Pourvu qu'il soit exact à vos cours d'audience,

L'apprenti malfaiteur marche vite en science,

Trois mois d'abonnements en font un maître es arts,

Il jaspine bigorne et dévide le jars.

Dans votre catéchisme il apprend le mystère

Des tours les plus subtils le true élémentaire ;

Tous les genres de vol, divulgués tant de fois,

Depuis V américain jusqu'au vol à la poix

Il les connaît...

1. Nouvelle Némésis, Paris, i8/|5, t. I, n° 7 ; voir les pages ">. 9, i3 et iG.

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