Cf. ici-même, t. I, p
LES SOURCES SECONDAIRES 6l
b. Termes /nuirais. — On n'est pas moins surpris de lire dans un ouvrage sur l'argot des mots pure ment français : Baraque, bassine, bélâtre, blague, camisole, carpe f faire la), chenapan, chinfreneau, chipie, cocasse, copain, corbeau (« croque-mort »), crapoussin, escampette (prendre la poudre d' ), es quipot4. estrade, filou, gouge9, gringalet, huer, lantiponner, mitraille, potard, ripopée, sacrer («jurer ). saturnien, torgnole, etc.
c. Termes facétieux. — Il est tout aussi diiïicilc de s'expliquer la présence de plaisanteries, telles que :
ippréier le copahu et avaler le copaha 3 ; attraper le haricot, la fève, f oignon (?)* : caliguler, ennuyer; faire suer Thémis, pratiquer la chicane ; Sancho Pança juge de paix (?), etc.
Et des expressions purement burlesques : Bourbon, nez; brimborion, décoration; garde-manger, derrière ; insinuant, apothicaire ; jumelles, fesses ; maldtne, pension : meurt-de-faim, petit pain ; paradouze, paradis ; puymaurin, âne 5 ; ainsi que les appellations
i. Voici la justification (p. 5o3) : a L'Académie,, qui a recueilli ce mot, le donne comme familier. » Cf. p. 328 : « Plier la toilette. Voler. Cette expression que l'Académie a recueillie..., a bien pu être de l'argot dans l'origine. »
2. Cf. p. 191 (V* gouge) : a Ce mot ayant été rejeté par l'Académie non- sommes bien en droit de le considérer comme appartenant à l'argot. »
3. L'auteur renvoie & copahu, mot qui manque à son dictionnaire. \. L'auteur renvoie aux mots haricot, fève, oignon qui ne figurent
pas à l'ordre alphabétique.
.">. Fr. -Michel remarque gravement : « Ce mot ne doit dater que de la Restauration »; et Larchey d'ajouter : « Son inventeur devait être ennemi du légitimiste Marcassus de Puymaurin. C'est une simple malice <jui n'a jamais été en circulation. »
(h INTRODUCTION
satiriques pour « Anglais » : goddem, homard, pot de bière, rosbif, stockfisch...
On peut d'ailleurs glaner dans ce dictionnaire d'argot toute une anthologie facétieuse : Accordeur de Jlùle ou de vielle, juge de paix ; aller à la chasse avec an fasil de toile, quêter ; bandes grises ou mousquetaires gris, poux ; berline de commerce, commis marchand ; bordel ambulant, fiacre ; bonbonnière à filous, omnibus ; cachet de la République, coup de talon sur la figure ; côtes en long, paresseux ; cravate de chanvre, corde ; diligence de Borne, langue ; gagner les gigoteaux, s'enfuir ; olivier de savetier, navet ; potiron roulant, cabriolet ; truffe de savetier, marron ; vaquant sur sel, Anglais, etc., etc.
d. Termes populaires. — Quant aux mots vulgaires, bornons-nous à citer quelques exemples caractéristiques : Arsouille, bagou, binette, biqueet-bouc (a hermaphrodite »), bricoler, brûlot (« pipe»), cancan, casquette (« ivre »), et culotte (« orgie »), casse-poitrine et du chien (« eau-devie »), décaniller (« se sauver »), faignant, galapiat (« fainéant »), noce (« débauche »), pécune, pioupiou, voyou.
Voici ce que Fr. -Michel dit du premier des termes cités : u Arsouille. Ce mot [d'argot] est devenu populaire. » C'est le contraire qui est vrai. Le terme est absolument inconnu à l'argot proprement dit ; il manque à Vidocq, tout en figurant dans ses « Mémoires » à titre de mot populaire. C'est en effet un
terme franchement vulgaire, commun surtout aux parlera du Centre, de l'Ouest et du Nord, d'où il dérive probablement. C'est vers i83o qu'il devin! populaire à Paris, comme l'atteste Max. du Camp : « Ce mot arsouille était fort usité à cette époque (i83o-i835) dans le langage populaire de Paris, il est aujourd'hui presque tombé en désuétude *. »
En éliminant les éléments étrangers à l'argot que nous venons de passer en revue, le gros livre de IV. -Michel se trouve réduit des deux tiers : mais le résidu est digne de la mémoire de ce grand érudil.