Et dans le Supplément de Larchey
2. Fr. -Michel remarque à propos de Jlac, sac : « On emploie aussi en argot Jlac d'al, pour désigner une sacoche en argent; il est facile de voir qu'il entre dans cette expression le mot albert abrégé. » Explication fantaisiste de la déformation moderne, jlacdal, d'un mot ancien.
manque de discernement dont témoigne l'auteur, nous ne pouvons qu'émettre des doutes sur l'existence de toute une série de mots prétendus argotiques qu'on ne trouve nulle part ailleurs :
.1//, litre ; bajoter, jacasser ; chamberter, commettre des indiscrétions ; emplaque, police ; emporrhes, nuages ; fabe, poche1 ', fave, passeport ; Jloquot, tiroir ; jarviller, parler, faire des confidences ; lairrer, assembler ; larçon, poche de pantalon ; maire, ami; mare, compte; mazille, monnaie; moutrot, préfet de police ; mouvette, dénonciateur ; réfréjon, bourru ; rembatle, rentier ; ristorne, restitution ; veinne, vieille femme.
La plupart de ces termes douteux ont passé dans les dictionnaires de Bruant et d'Hector France.
Ne méritent pas plus de confiance les nombreuses appellations tirées de la langue courante et qu'on trouve pour la première fois consignées dans Delesaile :
[rrondie, montre; bo i tard, \e temps ; brillard, pièce d'or; brouillotte, la nuit ; chinoiser, parler argot ; dévoyé, acquitté ; engourdir, tromper ; enseigne de cimetière, prêtre ; fleuron, mensonge ; fraudeur, boucher ; jetée, mètre ; marteler, mendier ; masque, passeport; miche, lune; modeleur, danseur; moissonneurf commissaire de police ; moqueur, président de tribunal; ondoyeuse, cuvette; palpeur, juge d'instruction; peaunoire, vagabond ; quoi, masque ; rapporteuse, la police ; rechauder, tromper ; reposante, chaise ; respirante, bouche ; retrousser, recevoir ; salaire, soulier ; secrète, lettre ; sérieux, médecin; serre, prison ; sévère, propriétaire ; sombre, préfecture de police ; souloir, verre ; taupiner, assassiner ; tremblante, fièvre; tresse, cœur; trotteur, écuyer ; vigoureuse, locomotive.
i. Le moyen français et les patois connaissent faque, poche.
La richesse du dictionnaire de Delesalle se trouve ainsi plutôt apparente. Si l'on en déduit les transcriptions et les interprétations fautives tirées de Villon et de la a Vie généreuse », si l'on en défalque les archaïsmes empruntés au recueil d'Oudin (16/io), ainsi que les termes pris à tort et à travers, mais dont l'existence ne reste pas moins problématique, son résidu jargonnesque ne diffère pas de la substance des autres lexiques d'argot. Restent tout au plus des définitions plus serrées qu'ailleurs et une cueillette abondante du langage parisien.
Nous faisons bien entendu abstraction de la partie étymologique qui est, d'un bout à l'autre, un défi jeté, non seulement à la science, mais au bon sens. En somme, le recueil de Delesalle, sous le rapport de la méthode et de l'originalité, loin de représenter un progrès, marque plutôt un recul dans cet ordre de recherches.
En dépit de ses procédés arbitraires et superficiels, l'ouvrage a cependant trouvé un admirateur sans bornes dans le plus insigne des argotiers de notre époque, le chansonnier Aristide Bruant. Le « Dictionnaire français-argot » de ce dernier, publié en 1901, a déjà atteint une seconde édition, et il est certes, à l'heure actuelle, le recueil le plus abondamment fourni en termes vulgaires et parisiens. L'auteur a seulement eu tort de confondre les époques et les milieux sociaux, en puisant sans aucun discernement aux sources les plus variées.
Sa pins grande faute a été de tirer, pour tout ce qui regarde L'argot ancien, ses matériaux de Deleaalle, e( à peu près exclusivement. Les multiples erreurs de ce dernier se trouvant ainsi accumulées, il en est résulté une exubérance lexique apparente qui se résout souvent à L'examen en simple indigence, sinon en pur néant.
En voici quelques exemples ' :
IY\i»i . Duc*,... Fourda*, Grup*... Pendre... Mettre au rang9 , i endenger.
Potekce. Credo*, Fourdolle*. Gif/le *, Jambe en l'air*, la Monljoye *, Montagne de géant, Sans feuille, Tmierie*.
\\su.\:... (luire '. Giffïe*, Glutonse,... Wichand* ...
Vueurideces équivalents ne répond à une réalité argotique quelconque. Il s'agit ou de transcriptions erronées (cf. fourda et fourdoëe) ou de mots et de sens fictifs 2.
Vjoutons des formes et des interprétations arbitraires telles que :
Visant. i:. Caire*. [Le mot signifie exclusivement « argent »J.
Bibliothèque. Tendeuse *... [Delesalle explique tendeuse par araignée, en désignant le mot comme populaire].
Chef. Bos*... Directeur. Bausse*... Patron. Bauce*, Bausse*, Bos.s*... [La forme unique est beausse que Vidocq rend par « riche bourgeois»].
(iuvviEH. Carie*. [Le mot signifie tout bonnement « argent monnayé »].
i. Voir ces mots dans le Glossaire.
2. Rappelons cette remarque de l'auteur : «Les mots anciens, démodés ou tombés en désuétude, dont on ne se sert plus ou presque plus, sont suivis d'un astérisque ».
Les erreurs formelles et sémantiques sont extrêmement nombreuses ; nous les avons relevées à plusieurs reprises.
Citons encore cet exemple :
Argent monnayé... Bagafe,... Flac,... Gaitte*,... Gib, .. Grisbis,... Mazille*,... Monnerons*,... Pouiffe *...
Or, ces prétendus équivalents sont erronés ou désignent toute autre chose : Bagafe est une graphie incorrecte pour bayafe{, pistolet (Vidocq) ; flac est le nom jargonnesque du « sac2 » ; gaitte est une prononciation négligée de guette, remise ou prime sur certaines marchandises ; gib est l'abréviation de gibus, chapeau, et rien de plus ; grisbis est une double erreur, formelle et sémantique, pour grispis, meunier3; mazille, mot douteux4; monnerons, déformation de monnaie, forme inconnue ailleurs; pouiffer°r autre double erreur, de forme et de sens, pour poniffeG.
Cette ignorance totale du passé jargonnesque, non seulement de son état ancien, mais encore de celui
1. Dans Fr.-Michel (v° dabé) : bagafre ; dans Bruant (v° boite) : bagafe; dans Macé (Lundis, p. 207) : bagof. Ajoutons encore les termes suivants que nous n'avons rencontrés que dans Bruant (et quelquesuns dans la partie française argot du Dictionnaire de Delesalle): Arguche, police ; bornette, chandelle ; chantier, embarras ; chapelle, comptoir ; clarence, journée ; entrant, effronté; materis, matin; mirander, arrêter.
•2. Voir ci-dessus, p. 7/4.