‹ Les sources de l'argot ancienChapitre 76 sur 157 · Voir ci-dessus, p. it · texte numérisé non relu

Voir ci-dessus, p. it

CHANSONS ARGOTIQUES

M' dit : qu'as-tu doue morfilié ?

Lirlonfa ma h i ré.

M' dit : qu'as-tu donc morfilié ?

Maluré, .1 "a i fait suer un chêne,

Lirlonfa malurette, Son auber j'ai engmnté,

Lirlonfa maluré.

Son auber et sa toquante,

Lirlonfa malurette.

Et ses attaches de ce,

Lirlonfa maluré, Et ses attaches de ce, Maluré.

Ma largue part pour Versailles,

Lirlonfa malurette, An v pieds de Sa Majesté,

Lirlonfa maluré ; EU' lui fonce un babillard, Pour m' faire défourailler,

Lirlonfa maluré :

Pour m' faire défourailler, Maluré.

Ah ! si j'en défouraille,

Lirlonfa malurette, Ma largue j'entiflerai,

Lirlonfa maluré.

J' li ferai porter fontange,

Lirlonfa malurette, Et souliers galuchés,

Lirlonfa maluré ; Et souliers galuchés, Maluré.

Mais grand Dabc qui s' fâche,

Lirlonfa malurette ; Dit : par mon caloquet,

Lirlonfa maluré ; J' l'y ferai danser un' danse,

Lirlonfa malurette, Où il n'y a pas de plancher,

Lirlonfa maluré.

5. — Dans une série de lettres sur les prisons de Paris que F.-V. Raspail publia dans le journal Le Réformateur de i835, on lit (n° 346) : « Deux des chansons les plus en ■vogue à la Force dans le moment actuel. L'une est le récit moral d'une capture faite par la police, et l'autre est un conflit, une espèce de thèse contradictoire soutenue par le gouépeur , et par le voleur sur la prééminence de leur profession respective. » La première est la Chanson morale déjà reproduite ; voici la deuxième :

i. C'est le premier texte où l'on rencontre ce terme que l'auteur définit ainsi : « Gouëpeur, vagabond sans gîte, bohémien des environs de Paris qui chante les soirs et dort la nuit dans les carrières de Montmartre et de Montfaucon, l'hiver près des fours à chaux, l'été dans les vignes, et qui, le jour, vit on ne sait de quoi. »

]84 DOCUMENTS JARGONNESQUES

Le Gouèpeur et le Voleur.

Chanson dialognée.

Le Gouèpeur.

Sans paffes, sans lime, plein de crotte, Aussi rupin qu'un plongeur, Un soir un gouèpeur en ribotte Tombe en frime avec un voleur.

Eh bien ! lui dit-il d'un ton aigre, Paie-tu le canon de rigueur ?

— Un canon, lui répond le pègre, Fais-toi voleur (bis).

Le Voleur.

Gomme moi gagne de la pièce, Tu pourras picter des canons, Et sans aller fumer sans cesse, Te lâcher le fin rigaudon.

Ne crains pas le pré, que je brave, Car de la bride je n'ai pas peur ; Dans une tôle enquille en brave, Fais-toi voleur (bis).

Le Gouèpeur.

Quoi ! tu voudrais que je grinchisse Sans tracquer de tomber au plan ? J' doute qu'à grinchir on s'enrichisse, J'aime mieux gouéper, c'est du flan.

Viens donc remoucher nos domaines, De nos fours goûter la chaleur ; Crois-moi, balance tes halènes, Fais-toi gouèpeur (bis).

CHANSONS ARGOTIQUES 1 85

Lu Voleur.

Moi, je suis toujours de la fête, J'ai toujours bogue et bon radin, Partout je puis lever la tête, En manteau je m' lâche du jardin ; Souvent, dans ma proute, si je tracque, Si j'éprouve quelque malheur, Je me console avec ma largue, Fais-toi voleur (bis).

Là <;<>i bpeub.

D'être pègre tu te fais gloire, Mais tu ne sais donc pas, hélas !

Q'au pré finira ton histoire, Et que là l'on y fait plus pallas.

Content de sorguer sur la dure, \ a, de la bride je n'ai pas peur.

Ta destinée est trop sûre,

Fais-toi gouèpeur (bis).

Quand marquent dix plombes sans crosse, Je rapplique au flacul qui m'attend.

Le Voleur.

Et moi, à petites journées,

Chez Dufour je rabats à l'instant.

Le Gouèpeur.

Du grand prévôt j' crains la chicane, Adieu, pègre; adieu, du bonheur!

Le Voleur.

Va, crois-moi, balance ta canne, Fais-toi voleur (bis).

l86 DOCUMENTS JARGONNESQUES

G. — Dans les Mémoires de Lacenaire (i836), on lit, parmi les mélanges en vers le dizain suivant (t. II, p. 1G0) :

Dans la Lunette.

(A la Pègre.)

Pègres traqueurs, qui voulez tous du fade, Prêtez l'esgourne à mon dur boniment, Vous commencez par tirer en valade, Puis au grand truc vous marchez en taftant.

Le pantre aboule,

On perd la boule, Puis de la tôle on se crampe en rompant.

On nous roussine

Et puis la tinc Vient remoucher la butte en rigolant.

7. — La poésie suivante a été copiée sur les murs d'un cabanon de la Roquette. « Gomme elle a, elle aussi, sa morale, et qu'elle est écrite dans le style des voleurs, nous la reproduisons comme une pièce assez curieuse, et nous nous gardons bien d'en changer le sens et l'orthographe. » (Halbert d'Angers, dans son édition du Jargon de 1849).

Production d'un Villon moderne.

Un soir que j'étais dans la débine,

Un coup de vaque il nous fallut donner :

Pour travailler, je mis au plan ma rondine,

Et mes outeils nous fûmes les déplanquer (bis).

CHANSONS ARGOTIQUES 187

Mais en passant le portier vous cscracho ; J'étais fargué, mais l'habit cachait tout ; Le jardinant, je frisais ma moustache.

Un peu de toupè et je passe partout (bis).

En deux temps, j' remouque et j' débride ;

Tous deux en braves nous barbottions,

Chez un banquet la caisse n'est jamais vide :

D'or et de billets nous trouvons un million (bis).

y me suis lancé tout à coup dans Y grand monde,

Dans l'espoir de me paré de tout.

J'ai courtisé femmes brunes et blondes.

Quand on est riche, on peut passer partout (bis).

J'ai vaicut dans l'indépendance ;

J'ai par courut les bals et les salons.

Dans les palais, où règne l'opulence,

L'on m'i rendi les honneurs d'un baron (bis).

J'avais valais et calèche à ma suite.

Mes bons amis puisqu'il faut vous dire tout.

Même à la cour, j'ai rendu ma visite.

Quand on est riche, on peut passé par tout.

Cette villonade est suivie, chez Halbert d'Angers, de deux autres chansons « faites dans les prisons de Paris et appartenant à des écrivains distingués, qui ont eu le malheur d'être longtemps privés de leur liberté pour avoir trop osé croire à celle de la presse. » Une de ces poésies est en pur français, l'autre est intitulée : Le guet des veilleurs on les Iruands en ÎU80, imité du chapitre de \otre-Dame de Paris de Victor Hugo. Cette dernière est soi-disant écrite en argot et fait défiler les dignitaires de l'ancienne monarchie argotique, parmi lesquels l'auteur cite les Chourineurs qui rirent leur première apparition dans les Mystères de Paris (1847) d'Eugène Sue.

l88 DOCUMENTS JARGONNESQUES

8. — Les deux parodies qui suivent sont tirées de la préface des Voleurs de Vidocq (1837) :

Parodie des Commandements de Diel

Un seul sentiment t'animera, Celui de grinchir gourdement.

Jorne et sorgue tu poisseras Jtoucart et baïte chenument.

Le morceau tu ne mangeras De crainte de tomber au plan.

Chenâtre fourgat litreras, Afin de solir sûrement.

Du grand pré tu te cramperas Pour rabattre à Pantin lestement.

Cambriolle tu maquilleras Par carouble et esquintement.

La raille, maron, te serviras Pour un deuxième gerbement.

Dans le nez toujours tu auras Macarons et cabestans.

Pour grinchir tu préféreras Les fêtes aux turbinemens.

Jamais tu ne rengracieras, Plutôt caner en goupinant.

Parodie des Commandements de l'Église.

Les fêtes tu t'empoivreras, Avec ta largue au tapis franc.

CHANSONS ARGOTIQUES l8o,

Les dimanches tu grinchiras.

Dans les tôles, bogues et ployants.

Paumé, point tu ne mangeras Dans le tall'e du gerbement.

Mercure seul tu adoreras Comme dabe de rentrollenient.

En bâchasse tu pegrenneras Jusqu'au jorne du décarement.

Tous les reluits tu poisseras Pour vivre et picter chenu mon t.

Page 1