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III. — Chansons argotiques

Les trois chansons qui suivent sont extraites du IIIe tome des Mémoires de Vidocq (1828), qui les cite également dans la préface de ses Voleurs (1837). Des Mémoires, elles passèrent dans l'Histoire de Vidocq par Froment (1829) et ailleurs.

1. — Voici la première de ces chansons que « Riboulct se mit à chanter dans le plus pur argot du bon temps » (P- 92~95) :

La Marcandière.

En roulant de vergne en vergne, Pour apprendre à goupincr, J'ai rencontré marcandière,

Lonfa malura dondaine, Qui du pivois solissait,

Lonfa malura dondé.

J'ai rencontré marcandière, Qui du pivois solissait ; Je lui jaspine en bigorne,

Lonfa malura dondaine, N'as-tu rien à morfiller ?

Lonfa malura dondé.

J'ai du bon pivois sans lance,

Et du larton savonné,

Une lourde, une tournante,

Lonfa malura dondaine.

Un tremblant pour rivancher,

Lonfa malura dondé.

J'cnquillc dans la cambriolle, Vin couillé j'ai remouché; Je remouchc au coin du rifle,

Lonfa malura dondaine, Un sinve qui roupillait,

Lonfa malura dondé.

Je lui jaspine en bigorne :

N'as-tu rien à morfiller ?

J'ai du bon pivois sans lance,

Lonfa malura dondaine, Et du larton savonné,

Lonfa malura dondé.

Je remouche au coin du rifle

Un sinve qui roupillait,

J'ai sondé dans ses profondes,

Lonfa malura dondaine, Son auber j'ai enganté,

Lonfa malura dondé.

CHANSONS ARGOTIQUES

J'ai sondé dans ses profondes, Son auber j'ai enganté.

Son anber et sa toquante,

Lonfa malura dondaine, El les attaches de ce,

Lonfa malura dondé.

Son auber et sa toquante, Et ses attaches de ce, Ses tirans et sa montante,

Lonfa malura dondaine, Et son combre galuché,

Lonfa malura dondé.

Ses tirans et sa montante, If son combre galuché.

Son frusque, aussi sa tisette,

Lonfa malura dondaine, Et puis j'ai défouraillé,

Lonfa malura dondé.

Son frusque, aussi sa lisette, Et puis j'ai défouraillé.

Farre, farre, la marcandière,

Lonfa malura dondaine, Car nous serions béquilles,

Lonfa malura dondé.

Farre, farre, la marcandière,

Car nous serions béquilles,

Sur la placarde au quart-d'oMI,

Lonfa malura dondaine, Rigaudons faut gambiller,

Lonfa malura dondé.

Sur la placarde au quart-d'ceil, Rigaudons faut gambiller, Mluméa de toutes ces largues,

Lonfa malura dondaine, Et de ces petits couillés,

Lonfa malura dondé.

Allumés de toutes ces largues,

Et de ces petits couillés,

Et de ces chariots bons drilles,

Lonfa malura dondaine, Qui viennent y goupiner,

Lonfa malura dondé.

>. — « Riboulet ayant débité ces treize strophes, 1 ï l — on dans les Mémoires de Vidocq (t. III, p. q5-q8), Manon la Blonde voulut aussi faire admirer l'étendue de son organe : « Eh, les autres ! dit-elle, en v'ià z'une que j'ai zapprise à Lazare, prêtez loche et rebectez après moi » :

Chanson morale.

Un jour à la Croix-Rouge, -Nous étions dix à douze, Tous grinches de renom ; Nous attendions la sorgue, Voulant poisser des bogues Pour faire du billon.

Partage ou non partage, Tout est à notre usage, N'épargnons le poitou ; Poissons avec adresse Mézières et gonzesses Sans faire de regout.

DOCUMENTS JARGONNESQUES

Dessus le pont au Change Certain agent de change Se criblait au charron.

J'cngantais sa tocquante, Ses attaches brillantes Avec ses billeinonts.

Quand douze plombes crossent, Les pègres s'en retournent Au tapis de Montron1.

Montron, ouvres ta lourde, Si tu veux que j'aboule Et pionce en ton bocson.

Montron drogue à sa largue:

Honnis-moi donc, girofle, Qui sont ces pègres-là ?

Des grinchisseurs de bogues, Esquinteurs de boutogues.

Les connobres-tu pas ?

Kli vite, DM culbute,

Quand je vois mon affnre,

Je suis toujours paré.

Du plus grand cœur du monde

Je vais à la profonde

Pour vous chercher du frais.

Mais bientôt la patraque, Au clair de la moucharde, Nous reluque de loin.

L'aventure est étrange !

C'était l'agent de change Que suivaient les roussins.

Bien des fois on rigolle, Ou bien l'on pavillonnc, Qu'on devrait lansquiner.

Railles, griviers et cognes, Nous ont pour la Cigogne En partie tous paumés.

3. — La troisième chanson est d'un forçat du nom de Winter. « Il est, assure-t-on, l'auteur d'une foule de chansons fort en vogue parmi les forçats, qui le regardent comme leur Anacréon. Voici l'une de celles qu'on lui attribue » (Mémoires, t. III, p. 294-398). Elle fut d'abord insénV dans le Nouveau Dictionnaire d'argot de 1829, p. 59 à 64.

Chanson argotique.

Air de rilriireu.r pilote.

Travaillant d'ordinaire, .

La sorgue dans Pantin, Dans mainte et mainte affaire, Eaisant très bon choppin.

Ma gente cambriole,

Rendoublée de cam'lotte, De la dalle au ilaquet ; Je vivais sans disgrâce, Sans regout ni morace, Sans taff et sans regret.

Nom du marchand de vins chez lequel se réunissaient les voleurs.

CHANSONS ARGOTIQUES

J'ai fail par comblante Gironde largue cape, Soiffant piclon ^;in- lance, Ptroia non maquillé; Tirants, passe à la (ouate, Utaclies de gratoutte, Combriot galuché.

Cheminant en bon drille, Un jour à la Courtille, .)' m'en étais enganté.

Kn faisiint nos gambadas* l n grand messiore franc,

Voulant l'aire parade, Serre un bogue d'orient.

Après la gambriade, Le fdant sus l'estrade, D'esbrouf je l'estourbis.

J'enflaque sa limace, Son bogue, ses frusques, ses pas- J' m'en fus au fouraillis. [ses,

Par contretemps ma largue, Voulant se piquer d'honneur, Craignant que je la nargue, Moi qui n' snis pas taflVur.

Pour gonfler ses valadee,

Encasqne dans un rade, Sert des signes à foison; On la crible à la grive, Je m' la donne et m'esquive, Kl le est pommée maron.

Le quart d'œil luijabotte:

Mange sur (»•-< nonneun !

Lui tire une carotte, Lui montant la couleur.

L'on vient, on me ligotte, Adieu ma cambriotte, Mon beau pieu, mes dardants Je monte à la Cigogne, On me gerbe à la grotte, Au tap et pour douze ans.

Ma largue n' sera plus gironde,

Je serai vioc aussi ;

Faudra pour plaire au monde

Clinquant, frusque, maquis.

Tout passe dans la tigne,

Et quoique l'on jaspine,

C'est un fichu flanchet.

Douze longes de tirade,

Pour une rigolade,

Pour un moment d'attrait.

4- — Dans le x\T chapitre du Dernier jour dun condamné (1829), Victor Hugo fait chanter par une jeune fille la complainte * argotique qui suit, et qu'il éclaircit par cette

1. « Horrible complainte : lutte de brigand avec le guet, ce voleur qu'il rencontre et qu'il dépêche à sa femme, cet épouvantable message : J'ai assassiné un homme et je suis arrêté ; cette femme qui court à Versailles avec un placet, et cette Majesté qui s indigne et

DOCUMENTS JARGONNESQUES

note à la fin du volume : t< Nous donnons ci-jointe, poulies personnes curieuses de cette sorte de littérature, la chanson d'argot avec l'explication en regard, d'après une copie que nous avons trouvée dans les papiers du condamné, et dont ce fac-similé l reproduit tout, orthographe et écriture. La signification des mots était écrite de la main du condamné ; il y a aussi dans le dernier couplet deux vers intercalés qui semblent de son écriture ; le reste de la complainte est d'une autre main. Il est probable que, frappé de cette chanson, mais ne se la rappelant qu'imparfaitement, il avait cherché à se la procurer et que copie lui avait été donnée par quelque calligraphe de la geôle. »

La source où Victor Hugo a puisé cette chanson d'argot (que Vidocq reproduit dans la préface de ses Voleurs) reste jusqu'ici inconnue 2.

Autre chanson.

C'est dans la rue du Mail, Où j'ai été coltigé, Maluré,

Et trois coquins de railles, Lirlonfa malurette,

Sur mézigue ont foncé, Lirlonfa maluré.

Sur mézigue ont foncé,

Maluré, Ils m'ont mis la tortouse,

Lirlonfa malurette, <Jrand Meudon est aboulé,

Lirlonfa maluré.

Sur mon trimin rencontre, Lirlonfa malurette,

Un pègre du quartier, Lirlonfa maluré.

Un pègre du quartier,

Maluré, Va-t-en dire à ma largue,

Lirlonfa malurette, Que j' suis enfouraillé,

Lirlonfa maluré.

Ma largue tout en colère, Lirlonfa malurette,

menace le coupable de lui faire danser une danse où il n'y a pas deplancher... »

t. Il se trouve annexé au roman de Victor Hugo.

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