L AHGOT ET LA LITTERATURE I
modelé sur Vidocq lui-même, avec la même vie d'aventures, la même audace, la même présence dVspril cl la même faculté de se rendre méconnaissable.
Bien plus. Le vn* chapitre de « Vautrin » contient un Essai philosophique, linguistique et littéraire sur l'argot, les filles et les voleurs, où Balzac fait reloge du jargon : « Il n'est pas de langue plus énergique, plus colorée que celle de ce monde souterrain... (Iliaque mot est une image brutale, ingénieuse ou terrible. » Les chapitres qui suivent sont farcis d'argot, dont les termes se retrouvent, à quelques exceptions près, dans Vidocq.
C'est toujours Vidocq qui a fourni les éléments argotiques des « Mystères de Paris » d'Eugène Sue (18/12). Le roman s'ouvre dans un tapis franc, rendezvous des forçats évadés ou libérés, où l'on ne parle que l'argot et dont la maîtresse s'appelle l'Ogresse. Les lecteurs de ce roman, jadis fort populaire, se souviennent, parmi les personnages, de la jeune et charmante Fleur-de-Marie, surnommée, à cause de sa voix harmonieuse, la Goualeuse, du Chourineur, forçat libéré, donneur de coups de couteau1, de M. Pipelet, le portier dont le nom est resté proverbial, et surtout de Tortillard, gamin de Paris vicieux et corrompu (t. I, p. 101) : « Le regard pénétrant et astucieux, joint à cet air insolent, gouailleur et narquois, particulier au voyou de Paris, ce type
1. Cf. Mystères de Paris, t. I, p. 5 : « J'ai chouriné... mais j'ai paye mes rhourinades en allant quinze ans au pré ».
alarmant de la dépravation précoce, véritable graine de bagne, ainsi qu'on le dit dans le terrible langage des prisons. »
L'œuvre la plus remarquable dans ce genre restent les « Misérables » de Victor Hugo, publiés en 1862, mais dont les éléments argotiques remontent à une époque bien antérieure. Nous y reviendrons plus loin.