N. — ANALYSE DE L*HISTOIRB DU DÉPARTEMENT
avec les autres corporations professionnelles. Les médecins exercèrent désormais à leurs risques personnels. Il serait instructif de savoir si leur nombre crut ou diminua dans le département et si les praticiens de la fin du XVIII* siècle purent se recruter sans encombre. On n'en rencontre qu'un fort petit nombre dans le Dictionnaire des médecins limousins de M. René Fage (1895) (i). Par contre, les chirurgiens apparaissent plus nombreux, sinon plus habiles, qu'auparavant.
Candidats médecins et chirurgiens faisaient à l'Hôpital général de Limoges une sorte de stage. Le registre des délibérations signale, pour la période qui va de juin 1789 au 14 juillet 1795, la « réception » de soixante-douze élèves. Dans les années qui suivent, jusqu'à la fin de 1799, on n'en rencontre plus que vingt. Il y aurait peut-être quelques indications à tirer de celte diminution.
En ce qui concerne l'enseignement secondaire, nous savons que le Collège do Limoges déclina rapidement et ferma ses portes à la fin de 1792. Mais s'il ne comptait plus d'élèves, le corps de ses professeurs n'était point dissous. En 1793, l'un d'eux, Publicola Pédon, publia un discours sur ce thème : Peut-il exister un gouvernement heureux qui ne soit fondé sur VEgalité et la Liberté?
En 1794, une requête est adressée en leur nom à la Convention pour obtenir le paiement des traitements en retard. Nonobstant ces deux faits, nous sommes fondé à dire que l'enseignement des humanités, par lesquelles se conservent les principes de toutes sciences, fut interrompu pendant plusieurs années, au grand dommage des générations à venir.
Lorsque le Collège fut réorganisé en 1797, ce fut sous la forme de l'Ecole centrale, où prédominait l'étude des sciences. Dans l'hostilité marquée aux belles-lettres se révèle un esprit nouveau dont on ne saurait dire encore s'il fut bien accueilli à Limoges.
Quant au Collège des Jacobins de Limoges, où l'on enseignait uniquement la théologie et la philosophie; à ceux de Belfac, Eyraouliers, Magnac-Laval, Le Dorât, où se donnait l'instruction classique, ils tombèrent dès les premières années de la Révolution. Celui de Sainl-Junien, établi en 1790, ne vécut pas au-delà de 1793. Avec eux disparut aussi pour longtemps l'étude des belles-lettres.
Au degré primaire, les écoles de garçons restent aussi rares qu'elles l'étaient sous l'ancien régime, car les maîtres manquent partout. Avec la disparition du prieuré-pensionnat de Boubon et
(1) Bégouirne, Martial Boissou, Bonnin, J.B. Boyer, Gogniassc du Qucypaud, Gabriel D«péret, Mathieu Doudet, Gërald de Faye, Henri Mazard, Sohet-Thibaud. — Ils sortaient presque tous de la Faculté de Montpellier,
1^4 SOURCES DB l'histoire DE LA RÉYOLUTION
des commuDaatés de femmes enseignantes, Tinstraction des jeunes filles subit pendant dix ou quinze ans une éclipse complète, sauf à Limoges, où on réussit à Torganiser assez convenablement. Les effets de la loi du 17 novembre 4794, portant établissement d'écoles primaires, ne se révèlent pas avant 1796 (1).
En réisumé, la Révolution a constitué les principaux services départementaux qui fonctionnent aujourd'hui. Elle n'a suspendu ou ajourné ses décisions qu'à l'égard de l'enseignement, de l'assistance et des contributions publiques, qu'elle laisse sans chefs distincts et responsables.