‹ Les sources de l'histoire de la Haute-Vienne pendant la revolutionChapitre 60 sur 64 · Histoire économique et sociale · texte numérisé non relu

Histoire économique et sociale

Après l'histoire des évcuements politiques et des institutions publiques, où apparaît la puissance de construction et de renouvellemeni que portait en lui Tesprit du XVIII* siècle, il convient de faire une large place à l'histoire de la vie commune, qui montre sa puissance de dissolution momentanée, prélude inévitable, nécessaire même de la formidable activité économique du XIX* siècle et de son rajeunissement social.

L'histoire ainsi conçue, c'est, autant qu'il se peut, l'étude des faits de fonction dans Tordre matériel et social. C'est, après la méthode documentaire qui prévaut dans l'exposé des événements et des institutions, la méthode statistique appliquée aux faits constants de la vie quotidienne : le mouvement de la population, le prix des denrées et de la main-d'œuvre, le taux des salaires, les bénéfices du commerce, le revenu moyen des capitaux, etc. Nous n'irons pas jusqu'à dire avec M. Louis Bourdeau (2) que « les données statistiques sur les faits de la vie commune » sont toute l'histoire. Ils en sont du moins une partie essentielle.

La masse des documents conservés est telle qu'il devient possible de commencer à 1789 cette statistique économique et démographique que les publications officielles ne fournissent qu'à partir de 1800. Sans prétendre à Vadequatio rei et intellectus, du moins pouvons-nous croire que les dénombrements opérés sur les documents d'archives auront une valeur d'approximation assez grande pour projeter quelques clartés non douteuses sur la société de la Révolution.

Mouvement de la population. — En 1789, la commune de Limoges {dans son périmètre actuel) comptait environ 23.000 âmes. Elle

(1) V6ir la liasse L. 332 des Arch. dép. de la Haute- Viontie, (3) VBistoire et h9 historiens (1888).

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n'en possëâait plus que 20.000 àta bout de cinq ou six aitis. « On s'explique, du reste, sans peine cette décroissance presque instantanée quand on voit le chiffre des décès pour la ville et la banlieue (l'hôpital compris), d'une moyenne de 800 à 850, sauter presque tout à coup à 1.214 en 1789, atteindre 1.376 en 1792 et, pendant deux années encore, maintenir à un chiffre vraiment effrayant le tribut levé parla mort sur cette population décimée. Du 1" janv. 1792 au 22 sept. 1794, c'est-à-dire en moins de trente-trois mois, les registres de la commune signalent 3.449 décès (105 par mois) contre 2.193 naissances (66 par mois). Sept années s'écoulent; les décès diminuent, mais la proportion des naissances au nombre des habitants devient de plus en plus faible. En 1801, la population ne dépasse pas 20.550 âmes » (i).

Pour les autres communes du département, nous n'avons pas de données aussi sûres (L. 229). En tout cas. il reste à établir le mouvement de cette population, commune par commune. La statistique des naissances, mariages et décè^ doit être le point de départ de toute étude démographique.

Famille. — La dissolution de la famille semble résulter des faits suivants :

!•» Emigration du chef dans des centaines de cas ;

^ Divorce introduit par la loi ;

3* Progression du nombre des enfants naturels.

Quelle fut l'étendue de cette dissolution dans la Hante-Vienne? Le fait de ces femmes nobles de Rochechouart qui demandent le divorce parce que leurs maris sont passés à l'étranger (2), est-il exceptionnel ou non? Est-ce l'absence, la misère ou le libertinage qui ont détruit la communauté première? La réponse à ces diverses questions ne pourra être donnée que par un examen attentif et méthodique des registres subsistants.

L'un des grands malheurs de la Révolution, ce fut le trouble économique que provoquèrent la rareté du numéraire, la dépréciation des assignats, les énormes exigences de la guerre contre l'étranger et les difficultés inhérentes au changement brusque introduit dans le système des impôts. Faute d'avoir compulsé les minutes notariales, on ne saurait dire encore jusqu'à quel point ce trouble ralentit le mouvement des actes proprement civils : contrats de mariage et de vente, testaments, actes de tutelles et de cura-

(1) Louis GuiBBRT, Anciens registres des paroisses de Limoges, dans le Bull. Soc. àrch. du Limousin, t. XXIX (1881), p. 113.

(2) Voir D' Marque t, dans Limoges illustré, 1007, 1*' août : « Dirorces des dénies déteques «tu couvent des Jacobins du Qhâtenet dç I\oçhecl)ouart, •

telles, etc. Et ce serait là cependant une donnée importante de rhistoire sociale.

Illettrés, — De la statistique dressée sous la direction de Louis Guibert, il semble résulter (jusqu'à vérification faite) qu'un recul sensible se produisit dans le nombre des illettrés. De 45,9 Vo en 1790, il était descendu en 1800 à 10,3 Vo pour les hommes ; de 10,5 Vo à 7,6 */o pour les femmes.

Indigents. — Pour les mendiants et indigents, nous ne connaissons pas d'autres relevés imprimés que ceux que nous avons rappelés pour Limoges dans notre notice sur Y Assistance hospitalière. Il y aurait lieu de poursuivre même recherche en ce qui touche les autres villes du département avant d'affirmer que le nombre des indigents s'accrut en dix années d'une façon sensible.

Criminalité. -— Dépouiller les registres de justice; établir le nombre et la nature des cas ; se rendre compte des causes de la criminalité (misère ou manque de moralité); tenir compte des circonstances, de la faiblesse de la répression, etc.; c'est le travail que prépare en ce moment M. François Richard et dont il faut attendre les conclusions.

Un fait déjà connu cependant, c'est la recrudescence du fauxmonnayage, recrudescence qui s'expliquç soit par la rareté du numéraire qui* se cachait volontiers, soit par la facilité qu*on trouvait à imiter les assignats.

Agriculture et Elevage. — Rappeler que l'agriculture fut libérée de beaucoup d'entraves légales ne suffirait pas à notre objet. Il faudrait encore connaître les résultats; savoir si, en matière de culture et d'élevage, le paysan propriétaire fut supérieur à ses ancêtres; si le rendement des terres et le nombre des têtes de bétail furent plus grands qu'auparavant; si les méthodes préconisées par l'ancienne Société d'agriculture du Limousin furent appliquées. Il faudrait pouvoir dire si l'impôt foncier pesa d'un poids trop lourd sur le petit propriétaire rural; si la plus grande fréquence des foires fut un mal, comme le prétendirent les Conseillers généraux de l'an IX; si la disparition des marchés de Poissy et de Sceaux fut vraiment préjudiciable aux éleveurs limousins. En tout cas, il nous semble entrevoir dans cette histoire au moins trois phases : celle de l'affranchissement du paysan, — celle qui correspond à la crise des subsistances et au maximum, — celle des dernières années de la Révolution, à partir de Tan IV, dont la caractéristique est donnée , par la reprise générale des affaires.

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tndtutrie, — Le moavement ouvrier, en lant qae mouTement social, n'est pas antérieur à la Révolution de 1830. Il serait donc chimérique d'en chercher les antécédents à la fin du XVIII' siècle. Tout au plus devons-nous nous demander si le compagnonnage subsista pendant la période révolutionnaire. Mais si l'abolition des corporations de métiers en 1791 n'eut pas pour effet de donner au monde ouvrier une conscience nouvelle de lui-même, elle dut pourtant soulever devant lui plus d*un problème : comment seront sauvegardés désormais les Intérêts professionnels, comment seront transmises les traditions techniques, comment s'exerceront les secours mutuels? Si celte triple question ne fut point directement posée dans le désordre du temps, il appartient néanmoins à l'historien de rechercher comment en fait elle fut résolue (1).

C'est la première phase de l'histoire industrielle. Les deux autres, concomitantes également à celles de l'agriculture, sont liées à révolution économique générale du temps. La crise financière eut nécessairement sa répercussion sur l'industrie locale. La fabrication de la porcelaine cessa pendant quelques années à Limoges et à Saint-Yrieix. Les nombreuses tanneries et papeteries de Bellac, Saint-Junien, Saint-Léonard, Eymoutiers subirent un temps d'arrêt.

Par contre, les industries qui travaillaient à l'approvisionnement des armées en victuailles, vêtements et armes, reçurent un nouvel élan. De même l'imprimerie, en tant qu'auxiliaire de l'administration et des clubs. A Limoges, il y en avait quatre : Ghapoulaud, Barbou, Farne et Dalesme, dont chacun avait sa clientèle particulière.

La reprise de l'industrie porcelainière n'eut lieu que vers la fin de la Convention. De nouvelles manufactures s'élevèrent peu à peu i Limoges : celle de Monnerie en 1795, celle des sieurs Joubert, Cacatte et Joly en 1796, celle d'Etienne Baignol en 1797; enfin, la plus importante de toutes, celle de François II Alluaud en 1797.

Travaux publics. — Les travaux publics demandés ou engagés sous l'ancien régime furent d'abord continués, particulièrement en ce qui concernait les routes. Les projets de canaux et de canalisation occupèrent encore les spécialistes. Mais celle survivance du passé prit fin avec les terribles obligations de la guerre extérieure, et, jusqu'à la fin de la période que nous considérons, la plupart des routes demeurèrent par faute d'entretien en fâcheux état. En 1800, vingt-trois ponts demandaient d'urgentes réparations. Nous avons

(1) Les deux brochures de MM. de Moussac (1892) et Joseph Petit (1966) sur la corporation des bouchers de Limoges donnent quelques renseignements pour la période de la Révolution, mais sans indication de sources.

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à. cet égard les doléances de Tan IX, qu'on trouvera reproduites plus loin.

Le mouvement d*assainissement et d'embellissement de Limoges, qui s'affirma au XVIII» siècle et plus particulièrement à pariir de 1780 par la créaliou de la place Dauphine et de la place d'Aine, fut inlerrompu par la Révolution; si bien interrompu qu'aujourd'hui même, après cent vingt ans écoulés, ces deui places ne sont pas terminées.

Cependant, la rue Haute-Vienne, incendiée en 1790, fut reconstruite, au moins en partie (1). Çà et là dans le reste de la ville, on rencontre des maisons qui sont datées de la Révolution : par exemple rue Gondinet, n« 20, et rue Elie Berthet, n° 31, sous l'année 1791 ; la Chambre des notaires au n"" 13 bù de la place d'Aine, et l'immeuble au n*" 3S du boulevard Gambelta, sous Tannée 1793. Les contrats conservés dans les archives des notaires en feront sûrement connaître d'autres.

Transports. — Dans quelle mesure le roulage des marchandises et le service des voyageurs entre Limoges, d'une part, Paris, Lyon, Toulouse, Bordeaux, d'autre part, fut-il modifié? Nous avons déjà fourni sur ce point quelques indications (p. 149). Elles ne sauraient suffire à la curiosité de Téconomiste.

Commerce. — L'activité du commerce est en relation avec la production agricole et industrielle, avec la facilité des transports et l'abondance du numéraire. C'est dire que le commerce local traversa nécessairement les mêmes phases que nous avons indi" quées pour les autres branches de l'activité économique.

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