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En comparant, sur le terriloire qui nous occupe, la sociélé du lendemain de la Bévolulion avec celle de l'Ancien régime finissant, on peut, ce semble, considérer comme acquis les faits suivants, sauf à en retoucher la formule :

1® Le Clergé est dépouillé de ses prérogatives temporelles et politiques et de son domaine foncier; il n'a plus rien en commun avec TEtat;

i!^ La Noblesse est décapitée par l'émigration, et son influence réduite à rien dans le département.

Noblesse et clergé sont, à partir de là, les irréconciliables ennemis de l'ordre nouveau et ils rempliront le XIX* siècle de leurs protestations et de leurs revendications;

3* La bourgeoisie a pris le devant de la scène dans la vie publique et reste maîtresse des fonctions ofiScielles ou électives à Limoges, Bellac, Saint-Yrieix, etc.;

4<^ Les ouvriers sont libérés des entraves de la corporation de métier, mais abandonnés à leurs seules forces;

S"" Les paysans sont affranchis de l'autorité de tout seigneur local. Beaucoup sont propriétaires au môme titre et aussi pleinement que les autres citoyens. La terre ne supporte plus d'autre redevance que celle qui est consentie à l'Etat par les représentants de la Nation;

6^ Le département, institué en 1790, fournit pour l'administration des intérêts publics un cadre qui subsiste encore. Concentré sur lui-môme, indépendant de tout autre (sauf au point de vue militaire), il prend par ses conseils élus et ses représentants légaux une personnalité très nette que ne connaissait plus le Limousin dont le cheMieu était tiraillé en des sens divers. Conséquences : uniformité de radminislralion, renforcement de la puissance publique et pourtant diminution de l'arbitraire des fonctionnaires.

Si lés opinions politiques et religieuses restèrent pendant toute la Révolution sujettes à l'inquisition des pouvoirs publics, si la liberté de parole et de presse fut de celle dont les opposants ne devaient point trop user, la liberté de conscience fut préparée parrabolilion de toute religion obligatoire et bientôt par la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Le lien officiel avec Rome fut rompu ; la hiérarchie catholique fut brisée, et le clergé, dépouillé de sa puissance temporelle, perdit bientôt, par le schisme, une partie de sa puissance

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spiriluelle. Lui aussi émigré, en sorte que, à la fia du XVIII® siècle, la sociëlé religieuse est privée de ses couducteurs habituels. . À la distance où nous sommes, nous savons discerner et nous osons avouer la faute que commirent les hommes de la Révolution en empiétant sur le for intérieur du clergé catholique. Mais nous savons aussi apprécier, par comparaison avec l'ancien régime, les grands bienfaits de la refonte administrative et sociale qui se fit alors. Toutefois, pour les bommes de ce temps (abstraction faite de ceux qui collaborèrent personnellement au grand œuvre), il semble bien que trois innovations seulement aient été nettement senties : régalité de tous devant la loi; — le droit pour chaque citoyen de se mêler aux affaires publiques; — et surtout celui d'émettre sur toutes choses, par voie de motions, son avis personnel.

Encore peut-on douter que Thabitant des campagnes ait apprécié cet accroissement de dignité. Mais sûrement il fut sensible à Tabolition des corvées seigneuriales jusqu'au jour où elles furent remplacées par les corvées militaires, — et à la suppression des redevances personnelles aussi longtemps que les contributions d'Etat lui parurent légères.

Sûrement aussi la société issue de la Révolution valait mieux, parce que mieux organisée et mieux administrée, que celle del789. — Mais rindividu, que valait-il? Nous ne le voyons pas encore bien nettement. Les mœurs privées (l)avaientélé profondément bouleversées par la gêne qu'entraîna dans les classes moyennes la crise financière; dans les classes aristocratiques, l'émigration du cbef; dans les classes laborieuses, la misère prolongée. — Elles le furent encore par l'introduction du divorce et la diffusion du célibat; — par la disparition de ces centres de réunion qu'étaient les confréries et les églises paroissiales ; — par le manque de sécurité dans la vie quotidienne et par l'esprit militaire contracté dans la vie des camps.

La tradition mosaïque avait assuré aux travailleurs quatorze centièmes d'existence libre par an; la Révolution, par le repos du décadi, ne leur en donnait plus qu'un dixième.

Quant aux mœurs publiques, elles se tranformèrent à beaucoup d'égards par la participation d'un plus grand nombre de citoyens à l'administration de la chose commune. Elles prirent une couleur inconnue jusqu'ici, une vie singulièrement intense par la multiplication des fêtes laïques et des représentations théâtrales substituées aux fêtes ecclésiastiques, comme aussi par l'enthousiasme des enrô-

(1) II serait désirable que le musée archéologique de Limoges fit une place aux costumes, meubles, gravures, instruments et souvenirs de ce temps, déjà si loin de nous, si différent à tant d'égards. Les collections de ce genre fournissent plus d'un enseignement à Thistoire.

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lements volontaires et des espérances populaires, par les intrigués des élections périodiques, par les agitationf^ de la rue et des clubs. Mais en 1799 déjà, enthousiasme, agitations et inlrigues avaient fait place à la lassitude, au scepticisme, au besoin de jouir.

L'existence quotidienne et l'activité administrative des communes rurales se pourraient esquisser à Taide des cinq ou six douzaines de registres de délibérations et d'arrêtés que nous avons énaroêrés précédemment. Mais combien de communes qui ne possèdent aucune délibération des comités de ce temps I Et pour trois on quatre qui, comme Eymoutiers, Châteauponsac, Saint-Junien, ont conservé bon nombre de pièces volantes, combien d'autres qui ne peuvent rien produire à l'appui des délibérations connues! Il y a de ce côté, nous pouvons l'affirmer dès aujourd'hui, des lacunes considérables qui ne seront jamais comblées, si même elles ne vont pas s'augmenter encore.

Nous avons eu occasion récemment de montrer qu'à l'Hôpital général de Limoges les règles de la comptabilité publique avaient toujours été scrupuleusement suivies, que le Bureau et le personnel auxiliaire ne s'étaient jamais départis d'une sévère probité dans la gestion des intérêts qui leur étaient contiés. Il y aurait lieu de rechercher s'il en fut partout de même. Car de la réponse donnée à cette question dépendra le jugement d'ensemble à porter sur la moralité des hommes de cette génération.

Il ne faut pas s'étonner si,, dans cet enfantement d'un monde nouveau, les émeutes locales ont été nombreuses, une douzaine environ, plus nombreuses en dix années qu*en dix siècles de l'aneien Limousin. Ce fut comme la rançon des progrès accomplis.

Les pouvoirs locaux ont enregistré avec une parfaite régularité ces milliers de lois et décrets que leur adressèrent les assemblées délibérantes. Il est bien certain toutefois que beaucoup de ces actes législatifs restèrent lettre morte. Ainsi fut-il par exemple du décret des l"-2 août 4798 sur le système décimal et l'unité des poids et mesures. Les mœurs, les habitudes, les traditions ne pouvaient en effet se modifier sur un signe venu de Paris. Il serait instructif de rechercher d'autres exemples de ce genre, de savoir quelles protestations, quelles résistances la législation nouvelle trouva chez nous, et si le fonds psychique des habitants de notre région fut sensiblement modifié par ces dix années de tourmente politique, par cette transformation radicale des institutions publiques.

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