Les vœux de Vm IX
Reste à dire si tous les vœux des cabiers de 1789 furent écoutés et si la Révolution a rempli son programme. — Tant s'en faut. Le XIX*' siècle n'a d'ailleurs pas suffi à cetle tâche. Sans rechercher ceu^Lqni, pour une raison ou pour une autre, furent ajournés, nous nous bornerons à donner la parole aux hommes de ce temps en rappelant ici les vœux qu'émit en l'an IX le Conseil général de la Haute-Vienne, au nom de ses commettants (1).
P. 13). Les trois départements qui composent Tancienne province du Limousin ont été imposés d'après les anciens rôles. De là une surcharge énorme pour eux. On demande un dégrèvement sur la contri* bution foncière...
P. 27). On demande la suppression de la Direction des contributions. Les Conseils généraux pourraient être chargés des travaux de répartition; ils les adresseraient ensuite aux sous-préfels. Si la suppression ne pouvait avoir lieu, on demande un mode de répartition tel qu'il puisse parer aux abus.
P. 32). Améliorer le droit de passe.
P. 70). Le produit de ce droit (la taxe d'entretien des routesj ne peut remplir l'objet auquel il est destiné ; sa perception excite des murmures de toutes parts ; il entrave le commerce et donne lieu à des vexations ; jamais les routes n'ont été en si mauvais état. Le remplacer après la paix par la prolongation de la subvention sur les droits d'enregistrement et sur le timbre. Cette subvention dans le département pourra donner 180.000 francs et 17 à 18 millions pour toute la République.
P. 81). L'octroi fait disparaître le dénuement absolu des hospices ; mais il ne suffit pas à ceux de Limoges. Les autres hospices, celui du Dorât excepté, font face à leurs dépenses à l'aide de l'octroi.
P. 91). Conserver une fabrication de monnaie à Limoges, dont la position topograpbique et les relations commerciales sont très avantageuses.
(1) D'après V Analyse des procès-verbanx des Conseils généraux de département, publiée par ordre du ministre de Vlntérieur. — Session de Van 9, — A Paris, de Vimprimerie de la République, An X, (In-4* de x-838 p.).
La reproduction intégrale de ces vœux peu connus servira de justification à quelques-unes de nos assertions.
Nous ne nous dissimulons pas d'ailleurs que les procès- verbaux des Conseils généraux de Tan IX ont pu subir au ministère de riniérieur soit des coupures, soit des retouches, avant d'être livrés à la publicité. Le consulat de Bonaparte n'avait aucune propension à raviver le mouvement d'opinion de 1789.
164 SOURCES DE l'histoire DE LA RÉVOLUTION
P. 124). On pourrait parvenir à améliorer Tagriculture en offrant aux laboureurs des établissements où la pratique soit à côté du précepte. S'occuper de réformes dans la partie administrative serait aussi un encouragement à Tagriculture. Il y a un vice dans cette partie d'administration.
P. 142). Il y aurait des défrichements utiles à faire, mais personne ne paraît vouloir s'en occuper que d'abord les communications ne soient ouvertes de ville à ville et des villes aux grandes routes.
P. 165). Il serait très avantageux de former deux haras : l'un à Séreilhac, l'autre à Mortemart. Dans l'une et l'autre de ces villes, il y a des batimens commodes et spacieux ; il y a des prairies étendues et de bonne qualité.
P. 176). Deux établissemens pour l'éducation des bêtes à laine seraient une ressource pour l'industrie. Le sol et les pacages sont très favorables.
P. 258). Le commerce des bestiaux était autrefois la seule richesse des propriétaires de ce département ; mais l'impunité qui prépare les banqueroutes frauduleuses a détruit cette ressource.
P. 280). Il y a, dans ce département, des manufactures de cire qui rivalisent avec celles du Mans. Une prime d'encouragement serait nécessaire à cette branche d'industrie. — A Saint-Junien et à Saint- Léonard il y a des manufactures de pelleterie, ganterie et serges, qui sont très renommées. Les banqueroutes ont découragé l'industrie dans ces villes. — Le papier dit de Limogea, fabriqué à Saint-Léonard, a beaucoup de réputation. — La rareté du numéraire et la cherté des transports ont fait abandonner une manufacture de porcelaine établie à grands frais (1). — Les mêmes causes réduisent à rien la valeur des forges de Saint-Grieux (2).
P. 283). La multiplicité des foires est également nuisible au commerce, à l'agriculture et aux intérêts de tous : une longue expérience a démontré cette vérité.
P. 289). Les raisons qui firent abandonner la manufacture de porcelaine sont aussi celles qui firent cesser l'exploitation de deux mines d'antimoine (3).
P. 332). La situation des hospices commence à être moins affligeante; l'octroi fait disparaître cet état de dénuement absolu dans lequel ils ont gémi si longtemps; mais les sommes versées par l'octroi dans la caisse de l'hospice de Limoges sont encore bien au-dessous de ses besoins. On sollicite du gouvernement un secours de 60.000 francs. — L'hospice du Dorât est dans le même cas ; on demande aussi des secours pour lui ; on propose d'y réunir l'hospice de Bellac, qui y ver-
(1) Le texte ne dit pas en quelle localité. Il s'agit probablement de la fabrique de Saint-Yrieix (La Seynie), tombée en 1797.
(2) Il faut probablement corriger SAini-Yrieix. Voy. la SUtistique de 1808, p. 402.
(3) Situées près de Saint-Yrieix.