‹ Les sources de l'histoire du montanismeChapitre 20 sur 207 · ΤΠ DET · texte numérisé non relu

ΤΠ DET

Ibid. D, 130.) ΤΙΣ

OP'?c11. 7 D:M140.

Sources, p. 127.

TD À BR À D mm

LVIII INTRODUCTION

développement du Panarion était étroitement apparenté à l'ouvrage qu'Épiphane avait pris pour base. Ses procédés littéraires coutumiers, comme aussi l’espèce des arguments qu'il range en bataille, nous sont de sûrs garants de ce parallélisme.

VIT La digression des ὃ virr-1x.

L'excursus sur le jeûne et les secondes noces qui commence à la fin du ὃ vi lt et se développe au cours du ὃ ΙΧ requiert un examen particulier. Il brise la suite des idées dont le fil ne se renoue qu’au début du $ x, et en sa brièveté même 1] forme un tout, qui se distingue nettement de ce qui le précède et de ce qui le suit.

Ernst Rolffs 2 ἃ consacré à ce morceau une étude spéciale, où 1] s'inspire de certaines remarques de Voigt 3, mais en les systématisant et en leur donnant plus d’ampleur.

Sa thèse peut se résumer dans les propositions suivantes :

19 Le de Monogamia de Tertullien est une riposte à un écrit catholique où la discipline montaniste relativement à la réitération du mariage avait avait été vivement attaquée et traitée d’hérésie.

29 Cet ouvrage sorti des milieux catholiques antimontanistes est celui-là même dont Épiphane s’est servi dans le Panarion, XLVIII, vtr et 1x. Ce qui le prouve, c’est qu'on retrouve dans le de Monogamia les textes scripturaires dont Épiphane fait usage plus ou moins explicitement dans les deux paragraphes en question. Voici, groupés en tableau, les rapprochements proposés par Rolffs.

Tertullien. Épiphane.

AE NNTON NICE NT MD ἘΣΤΕ Pan., IX ; une allusion à Lewit., 25): Lens XXL TAE (TétérENCe ΧΧΙΡ τ Ξε enveloppe dans les donnée par (ŒHLER) ; mots 4 τὴν δὲ μονογαμίαν τιμᾷ JUS-

qu'à προδιετύπου. » (Sources, P. 120, 12-10).

1 Sources, p. 128, 1. 4 ets.

2? Urkunden.…, p. 55-109.

8 Versch. Urk., p. 42 ets.

INTRODUCTION LIX

Lib exe EPA Di 77e; Pan., 1X : Allusion à Z Cor.,

το Cor: "VII 80: VII, 39 dans la phrase « Εἰ δέ τις...

| ὃ χανὼν τῆς ἀληθείας... » (Sources, De120; ὙΘΕΈΖΏ);

CAMION ΧΙ ΡΟΣ ΒΡ 782, Πα ΙΧ es ΔΙ τὰ LT me

L 9 et s.). Allusion à 1 Tim., 1Π|, ΠΙ, x dans les mots τουτέστι τὸν μὴ

ΒΡ ΟΣ ΟΣ ὄντα ἱερέα (P. 129, 22) qui terminent

la phrase ci-dessus ; et déjà, un peu plus haut, dans les mots « ὡς χαὶ oi αὐτοῦ ἀπόστολοι JUSQU'À... διετάξαντο. »

(DIRE20 τς δ»

πε τι 1 ΤΟ δον κ στ RAn ΣΧ LE im στ οἱ Ὁ ΡΘΟΥΝ Πα τε ets. το ΣΝ

3° Outre ces rapports scripturaires, Rolffs (p. 63 et 5.) signale encore la parenté de certains raisonnements. Je résume également sous forme de tableau les analogies qu'il remarque.

ΠΣ ΓΟ Rive (El Sp:785; Pan., IX (Sources, pP. 129, 1. 1) « Quamdiu causabimus carnem, 4 et s.).

etc. » et l’allusion au jeune hemme, d'après MT., xIX, 16-22.

δ) sbid., xv (Œ., I, 785) la pre- Pan., Ν1Π (Sources, p. 128, 4

mière moitié du paragraphe. et s.) et au IX les mots « Oùror Ôë

xwAVouot x. τι À. » (P. 129, 23 et s.).

c) 1b1d., XV (Sources, P. 30, Pan., IX (Sourcëés, p.130,4ets.). τ 6Ὲ 92);

4° Enfin, après s'être attaché ainsi à décomposer le court passage d’'Épiphane et à montrer qu’on y trouve le programme des idées auxquelles Tertullien riposte, Rolffs se hasarde à nommer l’auteur de l'écrit exploité par Épiphane et réfuté par Tertullien : c’est sur Hippolyte de Rome qu’il fixe son choix (p. 100 et s.).

Cette thèse me paraît tout à fait inacceptable, et voici, point par point, les raisons qui me décident à la rejeter :

1° Rien, dans le de Monogamia, n'autorise à penser que Tertullien y combatte un adversaire déterminé, porte-parole de la grande Eglise et qui ait incriminé, en un ouvrage spécial, la discipline de la monogamie. Rolffs invoque « la forme précise de l’accusation » portée contre les mon- 5e

x INTRODUCTION

tanistes, telle que Tertullien la définit. C’est qu'avec ses habitudes de juriste Tertullien se plaît à classer, à organiser en quelque sorte, les griefs catholiques pour les réfuter plus commodément. En réalité, c’est à un parti, à un état d'esprit qu'il s’en prend, et non pas à un interprète unique de cet état d'esprit ou de ce parti. Il parle sur le ton d’un orateur qui discute les raisons qu’il ἃ entendu exposer ou qu'il sait en faveur chez l'auditoire auquel 1] s’adresse : nulle part il ne mentionne aucun écrit de polémique où la thèse catholique se serait exprimée à loisir.

Il ne faut pas se laisser tromper par ses façons si vives et si directes d’interpeller, à la deuxième personne, un antagoniste imaginaire. L'interlocuteur fictif est un procédé de discussion très ancien dans la langue latine : le moraliste, l’orateur, le dialecticien feignaient volontiers de s'adresser à un tiers indéterminé. On en a relevé des exemples de cet usage dans la comédie, chez Caton, chez Ennius, chez Lucilius, chez Lucrèce, chez Cicéron, chez Horace, etc. 1 La syntaxe latine, fort complaisante à l'emploi de la seconde personne ?, le favorisait ; et, par ce qu'il avait de pressant et de rapide, 1] plaisait aux Romains, accoutumés aux luttes politiques, aux altercations des tribunaux.

C’est de ce tour oratoire que Tertullien se sert dans le de Monogamia — comme aussi bien dans nombre d’autres traités. Il satisfaisait mieux que tout autre sa nature virulente et passionnée. — Parmi ces interpellations, 1] en est, dans ce traité même, qui ne ressortissent pas à l’expédient que je viens de définir : ce sont celles, par exemple, qu’il adresse à l'épouse chrétienne 3, ou à la « chair » 4 ou au lecteur lui-même 5. D'autres, et en grand nombre, visent le groupe psychique, comme animé des mêmes sentiments et des mêmes idées : celles-là sont le plus souvent à la troisième

1 Voir sur toute cette question, PAUL LEJAv, Œuvres d'Hovace, Satires, Paris, 1911, p. ΧΧΠῚ à XXVII : « Nous touchons ici, remarque M. LEJAY, une des différences capitales des littératures anciennes avec les nôtres. Nous écrivons dans le silence pour être lus dans le silence. Toute la littérature ancienne est faite pour être parlée. Toute œuvre littéraire de l’antiquité, si étrangère qu’elle soit à l’éloquence, est un discours suivi. » (p. XXI.) Cf. aussi BULTMANN, der Stil der Paulinischen Predigt u. die kynisch-Stoische Diatribe, Gôttingen, 1910, p. τὸ ets.

2 O. RIEMANN, Synt. lat., 4me éd., p. 255, 260.

$ $ ΧΙ; Auferens fe a lege (Œ., I, 783) ; deputareris ; deberes ; fe praeiudicat ; mortificata es ; recessisti (1b1d.).

4 $ xvir : Erubesce, caro... Sufficiat {101... Redi in Adam... Si in ïllo fuisti.. Exhibe tertium Adam. (Œ., I, 787.)

5 $ x11 : Audi et subtilissimam e contrario argumentationem.

INTRODUCTION LXI

personne 1. Il lui arrive aussi de faire allusion à telle argumentation hostile sans dire de qui elle émane ?. — Ces formes une fois éliminées, il subsiste un résidu important de sommations, de questions, de critiques qui semblent s'adresser à un être distinct et réel 8. Mais on aurait grand tort de confondre un spécieux artifice de langage avec la prise à partie d’un adversaire concret, stable et vivant.

29 Le parallélisme de textes et de raisonnements invoqué par KRolffs ne laisse pas de faire quelqu'impression au premier regard ; mais là encore il y a une fantasmagorie que l'analyse dissipe.

C’est ainsi que le premier rapprochement qu'il signale porte à faux. Il s’est emparé, sans la vérifier, de la référence Levit., XXI, 14 fournie par Œhler. Il est dit dans ce verset : « (Le Pontife) ne prendra point une veuve, et une femme répudiée, mais une jeune fille de son peuple. » Si c'est de là que Tertullien conclut à une loi de monogamie imposée par le Seigneur aux prêtres de l’ancienne Loi, il faut avouer qu'il commet un sophisme pur et simple. Ce sophisme, 11 n’y ἃ aucun motif de le faire endosser à Épiphane. Celui-ci pense, non pas à l’ancienne Loi, mais aux

1 $ 11 : Exprobrant... existimant (Œ., 1, 762). Le sujet est évidemment psychici qui figure quelques lignes plus haut, au $ 1.

$ VI : Prouocant (Œ., I, 768); non placent enim qgurbusdam monogami parentes, etc. (Œ., Ὁ 71.)

$ vir...Quidam interdum nihil 5101 dicunt esse cum lege... arripiunt (1, 770).

$ ΧΙ : Haec psychici uolunt apostolum probasse (1, 778).

SX -Adeo inquiunt. (1 781) ; δρια μος (1, 782).

$ XVI : Nubant igitur.. Adiciant tertium dictum (1, 786) [Ceci est une interpellation de Tertullien lui-même, à l’adresse de ses adversaires.]|

δ xvI1 : Habebunt plane (I, 787).

2 $ x : Video iam hinc nos ad apostolum prouocari (Œ., 1, 776).

PAS τι ΤΠ (CE. 1763)

$ 111 : Inquis (ibid.) ; aufer (1, 764) ; dicas (1bid.) ; retractares, persuadebis (1, 765).

$ IV : Sentias (1, 766).

$ v : A te (I, 768) ; elige ; fuae carnis ; sufficis ; uides (1b1d.).

$ VI : Te... exhibe (1, 769) ; sequeris ; reicis ; recipis ; admitte ; tueris ; teneris ; es ; circumcidaris ; sis ; eris ; habes ; disce ; intuleris ; es (1b14.) ; habes (1, 770).

Se A EMEA ESA E

ὃ ΧΙ : Nubas (1, 777); qualis es (#b1d.) ; recusasti (1, 778) ; elige ; praestes ; sapias ; taceas . silentium #uum ; promereberis ; obliuiscaris ; debes (1614). [Le vinctus es, etc., p. 779 est une simple traduction de 1 Cov., vit, 27-28]; accipe (1, 781); euertas (1b1d.).

ὃ ΧΙ : putas (I, 782) ; recede et a reliquis {μεῖς titulis. ; noli ; euasisti, psychice, si uelis ; praescribe (1b14.).

LX II INTRODUCTION

prescriptions de saint Paul (Cf. 7 Tim., 111, 2 ; Tate, 1, 6), où 1] lit le témoignage significatif de l’amour du « Verbe » pour la monogamie. Du même coup, le rapport entre Tertullien et Épiphane (ou plutôt entre Tertullien et la source d’Épiphane) s’évanouit.

Volontiers croirais-je aussi que les mots « τούτεστι τὸν un ὄντα ἱερέα 1» sont une réserve d’'Épiphane lui-même, et non pas seulement une réminiscence de 1 Tim., 111, 2, etc., extraite de la source qu’on lui suppose. Épiphane prend parti dans la question des clercs « digames », dont son époque se préoccupait ?. II y a là exception consciente, plutôt que transcription mécanique. |

Reste un certain nombre de textes communs à Tertullien et à Épiphane. En ces temps où toute discussion d'ordre moral ou théologique se ramenait à épiloguer sur les affirmations de la Bible, 1] est évident qu’on doit s'attendre à trouver chez deux auteurs traitant le même sujet les mêmes points d'appui scripturaires. Les Épîtres de saint Paul étaient l’arsenal où s’approvisionnaient les plaidoiries pour et contre l’ascétisme 3. Ces rencontres ne décèlent nullement une filiation, et il faut à Rolffs 4 un goût singulier de paradoxe pour soutenir, comme il le fait, que le plan du de Monogamia, si net, si fort, si bien articulé, ne se comprend qu’à la lumière de l'exposé d’'Épiphane, dans le Panarion XLVIII, viri-Ix.

Il n’y ἃ pas lieu, je pense, d’insister davantage sur la démonstration de Rolffs, non plus que sur certains points de contact hautement fantaisistes qu'il croit discerner entre le de Monogamia et d’autres parties du Panarion, XLVIIT : — il ramène ce chapitre tout entier à Hippolyte ÿ. — Ma conclusion sera celle-ci :

1 Sources, p. 129, 22.

2 Cf. VACANDARD, Εἰ. de critique et d'hist. relig., 116 série (1905), p. 75 et 5. Peu d’années après la rédaction du Panarion, le pape Innocent Ier (407-417) la tranchait dans le sens absolu préconisé par Épiphane. Cf. Ep., xnr, 2 (P. L., xx, 604).

3 Voy. par exemple les passages de saint Jérôme cités ACL, p. 491, et plus loin, p. LXI11, la note 2.

Op ΝΣ Ὅς

δ Ibid., p. 66 ets. Pour soutenir l'attribution à Hippolyte de l’ouvrage catholique qu’il imaginait, RoLFFs rencontrait une grosse difficulté. Au ὃ x1 du de Monogamia (Œ., 1, 780), Tertullien écrit à propos de 1 Cor., VII, 39 : « Sciamus plane non sic esse in Graeco authentico, quomodo in usum exiit per duarum syllabarum aut callidam aut simplicem euersionem : Si autem dormierit uir eius, quasi de futuro sonet... »

J'ai examiné longuement ce texte dans La Crise montaniste, p. 385 et s., et j'ai abouti à cette conclusion que l’usus critiqué par Tertullien est un wsus graecus, une correction erronée de la Bible grecque. — RoLFrFs, lui, croyait, comme beaucoup

INTRODUCTION LXIIT

Épiphane avait-il vraiment besoin de s’aider d’une « autorité » spéciale pour rédiger le morceau en litige ? Rappelons-nous à quel propos 11 l’a inséré dans son exposé. Il voulait démontrer que les prophéties du Nouveau Testament se sont historiquement réalisées. Parmi d’autres textes, un passage de la première Épître à Timothée (τν, 1 et 3) lui est venu à l'esprit. Ces versets lui étaient familiers : 1l les a employés ailleurs encore pour une démonstration du même genre, en vue d'expliquer le pullulement des hérésies, prédites dès longtemps par l’Apôtre 1. Or le verset 3, où se trouvent flétries les prohibitions illégitimes des doctrines de mensonge, se prêtait à une application directe aux sectes ascétiques. Si Épiphane avait été plus soucieux de composition exacte, il se serait refusé au développement facile qui s’offrait à lui. Mais ayant rencontré souvent dans ses rétorquations ce genre d'erreurs, 1l avait tout prêt son matériel d'idées et de textes 2, et 1l n’a pas su résister à la tentation de le mettre en œuvre. La digression est d’ailleurs peu adroite. Le Montanisme ne proscrivait certains mets à certains jours que pour des raisons de mortification, non par haine de la « matière ». De plus 1l condamnait les secondes noces, non le mariage en soi. Le texte de saint Paul frappait le Marcionisme ou l’Encratisme bien plus directement qu'il n’atteignait

d’autres critiques, que Tertullien s’adressait à des adversaires de langue /atine, qu’il rappelait au respect de la graeca ueritas. Le moyen, dès lors, d'admettre que Tertullien eût affaire dans le de Monog. à Hippolyte, lequel écrivait en grec et non pas en latin ? RoLFFSs avait bien aperçu l’objection (op. cit., p. 70). Il crut y parer en supposant que Tertullien se détourne un moment de son contradicteur (en l’espèce, Hippolyte, d’après la thèse de RozFrFs) et, cessant de s'adresser à lui, corrige en passant une traduction infidèle qui pourrait rendre inintelligible à ses lecteurs « psychiques » cette partie de son argumentation. Mais rien dans le morceau ne décèle cette trève momentanée, cette sorte de parenthèse. L’interpellation par où il se clôt : « Quauis accipe, dum cetera non ewertas » montre bien que Tertullien ne desserre nullement l’étreinte qu'il a nouée autour de cet antagoniste (fictif, selon mon estimation) en qui RorFrs voulait reconnaître Hippolyte. En interprétant comme il le faisait le de Mon., xt, ROLFFS portait donc à sa propre thèse un coup fatal. — Même si l’on écarte l'obstacle où 1] s’aheurtait (et c’est à quoi aboutit ma propre interprétation), cette thèse n’en demeure pas moins ruineuse pour les autres motifs ci-dessus allégués.

RP LS LIT tr Corp AC taer ll 404) LL RX VITE. XXI (ibid., 442).

2 I] utilise ailleurs 1 Tim., V, 11, contre les Hieracitae (Pan., LXVII, vi; Corp. Haer., ΤΙ, τι, 564), contre les Apostolici (Pan., LXI, vi; Corp. Haer., ΤΙ, τι, 206), contre les Saturnilianti (Pan., XXII, v ; Corp. Haer., IX, 1, 142) ; 1 Tim., V, 14 contre es À postolici (réf. ci-dessus) et contre les Saturniliani (1d.). Toutes ces sectes étaient

hostiles au mariage.

LXIV INTRODUCTION

le Montanisme 1. Épiphane laisse tomber la discussion sur le jeûne ; il l’entame sur la licéité du mariage en général ; ce n’est que vers le milieu du ὃ ΙΧ qu'il la restreint au seul article opportun, je veux dire à la juste tolérance de l’Église sur le point de la réitération du mariage. Les principes qu'il indique étaient des lieux communs de la polémique chrétienne : ils n’ont rien d’ésotérique ni d’original. Épiphane était assez documenté en un tel sujet pour marcher seul, et il est inutile de lui supposer une source particulière pour une page qu'il lui était si aisé de tirer de son propre fonds.

Les ὃ xIv-xv.

À partir du ὃ x1v, l'exposé d’'Épiphane change d’allure. Au lieu d’une discussion de détail et d’une exégèse de textes, le premier paragraphe nous offre des renseignements positifs sur le rôle attribué par la foi montaniste à la ville de Pépuze et sur la diffusion du Montanisme en Orient.

Lipsius 2? pense qu'Épiphane revient ici au Syntagma d’'Hippolyte qu'il aurait utilisé au début de son étude, puis abandonné ensuite pour une source plus abondante dans sa discussion sur l’extase prophétique. La raison qu'il invoque est la même qu’au chapitre Ier : à savoir l’analogie des indications fournies par Épiphane avec celles que donne Philastre, analogies qui impliquent, selon lui, l'exploitation d’un même modèle.

Que l’on compare les deux morceaux %, et l'on constatera que, s'ils renferment des données communes, ils présentent aussi certaines divergences. Prestige spécial de Pépuze, identification de cette ville avec la cité de Jérusalem, mystères propres aux montanistes, voilà sur quoi ils s'accordent. — D'autre part, Philastre mentionne l'usage du « baptême des morts », dont Épiphane ne souffle mot. — Il semble vouloir expliquer le caractère sacré de Pépuze, par le séjour qu'y firent jadis les protagonistes de la prophétie nouvelle. Épiphane l’attribue à la croyance, répandue

1 Ce qui excuse Épiphane, c’est que, dès longtemps, on avait un peu abusivement appliqué 1 Tim., IV, 3, aux montanistes. Cf. de Mon., χν (Sources, n° 34) ; et aussi Origène, de Princ., 11, ντὶ, 3 (n° 52), texte où, selon toutes les vraisemblances, il vise le Montanisme ; cf. A. RiTscHLr, Entstehung 5, p. 507, note.

2 Quellenkhr. des Epiph., p. 223.

8 Sources, p. 137, L 4 et 150, 1. 20.

INTRODUCTION LX V

parmi les montanistes, que la Jérusalem céleste y descendrait un jour. — Philastre appelle Pépuze τα, mot qui, dans la langue du IV® siècle, peut très bien signifier « bourg » ou même « ville » 1 : 1] n’ajoute à cette dénomination aucune remarque supplémentaire. Épiphane, lui, déclare que la ville n'existe plus, qu’elle ἃ été rasée, et qu'il ne subsiste en son lieu qu’un désert. — Épiphane lie la célébration des mystères montanistes en cet endroit à l'attente de la Jérusalem. Philastre établit moins nettement cette relation et se contente de noter la publicité anormale de ces rites. — Épiphane, enfin, signale seul la survie de la secte en Cappadoce, en Galatie, en Phrygie et surtout en Cilicie et à Constantinople.

Des deux hérésiologues, c’est Épiphane qui est le plus richement documenté. Son interprétation de la sainteté reconnue à Pépuze s'appuie sur l’oracle qu'il cite au début du chapitre ὃ XLIX, sur cette prétendue révélation reçue du Christ, à Pépuze même, par Quintilla ou Priscilla 3. Elle résulte d’un rapprochement personnel par où 1] éclaire une donnée qui était déjà fort ancienne, puiqu'elle apparaît chez Apollonius (ap. Eusèbe, V, xvir, 2) 8. — Le renseignement qu'il apporte sur la destruction de Pépuze est dû sans doute à un témoignage contemporain (νῦν δὲ ηδαφισμένην). Quelqu'affirmatif qu'il soit, on est en droit de se demander si ce témoignage n'était pas erroné ; ou si une intention apologétique ne lui aurait pas suggéré l’idée de cet anéantissement total, infligé à un foyer d’hérésie ; ou si encore il n'aurait pas interprété trop littéralement quelque propos mystique de Montan 4. En effet, peu d’années avant la rédaction du Panarion, en 356, c’est à Pepouza que (d’après un texte de Philostorgue) 5 fut exilé l’hérésiarque Aétius ; et, bien longtemps après Épiphane, on relève encore des témoignages qui certifient la survie de cette ville 6.

1 H. GoELZER, la Latinité de saint Jérôme, Paris, 1884, p. 272.

2 Sources, Pp. 139, 18.

ÉATbrd ED. 78,228:

4 C’est ce que paraît supposer BonwetscH (TU. I, 2 [1897], p. 76; cf. aussi ΟΜ, p. 78, n. 3) qui admet que Montan, par réminiscence de Apoc., XII, 14, avait parlé de conduire ses fidèles « au désert ». — Peut-être le mot était-il demeuré dans le langage habituel des montanistes pour désigner la région de Pépuze ?

5 H. E., IV, vii (J. Biz, dans CB [Leipzig, 1913], p. 62, 1. 21 ; P. ας, LXV, 521) «... τὸν δὲ ᾿Αέτιον... ὑπερόριον ἡ Πέπουζα τῆς Φρυγίας εἶχεν. »

6 Au VIesiècle Hiéroclès, dans son Synecdème (éd. A. BURCKHARDT, Leipzig, Teubner, 1893, p. 19) range Pépouza parmi les villes dépendant de l’’Exagyia de la Phrygie Pacatienne. — Dans la liste des participants à la 4° action du JIme Concile de Nicée (792) figure un Theophylactus, praeses Pepuzon (LABBE, Sacrosancia Concilia,

LXVI INTRODUCTION

Ce qui achève de démontrer qu’Épiphane s'était mis en quête d’indications sur l’état de la secte au moment où il écrivait, ce sont les termes par lesquels il en décrit la diffusion à travers l'Orient. Les repères qu'il marque sont ceux de la « diaspora » actuelle du Montanisme, et non point ceux de la répartition primitive.

On a, somme toute, l'impression qu’'Épiphane consigne dans ce paragraphe le résultat d’investigations personnelles, que Philastre reproduit en y ajoutant quelques données ou interprétations nouvelles. Rien n’oblige ni même n'autorise à y discerner une influence quelconque du Syntagma

Le paragraphe suivant, relatif aux « Tascodrugites » 1 se réfère probablement à la tradition orale : 1] est assez difficile d'expliquer autrement l'incertitude d’Épiphane sur la parenté de cette espèce hérétique avec celle des Phrygiens ou avec celle des Quintillistes. Le rapport de son exposé à celui de Philastre ? est assez énigmatique. Épiphane identifie les « Tascodrugites » et les « Passalorynchites » pour des raisons de sémantique, le second nom n'étant autre chose, selon lui, que l'équivalent grec du premier. Philastre différencie ces deux variétés. C’est à lui plus encore qu'à Épiphane que s’appliquerait la qualification décernée à Épiphane par Ernest Renan % «... rigoureux inquisiteur qui cherche tous les moyens d'enrichir son catalogue d’hérésies en faisant deux ou trois sectes avec une seule. » Philastre explique le caractère des Passalorynchites à peu près de la même manière qu'Épiphane, mais il ne les rattache ni aux TFascodrugites n1 même aux Phrygiens, et il donne des Ascodrugites (telle est la forme qu'il adopte) une étymologie et une description personnelles.

Ces divergences paraissent déceler, tant chez Épiphane que chez Philastre, l'exploitation de renseignements oraux.

Épiphane lui-même rapporte explicitement à la fama (notez le mot φασι) 4 les bruits relatifs au meurtre rituel qu’on attribuait à l’une ou l’autre de ces sectes et sous-sectes. Il ne sait s’il doit faire peser l’accusation

VIT [1671], p. 792). Dans Maxsi, Conc., XIII, 154, est mentionné en marge un Euthymius hegumenus Pepuzentium, avec cette mention « in ms Jol. additus » : il s'agit sans doute d’un manuscrit de Joly, chanoïne-chantre de l'Eglise de Paris.

1 Sources, p. 137, 1. 16.

Sources, n° 101.

L'Église chrétienne, p. 136.

4 Sources, p. 138, 14.

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