LXXXIV INTRODUCTION
1] utilise justement celui que nous possédons. Il y ἃ là une présomption favorable à l'identification. 3° D'autre part, dans une lettre adressée à Damase (Ép., XxXXVI, 16) 1, Jérôme rapproche le nom de Victorin de celui d'Hippolyte, à propos de l'interprétation de l'histoire d'Esaü et de Jacob : « Hippolyti martyris uerba ponamus, ἃ quo et Vaciorinus noster non plurimum discrepat, non quod ommnia exsecutus sit, sed quo possit occasionem praebere lectori ad intelligentiam latiorem... » Victorin avait donc fait à Hippolyte, dans ses traités exégétiques, certains emprunts où il le suivait de très près. Cette méthode d'utilisation est conforme à l’idée que l’on peut se former du rapport de l’Aduersus omnes haereses au Syntagma.
Ces observations sont ingénieuses. Notons pourtant que Harnack paraît moins complaisant à l'égard de sa propre conjecture qu'il ne l'était jadis. IT la qualifiait, dans son Histoire de l’ancienne littérature chrétienne (1893) ?, de « hôchst wahrscheinlich ». Dans sa Chronologie (t. IT [1904], p. 431), il s’est fait moins affirmatif. Il observe que le style de l’Aduersus omnes haereses n'est pas aussi mauvais que dans les morceaux qui appartiennent indubitablement à Victorin. Et surtout 1l avoue que la rédaction d'un tel opuscule est bien plus intellgible aux environs de 220 que si, l’imputant à Victorin, on la recule jusque vers la fin du 1118 siècle. :
On sent que Harnack est resté secrètement sensible aux objections que Lipsius lui avait opposées dès 1875 %, et que ses réflexions en ont plutôt accru que diminué l'importance. Comment admettre, demandait Lipsius, que le traducteur latin du Syntagma, si réellement 1] écrivait à une époque aussi tardive, ait su opérer les retouches dont l’Aduersus omnes haereses porte la trace, avec une telle sûreté de main, et en se garant de toute confusion entre les hérésies antérieures à Tertullien et les hérésies postérieures à lui? Déjà les Philosophoumena, encore que composés à
termitto Pharisaeos, qui additamenta | dam obseruationes superfluas nomen quaedam legis adstruendo a Tudaeis diuisi | quoque a dissidio susceperunt, quod
sunt, unde etiam hoc accipere ipsum quod habent nomen digni fuerunt, cum his etiam Herodianos qui Christum Herodem esse dixerunt : ad eos me conuerto qui ex euangelio haeretici esse uoluerunt.
Herodiani Herodem regem susceperunt pro Christo. Ad eos uenio haereticos qui euangelia laniauerunt.
'HILBERG MCV SOIN IV 0;
NCIS VEUT 3 Quellen ält. Ketz., p. 140 et 5.
INTRODUCTION LXXXV
Rome, laissent tomber le nom de la plupart des notoriétés hérétiques qui faisaient parler d'elles au début du IIIe siècle. Et l’on voudrait qu’un auteur venu quatre-vingts ans plus tard ait vu clair dans des souvenirs si vite brouillés ? Il aurait fallu pour cela qu'il eût trouvé ses points de repère dans les écrits de Tertullien : or Tertullien ne parle ni de Blastus, ni d'Eschine, ni de Théodote, et s’il mentionne Proclus (adu. Val., v), ce n'est nullement à titre d’hérétique. Il n’est qu'un contemporain de Tertullien pour avoir réalisé avec cette information et cet éclectisme le remaniement du Syntlagma.
Lipsius fait également remarquer que les additions introduites par l’auteur de l’Aduersus Haereses se rapportent à des hérétiques dont l’activité s'était déployée de préférence à Rome même, à la fin du IIe siècle et au début du IIIe L Il en concluait que l’opuscule avait dû être écrit dans cette ville. Harnack considère maintenant cette opinion comme vraisemblable, et donne à peu près gain de cause à Lipsius 3.
On rencontre dans les Phlosophoumena deux notices sur le Montanisme : Punerau-hvre VIT l'Autre au livre X'$, Cette dualité s'explique, si l’on se rappelle que le X£ livre donne, selon un ordre qui n’est pas toujours le même que celui qui se trouve observé dans les neuf premiers livres, une récapitulation sommaire des fausses doctrines déjà traitées par l’auteur.
Hippolyte a donc rangé le Montanisme parmi les « erreurs » qu'il énumère et stismatise. Il ne pouvait cependant le rattacher à celles dont il avait annoncé dans son Pyooemium qu'il s’occuperait spécialement à savoir les doctrines dérivées de la prétendue sagesse grecque, mère de sophismes et nourricière d’hérésies. Mais ce n’est là qu’une inconséquence parmi plusieurs autres : Hippolyte se montre peu exact à suivre son programme, puisqu'il parle aussi des sectes judéo-chrétiennes, des Encratites, des Quartodécimans, etc.
Une quinzaine d’années auparavant, dans son Synfagma, — à une époque où beaucoup hésitaient encore sur le compte du Montanisme --,
L Quellenkr. Epiph., p. 33-34; cf. Quellen ält. Το DM TAO! 2 Chron., II, 431.
# Sources, n° 58-59.
ΙΧΧΧΥῚ INTRODUCTION
Hippolyte n'avait pas balancé à prendre déjà parti contre lui et à y attacher la note d’hérésie 1. Une attitude si nette aurait dû détourner des critiques tels que Hilgenfeld et d’autres encore de se prévaloir d’une phrase obscure de Photius ? pour attribuer à Hippolyte des sympathies secrètes à l'égard de la prophétie nouvelle 3%. En réalité, Hippolyte en fut l'adversaire résolu 4.
Du Syntagma — en tant qu'il est représenté pour nous par l’Aduersus omnes Haereses de Pseudo-Tertullien — aux Philosophoumena, son opinion n’a guère varié. Le tableau suivant montrera les éléments communs aux
deux traités et aussi les parties propres à chacun d'eux.
Phlosophoumena, Adu. omnes Haereses (— Ps.- VIII, ΧΙΧ (Sources, p. 57). Tertullien) VII (Sources, p. 51). 19 Les montanistes se sont (Rien.)
laissés séduire par des femmelettes.
292 ΓΙ ΘΠ Les Apôtres ont reçu le Saint- Esprit et non le Paraclet.
ENoy-2plus haut DIEXXXIXeeLIS.
2 Sources, n° 214.
3 Ketzergesch., p. 572 : « Sein Urtheil war jedoch verhältnissmässig so milde, dass der Monophysit Stephanus Gobarus im 5 Jahrh. die betreffenden Ansichten des Hippolytus und des Gregorius von Nyssa einander als Gegensätze gegenüberstellen konnte. » CE. Lipsius, Ouwuellenkr. Epiph., D. 224; VoiGT, Versch = ΟΝ Ὁ 220— Photius indique bien (P. G., cII1, 1092) que Gobarus opposait les uns aux autres des témoignages contradictoires des Pères. Mais nous ignorons l’opinion que professait Grégoire de Nysse sur le Montanisme, et il est très possible qu'il n'ait différé d’'Hippolyte que sur une question d’ordre secondaire. — M. AcHELis déclare de son côté (TU., N. F., [1897], p. 188) que le fait qu’'Hippolyte ait combattu Caius démontre qu'Hippolyte était, au fond, favorable au Montanisme. Mais non! Nous savons que ce Caïius rejetait non seulement l’Apocalypse, mais aussi l'Évangile de Jean (cf. la Crise montaniste, Ὁ. 283 et s.) : fallait-il qu'Hippolyte le considérât comme intangible, sous prétexte qu’à une heure donnée Caius avait lutté à Rome contre le Montanisme ?
4 RorFFs a construit, avec les données les plus frêles, tout un petit roman sur le rôle d'Hippolyte dans la lutte antimontaniste à Rome (TU., XII, 7 [1895], p. 122 et s.). D’après lui, Hippolyte aurait obéi à la préoccupation que voici : ennemi du parti « modaliste » que conduisaient Calliste et Zéphyrin, hostile aux réformes laxistes que Calliste cherchait à introduire dans la discipline, il aurait cru nécessaire de rompre d’une façon éclatante avec les montanistes, dont le rigorisme pouvait paraître assez voisin des tendances austères dont 1] se constituait l’apologiste. Ce fut par le Syntagma qu’il se délia de toute solidarité compromettante avec eux. En même