‹ Les sources de l'histoire du montanismeChapitre 47 sur 207 · INTRODUCTION CXXXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION CXXXIII

Le chapitre xix de l’Zndiculus est emprunté pour moitié à saint Augustin avec quelques changements d’expression qui comportent des « jugements de valeur » et mettent en relief le caractère détestable de l'hérésie montaniste ; pour moitié au de Viris illustribus de saint Jérôme.

L'auteur ne s’attarde pas aux particularités dogmatiques de l’erreur phrygienne. Il va droit au meurtre rituel, qu’il présente comme un grief authentique sans l’atténuer d'aucun mot de doute. La description qu'il en donne procède de celle d’Augustin.

Dans la seconde partie du chapitre, l’anonyme utilise le ὃ ΧΙ, du de

à fait insignifiantes) la traduction que Jérôme y avait donnée d'Eusèbe, ἢ. £,., VV TT One ES RVAIIT ET:

Le chapitre xx relatif aux Artotyrites dérive du chapitre XxvII1 du de Haeresibus de saint Augustin, comme le prouve la phrase dicentes… celebratam qui représente une interprétation personnelle à Augustin.

Viris illustribus, et il transcrit (sauf quelques modifications tout

M. G. Krüger a conçu d’une autre manière la dépendance entre Augustin et l’auteur de l’Zndiculus 1. 1] place la rédaction de l’Zndiculus vers 400, une trentaine d'années avant le Liber de Haeresibus d’'Augustin. Voici les raisons qu'il allègue.

Il s'appuie en premier lieu sur le chapitre LxxxI du de Haeresibus Liber de saint Augustin. Augustin y remarque que ni Épiphane, ni Philastre n'ont rangé les Lucifériens parmi les hérétiques, ce qui lui donne à penser qu'ils les considéraient seulement comme schismatiques. Mais 1] ajoute ceci :

« Apud quendam tamen cuius nomen in eodem eius opusculo non inueni, in haereticis Luciferianos positos legi per haec uerba : Luciferiani, inquit, cum teneant in omnibus catholicam ueritatem, in hunc errorem stultissimum prolabuntur, ut animam dicant ex transfusione generari, eamdemque dicunt et de carne et de carnis esse substantia. »

Or, cette indication qu'il déclare avoir rencontrée chez un écrivain anonyme, nous la retrouvons mot pour mot au ὃ xxv de l’Zndiculus de Haeresibus. N'y a-t-il pas lieu de conjecturer que c’est là que saint Augustin l'avait recueillie ἢ

M. Krüger constate d’autre part que le pseudo-Hieronymus fait preuve d’une certaine personnalité dans le choix de ses sources. Ainsi, ce qu'il

1 Jbid., p. 65.

ΟΧΧΧΙΝ INTRODUCTION

dit au ὃ xx1v des Hieracitae (c’est des disciples d’Hieracas qu'il est question) paraît emprunté directement à la lettre d’Arius reproduite par Athanase dans son de Synodis 1. L'auteur semble connaître également le Περὶ 6y3o4d0c de saint [rénée, d’après le contenu de son $ vi, et il utilise, en plusieurs passages ($ II, XVII, XIX, XXX, XXXI, XXXIII), le de Viris sllustribus de saint Jérôme.

La démonstration de Krüger, pour habile qu’elle soit, ne me semble pas absolument convaincante. Le pseudo-Hieronymus a fort bien pu copier telle quelle, dans saint Augustin, la notice que celui-ci avait extraite d'un anonyme. D'autre, part 1] est le seul, avec Isidore de Séville, à mentionner les Genistae et les Meristae parmi les hérétiques antérieurs au Christianisme ?. L'interprétation qu'ils donnent l’un et l’autre des erreurs de ces deux sectes d’après l’étymologie de leur nom même est conforme aux habitudes d’Isidore, grammairien aussi impénitent que fantaisiste. Il est dès lors vraisemblable que Pseudo-Hieronymus utilise à Isidore, de même que dans les autres passages où 115 se rencontrent 3. L’Zndiculus doit donc être rejeté après le début du VIIe siècle.

Jean de Damas suit le Panarion d'Épiphane. C’est dans cet ouvrage

que pour les soixante-dix-neuf premiers chapitres de son Περὶ αἱρεσέων il s’est approvisionné presqu'uniquement. Ce qu'il dit du Montanisme procède αὐ αν. ΧΙΌΝΙ χιν VX LI οὐ MNantssSéedercore la partie de pure polémique et n'en a extrait que les renseignements les plus généraux. Il serait peut-être imprudent de considérer comme une donnée propre à Jean de Damas la détermination géographique de Pépuze : il est à craindre que Jean l'ait arbitrairement déduite du Pan., XLVIIT, XIV, là où Épiphane observe que la secte existe encore « en Cappadoce, en Galatie et en Phrygie4 ». La rencontre de ces trois noms chez Épiphane d’une part, chez Jean d'autre part (qui exploite Épiphane pour tout le

reste), légitime cette suspicion. Quant à la mention d’une « autre Pépuze »,

LES RVIO(P LC ARR RVIEMT QE)

2 Ps.-Hier., $ vi et vit; Isidore Hispal., ὃ vri-virr. Ces Πενισταί et ces Μερισταί sont nommés par saint Justin dans le Dial. avec Tryphon, LXXX, 4, et ne réapparaissent nulle part ailleurs.

# Ces analogies, pour la plupart très étroites ou même littérales, sont relevées par ŒHLER dans son édition de l’Indiculus. (Voy. ὃ X, XII, XV, XXXII, XXXIII, XXXIV.)

4 Sources, p. 137, 11 et 5.

INTRODUCTION CXXXV

outre qu'elle ne figure pas dans tous les mss (cf. P. G., xcIv, 707), elle est trop vague pour qu'on puisse en faire état.

La même prudence se recommande à l'égard du Libellus Synodicus d'après lequel Apollinaire aurait réuni à Hiérapolis un synode auquel vingt autres évêques auraient également pris part ; et c’est à bon droit que G. Salmon 1 et A. Harnack ? se montrent sceptiques. On sait que le Libellus, qui renferme des notices sur 158 conciles des neuf premiers siècles, fut apporté de Morée, au XVIEe siècle, par André Darmarios (origine quelque peu suspecte, au gré de Harnack) et vendu par lui à Jean Pappus (1549- 1610), théologien luthérien de Strasbourg 5; qui l’édita en 1601 avec une traduction latine. Il est probable que l’auteur de cette compilation a déduit son renseignement de l’A. E. d'Eusèbe # Au chap. V, xvi, 10, il est dit que « les fidèles d'Asie se réunirent souvent en de nombreux endroits d'Asie », et qu'après examen 115 retranchèrent de la communion les novateurs. Le compilateur aura jugé plus imposant de parler d’un imposant synode, sous la présidence d’Apollinaire. S'il nomme celui-ci, c'est sans doute que, donnant dans la méprise où tant de critiques sont tombés. après lui, 1l attribue à Apollinaire, et non pas à un anonyme, la narration incluse dans ce chapitre xvi. On remarquera qu’il confond Théodote, le montaniste, avec le monarchien Théodote (Θεόδοτος ὃ σχυτεύς) qui apparaît plus loin, dans Eusèbe, au livre V, xxvin, 6 et 9. La même méprise se trahit encore dans la notice suivante, où est mentionné un prétendu synode réuni par Sotas d’Achillée (il s’agit sans doute de Sotas d'Anchialos : Eusèbe, V, xIx, 3) et où surgit une indication hautement fantaisiste, celle des 878 Eons à propos desquels Montan aurait « dogmatisé ». Quant à l’histoire du Concile gaulois, c’est une déduction arbitrairement tirée de l'Histoire eccles. d'Eusèbe, V, πὶ, 4. Tout cela est suspect, erroné et ne mérite aucun crédit.

On ne connaît d'Honorius d’Autun ni la date de sa naissance m1 celle de sa mort : sa personnalité demeure fort obscure. Nous savons pourtant

LHDCB 1117038

AGIR Τίς

3 Voir, sur PAPPUS, HACKENSCHMIDT dans ΒΕ 8, XIV, 654.

4 Le procédé qui consiste à imaginer de la sorte synodes et conciles se répète souvent dans le Libellus. Voy. BONWETSCH, GM., p. 56, n. 2.

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