‹ Les sources de l'histoire du montanismeChapitre 6 sur 207 · TT · texte numérisé non relu

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On s'explique dès lors la pénurie de nos connaissances. Le peu qui subsiste des œuvres hétérodoxes n’a échappé que par d’heureux hasards à tant de causes d’anéantissement. C’est dans les réfutations catholiques que les plus importants fragments se sont conservés. La riche littérature polémique des premiers siècles n'offre souvent qu'un intérêt contestable là où l’auteur orthodoxe discute et réfute ; mais ce qui lui donne son meilleur prix, ce sont justement les « extraits » qui servent de points d'appui aux rétorquations 1. Certains hérésiographes, tel Épiphane de Salamis, en dépit d’une médiocrité quelquefois rebutante, ont rendu de grands

1 C'est à Épiphane que nous devons la lettre de Ptolémée à Flora, joyau de la littérature gnostique (Panarion, XX XIII, 111-VI1) et beaucoup d’autres pièces ou morceaux de moindre importance. Il y a dans Irénée, dans Clément d'Alexandrie, dans Origène, de nombreux fragments gnostiques (cf. P. G., VII, 1263-1322 ; STIEREN, éd. d’Irénée, I, 889-971 ; HILGENFELD, Ketzergesch., passim). Nous connaissons Celse par la réfutation d’Origène (cf. AUBÉ, La polém. païenne à la fin du deuxième siècle, Paris, 2136 éd., 1878 ; KoETScHAU, Jahrb. f. prot. Theol., XVIII [1892], p. 604-632, et Origenes Werke, I-II [1899], dans CB) ; Marcion par l’adu. Marcionem de Tertullien (cf. ZAHN, GK, II, 2 [1892], p. 409-529) ; Porphyre — un abrégé de son œuvre —-, par Macarius Magnes (telle est du moins la conjecture de HARNACK, ΤΊ], XXXVII, 4 [1911]) ; l'ouvrage de Julien l’Apostat contre les chrétiens par saint Cyrille d’Alexandrie, et subsidiairement par saint Jérôme, Théodore de Mopsueste, Arétas, Suidas (cf. NEUMANN, Script. graec. qui christianam impugnauerunt religionem quae supersuni, fasc. III, Lipsiae, 1880 ; quelques fragments nouveaux signalés dans RE 5, IX, 609, 1. 22 et s.) ; 1 ᾿Απολογίχ ὑπερ τῆς ἀπολογίας d'Eunomius par Grégoire de Nysse ; Pélage

par saint Jérôme, saint Augustin, Marius Mercator (cf. le groupement partiel dû à BRUCKNER, Quellen zur Gesch. d. pelagianischen Streites, Tübingen, 1906) ; 1 ᾿Απόδειξις περί τὴς θείας σαρχώσεως d’Apollinaire, par Grégoire de Nysse ; Jovinianus, par saint Jérôme et subsidiairement par saint Ambroise, saint Augustin, etc. (cf. HALLER, dans TU., XVII, 2 [1897]); Nestorius, surtout par saint Cyrille (cf. Loors, Nestoriana,

Halle, 1905), etc. Ce relevé est loin d’être complet.

XIV INTRODUCTION

services à l’histoire de la pensée chrétienne par leurs ciseaux diligents. — Quelques œuvres durent aussi leur survie à des malentendus, à des fraudes 1. D'autres demeurèrent comme enfouies dans des idiomes peu connus en dehors d’une étroite sphère, jusqu’au jour où les érudits modernes les en ont exhumées ?.

Ce ne sont point là les seules forces de conservation qui aient agi à ; mais bien plus nombreuses et efficaces ont été les forces de destruction #,

1 Outre leur intérêt romanesque, les Homélies Clémentines ont été certainement protégées par le nom de saint Clément. Les Canones in Pauli apostoli epistulas, de Priscillien, furent répandus sous le nom de saint Jérôme (Voir CV., XVIII, p. 340). Beaucoup d’écrits d’Apollinaire furent attribués à Grégoire le Thaumaturge, à Athanase, au pape Jules 11. L'auteur de l’opuscule Aduersus fraudes Apollinaristarum (P. G., LXXXVI, 1948) signale ces supercheries. Trois homélies de Nestorius ont été compilées dans le sermon Ἥλιος μέν de Pseudo-Chrysostome (P. G., Lx1, 683). Voir aussi pour 52 autres sermons de Nestorius l’hypothèse de P. BATIFFOL, Rev. biblique IX (1900), p. 329-353. D’après SALTET, (BLE, 1906, p. 300 et s.), les Lucifériens seraient les auteurs réels de deux lettres attribuées à Athanase (P. G., XXVI, 1187 ; CV, XI, 322 et s.) et du de Trinitate de Pseudo-Athanase (édition bénéd. [Paris, 1698], II, 601-622), etc.

2 La Pistis Sophia a été retrouvée dans un manuscrit copte saec. V ou VI, du British Museum. C. ScHMIDT a publié encore d’autres opuscules gnostiques d’après des manuscrits coptes (TU., VIII, 1-2 [1893]). Plusieurs sont actuellement inédits (cf. BOUSSET dans PAULY-WissoWA, art. Gnosis, col. 1504). FLEMMING et LIETZMANN (Abh. ἃ. kel. (τὸς. ἃ. Wiss. zu Gôttingen, Phil.-hist.-Rl., N. F., VIT, 4, Berlin, 1904) ont découvert des traductions syriaques de certains écrits ou fragments dogmatiques d’Apollinaire de Laodicée. Le Liber Heraclidis, de Nestorius à été publié et traduit d’après le syriaque par BEDJAN, BRIÈRE et NAU, en 1910, etc.

8 Théodoret, H. E., I, τν a inséré une lettre d’Arius. Il y a un formulaire arien dans Socrate, H.E., I, xxvi. Voir aussi Athanase, de Syn., νι; Sozomène, H.E.,II,xxvHr. — Les Actes du Concile d’'Ephèse en 431 ont conservé des citations de Nestorius : cf. Rev. biblique, IX, 331. Quelques textes hérétiques ont été sauvés aussi par les florilèges, où on les insérait pour compromettre tel adversaire en montrant la parenté de sa doctrine avec celle de dissidents notoires : voy. le recueil très caractéristique réédité en 1907 par FRANZ DIEKAMP, Doctrina Patrum de Incarnatione Verbi, Münster 1. ΝΥ. Il est composé d'extraits (plus ou moins authentiques, il est vrai) empruntés à Hébion, Paul de Samosate, Nestorius, Théodore de Mopsueste, Manès, Apollinaire de Laodicée, etc., pour faire pièce aux monothélistes.

# Parmi celles-ci, il faudrait compter encore les initiatives malencontreuses des copistes qui, au lieu de se contenter d’injurier en marge l’auteur suspect qu'ils transcrivaient (ne relève-t-on pas dans le Codex Paris. du Commentaire d’'Origène sur saint Jean, des notules telles que βλασφημεῖς, βλασφημεῖ, οὐαί σοι, ἀνάθεμά σοι, αἱρετιχέ ?), pratiquaient des coupures dans son texte. C’est ainsi que l’oracle de la prophétesse Prisca cité par Tertullien dans son de Exhort. Cast., X (ŒHLER, I, 752), ne figure plus que dans l’Agobardinus et a disparu de tous les autres manuscrits. — On notera que certaines œuvres aujourd’hui perdues existaient encore à

INTRODUCTION XV

— et de là des lacunes irréparables auxquelles l'intuition la plus divinatrice ne saurait suppléer.

Ces conclusions, d’un tour quelque peu pessimiste, conseilleraient, semble-t-il, l’agnosticisme, et devraient dissuader de tout exposé d'ensemble. En pratique, elles sont susceptibles d’être partiellement corrigées et adoucies. D'’espérer ressaisir en leur exacte tonalité les nuances morales ou doctrinales des hérésies primitives serait le plus souvent chimère. Mais par des voies indirectes, — par l’analyse littéraire des témoignages qui nous sont venus à leur propos ; par la confrontation de ces témoignages ; par le rapprochement minutieux de tous les indices propres à en éclairer l’histoire, — on peut encore pénétrer assez avant dans leur intelligence. Ne réussirait-on qu'à repérer les points décidément obscurs, les questions où 1] faut se résoudre à ignorer, cela même serait un gain, et non méprisable.

Le présent volume offre une collection des textes anciens relatifs au Montanisme. Ces textes sont d'importance très diverse. C’est à en évaluer l’autorité que je voudrais consacrer cette introduction. Quand nous aurons déterminé, autant que faire se peut, d’où proviennent les renseignements qui y sont inclus, le degré de confiance qu'ils méritent, la période à laquelle ils se réfèrent, les préoccupations particulières dont chaque auteur est animé, nous serons mieux à l’aise pour constituer avec les données reconnues valables une synthèse correcte de l’histoire du Montanisme.

une date assez tardive. Ainsi Photius possédait, au IXme s., un recueil de 40 lettres d’'Eunomius (BATIFFOL, Laitt. grecque, p. 276). BiDEZ et CUMONT (Rech. sur la tradition manuscrite des lettres de l’empereur Julien, Bruxelles, 1898, p. 132) estiment que la bibliothèque d’Aréthas, archevêque de Césarée (IXme-Xme s,) renfermait l’ouvrage de l’empereur Julien contre les chrétiens. Voir cependant NEUMANN, dans TLZ.,

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