‹ Les sources de l'histoire du montanismeChapitre 8 sur 207 · ΠΤ DATA · texte numérisé non relu

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2 M. SCHWARTZ (dans Paurzvy-Wiss., article Eusebius, col. 1398, et CB., Eusebius, III [1909], p. 30) suppose que ce détail inaccoutumé s’explique par le fait qu’au temps d’Eusèbe il y avait encore des montanistes, et que leur « réalisme enthousiaste » lui déplaisait particulièrement. — Mais d’autres sectes, celle des Marcionistes, par ex., gardaient aussi un grand nombre d’adeptes, et Eusèbe ne leur prête qu'une attention beaucoup moins soutenue.

8 « Vielleicht hat Eusebius als Historiker nirgendwo mehr gesündigt als ΗἹ1οὲ: Εοοΐ., Ν, Χιν-Χιχ νυ ΖΚΕα., 111 (1870), Ρ. 373.

4 TU., I, 1 (1883), p. 233 : « Apolinarius war ihm hôchst warscheinlich noch zu wenig entschieden. » Cf. Sources, p. 67, 23 ; 69, 11.

XVIII INTRODUCTION

en son nom personnel. L'œuvre de Montan est pour lui l'œuvre de « l’ennemi de l'Église de Dieu » ; et c’est à des « reptiles venimeux » qu’il compare les partisans du prophète et des prophétesses 1. Mais manifeste-t-1l à l'endroit de la secte une aigreur spéciale ἡ Prend-1l pour en parler un ton spécialement agressif ? Non pas. Il use simplement du vocabulaire sans aménité qui lui est habituel dès qu'il traite des groupements hétérodoxes 2. Il ne faut pas perdre de vue non plus que dans sa pensée, l’histoire qu’il raconte est une « démonstration évangélique » d’un genre particulier. Elle est le récit des étapes par où l’Église, fortement appuyée sur la tradition incarnée des évêques, éclairée par l’Esprit-Saint qui parlait en ses grands hommes, ἃ passé successivement avant sa réconciliation providentielle avec le pouvoir romain ?. Pénétré de cette constante préoccupation apologétique, comment ne détesterait-1l pas les hérésies qui en ont ralenti la marche et qui ont tenté de la faire dévier de la droite voie ? Aussi la secte de Simon est-elle pour lui une secte « immonde », dont les partisans se glissaient dans l’Église comme « une peste et une gale » pour infuser leur « venin » à ceux qui se laissaient corrompre ἢ. Ménandre ἃ été « l’instrument de la puissance diabolique », un « imposteur » dont le démon s’est servi pour ruiner les dogmes de l’Église 5. Au lendemain de la mort du dernier apôtre, les hérétiques se sont faufñilés en dehors de la « tanière » où ils étaient tapis et, profitant de la disparition des grands témoins de la prédication du Christianisme, ils ont essayé d’altérer la pureté de l’Église, jusqu'alors vierge et sans souillure$. La malice de Valentin fut cachée et sournoise comme celle d’un reptile qui se blottit dans un trou 7. — Dans les entreprises de ce genre, Eusèbe aperçoit toujours la main du démon, avide de ruiner les âmes et qui met tout en œuvre pour arriver à ses détestables fins 8. ΐ

2 Ce répertoire d’épithètes faisait partie depuis longtemps du style d’Église. νου. LELONG, lenace d’Antioche (Coll. HEMMER-LEJAY), 1910, p. XLI ; saint Cyprien, de Unit. Eccl., $ 111 ; 1x ; X, etc. TH. DE CAUzoNS, Hist. de l’Inquis. en France, 1 (1909), P'H25, 128 131-592; Re He ATeDer ΤΠ ELLE XVIA ISERE ΤΙ τ τ χι 7.: ὃ:

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INTRODUCTION XIX

Tel est son état d'esprit : 1l n'en a pas changé quand il à abordé l’histoire du Montanisme, mais 1l n'en ἃ pas non plus aggravé l’amère rigueur. Examinons par quelle méthode 1] ἃ traité cette histoire.

Donner la parole à Montan et à ses prophétesses, extraire de leurs écrits, 51 d'aventure 1] les avait sous la main, les passages les plus propres à faire connaître leurs idées, voilà à quoi 1l n’a sans doute point songé. Il n’est pas dans ses habitudes de citer textuellement les hérétiques, ni même de dresser le catalogue de leurs œuvres : c’est un honneur qu'il réserve systématiquement aux écrivains orthodoxes !, Un oracle de Maximilla 3, une prophétie de cette même Maximilla 8, voilà tout ce qu'il a recueilli d’originellement montaniste dans les sources qu’il exploitait ; et encore n’était-ce qu'en vue des discussions hostiles que ces citations amorçaient.

Π a donc cherché parmi les nombreux ouvrages consacrés à la réfutation du Montanisme ceux qu'il lui serait le plus avantageux de mettre à contribution. Il peut paraître surprenant qu'il ait laissé de côté l’œuvre d’Apollinaire, l'illustre évêque d’Hiérapolis, après un simple memento honorifique. J'ai dit quelle arrière-pensée de polémiste, M. Harnack a cru démêler chez Eusèbe à cette occasion. Mais 1] n’est pas nécessaire de [1] supposer encore plus d’étroitesse qu'il n’en ἃ manifesté réellement. Apollinaire avait écrit à l’aurore même du mouvement montaniste 4 Dès lors Eusèbe avait tout avantage à lui préférer des auteurs dont la rédaction beaucoup plus tardive était par là même tout autrement nourrie de renseignements sur les avatars de la secte.

Son choix ἃ été évidemment guidé par cette préoccupation : préoccupation d’historien soucieux de recueillir le plus possible de données positives. Et à ce souci 1] en faut joindre un autre : souci d’apologiste, heureux de découper les passages où la polémique des auteurs qu'il utilise dénonce avec le plus de force et de virulence les tares d’adversaires exécrés.

On pourrait évidemment souhaiter plus de détachement, plus de sérénité ; mais un tel état d’esprit n’est ni celui d’Eusèbe, ni celui d'aucun hérésiographe ecclésiastique. Prenons-en notre parti et rendons à Eusèbe cette Justice que, sans lui, les origines de la secte demeureraient enveloppées

SCHWARTZ, art. Eusebius (PAULY-WI1ss., col. 1398). Ν, ΧΥῚ, 17: SOUTCES Ρ. 74, 17.

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IV, xxvVIr (n° 67).

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XX INTRODUCTION

d’une impénétrable obscurité. Quelque chose, ici encore, doit lui être payé de cette « énorme dette de gratitude »! à laquelle, en dépit de ses insuffisances et de ses partis-pris, 1l s’est acquis tant de titres.

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