XII INTRODUCTION
que tout détenteur des livres de Nestorius 1 ou d’'Eunomius ? s’exposa à être frappé capitalement. La littérature montaniste elle-même — retenons le fait, qui nous intéresse spécialement en la présente étude — tomba sous le même ostracisme ÿ.
Il n’est pas douteux que ces mesures rigoureuses n'aient exercé leur effet, plus ou moins actif selon les contrées et selon le zèle ou l’apathie des fonctionnaires chargés de les appliquer.
Mais un autre facteur, beaucoup plus décisif, encore qu’indépendant de toute mauvaise volonté consciente, coopéra au même résultat.
Les livres hérétiques subirent le sort commun de cette littérature anténicéenne qui avait eu une efflorescence si remarquable, et dont pourtant un si petit nombre d'œuvres sont venues intactes jusqu’à nous. La sollicitude dont l'Église entoura l'Ancien et le Nouveau Testament ne pouvait envelopper tous les écrits de circonstance que suscitait la prédication de la foi chrétienne. Abandonnés à leur destin, ceux-ci ne survécurent qu'autant qu'on sentit le besoin de les faire durer en en copiant de nouveaux exemplaires. Or 1] était inévitable que, de la plupart, la curiosité du public chrétien se détournât peu à peu. Outre qu'ils portaient souvent l'empreinte de doctrines tombées depuis lors dans le décri (par exemple, le millénarisme), ils pouvaient paraître, au point de vue strictement pratique, faire double emploi avec les ouvrages de substance plus riche et de facture plus savante que l’époque ultérieure avait mis à la disposition des fidèles. ἃ quoi bon sauver les Χρονογραφία!, de Jules l’Africain, du moment qu'on avait à portée les Χρονιχοὶ Κανόνες d'Eusèbe ? Pourquoi transcrire les anciennes sources antihérétiques, Épiphane, l’érudit évêque, en ayant extrait tout le suc pour son Panarion ? Beaucoup d'ouvrages n'étaient plus demandés, on se lassa de les transcrire, et ils disparurent progressivement au bénéfice des écrivains « classiques » du IVe et du Ve siècles ; ou, bien pis, ils cédèrent la place aux florilèges et compilations byzantines. Ce qui est surprenant — selon la juste remarque d’Ehrhard 4 —,
d’une expulsion des Origénistes hors d'Alexandrie et hors de l'Égypte. Voy. BARONIUS- THEINER, Annales, ad Añn. 400, 33, 35 ; 403, 20.
1 Code Théod., XVI, v, 66.
2 Ibid, XNE ν 34.
3 Ibid. Voir plus loin Sources, n° 158.
4 Die altchristl. Litt. u. ihre Erforsch. von 1884-1900, Fr. 1. B., 1900, p. 600.
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