INTRODUCTION XIII
c'est que, parmi des conjonctures si peu favorables à leur conservation, des parties relativement importantes de la littérature chrétienne primitive aient réussi à se défendre de l’insouciance .des lecteurs et de l'injure du temps.
Donc, même à défaut de l’animosité spéciale qui travailla contre les livres sortis des sectes, il est probable que par l'effet du phénomène qui vient d’être caractérisé, la plus grande partie d’entre eux auraient glissé dans un oubli profond.
On s'explique dès lors la pénurie de nos connaissances. Le peu qui subsiste des œuvres hétérodoxes n’a échappé que par d’heureux hasards à tant de causes d’anéantissement. C’est dans les réfutations catholiques que les plus importants fragments se sont conservés. La riche littérature polémique des premiers siècles n'offre souvent qu'un intérêt contestable là où l’auteur orthodoxe discute et réfute ; mais ce qui lui donne son meilleur prix, ce sont justement les « extraits » qui servent de points d'appui aux rétorquations 1. Certains hérésiographes, tel Épiphane de Salamis, en dépit d'une médiocrité quelquefois rebutante, ont rendu de grands
? 1 C'est à Épiphane que nous devons la lettre de Ptolémée à Flora, joyau de la littérature gnostique (Panarion, XX XIII, 111-VI1) et beaucoup d’autres pièces ou morceaux de moindre importance. Il y a dans Irénée, dans Clément d'Alexandrie, dans Origène, de nombreux fragments gnostiques (cf. P. G., VII, 1263-1322 ; STIEREN, éd. d’Irénée, I, 889-971 ; HILGENFELD, Ketzergesch., passim). Nous connaissons Celse par la réfutation d’Origène (cf. AUBÉ, La polém. païñenne à la fin du deuxième siècle, Paris, 2me éd., 1878 ; KoETScHAU, Jahrb. f. prot. Theol., XVIII [1892], p. 604-632, et Origenes Werke, 1-11 [1899], dans CB) ; Marcion par l’adu. Marcionem de Tertullien : (cf. ZAHN, GK, II, 2 [1892], p. 409-529) ; Porphyre — un abrégé de son œuvre —, par Macarius Magnes (telle est du moins la conjecture de HARNACK, TU., XXXVII, 4 [1911]) ; l’ouvrage de Julien l’Apostat contre les chrétiens par saint Cyrille d’Alexandrie, et subsidiairement par saint Jérôme, Théodore de Mopsueste, Arétas, Suidas (cf. NEUMANN, Script. graec. qui christianam impugnauerunt religionem quae supersunt, fasc. III, Lipsiae, 1880 ; quelques fragments nouveaux signalés dans RE 5, IX, 609, 1. 22 ets.) ; l’’Amokoyix ὕπερ. τῆς ἀπολογίας d'Eunomius par Grégoire de Nysse ; Pélage par saint Jérôme, saint Augustin, Marius Mercator (cf. le groupement partiel dû à BRUCKNER, Quellen zur Gesch. d. pelagianischen Streites, Tübingen, 1906) ; 1 ᾿Απόδειξις περὶ τὴς θείας σαρχώσεως d’'Apollinaire, par Grégoire de Nysse ; Jovinianus, par saint Jérôme et subsidiairement par saint Ambroise, saint Augustin, etc. (cf. HALLER, dans TUÜ., XVII, 2 [1897]); Nestorius, surtout par saint Cyrille (cf. Loors, Nestoriana, Halle, 1905), etc. Ce relevé est loin d’être complet.