‹ Les sources de l'histoire du Montanisme, textes grecs, latins, syriaquesChapitre 117 sur 339 · CXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CXVI INTRODUCTION

— Puis, afin de donner à son travail une forte apparence dogmatique, il joint une discussion à l'exposé de la plupart des erreurs qu’il expose ou tout au moins 1l indique par qui elles ont été « condamnées », « anathématisées », ( vaincues », « punies ». Ces désignations sont faites en bon nombre de cas avec la plus audacieuse fantaisie. A l’en croire, les Secundiens auraient été combattus par un certain Diodore, évêque de Crète (8 ΧΙ 1) les Colorbasiens par Théodote, évêque de Pergame ($ xv) : les Aloges par l'évêque Philon (ὃ ΧΧΧ) ; les Théodotiens, par Craton, un évêque syriaque (ὃ xxx1n1) etc... Tous ces polémistes sont totalement inconnus par ailleurs. Et comment ne pas suspecter la bonne foi du Praedestinatus, quand on lit au ὃ vir que Barnabé, disciple du Christ, prouva que les Carpocratiens (Ire moitié du IIe siècle) étaient les ministres de Satan ; quand on voit au ὃ v l’apôtre Thomas anathématiser les Saturniniens ; au ὃ Χιν Clément de Rome (fin rer siècle) découvrir à ses ouailles les erreurs de Marcus (vers 180) et de ses disciples ; quand au ὃ ΧΥῚ le pape Alexandre (105-115 env.) apparaît brandissant « le glaive du Verbe divin » contre Héracléon (dont la propagande se place entre 145 et 180), etc. Le Praedestinatus connaît un Papias, prêtre d’Achaïe; un Denys, évêque de Jérusalem ; un Épiphane, évêque d’Ancyre ; un Théophile, évêque d’Apamée, etc. : en revanche, 1] ne nomme ni Hégésippe, ni Justin, ΠῚ Polycarpe, ni Jrénée, ni Clément d'Alexandrie, ni Firmilien de Césarée, ni Hippolyte, ΠῚ Denys de Corinthe, n1 Denys le Grand.

L'examen des réfutations que le Praedestinatus place sous l'autorité de tel et tel personnage ecclésiastique achève de mettre au clair sa méthode et sa loyauté. C’est là un travail qui a été fait de la façon la plus concluante par M. Alexandre Faure 1. M. Faure ἃ démontré que, soit que le Praedestinatus indique seulement le contenu de ces polémiques anti-hérétiques, soit qu'il prétende en donner des citations littérales, introduites par des mots tels que 2nquit, dicens, docens, et autres semblables, ce sont la plupart du temps ses propres vues qu'il confie ainsi à la tutelle des grands noms qu'il évoque. Le faux est chez lui une habitude et, pour ainsi dire, un système. Mais 1] n’a pas réussi à déguiser son style, et, outre bien d’autres indices, ses formules stéréotypées, ses tics de pensée, le trahissent ?.

L Die Waderlegung der Haeretiker im I. Buch des Praedestinatus. Inaug.-Diss., Gôttingen, 1903.

2 Voir la critique que donne FAURE des ὃ XIV, XV, XVIII, XXIV, XXV, XXIX, XLVII, XLVIII, et surtout des morceaux que le Praedestinatus attribue à « l’évêque

INTRODUCTION CXVIL

Un écrivain qui, prenant la peine d’énumérer ses sources (initiative rare chez les anciens), en cite d’imaginaires, en allègue d’autres qu'il n’a certainement pas consultées, et omet en revanche d'indiquer celles qu'il exploite effrontément ; qui, de plus, brouille à ce point la chronologie, la géographie ecclésiastique ; qui, enfin, cite comme textes authentiques des faux qu'il ἃ lui-même forgés, — cet écrivain-là ne se recommande que modérément à notre déférence.

Ce préambule établi, passons à l'étude des données que fournit le Praedestinatus sur le mouvement montaniste. Il y consacre quatre chapitres de son premier livre, à savoir les ὃ XXVI, XXVII, XXVINT, et LXXXVI.

La première moitié du chapitre XXVI, jusqu'aux mots Hactenus dixerim est à peu près calquée sur le chapitre correspondant du de Haeresibus Liber de saint Augustin. La ressemblance va jusqu’au détail et à l'expression. Le Praedestinatus s’est contenté d’ajouter une menue

observation Aug. XXVI. Pyaed., XXVI.

His nomen prouincia Phrygia … qui hoc nomen a prouincia dedit. non a dogmate adsumpserunt.

ΤΙ a laissé tomber un membre de phrase : « … Et etiamnunc in eisdem partibus populos habent. » Pour tout le reste, la parité est complète.

Vers le milieu du ὃ, l'exposé du Praedestinatus devient plus personnel, quoiqu'il demeure apparenté en certains points à celui d’Augustin 1: Sur le meurtre rituel imputé aux montanistes, il fait des réserves

Grégoire » — sans doute Grégoire de Naziance — (δ LXXIIT, LXXIV, LXXVI) et à Tertullien (ὃ Lx). On remarquera que l'hypothèse de A. HARNACK qui tire argument du Praedestinatus (ὃ XXXVIII), pour attribuer au pape Sixte II l’ad Nouatianum de Ps.- Cyprien (TU., XIII, 1 [1895]), sort fort compromise de la discussion de FAURE (voir surtout p. 14-15).

1 Ce qui prouve que le rapport subsiste, c’est τὸ la place donnée par le Praedestinatus à la question du meurtre.rituel. Elle correspond à celle que lui avait assignée Augustin dans sa propre notice ; 2° Le rythme du développement depuis les mots : « Qui cum ommnia bene et prime et incomparabiliter scripserit... » jusqu’à « recusamus », comparé à celui du ὃ LxxxVI de saint Augustin : d’abord des louanges au talent de l'écrivain, puis la détermination précise des erreurs qui l’ont séparé de la foi de l’Église. Il y ἃ donc, dans cette partie du chapitre xxvi du Praedestinatus, réminiscence du chapitre LXXXVI d’'Augustin.

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