INTRODUCTION CXIX
la nouvelle prophétie un Zbrum, — à condition d'entendre par ce mot, non pas un ouvrage développé, mais un opuscule de dimensions très modestes, peut-être même une simple lettre 1.
Si réellement il avait pris cette initiative, il serait naturel que Tertullien l’eût visé personnellement, au même titre que les autres ennemis de la secte qui lui était chère, — dans le de Ecstasi, par exemple, ample apologie en sept livres où 1l s'était donné la place de tout dire.
D'autre part, le chapitre 1 de l’aduersus Praxean de Tertullien incline certains critiques à ne pas sacrifier trop allègrement l'indication du Pyraedestinatus, où leurs combinaisons personnelles trouvent un appui. Je rappelle le texte même du morceau : « C’est Praxéas (affirme Tertullien) qui, alors que l’évêque de Rome reconnaissait déjà les prophéties de Montan, de Prisca, de Maximilla, et, en raison de cette reconnaissance, accordait la paix aux églises d'Asie et de Phrygie, l’obligea par ses rapports mensongers sur les prophètes eux-mêmes et leurs églises, et en alléguant les avis autorisés (des évêques), ses prédécesseurs, à retirer la lettre de paix qu'il avait déjà émise et à renoncer à son projet de recevoir les charismes. » L’évêque en question n’est pas nommé. Si on l’identifie avec Victor, comme le font Langen, Hilgenfeld, Zahn, Voigt, Monceaux, Preuschen, Esser ?, on est bien aise de rencontrer le témoignage du Praedestinatus qui permet de compter Soter, avec Éleuthère, parmi les praedecessores dont Praxéas avait invoqué l'autorité.
Au fond, c’est cette dernière raison qui a le plus contribué à conserver quelque crédit à la donnée du Praedestinatus. Sacrifier son affirmation, c'était compromettre une exégèse qui semblait bien aménagée.
Mais voici que les travaux de Schubert et de Faure nous imposent à l'égard du Praedestinatus une défiance dont auparavant on avait le pressentiment, sans doute, non pas pourtant au degré désormais requis 3.
Or, 1] faut observer qu'il se plaît à incarner l'orthodoxie militante dans la personne des évèques romains. Il fait pourfendre Ménandre par Linus ($ τῇ, Marcus par Clément ($ xiv), les disciples d’'Héracléon par
1 L'usage latin ne s’y oppose nullement. Voir FORCELLINI-DE VIT, Lexicon, 5. ἃ.
2 Voir la Crise montaniste, livre II, chap. τι, ὃ 1v.
# On mesurera le chemin parcouru en lisant les indulgentes appréciations que M. À. HARNACK portait en 1895 sur la véracité du Praedestinatus. Cf. TU., XIII, 1 p. 45 et s. — Le coup d’œil de LE NaAIN DE TILLEMONT avait été plus pénétrant. Il traite le Praedestinatus 4’ « ouvrage sans autorité... et qui est plein de fautes et d’ignorances. » (Mémoires pour servir à l'hist. ecclés., 2mMe éd., 1701, t. II, p. 43.)