‹ Les sources de l'histoire du Montanisme, textes grecs, latins, syriaquesChapitre 124 sur 339 · CXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CXXIV INTRODUCTION

son prêtre tertullianiste, anecdote dont il est l'unique garant. Il y aurait, dans cette unicité de témoignage, de quoi éveiller une certaine suspicion. Pourtant M. von Schubert (qui, d'ordinaire, perce fort bien à jour les petites fourberies du Praedestinatus) ne voit pas de raison décisive de la rejeter. Il observe 1 qu'on n’y peut apercevoir aucune trace des préoccupations et visées dogmatiques propres au Praedestinatus. Il est exact, en effet, qu à ce point de vue le récit paraît vierge de toute arrière-pensée. — M. von Schubert note également que les allusions historiques sont correctes. Il écrit : « Die allgemeinen Daten sind richtig. Im Jahre 387/8 nahm Maximus, dessen Haupistitze der Franke Arbogast war, Italien und Rom in Besitz, liess aber gegen Theodosius im folgenden Jahre Leben und Herrschaft. » Je crains que Schubert ne répète par inadvertance une erreur du Praedestinatus lui-même, qui représente Arbogast comme « tout puissant auprès du tyran Maxime ». En réalité, c'était sous les enseignes de Théodose que guerroyait Arbogast, à titre de magister militum ὃ. Loin d’être le favori de Maxime, 1] fut son plus redoutable ennemi 3, et il acheva la victoire de Théodose sur Maxime en dispersant, après la mort de celui-ci, l’armée qui tenait encore en Gaule sous la conduite de Victor, le fils de l’usurpateur 4. Le Praedestinatus renouvelle un peu plus bas sa méprise, quand 1] parle du châtiment dont fut frappé « le satellite de Maxime, de la puissance duquel se prévalait » le prêtre tertullianiste. D’après le contexte, ce « satellite » ne peut être un autre qu'Arbogast. Or Arbogast ne fut nullement puni pour une rébellion qu'il n'avait n1 approuvée ni soutenue, et que, bien au contraire, il avait contribué à étouffer ; à telle enseigne qu'en quittant l'Italie pour Constantinople, au printemps de 391, Théodose le laissa comme conseiller auprès de Valentinien II, qui n'avait alors que dix-neuf ans.

Le rôle d’Arbogast par rapport à Maxime est donc entièrement faussé dans la narration du Praedestinatus. 11 est très probable, selon l'hypothèse de Tillemont 5, que le Praedestinatus a confondu Maxime avec Eugène.

1 Op. cit., p. 69 et 5. — De même G. SazMoN, DCB, III, 838, qui observe que cette notice « has the air of being more historical than the bulk of the stories resting on the authority of the author ». SALMON est d'ordinaire fort peu indulgent à l'égard du Praedestinatus.

2 Philostorgius, H. Ἐπ X, vin; Zosime, Hist. noua., IV, LIT, 1.

$ Orose, VILIL, XXXV, 12.

4 νου. RAUSCHEN, Jahrbücher der christlichen Kirche unter dem Kaiser Theodosius dem Grossen, Ἐς i. B., 1897, p. 283.

5 Mémoires, etc. [1701], III, 232.

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