XX INTRODUCTION
d'une impénétrable obscurité. Quelque chose, ici encore, doit lui être payé de cette « énorme dette de gratitude »1 à laquelle, en dépit de ses insuffisances et de ses partis-pris, 1] s’est acquis tant de titres.
Jetons maintenant un coup d'œil sur le contenu des documents mis en œuvre par Eusèbe.
En ce qui regarde les chapitres XVI et ΧΥΠΙ du livre V, il est une question qui se pose préalablement.
L'auteur de ces fragments figure dans la plupart des récentes histoires de la littérature grecque chrétienne sous la rubrique « Anonyme » 2. Cette étiquette n’est pas une invention toute moderne. Des critiques déjà un peu anciens, tels que l'historien allemand Gottfried Centner, dans une dissertation de 1738 8, avaient déjà reconnu qu'Eusèbe exploite un auteur qu'il ne nomme pas. | |
Des tentatives ont été faites pour identifier cet auteur : examinons
les plus spécieuses et voyons à quels résultats elles ont abouti 4.
A) Saint Jérôme déclare au ὃ xxxvit de son de Vir. 1llustribus que Rhodon composa, parmi d’autres écrits « aduersus Cataphrygas insigne opus ». Un peu plus loin, au ὃ ΧΧΧΙΧ, il ajoute que dans cet opus antimontaniste était cité un certain Miltiade, lequel combattit les mêmes adversaires.
Si l’on tient compte de ce fait que Jérôme puise chez Eusèbe toutes les données de sa courte notice sur KRhodon 5, on est bien obligé de reconnaître en cet 2nsigne opus l'ouvrage d'où Eusèbe a tiré les morceaux des
1 « the enorme debt of gratitude which we owe to him » (LIGHTFOOT, art. Eusebius, DCB., II, 324).
? ACL., I, 240; Chron., I, 364; AKL., I, 523 ; BATIFFOL, Lift. grecque, p. 103.
3 Recueillie par ŒHLER, Tertullianti quae supersunt omnia, 111, 515 ets.
# Je néglige, comme purement fantaisiste, l'opinion de PITRA (Spicil. Solesm., IT, p. vin), qui songeait à Méliton ; pareïillement la conjecture proposée par Lipsius dans Quellenkr. des Epiph., p. 225 (= Miltiade), puis désavouée par lui dans les /ahrbücher für deutsche Theol., 1869, p. 158, et que DE SOYRES a cependant reprise, Montanism and the prim. Church, London, 1879, p. 27 ets.
5 Cf. ὅτ. v. SycHowsxti, Hieronymus als Litterarhistoriker, Eine Quellenkritische Untersuchung der Schrift des πὶ. Hieronymus de Viris illustribus dans les Kirchengeschichtliche Studien, herausg. von KNÔPFLER, SCHRÔRS, STRALEK, II Bd. I Heft, Münster i W., 1894, p. 127.