‹ Les sources de l'histoire du Montanisme, textes grecs, latins, syriaquesChapitre 32 sur 339 · INTRODUCTION XXXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXIII

Or le trait caractéristique du prophète selon la tradition chrétienne, c'est que, loin de parler en extase et hors de soi, 1] garde constamment l’entier équilibre de son esprit et la pleine intelligence de ses paroles. Épiphane apporte l'exemple d’Isaïe, d'Ézéchiel, de Daniel ($ 111) et ἢ] oppose leur belle maîtrise d'eux-mêmes au trouble qui domine, de l’aveu même de Montan, l'esprit du prétendu voyant montaniste. Les textes scripturaires où les Phrygiens croient trouver appui pour justifier l’extase dont s'accompagne la vaticination de leurs prophètes ne disent pas ce qu'ils leur font dire. Ils commettent un contre-sens sur le mot exfase, là où l’Écriture l’emploie. L’extase d'Adam, dans Genèse, 11, 21, c’est l’extase du sommeil, non point l’extase de l'intelligence ($ 1V) : le mot marque seulement la suspension momentanée de l’activité des sens ($ v). Mais Adam gardait la libre disposition de ses facultés, comme le prouvent les paroles qu'il articule au moment de son réveil ($ vi). Aïlleurs, chez le Psalmiste (Ps. cxV, 11) 1l s’agit d’une extase d’étonnement ; chez saint ΤΕΣ Γ 75 2x Tr), Al 'enwva desmêémeAbrahanr (Ce. XV, 13)/connut l’extase de la crainte. Mais chez tous la raison demeurait inentamée (ὃ vit).

Certains faits tirés du Nouveau Testament attestent que, sur ce point, il y a entière conformité entre l’ancienne et la nouvelle Loi ($ vrrr). Épiphane cite l'épisode de l’Ascension et affirme que les apôtres entendirent en pleine possession d'eux-mêmes l'avertissement de deux anges (Actes, 1, 11). Il rappelle une fois encore l’attitude de saint Pierre, lors de sa vision (Actes, X, 14). — Les exemples suivants n’ont pas la même portée que ceux qui viennent d’être énumérés. Il a défini jusqu'ici l’état d’esprit du prophète orthodoxe, son parfait sang-froid, le contrôle qu'il garde constamment sur lui-même. Brusquement 1] passe à une autre série de preuves, et montre par l’exemple d’Agabos, des prophètes d’Antioche, et de saint Paul, que les vaticinations incluses dans le Nouveau Testament ont toujours été justifiées par l'événement.

Vers la fin du même paragraphe 1, il amorce, à propos de la « prophétie » articulée par saint Paul, 1 Tim., 1V, 1, une discussion particulière qui constitue hors d'œuvre en sa place. En face des rigueurs montanistes relatives à l’usage de certains mets et à la réitération du mariage, il exalte la prudence, la longanimité de l'Église (1x).

Au début du $ x, 1l revient, avec l’exemple de saint Jean dans l’Apo-

1 Sources, p. 128, 4.

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