INTRODUCTION LI
la νέα προφητεία 1 — opposèrent à leurs adversaires une distinction fondamentale. Oui, sans doute, la prophétie avait toujours été admise parmi les chrétiens : mais encore fallait-il que le prophète prouvât qu'il était réellement inspiré de Dieu. D’après le conseil de l’Écriture (Mr., vit, 15-24 ; ἘΠῚ ΟΡ x, 10 ; ΤΟΤΕ ΑΝ mr) c'est par-ses actes, par ses « fruits » qu'il convenait de le juger. Or, les formes même dont s’enveloppait la prophétie phrygienne, — ce désordre physique, ces transports, cette abolition de la personnalité du pseudo-voyant — apparurent en complet désaccord avec la plus authentique tradition ecclésiastique. On en conclut qu'elle procédait du démon. — Le problème de la nature de la véritable prophétie devint ainsi l’un des plus débattus dans la polémique qui s’ouvrit. L'Anonyme cité par Eusèbe le trancha nettement contre les montanistes ?. De même un certain Miltiade, dans un traité spécial Περὶ τοῦ μὴ δεῖν προφήτην ἐν ἐχστάσει λάλειν 3, lequel provoqua une riposte montaniste. Quelques indices permettent de penser que Méliton, évêque de Sardes, Clément d'Alexandrie, peut-être aussi Hippolyte, s’en occupèrent pareillement. Tertullien le jugea assez important pour y consacrer un ouvrage en six livres, le de Ecstasr, malheureusement perdu, et pour y revenir à plusieurs reprises, en de brèves discussions, dans d’autres traités postérieurs à son adhésion au Montanisme 4.
Il ne semble pas que cette controverse sur la qualité de l’extase montamiste, et sur la valeur religieuse de l’extase prophétique en général, se soit prolongée au delà du premier tiers du I11me siècle. Tous les arguments valables avaient été échangés de part et d’autre, et d’ailleurs le péril montaniste était clos. ê
À plus forte raison était-elle dénuée de tout intérêt d'actualité vers la fin du IVme siècle, au moment où Épiphane écrivait son Panarion. Sous des étiquettes diverses, les « Cataphrygiens » se perpétuaient obscurément en des groupements assez inoffensifs qu’Épiphane lui-même avait quelque peine à distinguer les uns des autres. Il est douteux qu'il eût pris la peine de tirer de son propre fonds, contre des adversaires fantômatiques, une argumentation aussi abondante, aussi hérissée de textes, que celle qui se déroule en ce chapitre XLVIII du Panarion. Mais du moment que les
1 Cf. Sources, p. 71, 16 et s. ; 77, τὸ et s. ; 80, 26.
2 Sources, p. 77.
Abd PET, 26. et 15.
Sur toutes ces questions, cf. la Crise montaniste, p. 162 et 5.