LX INTRODUCTION
tanistes, telle que Tertullien la définit. C’est qu'avec ses habitudes de juriste Tertullien se plaît à classer, à organiser en quelque sorte, les griefs catholiques pour les réfuter plus commodément. En réalité, c'est à un parti, à un état d'esprit qu'il s’en prend, et non pas à un interprète unique de cet état d'esprit ou de ce parti. Il parle sur le ton d’un orateur qui discute les raisons qu'il ἃ entendu exposer ou qu'il sait en faveur chez l’auditoire auquel 1] s'adresse : nulle part 1] ne mentionne aucun écrit de polémique où la thèse catholique se serait exprimée à loisir.
Il ne faut pas se laisser tromper par ses façons si vives et si directes d'interpeller, à la deuxième personne, un antagoniste imaginaire. L’interlocuteur fictif est un procédé de discussion très ancien dans la langue latine : le moraliste, l’orateur, le dialecticien feignaient volontiers de s'adresser à un tiers indéterminé. On en a relevé des exemples de cet usage dans la comédie, chez Caton, chez Ennius, chez Lucilius, chez Lucrèce, chez Cicéron, chez Horace, etc. 1 La syntaxe latine, fort complaisante à l'emploi de la seconde personne 2, le favorisait ; et, par ce qu'il avait de pressant et de rapide, 1] plaisait aux Romains, accoutumés aux luttes politiques, aux altercations des tribunaux.
C’est de ce tour oratoire que Tertullien se sert dans le de Monogamia — comme aussi bien dans nombre d’autres traités. Il satisfaisait mieux que tout autre sa nature virulente et passionnée. — Parmi ces interpellations, il en est, dans ce traité même, qui ne ressortissent pas à l’expédient que je viens de définir : ce sont celles, par exemple, qu'il adresse à l'épouse chrétienne 3, ou à la « chair » 4 ou au lecteur lui-même 5. D'autres, et en grand nombre, visent le groupe psychique, comme animé des mêmes sentiments et des mêmes idées : celles-là sont le plus souvent à la troisième
1 Voir sur toute cette question, PAUL LEJAY, Œuvres d'Horace, Satires, Paris, 1911, p. ΧΧΠῚ à XXVII : « Nous touchons ici, remarque M. LEJAY, une des différences capitales des littératures anciennes avec les nôtres. Nous écrivons dans le silence pour être lus dans le silence. Toute la littérature ancienne est faite pour être parlée. Toute œuvre littéraire de l’antiquité, si étrangère qu'elle soit à l’éloquence, est un discours suivi. » (p. xXV1.) Cf. aussi BULTMANN, der St der Paulinischen Predigt u. die hynisch-Stoische Diatribe, Gôttingen, 1910, p. 10 ets.
? O. RIEMANN, Synt. lat., Ame éd., p. 255, 260.
3 $ x111 : Auferens ἔθ a lege (Œ., I, 783) ; deputareris ; deberes ; ἐδ praeiudicat ; mortificata es ; recessisti (1b14.).
4 ὃ xvir : Erubesce, caro... Sufficiat tibi.. Redi in Adam... Si in illo fuisti... Exhibe tertium Adam. (Œ., I, 787.)
5 $ x11 : Audi et subtilissimam e contrario argumentationem.