INTRODUCTION LXIII
Épiphane avait-il vraiment besoin de s’aider d’une « autorité » spéciale pour rédiger le morceau en litige ? Rappelons-nous à quel propos il l’a inséré dans son exposé. Il voulait démontrer que les prophéties du Nouveau Testament se sont historiquement réalisées. Parmi d’autres textes, un passage de la première Épître à Timothée (τν, 1 et 3) lui est venu à l'esprit. Ces versets lui étaient familiers : 1] les ἃ employés ailleurs encore pour une démonstration du même genre, en vue d'expliquer le pullulement des hérésies, prédites dès longtemps par l’Apôtre 1 Or le verset 3, où se trouvent flétries les prohibitions 1llégitimes des doctrines de mensonge, se prêtait à une application directe aux sectes ascétiques. Si Épiphane avait été plus soucieux de composition exacte, il se serait refusé au développement facile qui s’offrait à lui. Mais ayant rencontré souvent dans ses rétorquations ce genre d'erreurs, 1] avait tout prêt son matériel d'idées et de textes ?, et il n'a pas su résister à la tentation de le mettre en œuvre. La digression est d’ailleurs peu adroite. Le Montanisme ne proscrivait certains mets à certains Jours que pour des raisons de mortification, non par haine de la « matière ». De plus 1l condamnait les secondes noces, non le mariage en soi. Le texte de saint Paul frappait
le Marcionisme ou l'Encratisme bien plus directement qu'il n’atteignait
d’autres critiques, que Tertullien s’adressait à des adversaires de langue latine, qu’il rappelait au respect de la graeca ueritas. Le moyen, dès lors, d'admettre que Tertullien eût affaire dans le de Monog. à Hippolyte, lequel écrivait en grec et non pas en latin ? ROLFFS avait bien aperçu l’objection (op. cit., p. 70). Il crut y parer en supposant que Tertullien se détourne un moment de son contradicteur (en l'espèce, Hippolyte, d’après la thèse de RoLFrFs) et, cessant de s'adresser à lui, corrige en passant une traduction infidèle qui pourrait rendre inintelligible à ses lecteurs « psychiques » cette partie de son argumentation. Mais rien dans le morceau ne décèle cette trève momentanée, cette sorte de parenthèse. L’interpellation par où il se clôt : « Quauis accipe, dum cetera non ewertas » montre bien que Tertullien ne desserre nullement l’étreinte qu'il a nouée autour de cet antagoniste (fictif, selon mon estimation) en qui ROLFFS voulait reconnaître Hippolyte. En interprétant comme 1] le faisait le de Mon., xt, ROLFFS portait donc à sa propre thèse un coup fatal. — Même si l’on écarte l’obstacle où 1] s’aheurtait (et c’est à quoi aboutit ma propre interprétation), cette thèse n’en demeure pas moins ruineuse pour les autres motifs ci-dessus allégués.
Ne ans LRRNILE τ (Corp Haer.r τ 404; LXXKVITE,: ΣΣΠῚ (zbid., 442).
? Il utilise ailleurs 1 Tim., V, 11, contre les Hieracitae (Pan., LXVII, vi; Corp. Haer., II, 11, 564), contre les Apostolict (Pan., LXI, vi ; Corp. Haer., II, 11, 206), contre les Saiurniliant (Pan., X XIII, v ; Corp. Haer., II, 1, 142) ; I Tim., V, 14 contre es À postolici (réf. ci-dessus) et contre les Saturniliant (id.). Toutes ces sectes étaient hostiles au mariage.