INTRODUCTION LX V
parmi les montanistes, que la Jérusalem céleste y descendrait un jour. — Philastre appelle Pépuze μία, mot qui, dans la langue du IVE siècle, peut très bien signifier « bourg » ou même « ville » 1 : 1] n’ajoute à cette dénomination aucune remarque supplémentaire. Épiphane, lui, déclare que la ville n'existe plus, qu’elle a été rasée, et qu'il ne subsiste en son lieu qu'un désert. — Épiphane lie la célébration des mystères montanistes en cet endroit à l'attente de la Jérusalem. Philastre établit moins nettement cette relation et se contente de noter la publicité anormale de ces rites. — Épiphane, enfin, signale seul la survie de la secte en Cappadoce, en Galatie, en Phrygie et surtout en Cilicie et à Constantinople.
Des deux hérésiologues, c’est Épiphane qui est le plus richement documenté. Son interprétation de la sainteté reconnue à Pépuze s'appuie sur l’oracle qu'il cite au début du chapitre $ XLIX, sur cette prétendue révélation reçue du Christ, à Pépuze même, par Quintilla ou Priscilla 2. Elle résulte d’un rapprochement personnel par où il éclaire une donnée qui était déjà fort ancienne, puiqu'elle apparaît chez Apollonius (ap. Eusèbe, V, Χν͵ΠΙ, 2) 3. — Le renseignement qu'il apporte sur la destruction de Pépuze est dû sans doute à un témoignage contemporain (νῦν δὲ ἡδαφισμένην). Quelqu'afñrmatif qu'il soit, on est en droit de se demander si ce témoignage n'était pas erroné ; ou si une intention apologétique ne lui aurait pas suggéré l’idée de cet anéantissement total, infligé à un foyer d'hérésie ; ou si encore 1] n'aurait pas interprété trop littéralement quelque propos mystique de Montan 4. En effet, peu d'années avant la rédaction du Panarion, en 356, c'est à Pepouza que (d’après un texte de Philostorgue) 5 fut exilé l’hérésiarque Aétius ; et, bien longtemps après Épiphane, on relève encore des témoignages qui certifient la survie de cette ville 6.
1 H. GOELZER, la Latinité de saint Jérôme, Paris, 1884, p. 272.
? Sources, Ὁ. 139, 18.
HIDE paye; 28:
# C’est ce que paraît Supposer Bonwerscx (TU. I, 2 [1897], p. 76; cf. aussi GM, p. 78, n. 3) qui admet que Montan, par réminiscence de Apoc., XII, 14, avait parlé de conduire ses fidèles « au désert ». — Peut-être le mot était-il demeuré dans le langage habituel des montanistes pour désigner la région de Pépuze ?
MEN er (fBroez dans: CBfheipzis 1ou31; p.62: 1:27; P;:6G:, Ex, 521) «... τὸν δὲ ᾿Αέτιον... ὑπερόριον ἡ ΠΠέπουζα τῆς Φρυγίας εἶχεν. »
6 Au VIesiècle Hiéroclès, dans son Synecdème (éd. ἃ. BURCKHARDT, Leipzig, Teubner, 1893, p. 19) range Pépouza parmi les villes dépendant de 1 ᾿παρχία de la Phrygie Pacatienne. — Dans la liste des participants à la 45 action du IIme Concile de Nicée (792) figure un Theophylactus, praeses Pepuzon (LABBE, Sacrosancta Concilia,