LX VIII INTRODUCTION
On a l'impression, en lisant les indications si curieuses recueillies par Épiphane dans ce chapitre XLIX, qu'il les doit à des renseignements oraux, et qu'il a tiré ces détails des récits qui couraient sur ces milieux hétérodoxes, sur leur hiérarchie anormale, sur le rôle considérable que les femmes y jouaient, etc. Observons en effet 1° que l’organisation qu'il décrit au ὃ 11 m'est pas primitive. Ni Ps.-Tertullien ni Philastre n’y font allusion. On peut inférer de là que le Syntagma d'Hippolyte n’en parlait pas non plus. Tertullien lui-même aurait-il défini comme il le fait la place qui convient à la femme dans l’Église 1, si les prophétesses de Montan eussent notoirement rempli les fonctions dont il refuse l’exercice au sexe féminin ? Respectueux coinme 1] l’est des coryphées du Montanisme, 1] se serait vu obligé de renier toutes ses idées antérieures en la matière, et c'est ce qu'il ne fait pas. Par là même 1] nous est indirectement garant que l’organisation dont Épiphane retrace le tableau représente en tous cas un stade assez tardif. 2° Les formules dont se sert Épiphane conduisent aussi à penser qu'il rapporte des faits connus de lui par simple oui-dire, et qui ont trait à un état contemporain. Ces indications, coupées de doutes et de réserves, des expressions telles que « Οὐχ ἔχω ἀχρίβως λέγειν 2..., Διό φασι χαὶ ἄχρι τῇς δεῦρο 8... οὐ πᾶνυ δὲ σαφῶς οἷδα 4.., ταῦτα ἐστιν ἃ χατειλήφαμενϑ», révèlent les tâtonnements d’une enquête difficile qui opère non pas sur des documents écrits, mais sur des rapports purement oraux. Les arguments qu'Épiphane prête à la secte, et par où celle-ci justifiait, croit-il, l'admission des femmes dans le clergé (exemple d'Éve, de la sœur de Moïse, des filles de Philippe), sont assez simples pour lui être arrivés par cette voie. Il n’y a de difficulté que pour le petit récit du songe survenu, à Pépuze même, à l’une des prophétesses. Épiphane paraît le citer textuellement : (’Ev ἰδέα, φησὶ, γυναιχός... ». Mais c'est peut-être fiction littéraire. En réalité, il ne sait même pas à qui il doit l’attribuer 6, et cette hésitation donne au passage la même tonalité que le reste du chapitre. Il n’y a donc pas lieu de supposer avec Voigt et Harnack une source écrite, d'origine inconnue, d’où procéderait cette partie de l'exposé d'Épiphane. L’hypothèse n’est pas indispensable : faisons-en l’économie.
1 Voy. la Crise montaniste, livre III, chap. 1, ὃ 111. ? Sources, P. 139, 21.
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4 Ibid., p. 140, 6.
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