‹ Les sources de l'histoire du Montanisme, textes grecs, latins, syriaquesChapitre 8 sur 339 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

ne le recevez pas dans votre maison, ne lui dites pas même « salut ». Car celui qui dit « salut », communique à ses œuvres mauvaises. » En cette prescription se résume excellemment l'esprit dont furent constamment animés les chefs et les guides des Églises 1. Se sentant charge d’âmes, ils avaient mesuré la faiblesse du commun des âmes et ne croyaient pas à la vertu de la libre discussion : « Nam et multi rudes, constate Tertullien ?, et plerique sua fide dubü, et simplices plures quos instrui, dirigi, muniri oportebit. » Non moins que la lecture des livres païens 3, celle des livres hérétiques fut interdite en principe 4. Il va de soi que les doctes qui entreprenaient d’en fournir la réfutation, un Justin, un Tertullien, un Hippolyte, étaient bien obligés de les compulser. Pareille nécessité s’imposait souvent aux évêques, par devoir d'état : mais avec quelle antipathie précautionneuse 115 en usaient alors, comme honteux de se fourvoyer en si détestable compagnie 5! Pour le gros des fidèles, l’abstention faisait loi.

Cette hostilité systématique mit obstacle à la diffusion des livres hérétiques ; elle leur ferma l'entrée de telle bibliothèque où 115 auraient trouvé abri6, et elle en, compromit la transmission aux générations ultérieures.

D'autre part, l’inimitié des pouvoirs publics, postérieurement à l'édit de Milan, leur fut souvent meurtrière. « Intercipere scripta et publicatam

1 Cf. Didaché, x1, 2; l’anecdote relative à Polycarpe, dans Eusèbe, H. E., V, xx, 7; Tertullien, de Praesc., passim (voir mon introduction à ce traité, dans la collection HEMMER-LEJAY, Paris, 1907, p. ΧΙ et s.). 2De Res. 8. τ (KK., D. 28,129); CESCOrD A RENE DETAILS TOR 8 Const. apost., 1, vi (FUNK, 13 [1905], p. 13) «... τῶν ἐθνιχῶν βιβλίων πάντων ἀπέχου ». Cf. 4me Concile de Carthage (398), c. xvi, dans Gratien, c. 1, dist. XXXVII « ut episcopus gentilium libros non legat, haereticorum autem pro necessitate et tempore ». A. HARNACK, Mission. u. Ausbr. des Christ., 1 ?, 256. 4 Const. Apost., VI, XVI (FUNK, 1 3, p. 339). Défense de lire «βιβλία τῶν ἀσεβῶν », en particulier les apocryphes de Simon, de Cléobius, d’autres encore. 5 Aveu caractéristique de Denys d'Alexandrie, dans Eusèbe, H. E., VII, vu, 1-3. Denys confesse qu’il s’est « souillé l’âme » à lier commerce avec les doctrines hérétiques. Un de ses prêtres lui déconseillait ces investigations malsaines ; et il n’a fallu rien de moins qu’une vision d’en haut pour le décider à les poursuivre. 5 Par exemple, celle que Pamphile constitua à Césarée (Palestine), et qui fut à Eusèbe d’un si grand secours pour son Histoire ecclésiastique. Cf. HARNACK, ACL... p. XXIX et 544. — Pourtant d’après une anecdote racontée par saint Augustin (Breuic, coll. cum Donatistis, III, ἈΠ), les bibliothèques des Églises en contenaient parfois un certain nombre, soit comme témoins des doctrines réprouvées, soit pour les soustraire à de coupables curiosités : HARNACK, ACL., p. xxx.

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