‹ Les Sources de la Virulence RabiqueChapitre 15 sur 53 · LES CORPS DE NÉGRI · texte numérisé non relu

LES CORPS DE NÉGRI

Dès 1886, Babès (1) découvrait dans les cellules nerveuses de l’homme et des animaux morts de rage, des éléments figurés hyalins se colorant bien par les couleurs d’aniline, d’un volume variable, entourés d’une zône pâle, à l’intérieur desquels l’on observait souvent de petites granulations.

Il représentait ces petits corps en 1890 dans un A/las du système nerveux et en 1892 dans les Annales de l’Institut Pasteur dans un travail sur les lésions rabiques (2).

Toutefois, ne les ayant pas décélés dans tous les cas de rage, Babès ne leur avait pas attribué alors une grande importance.

Au mois de mars 1903, Negri rendait compte à la Société médico-

a BAbés Taratmangol a Wesszeltségrôl, Orvosi hetilap, 1886, (2) Annales de l'Institut Pasteur, 1892. Sur cerlains caractères des lesions histolosiques de la rage.

chirurgicale de Pavie de sa découverte dans les cellules nerveuses des chiens ayant succombé à la rage, surtout dans les cellules des cornes d'Ammon, de formations particulières qu'on ne retrouvait pas dans d’autres maladies. De dimensions variant de 1 à 27 w ces éléments, le plus souvent intracellulaires, présentaient une structure vacuolaire.

Leur forme, assez variable, correspondait à leur situation au sein de la cellule nerveuse. D'ordinaire arrondis, Ces corps minuscules pouvaient être ovalaires du fait du voisinage du noyau cellulaire et l’on rencontrait dans les prolongements des cellules nerveuses des formes allongées. Les inclusions vacuolaires des corps observés par Negri offraient des dimensions inégales ; des inclusions volumineuses se rencontraient au sein de petits corpuscules tandis que les plus gros pouvaient montrer une couronne de petites vacuoles en entourant une ou deux assez grandes.

Ces formations furent retrouvées par Négri dans les cellules de Purkinje d’une femme morte de rage et considérées par ce savant comme des protozoaires. -

Accueillie d’abord avec quelque réserve, cette découverte fut confirmée par de nombreux savants italiens : Daddi (137 observations), Bertarelli, Volpino, Celli, d'Amato, Martinotti, Luzzani et Machi (197 observations), etc.…., allemands : Schüder, Maresch, Bohne (170 observations) ; anglais ou américains : Frottingham, A. Williams et Lowden, Poor, etc.

Ces auteurs adoptèrent l'hypothèse de la nature parasitaire de ces corpuscules. Certains les mirent en évidence dans presque tous les cas de la maladie ; dans la rage des rues comme dans la rage de passage à virus fixe, la rage à virus fixe présentant toutefois des corpuscules plus disséminés et moins volumineux que ceux dus au virus des rues (Negri, Baschieri, Bohne).

Malgré la très grande fréquence avec laquelle l'on trouve les corps de Négri dans presque tous les cerveaux rabiques et bien que l’on ait d’abord pensé qu'ils représentaient le parasite de la rage, l'on a dû ultérieurement reconnaître que ces figures particulières ne sont pas spécifiques de cette infection.

Pace, en 1904, dans le cerveau de trois personnes mortes d’embolie cérébrale, d'insuffisance aortique et de vieillesse, trouve des corpuscules identiques à ceux de Négri.

A Pavie, Lina Luzzani a observé, en 1905, que le chat peut, à l'état normal, présenter des corpuscules de Négri sous une forme typique, d'où obligation, lors de constatations de ces images dans les ganglions du cadavre d'un chat suspect, de faire malgré tout suivre l'examen histologique de l’inoculation critère,

Poor, en 1906, rencontre sur un cobaye tétanique, dans les cellules de la corne d’Ammon, à l’intérieur des noyaux, de très petites inclusions semblables aux formes les plus minuscules des corps de Négri.

Enfin, Babès, dans un cas d'intoxication par l'arsenic voit que certaines cellules des ganglions spinaux renferment des éléments très analogues à ceux Ctudiés par Négri.

Ces constatations, rassemblées au Congrès de Lisbonne, par Carlos França, permettaient à ce savant de conclure que, pour être extrêmement fréquents dans la maladie, les corps de Négri ne pouvaient être considérés comme rigoureusement spécifiques de la rage.

D'autre part, et ainsi que le fait observer le Dr A. Marie dans son Elude exp ‘rimentale de la rage, Remlinger met en évidence l'absence de rapport entre la distribution des corpuscules de Négri et celle du virus rabique. Il y a même une relation inverse entre la virulence de la maladie et le nombre de ces éléments, ceux-ci étant plus abondants dans la rage des rues.

De même. dans le bulbe et la protubérance, points des centres nerveux riches en virus, les parasites de Négri sont rares ou absents alors que leur siège d'élection se trouve être dans les cellules de Pürkinje du cervelet ou les cellules pyramidales de la corne d’Ammon de l'écorce cérébrale, endroits où le virus rabique est relativement peu abondant.

Pirone n'a jamais trouvé de corps de Négri ailleurs que dans le cerveau. C’est en vain qu’il les a systématiquement recherchés dans l’hypophyse, les glandes surrénales, le foie, le pancréas, la rate et les glandes salivaires. Il n’estime pas qu’il puisse y avoir une relation entre eux et les modes de dégénérescence des cellules nerveuses et il leur attribue une valeur presque absolue au point de vue du diagnostic, en tout cas beaucoup plus grande que celle qu'il convient d’accorder aux lésions périvasculaires et péricellulaires de la moelle allongée (nodules de Babès) ou aux altérations des ganglions spinaux dues à l’infiltration cellulaire (nodules de Van Gehuchten et Nelis).

Il convient toutefois de connaître que l’un des arguments que l’on a souvent fait valoir contre l'interprétation parasitaire des corps de Négri el qui est leur absence dans le virus fixe est à présent sans valeur, depuis les travaux de Manouélian.

Ce chercheur a, le premier, montré dans la rage à virus fixe la présence de granulations particulières fort minuscules remplissant en nombre considérable le corps et les gros troncs protoplasmiques des cellules nerveuses. è

Examinant ensuite trois virus des rues différents provoquant les uns et les autres des lésions très riches en corpuscules de Négri et

p0 LES SOURCES DE LA VIRULENCE RABIQUE

procédant avec ces virus à trois séries de passages par le cerveau du chien, ce même savant a vu déjà, dès le second passage, les corps de Négri diminuer de plus en plus en nombre, n’observant plus à l’intérieur des cellules nerveuses que de petites formations contenant un nombre fort réduit d’inclusions.

Sanfelice fait remarquer que si l’on trouve régulièrement les corps de Négri chez presque tous les êtres vivants tombés malades de la rage des rues ; tels que l’homme, le chien, le cheval, les bovidés, les pores, la chèvre, le chat, le cobaye, le rat, l’oie, le canard, la poule, l’on ne peut, en revanche, jamais les mettre en évidence chez les jeunes pigeons. Selon cet auteur, la structure intime des corps de Négri est plus compliquée chez certains animaux hibernants tels que le hérisson, le muscardin, que chez les espèces non hibernantes.

Dans le cytoplasme des cellules nerveuses, chez le hérisson qui vient de succomber à l'injection sous dure-mérienne de virus des rues, il a pu constater l'existence d’inclusions d’origine cytoplasmique, à bords irréguliers, absentes chez les mammifères et très exceplionnelles chez les oiseaux

Enfin, il faut aussi rappeler que dans 37 glandes sous-maxillaires virulentes, Gansimeyer n’a pu trouver le moindre corpuscule de Négri alors qu’il recherchait ceux-ci systématiquement.

Acton et Harvey (1) ont fait de minutieuses recherches histologiques sur la présence et l’apparition des corpuscules de Négri chez différents animaux atteints de rage ou d’autres maladies.

fs ont étudié des cerveaux d'hommes, de chevaux, bœufs, chèvres, singes, lapins, cobaves, chiens et chacals morts de rage, des cerveaux de chiens normaux et des cerveaux d'animaux inoculés soit avec du venin de vipère et de cobra, soit avec de la toxine tétanique ou du bacille pyocyanique vivant en émulsion.

Ils ont conclu que les « chlamydozoa » de la rage n'étaient pas de nature parasitaire, mais constituaient une formation périnucléaire ayant au centre un noyau fragmenté. Pour Acton et Harvey, les corpuscules de Négri ne sont pas autre chose que des modifications pathologiques de la cellule nerveuse.

Pour tous ces motifs et comme l'ont fait remarquer en 1924, dans une revue de la question, MM. Panisset et Verge (2), si l’on tient compte aussi de la filtrabilité du virus qui comporte avec elle l’idée d’indivisibilité, l’on admettait alors, d’une manière courante, que les corps de Négri ne sont que les Lémoins de la réaction de la cellule nerveuse à l'égard du virus rabique. |

(1) Parasilology (vol. IV, n° 3, 1911 el vol. V, n° 4, 1913.) FR(2) Revue générale de médecine vétérinaire, 1924 : Recherches récentes sur la nature du virus rabique,

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