LES ESSAIS DE CULTURE
Cette revue sur le virus rabique ne serait pas complète si nous ne rappelions les tentatives de multiplication dont il a été l’objet.
Au commencement de 1912, Noguchi entreprit de résoudre ce problème, non encore abordé jusque là. Environ cinquante séries de culture furent faites avec le cerveau et la moelle enlevés aseptiquement de lapins, de cobayes et de chiens auxquels on avait inoculé du virus des rues, du virus de passage et du virus fixe, les animaux ayant été éthérisés généralement très peu de temps avant leur mort. Or, Noguchi vit se produire dans ses préparations des granulations minuscules et des corps pléomorphiques chromatoïdes un peu plus
gros qui, à la suite de repiquages, reparaissaient dans les nouveaux .
ensemencements pendant de nombreuses générations.
En plusieurs occasions, Noguchi observa, en outre, des petites formations nucléées rondes ou ovales, entourées de membranes, qui différaient totalement des corpuscules granulaires plus petits.
Aucune des formes mentionnées ne se développa dans les différents autres milieux essayés par l’auteur. Celui-ci, en inoculant des cultures contenant les éléments granulaires pléomorphiques ou nucléés, reproduisit la rage chez des chiens, des lapins et des cobayes, comme l'ont prouvé les symptômes typiques et les inoculations positives aux animaux.
De leur côté, Steinhardt, Poor et Lambert, en employant la méthode de Harrison pour cultiver les tissus in vitro, c’est-à-dire en immergeant à 370 dans le plasma sanguin de l'animal des fragments de son cerveau, ont fait de nombreuses préparations, colorées par le procédé de van Gieson, en partant de cerveau neuf, de cerveau récemment inoculé avec le virus rabique, enfin de cerveau rabique.
Ils ont pu remarquer avec du cerveau neuf de chien, six jours après la mise à l’étuve, dans quelques cellules considérablement agrandies, aussi bien du côté du noyau que du côté du cytoplasme, des produits de dégénérescence absolument comparables aux petites formations de Négri des cobayes rabiques. Parfois ces corps étaient entourés d’un anneau granuleux bleuâtre semblable à celui des éléments rabiques. Enfin l’on pouvait aussi colorer en bleu des corps basiques au centre de ces formations spéciales.
Aucune multiplication de ces pseudo-corpuscules de Négri n’a pu
(1) Panisset et Verge, loc. cit,
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être par .eux observée, Dans des expériences ultérieures V. Moon, par contre, les aurait vus se multiplier à 38°.
Kraus et Barbara ont mis en évidence dans le liquide d’ascite stérile des organismes tout à fait semblables à ceux décrits par Noguchi el considérés par lui comme les agents spécifiques de la rage.
Mais d'autre part, ils n'ont pu reproduire la maladie à l’aide de cultures de virus renfermant de tels corpuscules, comme cela avait été réalisé dans les expériences plus haut rappelées de Noguchi. C'est pourquoi, pour Kraus el Barbara, le rôle et la signification des éléments de,Noguchi sont loin d'être élucidés.
Volpino, répétant ces expériences sur la culture du virus rabique, a bien obtenu dans un tube contenant du liquide d’ascite et un fragment de rein de lapin ensemencé avec le virus fixe des images très semblables à celles décrites par le savant japonais comme étant le parasite de la rage, mais il a pu également plus tard, dans un tube de contrôle non ensemencé, retrouver les mêmes figures microscopiques rappelant fidèlement les particularités structurales et les dimensions des corpuscules étudiés par Noguchi.
De plus, le liquide de culture, même inoculé en quantité notable sous la dure-mère, n’a provoqué chez le lapin aucune réaction. Aussi Volpino pense-t-il que les éléments qu'il a observés n’ont rien à voir avec les formes du microorganisme rabique; ce seraient, pour lui, des gouttelettes provenant de la substance lipoïde d’ascite et se colorant fort bien par le Giemsa.
Les expériences entreprises en 1914 par Levaditi sur le même sujet lui ont montré que le virus rabique, cultivé avec des parties de ganglions spinaux, de la moëlle ou de la corne d’Ammon, garde son activité pendant 23, 26, 27, 30, 31, 38 et même 53 jours.
Le virus reste attaché aux tissus, on ne le retrouve pas dans le plasma qui environne les fragments, même au voisinage immédiat de ceux-ci. Il n’infecte pas davantage des ganglions neufs placés au contact immédiat d'ure parcelle de tissu ganglionnaire virulent.
D'où Levaditi conclut que le virus rabique, du moins dans la forme qu’il revêt dans les ganglions spinaux, se comporte comme un organisme dénué de mobilité, car s’il en était autrement, il devrait se répandre dans le plasma et infecter les ganglions neufs, comme le font d’autres parasites mobiles (spirilles, vibrions) placés dans les mêmes conditions.
Marie a entrepris, toujours sans résultat, des essais d’ensemencement par le procédé de Noguchi. Et, en fait, il apparaît bien qu'aucun auteur n’a pu reproduire les cultures du microorganisme de la rage telles que Noguchi les avait obtenues.
Ainsi, la nature du virus rabique reste-t-elle toujours quelque peu énigmatique, les deux propriétés essentielles qui le caractérisent demeurant sa filtrabilité et sa diffusibilité.
En insistant sur ces caractères, Remlinger eline. à le considérer comme un intermédiaire entre les microbes visibles et les diastases, hypothèse qui rapprocherait le virus rabique du confagium vivum fluidum qui a été regardé par Beïjerink comme l’agent de la mosaïque du tabac. Marie (1) fail toutefois remarquer qu’il y a entre ces deux contages une différence fondamentale. Car un contage liquide vivant traverse toutes les bougies, sans être sensible à la centrifugation, conditions qui ne sont pas remplies par le virus rabique !
L'on ne saurait conclure en somme plus prudemment qu'en adoptant l'opinion émise par la Conférence internationale de la rage, réunie à Paris du 25 au 30 avril 1927, laquelle, ayant à se prononcer sur la nature du virus rabique s’arrêtait alors aux deux résolutions suivantes :
19 «La Commission considère le virus rabique comme un virus filtrant, les difficultés observées pour sa filtration dépendent du colmatage des bougies par les substances grasses de l’émulsion du tissu nerveux, ainsi que des dimensions mêmes des pores des filtres employés ».
29 « La Commission, après examen des préparations microscopiques présentées par MM. Levaditi et Manouélian, n'estime pas devoir se prononcer sur la nature protozoaire ou bactérienne du virus rabique.
«Elle estime également n'être pas en mesure de décider si les corpuscules de Négri constituent une phase d'évolution d’un microorganisme vivant ou résultent d’une réaction ou d’une dégénérescence des cellules nerveuses ».
(1) Marie, Sur la nature du virus rabique (Rapport présenté à la Société des Nations, p. 24.
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