‹ Les Sources de la Virulence RabiqueChapitre 18 sur 53 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LE MALADE ENVISAGÉ COMME SOURCE D'ÉPIZOOTIE ET DE CONSERVATION DU VIRUS.

Le virus rabique étant essentiellement fragile ne peut se conserver dans la nature que chez le malade.

Nous sommes donc amené à considérer successivement quels sont plus particulièrement les animaux réceptifs, susceptibles d’entretenir, de conserver le virus et d'autre part, quelles seront, chez ces malades, les principales sources de la virulence ou de la contagion.

L'homme, le singe, et tous les mammifères, semble-t-il, peuvent prendre et perpétuer la rage, encore que la fréquence de la maladie soit très différente suivant les espèces.

La rage de l’homme.

L'on sait que grâce aux bienfaisants effets du traitement pastorien, l'homme ne contracte plus aujourd’hui la rage que très exceptionnellement. Encore qu'il ait été constaté parfois qu’un homme atteint de cette affection est capable de se montrer agressif envers les personnes de son entourage en les blessant, surtout si celles-ci veulent l’immobiliser, jamais peut-on dire, l'organisme humain ne s’est révélé comme étant une source indiscutable de contagion.

Dans les statistiques russes, l’on trouve, signalés à plusieurs reprises, des cas de morsures par des hommes enragés. Kraus, Gerlach et Schweinburg rendent compte aussi de blessures produites par trois patients différents, à Vienne, dans de telles conditions, il y a quelques années.

Un jeune homme, atteint dans les environs de Vienne, dut être emmené à l’Institut de Vienne pour essayer d’être traité. Durant son transport dans Ja voiture d’ambulance, il eut une attaque de rage furieuse au cours de laquelle il mordit assez gravement aux mains les deux gardes-malades et le cocher.

Un autre individu qui avait manifesté une rage plutôt calme dans les premiers jours de la maladie mordit ensuite assez profondément à la lèvre inférieure sa mère qui l’embrassait.

Dans un troisième cas, une personne était conduite à l'hôpital sans connaissance et sans que l’on ait pu auparavant porter un diagnostic certain.

Les médecins de l'hôpital croyant à une intoxication par l’atropine voulurent procéder au lavage de l’estomac. L'introduction de la sonde dans la bouche du malade provoqua une attaque de rage furieuse pendant laquelle celui-ci, quoique restant sans connaissance, mordit cruellement aux doigts les deux médecins qui opéraient.

J. Koch (1) signale aussi un homme de 54 ans qui avait contracté la rage en 1904 et qui en blessa un autre en le griffant, la blessure n'eut pas de suite. En 1902, un ouvrier atteint de la rage mordit un garçon de 16 ans au pouce droit. Le mordu ne contracta pas l'affection.

Et le savant allemand fait remarquer que les cas où la rage fut transmise d’honmme à homme par morsure ou par toute autre manière sont extraordinairement rares, aucun même, selon Hôügyes, n'aurait été constaté avec certitude. Déjà autrefois Bollinger prétendait qu’il n’v avait pas de cas scientifiquement connu d’une seule transmission de la rage par une telle voie, malgré que la tradition veuille que la mère de Malpighi soit morte de la rage à la suite d’une morsure que lui fit sa fille au milieu d’un accès furieux !

La rage du singe.

Le singe figure comme animal mordeur dans les statistiques d’un très grand nombre d'instituts antirabiques.

Heymann rend compte qu'à l'Institut d'Hygiène de Breslau, sur 108 personnes traitées pendant l’année 1909-1910, une avait été mordue par un singe enragé, le diagnostic ayant été confirmé par le laboratoire.

Sur 855 personnes soignées en 1927 à Tunis, l'une d’entre elles avait été mordue par un singe; en Egypte, 455 animaux mordeurs furent placés en observation en 1922 parmi lesquels l’on ne comptait

(1) J: Koch, Lyssa, dans Traité Kolle et Wassermann, 1913, p. 795.

pas moins de 20 singes ; en 1924, 3 singes, en 1926, 12 singes sont compris dans les statistiques de l’Institut de Calcutta; 3 singes en 1921, 2 en 1925, 2 en 1927, comptent parmi les animaux mordeurs figurant aux tableaux de l'Institut de Shillong. A l'Institut Pasteur du sud de l'Inde à Coonor, pour une période de 19 années (1907- 1926), 73 singes mordeurs sont signalés.

T'en va de même à Java où la rage est très répandue et où, en 1909, à l’Institut de Weltevreden, à Batavia, l’on autopsie les cadavres de 53 chiens, de 2 chats et de 2 singes suspects.

Toutefois, la rage naturelle a rarement été constatée sur des animaux de cette espèce. C’est ce qui fait l'intérêt de l'observation de Schmutter lequel a pu étudier aux Philippines chez un singe un cas de rage naturelle, non expérimentale (1).

Ce singe avait été capturé par un indigène dans la forêt, et avait été apporté le lendemain au laboratoire de Schmaütter pour servir comme animal d'expérience. Il était extraordinairement excité, devenait le deuxième jour très furieux et avait la gueule pleine de bave.

Le troisième jour de sa captivité, l’animal périssait avec des symptômes de paralysie de l'arrière train et des muscles du larynx. L'autopsie ne montrait aucune altération macroscopique, mais les coupes histologiques permirent de mettre en évidence la présence des corps de Négri. |

L'inoculation faite aux lapins permit de confirmer le diagnostic, mais de par les signes présentés par ceux-ci après une incubation de 20 jours, Schmutter croit que le virus est affaibli par le passage chez le singe.

Pourtant en 1913, Acton et Harvey ont pu fixer le virus de rue chez le singe sans qu'une dégénérescence se soit produite au cours des passages ultérieurs.

La rage du chien et des animaux de la ferme.

L'espèce animale domestique la plus frappée par la rage. est l'espèce canine. Dans les pays deTl’Europe occidentale, c’est elle qui contribue le plus efficacement sans nul doute à conserver et à répandre a maladie. C’est par le chien, presque toujours, que les autres animaux sont contaminés.

Dans certaines régions, du fait de l'ignorance des indigènes à ce sujet, longtemps la rage canine, quoique existante fort vraisemblablement, demeura ignorée.

{1) Kraus. Gerlach et Schweinburg, loc’, cit., p. 111.

ll en fut ainsi en Indo-Chine. Depuis l’occupation du pays, les administrateurs avaient entendu parler des chiens fous (Cho giaï) dont les habitants redoutent à ce point les morsures que s’il leur arrive d’être mordus, ils vont aussitôt commander leur cercueil. Mais ils ne croyaient pas à l'identité de cette maladie des chiens et de la rage. À. Calmette, en 1891, établit cette identité.

Il en fut de même durant longtemps en Afrique Occidentale française où il a fallu attendre les expériences d’immunité croisée réalisées par Remlinger et Curasson pour avoir l’irréfutable preuve de l'identité du virus de l« Oulou Fato » (maladie du chien fou du Centre africain) et du virus rabique.

C'est en raison de leur genre de vie plutôt peut-être que de leur réceptivité spécifique que les carnivores domestiques sont le plus souvent atteints. Le chat est moins exposé.

La rage du chien et du chat a fait l’objet de travaux extrêmement complets et nombreux. Aussi nous bornerons-nous ici à la mertionner. ;

Les statistiques allemandes donnent des indications précises quant à la fréquence relative de la rage chez les diverses espèces animales domestiques.

Années Chiens Chats Chevaux Buvidés Moutons Chètres Porcs

1898 904. 9 14 223 #1 5 5 1899 AE d 9 sa 38 1 17 1900 798 10 6 150 ) 1 15 1903 199 f s 104 2 1 6

Blakenburg, en 1926, signale qu'au total, en Allemagne, pour la période s'étendant de 1886 à 1921, 26.232 animaux ont été considérés comme atteints de la rage et que le pourcentage des espèces domestiques frappées est le suivant : 78,8 pour 100 de chiens : 16,1 pour 100 de bovidés ; 1,5 pour 100 de moutons : 1,2 pour 100 de pores : 1,1 pour 100 de chevaux : 1 pour 100 de chats et 0,3 pour 100 de chèvres.

Ainsi que le montre cette statistique générale, parmi les herbivores domestiques, les bovidés, victimes toutes désignées des chiens de bouvier, sont infectés de préférence.

Morro (1) rapporte l’histoire d’une enzootie de rage dans un troupeau de 26 têtes au cours de laquelle 16 animaux périssent du 226 au 144 jour, un dix-septième ne présentant les signes de la maladie que deux ans et quatre mois plus tard (NN

Newson, en 1924, rend compte qu'au Colorado dans un troupeau

(1) Arch. j. Ticrheilkunde, 1885, p. 91.

de 300 têtes de bétail, 70 succombent à la rage, la contagion ayant été propagée dans la plupart des cas par les chiens de berger.

Les ravages qu’un chien peut exercer dans un troupeau confié à sa garde lorsque sa maladie n’est pas reconnue en temps utile sont prouvés avec évidence par le cas suivant survenu en 1909 et signalé par J. Koch (1).

Dans le canton de Dill de la province de Nassau, le chien d’un berger gardait un troupeau de 180 têtes environ. Il attira l'attention de son maître par une méchancelé inaccoutumée à l'égard des bovins soumis à sa surveillance. Pendant deux jours il mordit, en effet, environ 40 animaux. Peu de temps après, il périssait ce à quoi l’on n'attacha pas autrement d'importance.

Ce ne fut que lorsqu'un grand nombre des bovins mordus tombèrent malades à leur tour en manifestant tous les signes de la rage que l’on connut les motifs de l'attitude du chien et les causes de sa mort. Chez beaucoup des bovidés autopsiés, la présence des corps de Négri put être mise en évidence à l’Institut Robert Koch.

Leonhardt Schmidt, vétérinaire d'arrondissement, à Trebnitz (Silésie) donne en 1918 la relation d’une épizootie causée trois ans plus tôt par un chien enragé qui s’était trouvé deux jours avant sa mort au milieu d’un troupeau d’environ soixante vaches et génisses.

Quinze bovidés contractèrent successivement la rage : deux au bout de trois mois, onze quatre à cinq mois après leur contamination, l’incubation ayant été de six mois et demi pour le quatorzième et de quinze mois pour le dernier.

Schmidt déclare être certain qu'il n’y a pas eu d’autres infections et que les quinze cas par lui observés ont tous été la conséquence de la contamination par le chien enragé abattu le 10 juillet 1915.

Les périodes d’incubation variables et parfois fort longues constatées par l’auteur ont été rencontrées aussi par J. Hejj dans des circonstances analogues. Dans un troupeau de quarante vaches au pâturage, la plupart sont mordues par le chien du berger devenu enragé. Huit jours plus tard un premier cas se manifestait ; la vaccination préventive du troupeau était alors effectuée, n'empêchant pas un second animal de présenter entre temps les symptômes de la rage, ce qui nécessitait son abatage. Or, six mois et demi après sa contamination, un troisième bovidé offrait à son tour les manifestations tvpiques de rage dont il guérissait grâce sans doute à la vaccination par lui subie

Hejj ajoute qu’une incubation de longue durée fut aussi constatée dans les mêmes conditions dans un autre troupeau où un bovidé

(1}J. Koch, Lyssa (in Kolle et Wassermaun, 1913, p. 801).

mordu ne présenta les premiers signes de la maladie que huit mois et demi après avoir été infecté.

Deux observations du même ordre, très démonstratives elles aussi, ont été faites en Côte-d'Or, an cours des cinq dernières années.

Observation A. — Le 10 mai 1923, à Bourberain, un chien manifestant des symptômes suspects après avoir mordu plusieurs poules élait abattu par son propriétaire, M. Pétot. Une chienne âgée de 8 à 9 mois appartenant au même cultivateur et qui contribuait à la garde d’une réunion de troupeaux comportant au total une centaine de têtes, présentait quelques semaines plus tard une agressivité marquée à l’égard de ses congénères et périssait le 26 juin. Bien que lon ait vu l'animal se jeter sur les chiens du pays dans les cours où ils étaient enfermés, bien que le propriétaire l'ait vu mordre un de ses veaux à la queue sans motif apparent, bien que ceux des enfants du village qui surveillaient le bétail au pacage.aient constaté eux aussi l’agressivité de l'animal, qui avait même mordu l’un d’entre eux à la jambe, aucune déclaration n’était faite, aucun vétérinaire n'était appelé et l'administration demeurait dans l'ignorance. de tous ces événements.

Or, le 19 juillet suivant, le vétérinaire sanitaire de Fontaine- Française, M. Collin, était consulté par M. Pétot lui-même au sujet d’une vache de 6 ans atteinte de paralysie du train postérieur, laquelle périssait en 60 heures sans avoir présenté d’autres symptômes. Dans les mêmes conditions, il était demandé dix jours plus tard. le 29 juillet, chez un autre agriculteur pour donner ses soins à une vache âgée de 5 ans qui mourait également en trois jours, après avoir montré seulement une paralvsie du train postérieur, sans autres signes.

Le 18 août, une génisse de 26 mois et une génisse de 20 mois, chez deux cultivateurs différents, tombaient malades à leur tour ; l'une d’entre elles ayant été certainement mordue en juin par la chienne enragée. Atteinte de paralysie du larynx et du train postérieur, cette vache présentait de plus une abondante salivation, de lexophtalmie, de l’entérite. Elle faisait entendre des hbeuglements continuels et mourait le 22 août.

La maladie évoluait de la même manière chez sa congénère qui succombait également en quatre jours.

Le 24 août, dans une cinquième exploilation, une vache de 7 ans mordue certainement elle aussi par la chienne suspecte commence a traduire des manifestations prodromiques de rage : salivation, exophtalmie, grincement de dents. Celles-ci s’acçusent bientôt et la mort survient le 28 août, le vétérinaire avant pu relever au long

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de la maladie, tous les signes classiques de la rage furieuse. Une génisse de 16 mois succombait dans les mêmes conditions le 8 septembre.

Enfin, plus de trois mois plus tard, le 8 décembre, chez M. Pétot encore, propriétaire même de la chienne suspecte morte le 26 juin, une vache était atteinte, qui périssait le 11 décembre. Le vétérinaire appelé diagnostiquait à nouveau la rage.

Du fait qu'aucun examen histologique et qu'aucune inoculation critère n’a été pratiquée sur ou avec les centres nerveux de ces sept bovidés, cette observation n’est pas sans doute d’une rigueur absolue au point de vue scientifique. Il n’est pas douteux néanmoins, étant donné les commémoratifs, recueillis seulement à la faveur de l’enquête, que l’on s’est trouvé, dans la circonstance, en présence d’une véritable enzootie de rage provoquée par les morsures d’un chien infecté. Au surplus, si ce chien mordeur n’a pu être examiné puisque son propriétaire avait soigneusement caché son état, il faut savoir qu'en nous livrant à une enquête personnelle, Mme Pétot, nous a déclaré qu'elle avait été au début de juin éveillée dans le courant d’une nuit par des aboiements répétés et qu'elle avait vu s'enfuir de la cour de la ferme un chien errant venant de mordre et de terrasser la chienne qui devait mourir le 26 juin suivant.

D'autre part, à la même époque, le 3 juillet, le diagnostic de rage furieuse était porté par le vétérinaire sur un chien examiné vivant et appartenant à un autre cultivateur de la même commune, M. Viard.

La rage régnait donc alors à l’état endémique, dans la commune, sur l'espèce canine et il n'est point surprenant qu’à leur tour, un certain nombre d’herbivores en aient été atteints.

Observation B. — Dans une autre commune de la Côte-d'Or, voisine d’ailleurs de la précédente, à Fontenelle, le 12 août 1928, le chien d’un cultivateur M. R*** meurt et son propriétaire croit à un empoisonnement. Le 19 août, le chien d’un autre cultivateur du même village, M. Henriot, meurt également paralysé non sans avoir mordu son maître dans les quelques jours précédant la mort et après avoir mordu aussi sans raison, un chien, un chat, une oie et la plupart des 9 vaches composant le bétail de l'exploitation.

A ce moment, l’agriculteur intéressé garde un mutisme complet sur ces incidents se contentant de déclarer que son chien a péri à la suite d’un empoisonnement.

Le 15 septembre 1928, le vétérinaire sanitaire, M. Collin, de Fontaine-Française, qui nous a très exactement renseigné sur la marche de cette intéressante enzosotie, est appelé par M. Henriot pour exa-

miner deux génisses de 14 mois et de 20 mois qui présentent une salivation abondande, de l’inappétence, une constipation opiniâtre et se livrent à de violents efforts expulsifs. Les animaux beuglent de plus très fréquemment.

Les malades meurent respectivement les 17 et 20 septembre. Elles n’offrent rien de particulier à l’autopsie et en l'absence de tous commémoratifs, l'intéressé cachant soigneusement les événements survenus antérieurement, le vétérinaire porte le diagnostic de gastroentérite déterminée par l’action d’un poison agissant sur le système nerveux.

Ce praticien est requis à nouveau le 1er octobre pour donner ses soins à une troisième génisse de 30 mois, malade depuis le 28 septembre et qui présente, avec une salivation légère et une inappétence marquée, du prurit au nivean du canon postérieur gauche, endroït où l’on constate les traces d’une plaie ancienne. L'animal se livre à des efforts expulsifs violents et fait entendre des beuglements répétés, vacille sur son train postérieur. Le 5 octobre la bête ne peut plus se relever. Elle meurt paralysée le lendemain. M. Collin soupçonne alors la rage et après un interrogatoire serré, obtient de la femme du propriétaire tous les renseignements plus haut relatés. Il nous avise immédiatement de ses constatations et nous confirmons son point de vue en conseillant l'examen immédiat par un médecin du propriétaire mordu le 12 août, plus de six semaines auparavant, en vue de son départ à l’Institut Pasteur.

Une quatrième vache âgée de 5 ars, tombe malade le 2 octobre, présentant alors tous les caractères de la rage furieuse classique : se jetant sur ses congénères et sur les chiens qu’on lui présente, etc. Elle meurt cinq jours plus tard, le 7 octobre et son cerveau, prélevé soigneusement, est envoyé au laboratoire des recherches du ministère de l'Agriculture à Alfort. Un fragment de cet organe était inoculé à un lapin le 12 octobre, lequel mourait de la rage le 12 novembre suivant.

Enfin, le 9 octobre, une cinquième vache, de 8 ans, est encore atteinte après avoir manifesté une agressivité marquée à l'égard de ses congénères. Elles est abattue et livrée à l’équarrissage le 12 octobre sur les conseils du vétérinaire.

Aïnsi sur les neuf animaux d'espèce bovine qui composaient le cheptel de M. Henriot, cinq ont traduit la rage à des dates différentes dans les deux mois qui ont suivi leur contamination par le chien qui les gardait.

Quant aux conditions dans lesquelles le chien de M. Henriot a été infecté, il résulte d’une déposition faite à la gendarmerie au cours de l'une des nombreuses enquêtes auxquelles il a été procédé, qu'un

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ET A SPP NT

LES SOURCES ANIMALES DU VIRUS 69 Li Keep cultivateur de Fontenelle avait vu, dans les premiers jours de juillet, un chien étranger à la région qui venait du village et s’enfuyait tête baissée, la queue entre les jambes, restant insensible aux pierres qui lui étaient jetées, Il n’est pas téméraire de penser que ce chien a pu être la source première de cette enzootie.

Les herbivores domestiques assez fréquemment contaminés par les chiens préposés à leur garde peuvent donc, à leur tour, devenir une source de contagion. Si dans la plupart des circonstances leur entourage peut être heureusement préservé de l'infection, il n’en est pas toujours ainsi et Tardieu à signalé qu'en 1855 un mouton devenu enragé après avoir été mordu par un chien malade, mordit à son tour le berger du troupeau qui contracta la rage quinze jours plus Card et en mourut.

De même, Youatt a publié un cas de transmission de la maladie produite par la morsure d’un cheval enragé.

J. Koch fait connaître qu’à l’Institut de Berlin, de 1908 à 1911, 27 personnes ont dû être traitées, dont 23 avaient soigné des vaches enragées et 4 des chevaux enragés. Au nombre de ces dernières, était une femme de 45 ans qui avait été mordue au pouce par un cheval. Malgré la blessure insignifiante et la vaccination qu’elle subit sans délai, elle succomba à la maladie vingt-cinq jours après avoir été mordue.

Au total et en ce qui concerne, en France, la transmission de la rage des herbivores à l’homme, Nocard et Leclainche estiment que le cheval, les ruminants et le porc ne provoquent à eux tous que 1 pour 100 environ des inoculations, les propriétaires des animaux atteints en étant le plus ordinairement les victimes.

Rappelons pour mémoire la variabilité des périodes d’incubatiof observées par certains auteurs, Bouley ayant dit qu’à ce point de vue et de tous les virus celui de la rage était le plus capricieux.

En se livrant à une minutieuse analyse À. Zundel a pu étahlir que sur 264 chiens enragés, la rage s'était déclarée 3 fois dans les 24 heures suivant la morsure (Observations de Viboie, Hertwig et Hering) el 29 fois du 2e au 15° jour après celle-ci.

Inversement, de très longues périodes d'observations ont pu être constatées chez les bovidés :

Mieckley (327 jours), Szabo (323 jours) chez une génisse ayant été mordue au muffle), Luiperct (19 mois), Balt (23 mois), Morro, 2 ans et 4 mois (?).

Chez le cheval l'on a observé aussi des périodes d’incubation extraordinairement prolongées : Roll (283 jours), Zundel (378 jours),

Dressler (15 mois) Fambach (472 jours), Gotteswinder (20 mois), Fisch (21 mois), Swain (25 mois).

Chez les autres animaux de la ferme, la période d'incubation est sensiblement plus courte, ne dépassant guère trois mois chez le mouton, la chèvre et le porc. Toutefcis Krekier signale une incubaon de 8 mois chez le mouton et dans l'espèce porcine Hering cite use incubation de 4 mois, Guilman en a vu de 6 à 8 mois el Gervy parle d’une incubation de deux ans !

I y a lieu d'ajouter, écrit Zundel, que la durée de la période d'incubation semble généralement plus courte chez les jeunes individus que chez les adultes.

La rage du buffle

La rage du bufile a été signalée dans plusieurs régions : aux Indes néerlandaises dès 1888 par Esser, en Italie en 1917 par N.-Mori. Dans ce dernier cas, les signes observés ont été ceux de la rage furieuse des bovidés, mais la période d'incubation n'a pu être exactement établie, la date de la morsure étant incertaine et une infeclion intercurrente par le bacillus bubalisepticus, agent spécifique du Barbone, étant survenue. Toutefois, la nature rabique de la maladie a été établie avec certitude par des inoculations en série chez le lapin.

Gaiger a cité aussi le cas d’une bufïlesse de 21 mois, élevée dans les environs de Lahore, mordue le 22 janvier 1910 par un chien enragé, au museau et au Jarret. Les premiers symptômes de la maladie apparurent après 55 jours d’incubation le 27 février et l'animal succomba le 4 mars suivant. Les corps de Négri furent retrouvés dans les cornes d’Ammon el il apparut inutile de procéder à des inoculations expérimentales.

P. Bergeon a pu observer au Tonkin, où la rage est rare chez les grands herbivores, deux cas de cette maladie sur des buffles. Il rapporte l’un d’entre eux en ces termes :

L'animal avait été mordu à la base de l'encolure, neuf semaines auparavant par un des chiens du village, village dans lequel plusieurs cas de rage canine s'étaient produits,

Après avoir manifesté de la tristesse et de la somnolence, des signes de méléorisation suivis de légères coliques, ce buffle devint subitement furieux, et tournant sans cesse autour de l’enclos dans lequel il était enfermé, les yeux hagards, la bouche entr'ouverte, la tête basse, frappait violemment de ses cornes tout ce qui était à sa portée. Il s’arrêtait par moments, essouflé, se campait comme pour

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uriner, faisait quelques efforts de défécation, puis se remetlait en mouvement.

Au cours de ces périodes de repos, apercevait-il une silhouette humaine, où sa vue tombait-elle sur un chien, il entrait alors en . fureur et fonçait sur l’intrus, que la barrière solide de l'enclos préservait heureusement de sa colère.

Cet état dura vingt-quatre heures, puis le buffle tomba en décubitus latéral droit, avec la respiration de plus en plus accélérée, le ventre considérablement météorisé. Il mourait le soir du deuxième

jour, en paralysie complète.

= L'autopsie ne révéla aucune lésion caractéristique, sauf une congestion intense de tous les centres nerveux. L’inoculation d’un fragment de bulbe au lapin confirma le diagnostic porté.

La rage de la gazelle el du chameau

La rage de la gazelle a été scientifiquement établie. Dans les statistiques de l’Institut Pasteur de Tunis pour 1917 l’on trouve le cas d'une gazelle domestique ayant mordu 3 personnes, le diagnostic de

rage qui avait été porté ayant été vérilié par l’inoculation RTE mentale.

Le chameau est parfois atteint de rage en Afrique et dans les steppes de l'Asie centrale (Vedernikoff) (1), et Aristote mentionnait déjà la possibilité de l'existence de la maladie sur cette espèce. D'après Leese, l’affection serait assez fréquente en Asie. les chameaux étant particulièrement exposés à être attadués par les animaux sauvases enragés. Selon Cross loulefois, la maladie serail rare chez celte espèce, mais ie Chameau peut être contaminé par les chiens. Cet auteur rapporte un cas décri. par Leese et concernant un chameau âgé de moins d’un an. L'animal présentait les symptômes suivants : Paralysie de la langue, paralysie partielle du train de derrière, agressivité non naturelle et ténesme.

Leese fait remarque, que le chameau enragé est parfois violemment agressif et qu'il est alors extrêmement dengereux. Aussi est-il tout à fait important de meltre en observation un chameau mordu par un animal enragé ou suspect, un temps .uflisant pour qu'il soit incapable de nuire si la rage furieuse vient chez lui à se déclarer.

D'autres fois, le chameau enragé n'est pas agressif mais seulement’ bruyart et comme frappé de terreur (2).

(1) Nocard et Leclainche, Traité des maladies conlagieuses, {, Il; p. 429. (2) Leese, Tips on Camels, p. 13.

Entre 1900 et 1910, P. Remlinger a eu l’occasion de soigner à Constantinople (sur 6.808 traités) une personne mordue par un chameau enragé. L'animal avait présenté d’abord des accès de fureur puis des symptômes paralytiques. Il avait manifesté une vive

excitation génitale, de la raucité de la voix, une salivation abondante.

et une agressivité très marquée avant la paralysie terminale et la mort. Malheureusement les centres nerveux de l’animal n’ont pu être examinés.

Dolbey et El Katib signalent la maladie en Egypte, où elle est épidémique parmi les chiens, les chacals et les loups du désert. La morsure animale la plus dangereuse, écrivent-ils, est celle du chameau, par suite du mouvement de broyage latéral des maxillaires de cet animal. Une simple morsure peut provoquer une fracture du fémur ou du tibia. Heureusement les cas de rage observés sur cette espèce sont assez rares. C’est ainsi que parmi 455 animaux mordeurs signalés comme ayant été placés en observation en Égypte, au cours de 1922, l’on compte un seul chameau, avec aussi une belette et un renard.

Étudiant la nature du virus rabique dans le Soudan anglo-égyptien, Benett opère avec un virus n'ayant provoqué dans le Kordofan que des cas de rage furieuse, dont un cas sur un veau, un Cas sur un chien, un Cas sur un âne et un cas sur un chameau.

Un chameau figure aussi dans les statistiques de l’Institut Pasteur de Tunis en 1922 comme animal mordeur.

Rares sont les véritables épizooties de rage signalées sur cette espèce. Toutefois, le rapport mensuel du cercle de Tiaret (1) pour le mois d'avril 1886 a signalé de nombreux cas d'hydrophobie constatés sur les chameaux du douar Hegeïlat, des Oulad Zian Cheraga (subdivision de Mascara).

Soixante-dix animaux seraient morts successivement, victimes du terrible fléau. Le mal se serait déclaré les 26 et 28 février sur deux animaux qui sont morts au bout de 36 heures sans présenter cependant extérieurement aucune trace de morsure. Un troisième chameau est mort 8 jours après. Trente ont été atteints ensuite en l’espace de quelques jours et enfin les derniers cas se sont produits au commencement d'avril.

Aucun chien enragé ne s'étant montré dans les environs, en janvier ni en février, on a supposé que l’hydrophobie est le fait d’un chacal enragé qui serait venu pendant la nuit, au milieu des troupeaux. Les indigènes, qui avaient perdu 180 chameaux de la rage

(1) La rage sur les chameaux. ( Revue scientifique, 1886, 2e semestre, p. 318).

canine en 1862 et onze en 1885 et qui venaient de voir mourir chez leurs voisins les Oulad-Zian-Gharaba une jument et 4 méharis mordus par un chien enragé, ont parfaitement reconnu les symptômes de la maladie et aucun doute ne semble pouvoir subsister à cet égard.

On attribua alors la propagation du fléau à la bave laissée par les animaux malades sur les herbes des pâturages. bave qui est arrivée au contact des plaies que les chameaux ont fréquemment dans la bouche. Aussi, l'autorité militaire interdit-elle alors pendant trois mois l'accès des pâturages dans lesquels avaient séjourné les troupeaux contaminés,

La rage du chevreuil et du daim

Encore que Bopp ait raconté l’histoire d’un chevreuil qui, oubliant sa timidité naturelle, se serait jeté sur des hommes et même des chiens en leur donnant des coups de tête et présentant en même temps un ptyalisme accusé et bien que Kôchlin ait de son côté rapporté une manifestation de même ordre, Faber, citant ces deux auteurs, ajoutait, en 1850, que ia rage chez cette espèce animale demeurait malgré tout douteuse et que l’on n’en connaissait alors aucun Cas authentiquement enregistré (1).

Nos diverses recherches bibliographiques ne nous ont pas permis de trouver trace d’une quelconque relation de rage chez le chevreuil avant paru depuis cette date. Toutefois, il est certain que cette espèce animale n’a aucune raison de présenter une immunité naturelle contre la maladie.

Des enzooties de rage du daim ont été constatées plusieurs fois en Angleterre. En 1795 et en 1798, la maladie sévit dans les parcs de Grove, de Windsor, de Cassiobury, en 1872 dans le parc d'Eaton Hall, en 1880 dans celui de Swythamley.

Cope et Horsley, signalent en 1886-1887, une enzootie sur les daims du parc de Richmond au cours de laquelle 264 animaux succombent,.sur 1.200 daims des deux variétés rouge et fauve qui y étaient alors élevés.

Pour s'assurer de la nature exacte de la maladie, un daim enragé fut isolé et enfermé avec un animal sain, le daim enragé s’élança comme un chien furieux sur son compagnon et le mordit aux oreilles et au cou.

Le daim mordu fut isolé et conservé ; 19 jours après, il présentait les symptômes caractéristiques de la rage. Ainsi put-on établir que,

(1) Faber. Die Wuthkrankheïit, p. 135.

contrairement à l'opinion jusqu'alors admise, les herbivores sont susceptibles de transmettre la rage par morsure.

D'autre part, la moelle épinière de deux daims ayant succombé à l’épizootie, inoculée par trépanation à des lapins, provoqua l’éclosion de la rage chez ces animaux après une incubation de 10 à 16 jours : un chien, inoculé dans les mêmes conditions, devint enragé après 12 jours. |

Deux ans plus tard, Adami rend compte d’un épizootie survenue à Ickworth, dans le comté de Suffolk, où, sur une troupe composée de 650 têtes, 500 daims périssent sans que l’on ait pu trouver la source de l’épizootie, mais sans que l’on puisse douter de sa réalité, les symptômes observés sur les malades et les inoculations pratiquées sur des lapins ayant nettement établi son caractère rabique.

La rage du daim a été observée également aux États-Unis, sur un couple élevé au Jardin Zoologique de Philadelphie. Herbert Fox.qui, en 1923, en rend compte, expose que les daims avaient été mordus par un chien errant, que la période d’excitation fut relativement longue, la période de paralysie de quelques heures seulement. Les corps de Négri purent être mis en évidence.

La rage de l'élan et du renne

Dans son étude faite en 1917 sur la rage, au laboratoire des recherches sur les épizooties de la Prusse Orientale, K. Bierbaum rend compte d’un cas de rage sur un élan, vérifié par les inoculations eritères. Par suite de la putréfaction du cerveau, la certitude de la même maladie ne put être établie sur un second élan soupçonné d'en être atteint.

Les deux animaux venaient de Courlande et s'étaient rapprochés des habitations en attaquant les hommes et les animaux.

Si, selon A. Petlersens, aucun cas de rage n'aurait été relevé en Suède depuis plus d’un siècle et si de même selon Madsen (1) le Danemark serait débarrassé aussi de cette maladie depuis cent ans, la rage aurait été constatée sur des rennes en Suède, sous une forme épizootique, en 1824, ainsi qu'en Norvège et en Russie.

D'après un compte-rendu d'Eckstrüm la rage fut alors si fréquente en Suède que 96 personnes mordues par des animaux suspects durent

être hospitalisées à Stockolm du mois d'avril au mois de septembre

(1) Kraus, Gerlach et Schweinburg, Lyssa, p. 7.

LES SOURCES ANIMALES DU VIRUS 25 [ résulte d’une communication verbale du professeur Retzius au professeur Prinz que cette épizootie avait pris naissance à Stockolm même et que c’est de cette ville qu’elle gagna la campagne

jusqu'aux provinces du nord les plus reculées où elle fit de grands

ravages parmi les renards, les chiens et les rennes.

Celle attestation est corroborée par un rapport de Schnurrer qui raconte qu'en 1824 la rage fut très répandue parmi les rennes du nord de la Suède ainsi que parmi les loups, les renards el les chiens (1).

La rage du loup

Dans les Balkans et en Asie Mineure où les chiens errants sont nombreux, ceux-ci contribuent encore efficacement à l'extension de la rage, mais la maladie est due surtout dans ces pays de l’Europe Orientale et les autres régions du globe (Asie, Amérique, Afrique) à des contaminations provoquées par les animaux sauvages qui constituent les porte-virus les plus redoutables du fléau !

La rage du loup sévit en permanence dans les contrées où ces animaux vivent en troupes. Nombreuses sont les épizooties qui ont pu être rapportées à cette espèce.

Déjà, au xvi® siècle, Jean Bauhin rend compte d’une véritable épizootie de rage survenue chez les loups dans la région de Belfort, Héricourt et Montbéliard «en l’année fort seiche de 1590 » et rapporte, en particulier, l’histoire d’une louve qui mordit, le 5 juillet, douze personnes en 24 heures dans le comté de Montbéliard, dont neuf moururent ultérieurement « avec grandes misères ».

Le 27 février 1706, huit habitants de Saint-Julien-de-Civry, dans le département actuel de Saône-et-Loire, furent mordus par un loup enragé. L'un succomba le même jour à ses blessures, les sept autres moururent tous de la rage, après une incubation qui varia de 17 à 68 jours.

En juillet 1712 un loup enragé était emporté par la fureur jusqu’au milieu de la place du marché à Angers où il mordait trois personnes avant d’être abattu.

En 1751, dans la nuit du 22 juin une louve enragée attaqua un grand nombre de moissonneurs qui dormaient dans les prairies du Puget (Départ. du Var) et les mordit presque tous au visage. Deux pèlerins italiens couchés sur la route de Fréjus furent également

(1) Faber; Die Wuthkrankheit, p. 215.

biessés terriblement. Le corps de l’un d’eux était criblé de morsures et ses cuisses littéralement déchiquetées.

Dans la nuit suivante, l’on vit l’animal traverser à la nage la rivière l' Argens et bondir dans la cabane d’une péniche où il mordit deux enfants. Un muletier de Catalogne assailli ensuite eut la figure. déchirée. Puis la louve entra dans une grange à Saint-Raphael, blessa un petit garçon en lui arrachant d’une seule morsure plusieurs dents, défigurant d’une manière semblable plusieurs de ses compagnons.

Cet animal enragé dévora des chiens, étranglant tout ce qu'il trouvait de vivant ssr son passage jusqu'à ce qu’on parvint à le tuer. Le nombre des personnes blessées atteignit 15 à 16 parmi lesquelles 13 ou 14 moururent de rage. De même beaucoup des animaux mordus contractèrent l’hydrophobie (Darluc, Sur la rage et la manière de la guérir, 1756).

En 1761, dans le Journal de Médecine, Chirurgie, Pharmacie, J.-J.-L. Hoin, de Dijon, relatait, dans ses détails, l’histoire de 17 personnes mordues en Bourgogne par un loup enragé.

Le 31 du mois d’août 1753, un loup mordit, dans un bois, près de Luce, à quatre lieues de Dijon, quatre enfants, traversa la campagne de Spoy où il fit quatre autres victimes, puis trois autres encore du côté de Brognon et de Saint-Julien. Le lendemain, 127 septembre, à la pointe du jour, dans le faubourg Saint-Pierre à Dijon, trois femmes dont deux de Corcelles-les-Cîteaux, qui apportaient des æufs à la ville furent terrassées el mordues au visage.

Il fit encore trois autres victimes tant à Dijon qu'à Plombières et Velars où il fut tué d’un coup de fusil. On reconnut après sa mort que c'était une jeune louve d'environ deux ans.

Les 17 blessés furent soignés à l'hôpital, leurs plaies cautérisées avec soin.

Huit d’entre eux moururent de rage dans les conditions suivantes :

1e observ. : enfant de 5 ans, mort le 26 sept., accès horrible de rage. 2° observ. : enfant de 4 ans, mort le 4 octobre, rage très violente. 3e observ. : enfant de 10 ans, mort le 29 sept., accès de rage affreux. 4e observ. : homme de 38 ans, mort le 19 oct., rage paralytique. 9° observ, : jeune homme de 23 ans, mort le 25 oct., rage paralytique, 6° observ. : homme de 61 ans, mort le 2 nov., rage paralytique. 7 observ. : jeune homme de 18 ans, mort le 11 nov., rage, mais accès à symptômes peu violents.

8° obsern. : femme de 50 ans, morte le 23 nov., rage paralytique.

Les neuf autres victimes ne succombèrent point à leurs blessures et ne contractèrent pas la rage.

Au mois de juin de l’année 1765, à la Charité-sur-Loire (Nièvre) six personnes furent mordues par un loup enragé. Cinq d’entre elles moururent de rage (Andrv, Recherches sur la rage, p. 82).

En juillet 1766 un loup enragé attaqua, à deux milles de Varsovie, deux ouvriers agricoles qui étaient en train de faire les foins. Avant que l’on put parvenir à abattre l'animal, il avait mordu 23 personnes qui foules moururent de rage dans la même année (1).

Entre le 11 et le 22 avril 1766, 24 personnes furent mordues aux environs de La Rochelle par un ou plusieurs loups enragés. Dixhuit d’entre elles moururent d’hydrophobie (Andry, p. 196).

Le 24 mars 1772 au Moulin de Saint-Meu dans le département de l'Hérault la fille d’un meunier fut attaquée par un loup enragé. Elle se battit avec lui, fut blessée à la cuisse et au bras lorsque son père arriva à son aide. Le loup se dressa sur ses pattes de derrière et ainsi le meunier et le fauve luttèrent ensemble avec acharnement. Après cette bataille, pendant laquelle le meunier fut terriblement blessé, l'animal s'enfuit. Une demi-heure après, le même loup jeta le désarroi dans le village d’'Hérépian. Un petit berger de 14 à 15 ans fut mordu grièvement à la tête et au bras. Un forgeron qui survint, attiré par le bruit, fut mordu à la cuisse jusqu’au sang. Le meunier mourut de rage au bout de 21 jours et le berger le 33 jour, les autres blessés demeurèrent indemnes (Andrv, loc. cit., p. 111).

Les 8 et 9 décembre 1775, dans l'intervalle de 24 heures, quinze personnes furent mordues par un loup enragé dans les environs de Cluny (Saône-et-Loire) dont neuf moururent d’hydrophobie (Andrv, loc. cit., p. 295).

En 1779, le 2 janvier, dans les environs de Belluno, 7 hommes et 2 femmes furent mordues par une louve enragée. Le même animal blessa le même jour 2 chèvres après en avoir mordu 2 autres la veille.

De tous ces blessés — hommes et animaux — un seul mourut de l’hydrophobie (Andrv, loc. cit., p. 360).

Le 12 mars 1779 un jeune homme de 18 ans, Jacques Tenau, de Pauléon, de la commune de Saint-Georges-du-Bois (Charente-Inférieure), fut attaqué par une louve enragée alors qu’il gardaït le bétail dans la forêt de Surgères. L'animal se jeta sur lui en hurlant et le jeune homme ne put échapper qu’en grimpant sur un arbre, mais la branche sur laquelle il se tenait cassa. Il tomba à terre et il

(1) Max. Schmidt, Zoologische Klinik, ED vol., 2° partie, p. 429.

fut littéralement scalpé par la louve. L’hvdrophobie se déclara chez lui le 26 du même mois.

Le 13 mars 1779 un jeune homme de 25 ans, de Rivières, paroisse de Sainte-Soule, tailiait la vigne près du moulin de Cheusse lorsqu'il

fut attaqué à la tête par une louve. Il mourut le 13 avril suivant d’hydrophohie (Andry, loc. cit, p. 199).

Les 14 et 15 mars 1780 onze personnes furent mordues à Châtillon-sur-Seine par un loup enragé, quatre d’entre elles moururent de rage (Le Roux, Dissertation sur la rage, np. 67).

En juillet 1781 trois personnes furent mordues par un loup enragé et traitées par le Dr François, d’Autun: toutes trois moururent d’hydrophobie (Le Roux, loc. rit., p. 55).

Le 8 octobre 1799, vers le soir, 2 hommes et 5 bovidés furent attàqués par un loup enragé dans le village de Grabkowo dans le sud de la Prusse près de la ville de Kowall. Le lendemain matin 9 octobre le même loup vint dans le village de Czernewice. La gueule écumante, Ja langue noire, sèche et pendante, il traversa le village de bot en bout et mordit tout ce qu’il rencontra de vivant sur son chemin soit 9 personnes et 5 bovidés. Il fut enfin abattu.

Des onze personnes mordues, cinq moururent atteintes de rage. Sur les cinq bovidés mordus dans le premier village trois périrent de rage et, des cinq autres bovidés mordus à Czernewice, deux non traités contractèrent aussi la maladie.

Le 1er novembre 1804, à la pointe du jour, les rues de plusieurs villages situés dans les environs de la ville de Crema (Italie) étaient remplies de gens qui se rendaient aux églises lorsque survint un loup d’une taille extraordinaire.

Il venait croit-on des Alpes bergamasques, avant descendu la vallée du Serio et il errait dans les champs avoisinanis les villages lorsqu'il attaqua plusieurs hommes et les blessa terriblement. Il fut assommé par un homme très vigoureux dont la femme, la fille et la sœur avaient été mordues.

Des treize personnes d'âge et de sexe différents qui avaient été blessées en divers points du corps, neuf moururent de rage et quatre seulement échappèrent à la contagion.

Le docteur Lutil-Thimecour, médecin de l'hôpital de Trévoux, communique à la Société de médecine de Lyon que le 26 décembre 1806, neuf personnes sont mordues aux environs de Bourg par un

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loup enragé et que toutes, à l'exception d’une femme enceinte, succombent à la rage.

O. du Mesnil a examiné l’histoire de 342 cas de rage par morsures de loups qui ont toute l'authenticité désirable. Il rapporte, entre autres, le fait suivant ayant été l’objet le 6 septembre 1813 d’une communication à l'Académie des Sciences de la part de l’un de ses aïeux, le Dr Champion de Bar-le-Duc :

Le 16 octobre 1812, à la fin de la nuit, une rumeur sinistre se répandait dans la ville de Bar-le-Duc, une bande de loups, disait-on, avait fait irruption dans la cité ef le nombre des victimes parmi les habitants qui vaquaient aux opérations de la vendange était considérable.

Vers 5 heures du matin seulement l’unique loup, cause de tout le mal, était abattu et il fut possible alors de se rendre un compte exact des malheurs qu’il avait causés. On constata que 19 personnes avaient été plus ou moins grièvement blessées et l'aspect particulier des blessures, par suite de l'absence d’une dent à la mâchoire supérieure du loup, permit de reconnaître immédiatement qu'un seul animal était l’auteur de ces accidents.

Sur ces 19 blessés et malgré des soins immédiats, 11 périrent, soit

une proportion de mortalité de 57,9 pour 100.

À la fin de l'été de 1814 plus de trente personnes furent mordues par un loup enragé qui causa de grands désastres dans les environs de Mortain (Manche). Plusieurs des blessés qui avaient été traités près d’Avranches par un nommé Autin jouissant d’une grande réputation de guérisseur devinrent {ous enragés et succombèrent à la maladie.

En cette même année 1814 la guerre et les opérations militaires qui se déroulaient en France chassèrent les loups des Ardennes et des Vosges. Ces animaux apparurent dans des régions où ils ne se rencontraient pas d'ordinaire en si grand nombre. La Rhénanie, le cercle de Ahrweiler en particulier, fut littéralement envahie par les fauves.

Le 24 juillet 1814 aux environs de Gelsdorf, de Fritzdorf, d'Arzdorf et de Dernau une louve d’une douzaine d'années attaqua de nom breux habitants dans ces villages, sur les chemins ou dans les champs. Elle mordit aussi à Fritzdorf une vache qui périt 17 jours après avec tous les symptômes de l’hydrophobie.

La louve fut tuée à coups de fourche dans la vallée de l’Ahr où elle était descendue. Toutes les personnes mordues furent traitées mais cinq, malgré tout, moururent de rage.

Le 1e' octobre 1815 un garçon meunier de Kerpen du département de Trèves s'était enivré à la foire et en rentrant il se coucha devant son village sur le sol et s’endormit. Il se réveilla vers les minuit parceque, pendant qu'il était couché sur le ventre, un animal lui sautait sur le dos en le mordant à la nuque.

Il bondit sur ses pieds, attrapa l’animal mordeur et se rendit compte que celui-ci était un grand loup qui, durant la lutte qu'il engagea ainsi avec lui, le mordit encore aux mains avant de s'enfuir.

Mais peu après, avant que le garcon meunier ait pu s'éloigner, le loup à nouveau l’attaquait avec une fureur redoublée. Ayant plusieurs fois maîtrisé l’animal, l’homme finalement s’évanouit, épouvantablement mutilé qu’il était au visage et sur tout le corps.

Le même loup attaqua le lendemain matin un troupeau de bœufs à Rokeskill. Ces bêtes se défendirent avec leurs cornes et aucune ne fut blessée. Un chasseur enfin abattit le loup qui essavait de l'attaquer. Le garçon meunier mourut de rage dans la septième semaine suivant ces événements, à l'hôpital de Coblentz. ï

Le 17 octobre 1817 la veuve d’un fermier, à Slavanka, était inquiétée à dix heures du soir par les beuglements de ses vaches. Elle alla dans la cour, fut attaquée par un loup et mordue dans le bras gauche et au cou. A ses cris, son fils vint à son aide sans voir ie loup. Il prit sa mère et la reconduisit dans la chambre commune dont il avait laissé dans sa hâte la porte ouverte. À peine arrivé dans cette pièce le fils fut attaqué par le loup qui l'avait suivi et qui le mordit très cruellement. Un soldat qui couchaït dans la chambre derrière le poële assomma l’animal.

Les deux blessés furent seulement traités à partir du 28. Le fils mourut ensuite de ses blessures. La mère tomba malade le 17 janvier mais se iemit. Une vache qui avait ve-:du une corne lors de l’attaque périt quelques semeines après celle-ci. Elle refusait toute nourriture et toute boisson, mugissait fréquemment, était très agitée; elle succomba après deux jours de maladie en bavant abondamment (Hufeland).

Dans la matinée du 22 mai 1817 une louve enragée parcourut quinze villages dans le voisinage de Moretel et de Crémieu, dans le département de l'Isère et mordit 23 personnes, du bétail et des chiens. Des 23 personnes blessées 13 moururent de rage (Trolliet, Nouveau Traité de la rage, p. 7 à 15).

En février 1820, 33 personnes furent mordues par un loup enragé en Esthonie. Vingt moururent de l'hydrophobie (Faber, p. 473).

Dans la séance du 8 avril 1886 de la Société Centrale de Médecine Vétérinaire, M. Mathieu donne communication d’une thèse présentée en 1826 à la Faculté de Médecine de Paris par le docteur H. Thierry.

Les 26 mai 1824 et 1e* août 1825, 27 personnes ont été mordues par deux louves enragées, dans la commune d'Argenteuil (Yonne) sur lesquelles 18 sont mortes de rage, soit les deux tiers.

En novembre 1829 un loup enragé vint dans le village de Szurdok du comität de Maramaros en Hongrie et attaqua plusieurs personnes. Il en mordit onze dont quatre moururent de rage l’une 24 jours, deux autres 27 jours, la dernière 35 jours après la morsure,.

En Turquie, en 1852, la petite ville d’Adalia (Anatolie) fut le théâtre d’une triste catastrophe. Le 7 juillet un loup enragé s’engouffra dans la ville, attaqua et mordit sévèrement sept personnes dans la rue mais étant alarmé par les cris de la foule, il fit le Cour par les jardins où plusieurs centaines d'individus reposaient, car c'était le temps de la récolte des vers à soie. 128 d’entre eux furent dangereusement blessés. Ils étaient en effet sans armes, à la suite d’une ordonnance prise récemment par le Gouverneur ; le loup fut à la fin chassé mais attaqua la même nuit un troupeau de moutons dont il tua 85 bêtes. Ce ne fut que le lendemain que le peuple auquel on avait rendu des armes put le mettre à mort.

Le rapport des médecins résidant dans la ville est effrayant. Plusieurs des personnes qui avaient été mordues moururent de rage furieuse et la population de la ville fut émue extrêmement (1).

Le 8 novembre 1855 une louve adulte fut remarquée le matin à 4 heures à Pétersbourg sur une des îles de la Néva. Elle jeta un homme à terre et le mordit à l’épaule. Un policier attaqua l’animal qui le mordit aux mains et, poursuivant son chemin, attaqua 27 autres personnes après s'être introduit en ville. Enfin, à 7 heures du matin, la louve fut abattue à coup de fourches.

Bien que les blessés aient été traités dans les hôpitaux comme il convenait, le 7 janvier, deux mois après, trois déjà étaient morts d’hydrophobie (Hering).

Le 7 janvier 1866, trois personnes habitant trois communes voisines, Nant, Alques et Saint-Jean-du-Bruel dans l'Aveyron furent mordues par une louve enragée ; les trois victimes prirent la rage après 22, 23 et 38 jours d’incubation.

(1) Fleming. Rabies and hydrophobia, p. 47.

En février 1867 dans un village du cercle de Zolkiewer dans la Galicie de l’ouest, un loup enragé blessa six personnes en plein jour. Des paysans l’assommèrent et les six personnes blessées furent hospitalisées à Lemberg, sur lesquelles trois moururent malgré tout de rage. L'on prétendit que les trois personnés qui restèrent sauves n’avaient été mordues qu'au travers de leurs vêtements (Schmidt, loc. cit., p. 446). Ë

O. du Mesnil relate également l'observation suivante qui lui a été transmise par le professeur Verneuil : le 5 octobre 1874, dans l’aprèsmidi, dans une partie d’une forêt dépendant du territoire de la Rochelle (Charente) deux enfants âgés de 8 à 10 ans étaient attaqués par un loup furieux. Deux hommes âgés de 28 et 31 ans, Tessier et Fontroubade, accourent au bruit et engagent une lutte au cours de laquelle le premier recoit 22 blessures, le second une seule à la main droite. Malgré les soins locaux prodigués, l’un et l’autre succombent à la rage, le premier le 9 novembre, après 31 jours d’incubatioh, le second le 5 novembre, après 27 jours d’incubation seulement.

Une vache mordue par le inême loup un quart d’heure avant qu’il n'ait attaqué les enfants devait être abattue 30 jours plus tard comme atteinte de la rage.

Dans une note remise à Pasteur par Kolpakoff (de Saint-Pétersbourg) se trouvent exposés les faits que nous résumons ci-après :

« Dans la soirée du 27 février 1886, un pope de la province de Smolensk qui se rendait à l'office et des cultivateurs qui allaient à une fête dans une ferme voisine furent assaillis par un loup de forte taille lequel avait mordu quelques instants avant des ouvriers de cette ferme. Quelques-unes des victimes, au nombre de 19, furent horriblement mutilées, Le loup fut tué le 1er mars 1886 ». Traitées par les vaccinations pastoriennes à leur début, trois seulement moururent, le traitement n'ayant été commencé que le quinzième jour après la morsure. Or, en 1813, 15 jours après la morsure, deux des blessés par le loup enragé de Bar-le-Duc avaient déjà succombé.

Babès de son côté signale qu’en Roumanie en 1895, 5 loups enragés ont mordu 62 personnes et le même auteur déclare avoir traité, en quinze ans, 300 personnes mordues par des loups enragés.

Dans la statistique de Goldendach, à Moscou en 1892, les morsures de loups sont dans la proportion de 5 pour 100 du chiffre total.

À l'Institut Pasteur de Samara, pendant les années de 1886 à 1910, Acker signale que sur 18.183 personnes traitées qui avaient été mordues par des animaux enragés ou suspects, 15.765 avaient été mordues par des chiens, 1.298 par des chats, 600 par des loups.

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Rendant compte du fonctionnement de l'Institut Pasteur de Kharkof, Kotzevaloff met en relief la fréquence et la gravité des morsures faites par les loups. Pour une période de 10 ans (1892-1901) sur 8.430 personnes traitées à cet Institut après morsures par des chiens, 77 sont mortes soit 0,91 pour 100 alors que, dans le même temps, 193 personnes étaient soignées après avoir été mordues par des loups. Sur ce nombre, 32 succombèrent à la rage, soit une proportion de 16,58 pour 100.

Hôgyes, en 1897, écrit que plusieurs années auparavant beaucoup de cas de contamination de rage provoqués par des loups ont pu être observés dans le comté de Maramaros.

Enfin la rage du loup est également signalée en Egypte et dans les Indes. A l'Institut Pasteur de Kasauli et dans ses centres, en 1925, parmi les animaux mordeurs l’on compte 25 loups ; 4 personnes mordues par ceux-ci avant succombé à la rage malgré le traitement.

La rage du chacal et de l’hyène

Si la rage du loup, au moins dans l'Europe Occidentale, a pratiquement disparu, en revanche, dans l’Afrique du Nord et surtout dansles Indes, les cas sont toujours fréquents de rage sur le chacal et sur l’hyène.

La statistique de l’Institut Pasteur de Tunis, pour 1923, indique que sur 274 personnes ayant suivi le traitement antirabique, 3 avaient été mordues par des chacals. En 1927, le même Institut mentionne pour 759 personnes mordues par des chiens, une personne mordue par un chacal suspect.

+ Ménétrier, d'autre part, reprenant les relevés de l’Institut Pasteur de Paris de 1887 à 1896, note que pour 15.021 cas de morsures dues à des chiens et 14 à des loups, 9 personnes ont été soignées à la suite de morsures par des chacals.

Dès 1829, l’on décrit, dans les Indes anglaises, de nombreux cas de morsures par des chacals et des hyènes enragés.

Déjà, quelques années plus tôt, en 1822, Johnson donnait la relation suivante {1) d’un cas de rage, par lui observé aux Indes :

« Un jour, je chassais avec une meute de chiens et vis devant moi un chacal. J’excitai mes chiens qui l’attaquèrent, mais à mon grand étonnement, au lieu de fuir, l’animal non seulement tint tête aux chiens, mais se jeta sur eux..Je me rendis compte bientôt qu’il était tout à fait enragé. ;

«L'on ne put faire lâcher prise aux chiens avant la mort du fauve.

(1) Maximilian Schmidt. loc. cil., p. 333.

Je m'empressai de rentrer, fît laver tous les animaux et les examinai soigneusement. Quatre de mes chiens favoris ayant des morsures, je les tuai sans délai. Les autres ne présentaient aucune trace de blessure et je pensais qu'ils resteraient indemnes.

«Cependant, cinq semaines environ après, trois autres chiens devenaient enragés et mordaient le gardien. Ils furent alors abattus, mais le gardien, dont les blessures avaient été d’ailleurs soignées, ne contracta pas la rage ».

Mac Kendrik et Fox ont étudié les statistiques de l’Institut Pasteur de Kasauli (nord-ouest de l’Inde) pour la période quinquennale 1911-1916, au cours de laquelle 22.519 personnes ont été vaccinées dont la plupart peuvent être considérées comme ayant été authentiquement contaminées. Sur ce nombre, 288, malgré le traitement, moururent de rage dont 200 mordues par des chiens et 84 mordues par des chacals (1). Le nombre des individus mordus par des chiens avant été au total de 18.020 et celui des personnes mordues par les chacals de 4.159. le pourcentage de la mortalité fut de 1,11 pour 100 chez les premiers, de 2,02 pour 100 pour les seconds.

Durant la même période et au même institut, deux individus furent traités qui avaient été infectés par des hyènes.

En 1925, au même Institut de Kasauli et dans ses centres, l’on retient pour le traitement 8.623 cas de morsures au nombre desquels sont compris 7.161 cas de morsures par des chiens, 1.154 cas de morsures par des chacals, 25 cas de morsures par des loups, 3 cas de morsures par des hyènes.

Le nombre des personnes qui moururent de rage malgré le traitement fut de 93 pour les personnes mordues par des chiens (proportion de 1.30 pour 100), de 32 pour les individus mordus par des chacals (proportion de 2,77 pour 100), de { pour les personnes infectées par les loups (proportion de 16 pour 100).

Dans la seule année de 1926, toujours à Kasauli et aux centres de Lahore, Allahabad et Pindi qui lui sont rattachés, parmi les malades traités, 6.983 avaient été mordus par des chiens, 1.189 par des chacals et 17 par des hyènes. Le nombre des morts fut de 94 pour la première catégorie (morsures par chiens), de 34 pour la seconde (morsures par chacals) attestant une fois de plus la gravité des infections produites par cette dernière espèce.

Dans le sud de l'Inde, à l’Institut Pasteur de Coonor,, des observations d’ordre analogue ont été enregistrées. Au cours des 19 années

(1) Les autres cas de rage humaine furent provoqués par les morsures d’un léopard, d'un renard, d'un chat et d'un bœuf !

s'étendant de 1907 à 1926, ont été hospitalisées 29.957 personnes mordues par des chiens et 838 mordues par des chacals. Durant l’année 1926-1927, 350 individus mordus par des chiens, 35 individus mordus par des chacals suivirent le traitement spécifique.

Au nord-ouest des Indes, en Assam, à l’Institut Pasteur de Shillong, des statistiques entièrement comparables sont publiées.

Parmi les animaux mordeurs, l'on compte en 1921, 959 chiens el 289 chacals, 1.755 personnes furent vaccinées dont 26 pour 100 avaient été infectées par des chacals ; une mortalité de 1,9 pour 100 fut observée sur ces dernières.

Ces chiffres, en 1925, étaient sensiblement les mêmes, 763 chiens et 108 chacals étant signalés comme mordeurs, les blessures produites par ces derniers entraînant une mortalité de 1,82 pour 100 contre une mortalité de 0,82 pour 100 due aux contaminations par les chiens.

A l'Institut Pasteur de Calcutta, fondé en 1924, l’on compte, pour 1.462 personnes soignées du 1° juin au 31 décembre 1924, 1.025 personnes mordues par des chiens, 400 personnes mordues par des chacals, la majorité des blessures faites par ces derniers ayant été très sévères. La mortalité chez les indigènes mordus par dés chacals fut de 3,75 pour 100 contre 0,19 pour 100 pour ceux qui furent infectés par des chiens.

D'après Fox E. C. R.; la rage du chacal semble être plus commune encore dans le Bengale que dans aucune autre partie de l'Inde. EL il y a lieu de réfléchir que les.dommages causés ne peuvent p:s être évalués seulement par la lecture des statistiques des Inetituts antirabiques, car près de 50 pour 100 des individus mordus nesuivraient aucun traitement. L'auteur pense que l’on pourrait réduire le nombre des cas de rage provoqués par les chacals en offrant de fortes récompenses pour assurer la destruction des animaux de cette espèce.

Au même Institut de Calcutta, en 1926, pour 3.831 personnes traitées, mordues par des chiens, 1.221 l’étaient à la suite de morsures par des chacals, la mortalité pour cas de rage déclarée étant de 0,6 pour 100 dans le premier cas, de 1,5 pour 100 dans le second.

En Égypte également, les morsures des chacals sont considérées comme étant parmi les plus dangereuses, ces animaux mordant particulièrement à la face et à la gorge. La rage du chacal semble être plus fréquemment constalée dans ce pays que dans les autres contrées de l'Afrique du Nord.

Le chacal constitue donc, sans conteste, ainsi qu'a bien voulu

nous l'écrire d’ailleurs M. Remlinger, l'un des trois grands facteurs de gravité des morsures aux Indes ; les deux autres étant la fréquence des morsures à nu et le retard des mordus à venir suivre le traitement.

Pour P. Remlinger le chacal doit être regardé comme un véritable réservoir de virus et cet auteur, ainsi que les médecins anglais des Indes, estime que ses morsures sont aussi graves que celles du loup.

Parmi les 6.808 individus traités sous sa direction à l’Institut Pasteur de Constantinople de 1900 à 1910, 74 avaient été mordus par des chacals, 80 par des loups, 2 par des hyènes.

Il s’agissait dans ces derniers cas de deux Turcs ayant été mordus la nuit. Bien que n’ayant aucun renseignement d'ordre clinique ou anatomo-pathologique, P. Remlinger estime que l’hyène est craintive tellement que l’on peut avancer que pour qu’elle s’enhardisse à mordre l’homme, il faut qu’elle soit enragée. :

Près d’un siècle déjà auparavant, en 1822, Johnson rendait compte d’une observation de rage faite aux Indes sur une hyène dans les circonstances suivantes : (1)

Il possédait un petit chien âgé d'à peu près six mois, qui demeurait attaché sous une véranda. Au cours d’une nuit ce chien se mit à hurler terriblement comme si un animal voulait le tuer.

Lorsque son domestique accourut pour voir la cause de ces hurlements, il se trouva devant une hyène qui laissa tomber le chien de sa gueule et s’éloigna de très mauvaise grâce. On lava le jeune chien et on l'examina très consciencieusement sans pouvoir constater la moindre blessure, Mais il était couvert d'une bave qui ne pouvait provenir que de l’hyène.

Personne alors ne pensa que celle-ci pouvait être enragée malgré le très peu d’empressement qu'elle avait mis à quitter les lieux. Or, trois semaines plus tard. le jeune chien devenait enragé.

La rage du léopard, de la panthère et du tigre

Le rapport annuel de Finkelstein sur les opérations de l’Institut antirabique de Tiflis en 1891, comporte une personne mordue par une panthère.

Le léopard est susceptible aussi de contracter la rage. Les statisliques de l'Institut Pasteur de Coonor font mention de 9 individus mordus par des animaux de celte espèce pour la période s'étendant de 1907 à 1926.

(1) Maximilian Schmidt, loc, cif., p. 336.

L'Institul Pasteur de Kasauli signale de 1912 à 1916, huit léopards parmi les animaux mordeurs, les blessures faites par l’un d’entre eux ayant provoqué l’éclosion de la rage chez la personne mordue en dépit du traitement spécifique suivi par elle. Le même établissement, en 1925, rapporte à une panthère les blessures de l’un des traités.

Le compte rendu de l’Institut Pasteur de Shillong pour 1921 dans les mêmes conditions, mentionne deux léopards.

À notre connaissance, la rage du tigre n’a jamais été encore observée. Toutefois trois Ligres sont signalés comme mordeurs ou suspects dans la statistique de l’Institut Pasteur de Calcutta pour l’année 1926, un tigre est cité de la même manière en 1925, dans le compte rendu de l’Institut de Kasauli.

La rage du lion et du puma

Manouélian et Viala, en 1922, observent un cas de rage sur une lionne de huit mois venant d’Abyssinie et pour la première fois, semble-t-il, chez cette espèce, confirment expérimentalement le diagnostic, une émulsion du bulbe rachidien ‘noculée dans la chambre antérieure de l'œil chez un lapin et dans les muscles cervicaux de deux cobayes, déterminant l’évolution d’une rage typique chez tous ces animaux après 14 et 15 jours d'incubation.

Le premier jour où des symptômes anormaux furent remarqués, l’on constata que la jeune lionne, laciturne et triste, se tenait à l'écart et refusait de manger. Le lendemain, elle était très agitée et rugissait sans cesse, le timbre de sa voix étant devenu plus grave. A cette période d’agitation fit suite au bout de 24 heures, une paralysie du train postérieur qui s'accentua rapidement gagnant les membres antérieurs le jour suivant. La lionne mourut après une courte agonie, la maladie n'ayant duré que trois jours. Cependant le vétérinaire traitant avait diagnostiqué la rage.

L'’urine obtenue par ponction de la vessie accusa une forte glucosurie.

L'examen bistologique de la corne d’Ammon, par la méthode de Mann, a montré de plus les corpuscules de Négri, les ganglions plexiformes présentant par ailleurs des lésions accusées de neuronophagie.

La rage a été signalée aussi aux États-Unis sur le lion de montagne ou puma. D’après Storer, qui relate cette observation, le puma au lieu de rechercher l’homme, généralement l’évite soigneusement. Très peu de gens même ont jamais pu le rencontrer. Il y a cependant au moins un cas en Californie ou un puma, évidemment infecté de

00 LES SOURGES DE LA VIRULENCE RABIQUÉ

rage, attaqua et mis à mort deux personnes dont une adulte. Cela arriva près Morgan-hill dans le comté de Santa Clara en 1909. Une jeune fille mordue par un puma, qui fut tué dans les heures suivantes, présenta sept semaines après la morsure, des phénomènes rabiques et mourut après une semaine de souffrances, le diagnostic de rage ayant été porté par quatre médecins. ,

Un enfant griffé dans l’eau en même temps que la jeune fille mourut dans les quelques semaines quisuivirent soi-disant de tétanos, mais Tracy Stour estime que c’est par erreur que ce diagnostic fut porté et que c’est à la rage qu’il faut attribuer la mort de ce jeune garçon.

La rage de l'Ours

La rage de l’ours est mentionnée à plusieurs reprises dans la littérature et déja Cœlius Aurelianus cite cet animal au nombre de ceux qui sont susceptibles de contracter cette affection. Babès, dans le temps même où il traitait en 15 ans plus de 300 personnes mordues par des loups enragés, en soignait deux mordues par des ours enragés (1).

G. Joannovitch rend compte que pour l’année 1924, dans les six instituts Pasteur de Yougo-Slavie, 5.705 personnes mordues suivirent le traitement pastorien. Les animaux enragés mordeurs appartenaient en particulier aux espèces suivantes : ours (4 cas) ; rat (2 cas) renard (1 cas) ; singe (1 cas), bufle (1 cas) ; loup (14 cas) ; âne (8 cas) ; mouton (15 cas); porc (23 cas) ; cheval (33 cas) ; bœuf (85 cas) ; chat (414 cas) ; chiens (5.026 cas).

Enfin nous avons relevé le cas d'une personne mordue par un ours suspect qui fut traitée à l’Institut Pasteur de Calcutta en 1926.

La rage de l'éléphant

Bien qu’exceptionnelle sur les Proboscidiens, la rage aurait été constatée sur l'éléphant. G. H. Evans rapporte le cas suivant, lequel a été signalé au Dr Gilchrist par un cornac ayant été personnellement témoin du fait aux Indes :

«Un chien enragé apparut dans les lignes des éléphants à Hyderabad. Il tenta de mordre plusieurs d’entre eux, mais ils le chassèrent. Pendant la nuit il en attaqua un durant son sommeil, le mordant à la trompe.

«La marque de la morsure ayant été distinctement reconnue le

(1) Babès, loc. cit, p. 36.

+25 ed

os »

jour suivant, un peu d'huile y fut appliquée, mais on n’y prêta plus d'attention et rien de particulier n’arriva jusqu’à ce qu’un mois ne se fut écoulé depuis la morsure; alors des symptômes évidents de délirium décrits sous le titre ahren bhas survinrent soudainement. Durant les premiers trois jours, l'animal mangea du fourrage. du grain et de l’eau, mais après ne voulut plus rien prendre.

«1 ne paraissait pas être effravé par l’eau puisqu'il en aspirait avec sa trompe pour s'en asperger, mais n’en buvait pas. Pendant deux jours il devint furieux ne permettant même pas à son cornac d'approcher; après quoi il tomba et mourut subitement.

«Par la même occasion, un autre éléphant périt quinze jours après celui-là, accusant les mêmes symptômes, mais il ne fut pas clairement démontré qu'il avait été mordu par le chien, encore qu’il fût un de ceux ayant subi ses attaques ».

J. H. Steel résume un autre cas de rage chez l’éléphant rapporté dans l’Oriental Sporting Magazine (vol. III, 1870) par le capitaine Hood B. S. C. d’ailleurs sans aucune précision scientifique.

« L'animal, une femelle, avait été mordue par un chien à l’extrémité de la trompe, en septembre 1869.

«Malgré la cautérisation de la blessure et l’administration de médicaments, la maladie se déclara. Pendant les trois premiers jours l'éléphant fut en proie à de grandes douleurs et il fut nécessaire de l'enlever des écuries, car elle commençait à les jeter à bas.

« Elle fut attachée soigneusement à un arbre et bientôt devint plus furieuse. Elle refusa la nourriture et l’eau après le premier jour. Vers la fin du troisième jour elle tomba à terre, apparemment épuisée et sur le soir du quatrième jour eile expira avec un soupir convulsif.

« Les symptômes les plus nets furent des tremblements du train de derrière avec des élancements convulsifs de la trompe et des membres, accompagnés d’une rétention d’urine accusée et d’une inflammation de la cicatrice.

« Un homme et un taureau qui avaient été mordus par le même chien moururent tous deux enragés ainsi qu'un autre éléphant qui avait probablement été mordu aussi ».

Si les symptômes décrits par les auteurs précités sont bien caractéristiques, il convient de souligner pourtant qu'ils n’ont donné lieu à aucune recherche anatomo-pathologique. Les inoculations expérimentales de contrôle n’ont pas non plus été tentées et dans ces conditions, l’on doit considérer que, du point de vue purement scientifique, la rage de l'éléphant, assurément probable, n’a pasencore été exactement établie.

La rage de la mangouste

La rage naturelle a été également diagnostiquée, dans l'Afrique du Nord, sur la mangouste (Herpestes ichneumon). C’est un petit carnassier très commun appelé aussi rat des pharaons ou raton qui, malgré la réputation que lui avaient faite les Égyptiens, ne combat jamais que les animaux plus faibles ou plus petits que lui, principalement les oiseaux de basse-cour dont il est l’un des plus redoutables destructeurs. Jamais il n’attaque l’homme.

Or, écrivent Ch. Nicolle et Chaltiel, le 17 avril 1903, un garde forestier indigène d’Aïn-Draham (Kroumirie) et son fils âgé de 5 ans, se présentaient à l’Institut Pasteur de Tunis pour y suivre le traitement antirabique; ils apportaient avec eux le cadavre de l'animal suspect de rage, un raton, qui les avait mordus.

L'accident avait eu lieu dans les circonstances suivantes : l’avantveille au soir, vers 7 heures, la famille était réunie à table pour le repas quand, tout à coup, par la porte restée ouverte, le raton était entré, s'était brusquement précipité sur l'enfant qui lui tournait le dos et l’avait mordu à la nuque ; le père avait aussitôt saisi et étranglé l'animal, non sans avoir essuyé une morsure à la main.

Une émulsion du bulbe de la mangouste fut inoculée dans la chambre antérieure de l’œil de 2 lapins qui contractèrent la rage et moururent au bout de 10 et 11 jours. Des passages prouvèrent qu'il s’agissait bien de rage authentique.

Les mêmes auteurs relatent également un cas antérieur sur un indigène algérien mordu à la main, le 8 juillet 1901, aux environs de Bône, par une mangouste. Le vétérinaire ayant pratiqué l’autopsie de l'animal, M. Sénac-Pagès concluait à la rage, mais ce cas ne donna lieu alors à aucune recherche expérimentale.

Le 22 février 1904, trois Algériens français se présentaient à l’Institut Pasteur de Tunis pour suivre le traitement antirabique : ils avaient été contaminés quelques jours auparavant, à Bône, par la bave d’un chien reconnu enragé à l'examen vétérinaire.

Ce chien avait élé lui-même mordu 35 jours avant l'apparition des premiers symptômes rabiques par un raton qui lui avait fait des morsures multiples à la tèle et aux oreilles.

Enfin, M. Gauharou, vétérinaire à Guelma, eut l’occasion à Héliopolis, en mars 1905, de pratiquer l’autopsie d'un raton qui s'était attaqué sans provocation à une femme indigène et l'avait mordue à la face et à la main.

Le rapport très détaillé du vétérinaire concluait à la rage et

d’après les renseignements un peu vagues qui ont été alors fournis à MM. Ch. Nicolle et Chaltiel, la femme blessée aurait succombé à la même maladie.

De ces observations diverses et des recherches expérimentales par eux pratiquées sur une mangouste, ces auteurs concluent que la mangouste ichneumon est susceptible de contracter la rage et que les précautions vis-à-vis des conséquences de ses morsures doivent être prises d'autant plus soigneusement que le virus rabique semble augmenter de puissance nocive en passant par son organisme.

La rage de la chauve-souris

La rage auraït été observée sur des Chéiroptères au Rrésil si l’on s’en rapporte aux résultats des observations de Haupt et Rehaag.

Dès 1911, A. Carimi, de l’Institut Pasteur de Sao-Paulo, faisait connaître la nature rabique d’une épizootie, qui dévastait depuis 1908 l'État de Santa-Caterina, causant une mortalité considérable sur es chevaux, les mulets et les bovidés de la région, puisque l’on pouvait évaluer celle-ci, en février 1911, à quatre m'lle bovins et à un millier de chevaux.

L’affection se présentait dans ces espèces sous les deux types classiques.

Dans l’un prédominaient les symptômes de paralysie, dans l’autre, au contraire, les malades, en proie à une forte agitation, manifestaient d’abord une tendance à l'isolement puis devenaient agressifs cherchant à attaquer les hommes et les animaux. Des signes d’hyperesthésie cutanée furent plusieurs fois observés.

Or, faisait déjà remarquer Carini, le nombre des chiens reconnus enragés dans la région ne paraissait pas être en proportion du nombre des vaches et des chevaux atteints de rage, de sorte qu'il semblait probable que des animaux sauvages devaient jouer un rôle dans la transmission de l'affection. :

Aussi bien, à San Pedro d’Alcantara, plusieurs personnes dignes de foi lui avaient assuré avoir vu, dans les pâturages, des chauvessouris, en plein jour, se lancer sur des bovidés et les mordre, ces bovidés succombant tous quelques jours après.

Après 1911, Haupt et Rehaag, qui continuèrent à étudier l'épizootie jusqu’en 1918, année à la fin de laquelle seulement elle cessa, ne constatèrent guère que la forme paralytique de la maladie, les animaux atteints traduisant souvent un prurit très accusé à la tête, au cou, à la poitrine ou à l'épaule. Ces endroits étaient frottés, grattés par les malades, souvent rongés. Les lapins et les cobayes inoculés avec les centres nerveux des animaux malades périssaient

dans un délai de 14 à 30 jours après avoir montré des symptômes de paralysie de l’arrière-train. Les recherches histologiques permirent de plus de vérifier la présence des corps de Négri dans les cornes d’'Ammon des bovidés enragés.

Les auteurs remarquent que jamais l’on ne constata la rage sur un homme et sur un chien et font observer la manière toute particulière dont se répandit et propagea la maladie. Celle-ci était beaucoup plus fréquente sur les animaux au pâturage à proximité des bois et des forêts que sur les chevaux, mulets et bovidés éloignés des régions boisées. De plus, deux cas de rage furent dans le même temps observés sur les bords opposés d’un fleuve très large qui ne pouvait être traversé.

C’est pour ces motifs que l’on fut amené à penser que l'agent propageant la maladie pouvait être un animal ailé habitant dans les bois. Et c’est une chauve-souris vivant dans le sud du Brésil et se nourrissant de sang (Phyllostoma Superciliatum) qui fut soupçdnnée être la cause de l’extension de l’épizootie.

La réalité de cette hypothèse fut confirmée par l'observation. Une chauve-souris avait mordu en plein jour un veau entre les yeux, à l'oreille et à la jambe. La vache mère du veau était saine. L’on enferma le veau et celui-ci tomba malade 27 jours après avoir été blessé en montrant les symptômes typiques de la rage mue.

Chez une autre chauve-souris qui put être capturée le jour pendant qu’elle mordait une vache, l’on put diagnostiquer la rage, à la suite de l’inoculation au lapin de ses centres nerveux.

L'on essaya, à peu près sans succès, d’empoisonner les chauvessouris par la strychnine, mais l’on obtint seulement de bons résultals en enfermant les animaux domestiques, dès la tombée de la nuit, dans des étables soigneusement closes.

Les propriétaires qui prirent ces précautions n'eurent plus que des pertes très faibles sur leur bétail au lieu que la rage continua à se manifester comme auparavant sur les bestiaux appartenant aux autres propriétaires.

Haupt et Rehaag considèrent ce fait d'observation comme la preuve manifeste que c’étaient bien les chauves-souris qui propageaient la rage.

Toutefois, si leurs conclusions sont nettement positives, il convient de connaître que Kraus ne les adopte point. Il remarque tout d’abord la durée extraordinairement longue de l’épizootie, le fait que la maladie n’a jamais pu être observée chez l'homme ni sur les chiens et que la forme paralylique a seule pu être diagnostiquée sur le cheval et le bœuf !

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Les inoculations aux cobayes et aux lapins n’ont déterminé dans la plupart des cas chez ceux-ci que des paralysies de l’arrière-train.

I semble établi enfin qu'un cerveau provenant d’une vache malade, autopsiée par Rehaag, cerveau adressé par l'intermédiaire de Kraus à Negrette et Cantor a provoqué, chez les animaux auxquels il a été inoculé par ces deux auteurs, l'apparition de phénomènes pouvant être rapportés nettement à la paralysie bulbaire infectieuse.

Pour toutes ces raisons, l’on ne peut adopter que sous réserve le point de vue de Haupt et Rehaag et la propagation de la rage par les chauves-souris ne saurait apparaître pour l'instant comme un fait rigoureusement démontré.

La rage de la Souris ei du rat

Dans son ouvrage sur la Rage, Portanier (1), médecin-vétérinaire, écrit qu'un cas de cette maladie aurait été observé en 1878 dans l’Ardèche, sur un enfant mordu par un rat atteint par cette affection.

En 1904, Nitsch, dans ses Expériences sur la rage de laboratoire (2) rapporte qu’il existe dans la littérature médicale la mention d’un homme (de Blasi et Russo Travali. J'ahresberichte de Baumgartène, 1890, p. 152) et d’un lapin (Kraïouchkine, Jahresberichte de Baumgartène, 1893, p. 115) mordus par une souris enragée ou suspecte.

Friedberger et Frühner signalent ensuite le rat et la souris comme animaux susceptibles de contracter la rage (Lehrbüch der Speziellen Pathologie und Therapie der Haustiere, Stuttgart, 1900).

D'autre part Babès, dans son Traité de la Rage (p. 363), déclare : qu'il avait décrit la rage de la souris et du rat en 1887, en insistant sur le fait que ces animaux sont très réceptifs à la maladie.

En 1906, P. Remlinger dans une étude de la question parue dans la Revue Scientifique, écrivait à son tour que les circonstances lui avaient permis de se rendre compte que les souris et les rats pouvaient être un facteur de dissémination de la rage.

Le point de départ de ses recherches -— communiquées en 1904 à la Société de Biologie — résidait dans le fait suivant :

Dans le courant de 1901, trois arabes de Beyrouth mordus la nuit au nez et aux oreilles par un «animal inconnu » furent adressés à Constantinople pour suivre le traitement antirabique.

L'examen des lésions, comme aussi le récit des intéressés — ces personnes dormaient dans une sorte de cave lorsque survint l’acci-

(1) Portanier. — La Rage, Nice, 1886, p. 71.

(2) Bulletin de l’Académie des Sciences de Cracovie, juillet 1904, p. 341.

dent —— firent supposer à l’auteur que l’animal mordeur était une souris ou un rat.

Les trois arabes mordus furent malgré tout traités et échappèrent à la rage.

P. Remlinger entreprit alors certaines recherches expérimentales en inoculant avec du virus fixe la souris blanche, le rat blanc ou tigré. Il constate que la souris et le rat contractent la maladie une fois sur deux, les premiers symptômes se manifestant en général du douzième au treizième jour après l’inoculation et la mort survenant du quatorzième au quinzième jour. Si l’on fait des passages de souris à souris ou de rat à rat, la réceptivité s'accroît et presque tous les animaux finissent par succomber du onzième au douzième jour, la période d’incubation étant réduite à 9 ou 10 jours. La symptômatologie est celle de la rage paralvtique. mais l’on peut observer une excitation passagère avec tendance à mordre.

Une particularité quasi constante de la rage expérimentale des souris est l’apparition, la veille des manifestations paralytiques, d'une conjonctivite séreuse puis purulente, bilatérale. L'animal n’ouvre les veux qu'avec difficulté, les paupières étant agglutinées par un exsudat abondant jaune pâle, puis jaune foncé. Cette conjonctivite manque chez le rat. Enfin Remlinger constate que le virus fixe ne s’atténue nullement par les passages chez la souris ou chez le rat, les lapins inoculés avec un virus de dixième passage, par exemple, mourant dans les mêmes délais que les lapins inoculés avec le virus normal.

Postérieurement aux recherches de Remlinger, d’autres expérimentateurs confirmèrent les résultats par lui obtenus.

Nitsch a inoculé du virus fixe dans le cerveau de quatre souris blanches. Trois succombèrent à la rage. La quatrième survit.

C. Nicolle (1) étudie la rage sur le rat blanc et le rat gris. Tous les animaux inoculés sous la dure-mère ou dans la chambre antérieure de l’œil ont contracté la rage, l’inoculation intramusculaire a donné par contre des résultats toujours négatifs sauf un cas douteux. C. Nicolle montre de plus que le virus des rues se comporte comme le virus fixe et que les glandes salivaires du rat enragé sont souvent virulentes pour le lapin. Il conclut que le rat est parfaitement capable de transmettre la maladie.

Contrairement à Nicolle, C. França (2) n’a éprouvé aucune difficulté à reproduire la rage chez les différentes espèces de rats par

(1) Faits e expériences concernant la rage (Ann. Institut Pasteur, 25 oct. 1904). (2) Carlos França, La rage chez les Muridés (Soc. de Biologie, 4 mars 1905).

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inoculation intramusculaire avec du virus de rues. Chez Mus rattus Mus musculus, Mus decumanus, Arvicola incertus, la maladie apparaît du neuvième au dix-huitième jour après l’iniection. La rage revêt généralement la forme paralvtique, mais peut aussi dans'quelques cas affecter des symptômes agressifs.

Par des recherches poursuivies à l’Institut d'Hvgiène expérimentale de Lausanne, Bruno Galli Valerio (1905-1906) fait voir que Mus decumanus, Mus raltus et Mus musculus sont très réceptifs aux différents modes d’inoculation du virus rabique, y compris l'inoculation intramuseulaire.

L'auteur vérifie que ces animaux inoculés avec du virus de rue prennent la rage furieuse et ont tendance à se jeter à la figure de l’homme. Si on leur présente des souris et des rats, ils les mordent et des mordus peuvent succomber à la rage. D’où une transmission possible de la maladie de rat à rat dans la nature.

Le virus de rue est renforcé très rapidement par le séjour chez le rat. Après deux ou trois passages, il est transformé en un virus fixe un peu particulier, qui, tout en continuant à donner la rage furieuse aux Muridés tue le lapin, le cobave ou le rat après une incubation fixe de 4 à 6 jours.

Un phénomène analogue s’observe après les passages chez le chat, le loup et le renard, alors qu’il faut une cinquantaine de passages pour arriver au même résultat chez le lapin.

De son côté, Fermi établit que tous les Muridés ne paraissent pas présenter une réceptivité absolument égale à la rage. Il les range par ordre de sensibilité décroissante : jeunes souris noires, vieilles souris noires, jeunes rats blancs, jeunes rats noirs, jeunes souris blanches, vieilles souris blanches, vieux rats blancs.

Les expériences de laboratoire, ajoutait Remlinger dans l’article de vulgarisation précité, auquel nous faisons ici les plus larges emprunts, permettent de concevoir la possibilité de la transmission de la rage par les souris ou les rats.

Une observation communiquée par l’auteur à la Société de Biologie le 1er juillet 1905 est d’ailleurs de nature à montrer qu'il y a là, non pas une conjecture plus ou moins hypothétique, mais un danger réel.

Le 8 mai 1905, à Dikoli aux environs de Smyrne, une jeune fille grecque âgée de 19 ans était prise tout à coup d’hydrophobie et le diagnostic de rage se présentait à l’esprit du médecin municipal appelé à lui donner ses soins. La mort survenait le neuvième jour après le début des accidents.

Or, cette jeune fille n'avait jamais été mordue ni léchée par un

chien ou par un chat enragé ou suspect. Six mois avant le début des premiers symptômes de rage, elle se trouvait dans la cave de sa maison lorsqu'une souris s'était jetée sur elle sans provocation, l'avait mordue à un doigt et avait disparu ensuite. Il y avait eu un écoulement de sang insignifiant.

La douleur, vive sur le moment, s’était bientôt calmée et la malade n'avait attaché aucune importance à cet incident demeuré cependant bien net dans sa mémoire.

En l'absence des causes étiologiques ordinaires, il paraît donc logique d'attribuer à cette morsure l’éclosion de la rage chez cette jeune fille.

P. Remlinger fait remarquer la longueur de l’incubation (six mois), la grande durée de la maladie (neuf jours), toutes choses en rapport avec la petite quantité de virus déposé dans la plaie par les dents minuscules de la souris, plutôt qu'avec l’atténuation très problématique du virus par son passage chez cet animal.

Sans doute, l'existence de la rage chez la souris accusée d’avoir mordu n’a-t-elle été prouvée ni par l’observation clinique, ni par les passages. Il apparaît toutefois à Remlinger que, rapprochée des données expérimentales par lui exposées, ce fait est suffisant pour attirer très sérieusement l'attention sur un premier mode de transmission de la rage à l’homme par les Muridés : l’inoculation directe.

Mais il semble que ces animaux puissent encore contaminer l’homme indirectement par l'intermédiaire du chien ou du chat et il y a lieu de conclure que les morsures de souris et de rats peuvent expliquer certains cas — rares sans doute — de rage en apparence spontanée de l’homme, du chien et du chat.

De toute manière, les rats ou les souris figurent à présent régulièrement comme animaux mordeurs dans les statistiques d'un grand nombre d’Instituts antirabiques. C’est ainsi qu'Ouchakow signale que sur 4.140 personnes traitées spécifiquement en 1926 à l’Institut de Médecine expérimentale de Leningrad, les morsures par elles subies avaient été causées par 1.746 chiens, par 341 chats, par 39 rats suspects.

La rage des petits rongeurs, insectivores et carnivores

Dans l'essai sur le tétanos rabien de G. Girard (1) est relatée l’histoire d’un cocher mordu au doigt par un lièvre, par lui blessé à la chasse, cocher qui serait mort de la rage six semaines après cette morsure. |

(1) G. Girard, Essai sur le tétanos rabien, Lyon 1809, p. 97.

Portal rapporte le même fait d’après M. Duplanil (1) et le recueil des curieux de la nature, écrit Trolliet (2), renferme un exemple de rage qui fut communiquée par la morsure d’une loutre,

Si la rage de la taupe (Talpa europaea) n'a jamais été, croyonsnous, diagnostiquée, l'incident suivant dont fait mention Toussenel témoigne du moins d’une agressivité extraordinaire pour un animal de cette espèce.

« Une taupe affamée sauta un jour à la gorge d’une jeune fille et lui perça le sein, avant qu’on ait eu le temps d’accourir à son aide » (3).

Toussenel rapporte à la faim ce qui pourrait mieux peut-être se trouver expliqué en l’attribuant à la rage, hypothèse probablement très hardie, nous fait remarquer M. Mouquet, mais qui, dans l’état actuel de nos connaissances, ne saurait apparaître autrement ridicule.

Le furet (Putorius furo) figure comme animal mordeur et suspect dans les statistiques de l’Institut Pasteur de Rabat pour l’année 1922 ; la même année, en Egypte, une belette (Putorius vulgaris) est signalée dans les mêmes conditions.

La rage naturelle du furet à été observée il y a plus d’un siècle par de Saint-Martin (4). Un furet qui avait été mordu par une chienne reconnue enragée le 10 octokre 1822 est mort fin décembre de la même année n'ayant voulu ni boire, ni manger pendant sa maladie et après avoir présenté, écrit l’auteur, «cette paralvsie des membres postérieurs si fréquente dans la rage de plusieurs animaux ».

Stimson écrit (5) que le skunks ou putois d'Amérique est un facteur important de propagation de la rage et que des cas sont connus d'infection de l’homme par des animaux de cette espèce.

Akker signale sept personnes ayant subi le traitement antirabique à Samara de 1886 à 1911 à la suite de morsures par des belettes.

En Autriche un putois, en 1916, un écureuil (Sciurus) en 1921, cinq lapins de 1918 à 1921 sont indiqués comme ayant contracté naturellement la rage, les diagnostics ayant été confirmés par des recherches expérimentales. La maladie aurait été également diagnostiquée sur l’écureuil en Californie d’après Storer.

Enfin, à Varsovie, entre 1886 et 1927, deux personnes mordues par des écureuils ont dû être vaccinées contre la rage. |

Le Docteur-Vétérinaire Mouquet, attaché au Muséum d'histoire

(1) Portal, Observations sur la nature el le traitement de la rage, p. 5. (2) Trolliet, Nouveau traité de la rage, p. 267.

(3) Toussenel, L'esprit des bêtes, Paris, Hetzel, p. 251.

(4) Monographie sur la rage, p. 358.

65) Stimsnn. Facfs and Problems of rabies, p. 15.

naturelle à Paris, a bien voulu nous faire part d’un cas inédit de suspicion de rage par lui observé le 12 mai 1927 au Jardin des Plantes sur une civette (Viverra Civetta-Linné) se trouvant dans cet établissement depuis près de dix mois.

Signalée le 11 mai comme agressive et paralysée du train postérieur, la bête fut trouvée morte le lendemain matin. Comme elle avait vécu au domicile d’un particulier, en toute liberté, pendant un assez long temps et qu’elle avait pu alors être mordue par un chien ou par un chat enragé, Ia rage fut considérée comme possible, malgré la période d’incubation prolongée et bien qu'aucune autopsie ni recherche de laboratoire n'aient été effectuées.

Une paralysie d’origine infectieuse, remarque M. Mouquet, aurait évolué plus longuement selon toute vraisemblance et se serait aussi traduite par des symptômes concommitents qui ne se sont pas déclarés.

Casper, Hôgves déclarent aussi que la rage aurait été constatée

sur la belette et également sur la moufette (Mephytis) et sur la martre (Mustela martes), espèce sur laquelle nous allons maintenant l’étudier avec quelques détails,

La rage de la martre

L'on ne connaît pas d’épizootie proprement dite de rage sur la martre, mais on a relevé, assez rarement, il est vrai, des cas isolés de la maladie sur des animaux de cette espèce.

C'est ainsi que Faber rapporte que dans les actes du collège médical de Wurtemberg sont consignés neuf cas de suspicion de rage chez des martres observés au cours de la première moitié du xrx® siècle dans ce pays, savoir :

En 1810 un cas dans le cercle de Tuttlingen.

En 1811 deux cas dans le cercle de Welzheim.

En 1812 un cas dans le cercle de Sulz.

En 1813 un cas dans le cercle d'Ulm et un cas dans le cercle de Leutkirch.

En 1828 deux cas dans le cercle de Crailsheim.

En 1836 un cas dans le cercle de Rottenburg.

C'est durant les mois d'été que la maladie a été le plus souvent constatée, Les deux tiers des cas sont distribués entre les années 1810-1813. L'on s’est demandé si les cas de rage signalés sur les martres ne seraient pas en relation avec des épizooties de la maladie sévissant sur des renards.

Or, dans le cercle de Tuttlingen où une martre soupçonnée de

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