‹ Les Sources de la Virulence RabiqueChapitre 19 sur 53 · APS · texte numérisé non relu

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rage fut abattue en avril 1810, il y eut une grande épizootie de rage sur les renards au cours de l’été de l’année précédente.

En 1828, l’on remarqua une épizootie de rage sur le renard dans une grande partie du Wurtemberg. Cette même année, l’on releva aussi les cas de deux martres suspectes de rage, d’où quelque probabilité pour qu'il v ait eu une relation entre ces constatations de la même maladie sur ces deux espèces animales.

Au nombre des observations les plus typiques, citons les suivantes bien décrites par Faber.

Le 3 août 1811, un jeune homme bien portant, robuste, âgé de 23 ans était subitement attaqué dans son champ, à Welzheim, par une martre qui le mordait au mollet. Les blessures ressemblaient à des piqûres d’aiguille et elles avaient, le 7 août, quand le malade fut examiné, une couleur bleu-rouge marquée, étant d’ailleurs cicatrisées. Le pourtour de la cicatrice était fortement enflammé, présentant l’aspect offert par une piqûre de guêpe. Le jeune homme mordu se plaignait de fortes douleurs brûlantes dans les blessures, lesquelles furent scarifiées et traitées par l'emploi des moyens habituellement mis en œuvre à l’époque. L'on a toutes raisons de croire que l’on s’est bien trouvé, dans le cas particulier, en présence d’une martre enragée encore, fait remarquer Faber, que la connaissance des phénomènes qui accompagnent la maladie des martres ne puisse être que très incomplète puisqu'on observe ces animaux seulement au moment où ils attaquent l’homme et qu’on les tue alors immédiatement !

Toutes les attaques et blessures faites par ces animaux arrivaient en plein jour et sans aucune provocation, la plupart du tEROPS DS les champs.

Dans une circonstance même, une martre attaqua deux personnes à la fois, en sautant de la première à la seconde puis en revenant à la première.

A Leutkirch, en avril 1813 à midi, une martre s’introduisit dans la cour d’une ferme parmi la volaille. Lorsque la fermière essava de la chasser, la martre se jeta sur elle en s'agrippant à ses jupes sans la blesser. Une heure et demie plus tard la même martre vint dans : basse-cour d’une autre ferme et lorsque le fils du fermier voulut

l’éloigner, elle lui sauta sur le pied,se cramponnant dans le pas du jeune homme sans lui faire non plus de blessure.

L'on organisa alors, pour capturer l’animal, une véritable chasse au cours de laquelle deux personnes furent mordues. La martre

s'était réfugiée derrière une poutre et quand l’un des poursuivants voulut y regarder, la martre lui sauta au visage et lui mordit le nez. L'autre personne était tranquillement assise sur la porte. Elle fut,

tout à fait à l’improviste et d’ailleurs très légèrement mordue au pied. |

Ce fut seulement le soir à 5 heures que l’on parvint à tuer l'animal à coups de fourche. L’autopsie nerévéla rien de particulier en dehors d’une rate très hypertrophiée. L’estomac ne présentait que quelques poils provenant apparemment de souris. Les blessures faites au pied et au nez des personnes mordues étaient très petites, semblables à des piqûres d’aiguille. Elles guérirent. sans accident, rapidement.

D'une manière générale, les martres atteintes par la maladie manifestaient une envie de mordre tellement accusée qu’elles ne desserraient les dents de leur victime qu’au moment même où on les assommait. Dans les neuf cas rapportés, toutes les personnes blessées furent soignées conformément à la thérapeutique alors appliquée en cette matière. Elles demeurèrent en bonne santé à l'exception du jeune homme mordu à Welzheim ainsi qu’il a été dit plus haut. N

Nous connaissons seulement que, depuis lors, la rage naturelle de la martre a été signalée en Pologne. En 1920, dans une petite ville, à Brzostovine (1), une martre se jeta sur des enfants qui jouaient. Aux cris de ceux-ci deux personnes accoururent pour les protéger.

La martre enragée mordit aux pieds et aux bras les enfants et les personnes qui durent subir le traitement pastorien. Les centres nerveux de la martre abattue furent inoculés à un lapin qui mourut 90 jours après l’inoculation, en présentant les symptômes caractéristiques de la rage.

Une martre avait auparavant été mentionnée par Remlinger comme animal mordeur, dans les statistiques de l’Institut Pasteur de Constantinople de 1900 à 1908.

La rage du blaireau

Dans les conditions naturelles, la rage a été observée, à plusieurs reprises, sur des blaireaux et généralement dans le temps même où cette maladie sévissait sur les renards et sur les chiens.

Plusieurs cas de rage concernant le blaireau ont été rassemblés par Maximilian Schmidt (2) avec les noms des auteurs les avant rapportés. à

Au printemps de 1795, près de Dresde, une ramasseuse de bois fut mordue par un blairean et quelque temps après périt d'hydrophobie (Krügelstein). |

(1) Communication personnelle de M. le Professeur J. Gordzialkowski. de l'Université de Varsovie.

(2) Max. Schmidt, Znolnaische Klinike (9° partie, p. 356 et sufvantes).

Le 17 août 1820, vers 6 heures du soir, près du village de Guray, dans le grand Duché de Posen, un blaireau femelle sortit de la forêt voisine d’une prairie où plusieurs enfants gardaient le bétail au pâturage. L'animal s'approcha rapidement d’un petit garçon de 9 ans qu'il attaqua sans provocation aucune. L'enfant, croyant qu'il s'agissait d’un chien du troupeau ne se sauva point, appelant seulement à l’aide, lorsque l'animal lui sauta sur la poitrine, le jeta par terre et le blessa à travers ses vêtements légers en le mordant el le griffant.

Il ÿ avait tout près {rois jeunes garçons dont deux s’enfuirent. Le troisième, âgé de cinq ans, accourul pour taper sur le blaireau et lui faire lâcher prise. Celui-ci se retourna alors avec fureur contre lui, le jeta à terre et le mordit en le déchirant d’autant plus sauvagement que le pauvre enfant n’était vêtu que d’une chemise. L'enfant s’évanouit jusqu'à l’arrivée de son père qui survint une demi-heure après et tua l'animal, toujours acharné sur sa victime, en lui écrasant la tête.

Les blessures du courageux garçonnet étaient terribles, les bras et les jambes tailladés d'innombrables morsures, les muscles déchiquetés littéralement, le nez mangé jusqu’à l’os alors que le premier enfant blessé présentait seulement des morsures superficielles.

L’autopsie du blaireau permit de voir que son estomac renfermait une grande partie d’une grenouille non encore abîmée par les sucs digestifs, une sauterelle tout entière, un cafard d’un centimètre de long et une demi-tasse de sang provenant de sa dernière victime, L'on supposa que l’animal était enragé et le garçon de neuf ans d’abord attaqué fut soigné en conséquence. Il ne contracta pas la maladie. Tout traitement fut impossible sur le second chez lequel l’hydrophobie se traduisit 26 jours plus tard, la mort survenant 3 jours après.

Un fait qu’il convient de noter, c'est qu’à proximité du même village, trois semaines environ avant cet événement, un blaireau mâle avait été assommé (Hufeland) (1).

L'on rapporte qu’en 1825, à Langenaüfach (Bavière), deux enfants, un cheval et un bœuf furent mordus par un blaireau enragé lequel avait pu être infecté par un renard ; la maladie, nous venons de le voir, régnant alors d’une manière épizootique sur cette espèce, dans l’Allemagne du Sud.

En juin 1826, un troupeau de bovidés de la commune de Nordeck, de l’arrondissement de Marburg paissait dans une forêt. Le

(1) Cité aussi par Youatt dans The Veierinarian, 1837, p. 662.

bouvier vit tout à coup un animal inconnu venir à la rencontre du troupeau en tentant de se jeter sur le taureau qui se défendit avec ses cornes. Le gardien assomma l’assaillant, puis s'enfuit dans le village pour revenir sur les lieux accompagné du garde forestier, lequel reconnut un blaireau dans l’animal assommé (Heusinger).

En 1827, dans le canton de Zürich, une femme était mordue par un blaireau suspect de rage et l’année d’après, dans le même canton,

l’on tua encore un animal de même espèce que l’on supposa enragé (Kôchlin).

En juillet 1856, un cas curieux survint dans la forêt de Breitenborg (Holstein). Des adultes ainsi que des enfants furent mordus par un blaireau. Un garçon de 7 ans avait reçu plus de 40 blessures: L’on donna la chasse à l’animal, on le captura et on le tua à l’aide d’un chien qui, du reste, fut gravement mordu à la tête et eut la lèvre inférieure enlevée. Le blaireau était un mâle, sa tête présentait au creux de la joue une trace très nette de morsure déjà ancienne et profonde. L'enfant, gravement blessé, tomba malade dix semaines après la morsure et succomba à la rage 3 jours plus tard (Hering).

Sella, de l’Académie de Turin, rend compte au Congrès du 1°r décembre 1865 de l’observation suivante extrêmement caractéristique.

Le 22 septembre de la même année, une fermière âgée de 60 ans traversait un champ pour aller vers Ponte (Province de Pinerolo), pour ramasser du bois sec. Elle fut attaquée par un blaireau avec une grande violence, griffée et mordue aux mains et aux pieds. Ne venant pas à bout de l’animal, elle se sauva, mais le blaireau la poursuivit le long d’un kilomètre environ jusqu'à ce que la femme ait pu s’abriter dans une maison dont elle ferma la porte.

L'animal l’attendit un bon moment dehors essayant de s'introduire dans la maison par quelque autre endroit. Il y parvint. Dans une chambre au rez-de-chaussée se trouvait la propriétaire, avec ses deux enfants et la femme poursuivie qui s'y était réfugiée. Le fauve se jeta de nouveau sur cette dernière, la mortit et la griffa derechef jusqu’à ce qu’un paysan accouru au bruit des cris poussés, put intervenir et assommer le blaireau avec une canne.

La fermière, qui était dans un état pitoyable. fut envoyée par le médecin local dans un hôpital de Turin où elle fut traitée. Les morsures au talon gauche et aux mains guérirent au bout de 16 jours et la femme, qui était un peu simple d'esprit, en était très satisfaite, racontant à Chacun son aventure sans penser qu'elle pouvait avoir aucune suite fâcheuse. Elle mangeait avec appétit et, le 20 octobre, elle était en parfaite santé. Mais le jour suivant, des douleurs rhu-

matismales apparurent dans le dos et les bras, avec des difficultés de respiration et de l'asthme. Les premiers symptômes de l’hydrophobie se manifestèrent.

Dans la nuit du 22 au 23 octobre, la mort survint par asphyxie. Sella examina plusieurs fois la malade durant ces 4 jours et put se convaincre de la réelle existence de la rage.

D'autre part Faber (1) cite 13 cas de suspicion de rage sur des blaireaux observés au Wurtemberg de 1810 à 1835. Retenons parmi eux l’histoire d’un blaireau qui fut tué à Ulm en 1825 au milieu de la ville après avoir percé un mur pour s'introduire dans une étable. Il se laissa d’ailleurs abattre tranquillement sans montrer ni crainte ni agressivité.

Le même auteur rapporte le cas de deux petits garçons poursuivis pendant cent pas par un blaireau sans avoir été atteints. Ce blaireau attaquait une petite fille un quart d'heure après, la mordant à la cuisse très violemment. L'enfant bloqua la bête sous elle et aux cris qu'elle poussa, des personnes arrivèrent qui assommèrent l’animal. Les personnes mordues ne contractèrent pas la rage.

Faber raconte encore qu'en 1829, à Neuenburg, une mème ferme fut visitée dans la même nuit par trois blaireaux, lesquels par ce fait même apparurent comme très suspects de rage.

Plus récemment, Zschokke rend compte, en 1895, qu'à l’Institut de Zurich, entre le 25 février et le 11 juin, 23 cas typiques de rage ont été observés, dont 22 relatifs à des chiens et 1 concernant un blaireau femelle.

Celui-ci fut trouvé près de Urdorf, dans le canton de Zurich, dans un champ à proximité immédiale des maisons du village. Il était presque entièrement paralysé de l’arrière-train, On l'assomma sur place et son autopsie fut pratiquée moins de 12 heures après sa mort.

Gabryszewski a signalé que pendant les années 1900 et 1901, en Galicie, dix cas de rage sur des blaireaux ont pu être constatés, tous les blaireaux observés ayant manifesté une aggressivité caractéristique.

Enfin, Marks, en 1926, relate un cas de rage survenu sur un blaireau dans le cercle de Sensburg, de l'arrondissement d’Allenstein, Un blaireau avait assailli, dans le village de « Chostka » quelques écoliers et avait mordu un petit garçon de 10 ans aux mains et aux jambes. Le jour suivant, le même blaireau attaqua un ouvrier qui

(1) Faber, Die Wuthkrankheit, p. 99-100.

menait sa chèvre aux champs. Il mordit l’ouvrier à la tige de sa botte et la chèvre à la cuisse. L’ouvrier abattit alors le blaireau avec un bâton. L’autopsie du cerveau de l’animal faite à l’Institut Robert Koch confirma le diagnostic de rage.

La rage du renard

Si la rage du renard n’a guère fait en France que l’objet de travaux de Laboratoire, elle a été signalée à de nombreuses reprises en Amérique et en Europe. D'ailleurs, elle était connue dès l'antiquité, si l’on en croit Avicenne.

Bien qu’étant régulièrement contesté par de nombreux individus, en particulier par les chasseurs, l’indéniable danger de la propagation de la rage par le renard est illustré par les exemples suivants relatés par Hering (1) et par Faber.

Vers la fin avril 1815, dans le Wurtemberg, un renard se bat avec un chat à côté d’un poulailler. Le 21 mai ce chat mord la servante qui prenait soin de lui et il est abattu le lendemain. Le 25 août les symptômes de la rage apparaissent chez la servante qui meurt peu après. <

À Netstall, petite bourgade du canton de Glaris (Suisse), le capitaine Weber fut mordu par son chien, fin avril 1825 et, sous prétexte que cet animal n’avait pas été mordu par un chien enragé, mais seulement par un renard, un mois auparavant, le capitaine Weber refusa tout traitement. Il contracta l’hydrophobie quatre mois plus tard, le 9 août 1825 et en mourut quelques jours après (2).

Dans le canton de Ravensburg, un chien fut mordu par un renard dans la nuit du 21 au 22 septembre 1828. 18 jours plus tard la rage éclatait chez le chien.

Dans le canton de Reutlingen, en octobre 1828, un taureau castré de 3 ans et demi qui paissait sur une prairie périt de la rage. Comme il y avait une épizootie de rage parmi les renards, l'on supposa que l'animal avait été mordu par l’un d'eux et avait été ainsi infecté.

Dans le canton de Riedlingen, un renard s’introduisit le 22 novembre 1829 dans une bergerie où il mordit six moutons. Le 25 décembre l’un de ceux-ci tomba malade. 11 courait continuellement dans la bergerie cherchant à monter sur le bélier ; le 27 il était couché par

(1) Hering. The Veterinarian, 1840, p. 73.

(2) Faber, Loc, cit., p. 287.

terre, dans l'impossibilité de se Lenir debout, le regard fixe el atone, les yeux larmoyants, écumant abondamment, le maxillaire inférieur pendant et éprouvé par des contractions cloniques sur tout le corps. Ü mourut dans la nuit du 28. Les cinq moutons restants demeurèrent en bonne santé (Faber, loc. ci£., p. 212).

Le 6 mai 1837 une jument fut mordue par un renard supposé enragé. Elle traduisit la rage le 19 juin et mourut le 25, après en avoir présenté tous les signes (Hering, Loc. cit.).

L'on a de même longtemps prétendu que la rage ne pouvait être directement transmise à l’homme par un renard enragé ; les faits suivants montrent très clairement le contraire :

Le 11 octobre 1812 un domestique de ferme âgé de 27 ans fut mordu par un renard enragé à Wangen où une épizootie sévissait parmi les renards. L'animal attaqua le jeune homme la nuit et le mordit avec une telle force au pied, que le blessé fut obligé de séparer avec les plus grands efforts les mâchoires crispées de l’animal pour se libérer. Le mordu portait sept blessures au pied. Il les pansa et elles guérirent vite en laissant des cicatrices blanches.

Vers la Noël, le blessé éprouva au pied des douleurs violentes, commença à ne manger que du pain sec et à manifester une grande répugnance pour toutes les boissons. Il éprouvait des frissons à la vue de quelque chose d’humide ou de liquide. Il soupirait, devenait rêveur au travail. Le regard triste, inquiet, il se plaignait sans cesse. Il était agité. Une fois il fit un paquet de ses vêtements, embrassa ses enfants en pleurant et voulut s’en aller, mais revint en disant qu’il ne pouvait pas partir et qu’il sentait au surplus qu'il allait bientôt mourir.

Malgré tous les conseils qui lui furent donnés, il ne consulta pas de médecin. Le 24 janvier, quatre jours avant sa mort, les cicatrices des morsures devinrent subitement très rouges.

Le malade alors ne pouvait plus déglutir, avait une crise en prenant une cuillerée de potion, s’agitait et élait dans l'impossibilité de boire ou de manger. Il avait des crises furieuses pendant lesquelles il écumait abondamment en jetant des regards furieux autour de lui et en arrachant les vêtements à ceux qui s’approchaient. Il avait des spasmes et, d’après les dires de son entourage, il hurlait littéralement. Il mourut le 28 janvier (1).

En 1819, le duc de Richmond, comme nous le verrons plus loin, contracta la rage dans des conditions analogues.

(1) Faber. Loc. cit, p. 306-307,

L'histoire d’un cas de rage humaine consécutif à la morsure d’un renard est relatée en 1832 dans le périodique anglais The Lancet.

Il s'agissait d’un homme de 45 ans E. B*** qui fut amené à l’hôpital de Londres (London hospital) le 10 juin 1832 entre 8 et 9 heures du soir avec tous les symptômes de la rage.

Ses amis firent connaître qu'il gardait pour son amusement un renard apprivoisé. Six semaines environ auparavant, il voulut le montrer à un acheteur éventuel. L'animal ne répondant pas de suite à son appel, il chercha à l’attraper dans sa niche et le fauve alors le mordit, peu gravement d’ailleurs, au dos et dans la paume de la main. E. B*** ne fit pas attention à ces blessures qui guérirent au surplus très vite et il demeura en bonne santé apparente jusqu’au 9 juin, veille de son admission à l’hôpital. Il commença alors à éprouver de violentes douleurs au siège des morsures. Il mourut le lendemain de son arrivée, le 11 juin vers 2 heures de l’après-midi, après avoir présenté les manifestations types de la rage (1). .

Hillary relate un cas de rage suivi de guérison chez un jeune homme de 18 ans qui avait été mordu par un renard apprivoisé. Ce dernier avait été mordu de son côté par un congénère enragé lequel avait contracté la maladie à la suite d’une morsure par un chien rabique (2).

Dans une forêt du pays de Bade, voisine de la frontière du Wurtemberg, deux garçonnets de Neuhausen furent très fortement mordus aux pieds, le 16 août 1829, par un renard enragé. L'un des petits, âgé de 11 ans, enfonça son poing dans la gueule du renard et se blessa au pouce. N'ayant pas d'armes. le garçon creva un œil à l'animal, le prit par les oreilles et le maintint sous ses genoux jusqu'à ce que d’autres enfants, accourus à ses cris, arrivèrent, qui Luèrent le renard à coups de pierres.

Après avoir été soigné par les trailements antirabiques alors en usage, le garçonnet était toujours bien portant et gai quatre semaines après l'incident. Mais deux semaines plus tard l'enfant se plaignit de douleurs dans les extrémités, douleurs qui allèrent en croissant, et surtout dans le pied blessé.

Le matin du 29 seplembre, le malade montrait une grande répulsion pour tous les liquides et le médecin qui le soignait demeura toute la journée auprès de lui pour observer les symptômes de la maladie.

Le malade mourut le lendemain à 10 heures très épuisé. Quant

(1) The Lancei, 1832, vol. II, p. 445.

(2) Faber, Loc. cit., p, 196.

aux autres garçons, aucun symptôme de rage ne fut chez eux observé (1).

Le 10 août 1836 une fillette de 13 ans était, ainsi que son père âgé de 55 ans, mordue par un renard qui s'était introduit dans leur jardin.

Le père resta indemne mais la rage se déclara chez la fillette le 6 septembre et elle mourut après 26 heures de souffrances (2).

En 1872, Maximilian Schmidt rassemble dans le tableau suivant les chiffres communiqués par Faber et par Franque en ce qui concerne les conséquences des morsures faites par des renards enragés ou suspects. |

Nombre des mordus Nombre des morts Selon Selon Selon Selon

Faber Franque Faber Franque Hommes... - 30 8 2) 1 CHIENS Te 2 91 6G 37 Î GRAS AT Een ne 12 — 9 — HOPCS RP RICE Te 4 12 1 2 Chevaux 2... 2 1 1 BOVIAES a or 30 14 30 4 MOUEONS 5 40 14 6 14 Ghevres 20. 1 — 1 —

La première relation connue d’une épizootie de rage sur les renards a été donnée au xvi® siècle par le docteur Théobald Fettich d’Artzney près de Worms qui écrit alors ce qui suit :

Mon beau-frère a fait le récit d’un événement survenu, il y a dix ou douze ans, chez un paysan domicilié près de Francfort-sur-le- Main et dont le cochon était devenu enragé, se jetant sur les animaux et les hommes en essayant de les mordre.

Sur les conseils d’un ami, le paysan abattit l’animal et l’enterra. Mais le cadavre n'avait été enfoui que superficiellement, l’on était en hiver et les renards très nombreux dans le pays, déterrèrent la charogne et la dévorèrent. L'on remarqua, peu après, beaucoup de renards enragés qui se précipitaient sur les animaux et les hommes dont certains étaient mordus. Un grand nombre des hommes qui étaient blessés de la sorte moururent avec tous les symptômes de l'hydrophobie.

Aussi, afin d’enrayer l’épizootie, donna-t-on le droit de chasser les renards à tout le monde. Ces animaux furent détruits de la sorte en quantité et la rage disparut.

(1) Faber. Loc. cit., p. 210.

(2) Hering. The Vererinarian, 1840, p. 73,

Maximilian Schmidt (1), qui rapporte la relation du D' Fettich, ajoute que si l’origine de cette épizootie de rage reste incertaine, les symptômes présentés par les animaux et les hommes qui en étaient atteints ne permettent pas de mettre en doute son authenticité. Encore que l’année exacte ne nous soit pas donnée, il semble, écrit Schmidt, que la maladie ait fait surtout ses ravages entre 1578 éL 1081

Durant près de deux cents ans, aucune observation nouvelle n’est enregistrée relative à une épizootie de rage sur le renard et il faut arriver au début du x1x£ siècle pour voir apparaître en Europe une seconde épizootie.

Auparavant toutefois et selon Fleming, en 1768, 1770, 1771, la maladie fit des apparitions fréquentes à Boston et dans d’autres villes de l'Amérique du Nord. Des chiens et des renards en furent atteints en grand nombre, la maladie étant considérée alors comme nouvelle dans cette partie du monde. .

En 1810, la rage apparut à nouveau sous une forme épizootique dans l’Amérique du Nord et plus particulièrement dans l’état d'Ohio où les chiens, les loups et les renards furent frappés.

L'on signale, en 1819, la mort du duc de Richemond, gouverneur général du Canada, à la suite d’une morsure que lui fit un renard apprivoisé, atteint de rage.

Le duc vit ce renard le 28 juin 1819 au cours d'un voyage dans le nord du Canada. à William Henry. Son chien favori montra beaucoup d’amitié pour cette bête sauvage, ce qui plut au duc, qui manifesta le désir de l’apprivoiser. Le lendemain il trouva le fauve attaché à sa tente. Très satisfait du cadeau qui lui était ainsi fait et malgré l'avertissement que lui donnait un état d’agitation suspect chez le renard, le duc voulut le flatter et fut mordu à la main.

Après un malaise passager, chez le mordu, tout rentra dans l’ordre. Lors de son voyage de retour, toutefois, le 22 ou 23 août, 54 jours après la morsure, les premiers symptômes de la rage se manifestèrent chez le duc de Richmond par une impossibilité d'avaler des liquides. La vue des reflets de l’eau des rivières était également insupportable au malade chez lequel l’état empira rapidement d'heure en heure. La mort survint le 28 août à 8 heures dans d’atroces douleurs.

De même, et si l’on en croit Hardy (2), la rage sur le renard aurait été constatée au Mexique, vers cette époque, dans l’état de Sonora.

(1) Max. Schmidt, loc. cil., p. 348.

(2) Hardy, Travels in the Interior of Mexico, London, 1829.

L'épizootie de Suisse et de l'Allemagne du sud. -— L'année 1803 marque en Europe la date du début d’une épizootie de rage sur le renard qui fut des plus importantes et persista durant de longues années, jusque vers 1840.

Elle apparut en décembre dans le canton de Vaud et les districts d’Aubonne, de Cossonay, Orbe et Yverdon du canton de Neuchâtel, au pied du Jura. On tua environ une vingtaine de renards malades ou suspects et l’on organisa des chasses à la suite desquelles, à la date du 1er février 1804, l’on considéra la maladie comme disparue.

Cependant, quelques renards malades devaient se trouver aussi dans d’autres parties de la Suisse, car dès l’année suivante, en 1804, l’épizootie apparut sur les bords du lac de Constance. Toutefois elle ne s’étendit que très lentement et c’est seulement en 1808 qu’on la constata dans le grand Duché de Bade (cercle de Hornberg) et dans le Wurtemberg (cantons de Blaubeuren et de Oehringen) où elle exerça de grands ravages.

En 1809, la maladie s’étendit sur les renards des cantons suisses de Aarau et Zurich où elle dura jusqu’à 1812, année après laquelle elle sembla avoir disparu de la Suisse.

Mais en 1819, elle réapparaissait dans les cantons de Thurgovie, de Saint-Gall et de Zurich. Elle s’étendit également en Bavière où les renards enragés attaquaient beaucoup d'hommes et d'animaux. En automne elle gagnaïit le Spessart et le Wetterau et après avoir traversé Hanau et Steinau, elle envahissaïit le territoire de la Hesse et s’étendait vers le Vogelsberg où elle paraît s'être maintenue pendant longtemps, bien que l’on n'ait pas recueilli des détails précis à son sujet dans cette région.

La rage du renard manifesta une recrudescence nouvelle en 1820 dans les cantons de Zurich et de Saint-Gall.

L’année suivante, l’épizootie sembla diminuer en intensité et l’on signala seulement de ci, de là, des renards enragés dans la forêt de Thüringe ainsi que dans le Voralberg et le grand Duché de Hesse, à Giessen.

Mais en 1823, la maladie se répand sur les renards du duché de Nassau, les premiers cas étant constatés aux mois d'avril et de mai dans la région d’Usingen. De là, elle gagnait Idstein et Wehen où l’on trouva les premiers renards morts de rage au mois de juillet, un cas étant également constaté dans le canton de Wiesbaden.

A l'automne de 1823, la maladie sévissait avec intensité dans le Taunus d’un côté seulement de la Lahn, cependant que, sur l’autre côté de la rivière, aucun cas de maladie n’était constaté parmi les renards qui demeuraient en parfaite santé.

Toutefois, en 18214, et dès le printemps, la maladie avaït franchi la

rivière et l'on pouvait en observer des cas, principalement dans le canton de Montabaur où, pour la première fois dans le Nassau, l’on signale une vache qui contracta la rage à la suite d’une morsure qui lui fut faite par un renard enragé.

En juillet, octobre et novembre, l’épizootie gagnait la vallée du Rhin où elle fut surtout violente dans le canton de Saint-Goarshausen.

D'autre part, dans la province de Hesse supérieure, l’on trouva, déjà au début de 1824, plusieurs renards crevés que l’on croyait morts de faim ou de gale. Ils n’étaient pourtant ni maigres ni galeux. L'on crut aussi que cette grande mortalité pouvait être attribuée à

l’ingestion d’un trop grand nombre de souris et surtout d’une cer-

taine espèce de souris.

Mais très vite l'opinion se moditia et l’on pensa que cette mortalité devait être rapportée à une fièvre nerveuse. Cependant, la maladie se manifestait de plus en plus et de mars à octobre des cas furent ohservés à Wahlen, Kirtorf, Breungesheim, Grossenbusek et Grosslumda.

La maladie dura jusqu’en 1825 dans le duché de Nassau et jusqu’à la fin de l’année elle sévit dans les cantons de Diellenburg, Langenschwalbach et Schwalbach. Dans cette même année des renards malades furent également observés dans la Hesse supérieure et dans la Hesse inférieure, particulièrement dans le cercle de Witzenhausen, à la frontière du Hanovre. Elle réapparut dans la même année en Suisse où elle sévit surtout dans les cantons de Glaris, Saint-Gall, Schwyz, Zurich et Aargau.

L’épizootie décrut au cours de l’année 1826 dans le duché de Nassau et l’on observa seulement quelques cas de la maladie en janvier, mars, mai et juillet dans les cantons d’Idstein, Saint-Goarshausen et Wehen. En 1827 elle paraissait éteinte.

En Suisse, au contraire, l’épizootie, quoique affectant une allure plus ralentie, persistait toutefois au cours des années 1828 à 1832 dans le canton de Saint-Gall.

Elle est à nouveau constatée en 1834 dans la région de Zurich et dans les cantons de Thurgovie et des Grisons où on observait des cas isolés jusqu’en 1838. En 1834 également, on en constatait des cas nombreux dans la principauté de Hohenzollern et, en août 1836, un homme et une jeune fille furent mordus par un renard dans le district de Rottenburg.

En Suisse, le gouverneur du canton de Thurgovie ordonna la destruction générale de tous les renards. En hiver et au printemps de 1837 des renards enragés furent abattus à Ulm.

Dix ans plus tard, en 1847 et 1848, la rage du renard sévissait derechef dans le duché de Nassau, elle commençait au printemps de

1847 dans les cercles de Weiïlburg et d’Usingen et s’étendait dans le Limburg et le Westerwalde.

Mais, depuis cette date, et dans toute cette région aucune épizootie de rage sur les renards n’a été constatée.

L'Allemagne du nord paraît avoir été préservée.

«Les symptômes observés étaient bien ceux de la rage, les renards s’attaquaient à l’homme dans les bois et jusque sur les grandes routes. Ils entraient même dans les villages. Pendant la durée de cette épizootie, un grand nombre d'animaux domestiques de toutes les espèces, v compris les oiseaux de basse-cour, contractèrent la rage à la suite de morsures. Des blaireaux aussi furent infectés. Dans quelques pays, tous les renards moururent. La panique était générale parmi les paysans (1)».

La rage du renard fit en 1824 des ravages en Suède où elle revêtit une forme épizootique atteignant concurremment les loups, les chats et les rennes. À la même époque et sous la même forme, la maladie régnait en Angleterre, en Norvège et en Russie.

Hering, d'autre part, signale que la rage aurait été diagnostiquée sur des renards au Groenland (2).

L'épizootie de Carinthie. — Oertl, vétérinaire de l’État autrichien - pour la province de Carinthie a écrit en 1872 une intéressante relation d’une grande épizootie de rage sur le renard. constatée dans ce pays de 1866 à 1872. Comme on le verra, les faits survenus en Bourgogne de 1925 à 1928 leur sont presque entièrement comparables. Aussi croyons-nous devoir donner une analyse des observations les plus curieuses relevées il y a soixante ans par le vétérinaire autrichien.

Vers 1865, les chasseurs de plusieurs régions de la Carinthie furent à même d'observer parmi les renards une maladie qui se distinguait par certains symptômes types. Les animaux malades étaient la plupart du temps tellement las et déprimés et manifestaient si peu de crainte qu’ils pouvaient être aisément abattus. En même temps, l’on trouvait partout beaucoup de renards morts qui avaient visiblement péri de la même maladie. L’on ne crut pas qu'il s’agissait d’une affection spéciale et l’on s’imagina partout être en présence de cas d’intoxications, d'autant plus qu’à cette époque des appâts empoisonnés avaient été répandus dans le but de détruire les animaux sauvages qui faisaient parmi le gibier de grands ravages.

Déjà, dans l’automne de 1866, l’on observa dans le village de Klein-

Babès, Traité de la Rage, p. 25. ASE o Hering, (Repertorium XVIT p. 358, d’après Tidsskrift for Véférinairer, vol. 14 1868).

kircheïm du canton de Millstädt des renards suspects mordant des animaux domestiques dont plusieurs ensuite périrent.

Dans le mois de janvier 1867, dans un hameau du canton de Feldkirchen, un renard s’introduisit dans une étable et fut mis à mort par les bovidés qui le piétinèrent et sur lesquels on ne constata, a-t-on prétendu, aucune blessure. Le 4 février deux vaches de cette écurie, l’une de 4 ans, l’autre de 6 ans, tombèrent malades : la vache de 6 ans mourut le 17, la plus jeune le 20 février.

Le 26 février, un renard vint dans la maison d’un paysan dans le canton de Saint-Veit en essayant d’attaquer une petite fille qui se trouvait sur les marches devant la porte de la maison. Avant que le renard ait pu arriver près de l’enfant le chien de garde se jeta sur lui et l’éloigna.

A la fin du mois de mars, dans le canton de Friesach, l’on abattit un renard suspect de rage qui avait mordu un petit garçon, heureusement sur ses chaussures.

Le 28 avril, dans le canton de Feldkirchen, une chèvre fut mordue par un renard suspect. Le même jour un renard dans la forêt s’approchait d’une femme jusqu’à quelques pas d’elle en lui montrant les dents. La femme tapa sur l'animal avec un bâton et lui jeta des pierres, mais le renard ne fut pas effrayé, tourna plusieurs fois sur lui-même en manifestant des signes de fureur, puis s’éloigna.

Vers la même date, dans le village de Friesach, une fillette de 12 ans fut assaillie sur un chemin par un renard suspect qui lui déchira les vêtements sans lui faire de blessure.

Le 25 juillet, dans le canton de Saint-Veit, un chien de garde, au milieu de la rue et en plein jour fut attaqué par un renard. Le 26, à Kraig, un renard mordit un chat et un verrat. Dans le canton d’Eberstein un renard, le 29 août, poursuivit un bûcheron et lui déchira les pantalons. Il fut assommé par le bûcheron.

Dans le courant:de l’année 1868 et dans l’année 1869, l’on a seulement observé des cas erratiques de la maladie sur les renards.

Par contre, l’année 1870 surpassa toutes les précédentes. Nombreux furent les renards trouvés morts, plus nombreux encore les renards malades qui mettaient perpétuellement en danger les hommes et les animaux. Chez beaucoup des sujets qui furent mordus la rage se déclara et malheureusement aussi deux hommes en furent victimes.

À la fin de février 1870,un renard vint à onze heures dans une maison à Saint-Urban dans le canton de Feldkirchen et attaqua le fermier. Quelques jours après, un renard pénétrait à 5 heures du soir chez un cultivateur à Oberdorf, sautait sur l'homme qui, effrayé, s'enfuvait sans avoir été nrordu.

Le 17 avril un renard s’introduisit par la grange, seulement couverte de planches, dans une bergerie, à Katschinggraben dans le canton d'Eberstein, bondit sur le dos d’une fille de ferme sans la blesser mais mordit ensuite deux moutons. Le renard fut tué par les habitants de l’exploitation accourus au bruit,

Le 9 maï, un domestique de ferme âgé de 60 ans fut mordu à l'index droit par un renard à Henzendorf dans le canton de Saint-Veit dans les circonstances suivantes. L’on vit d'abord un renard qui s’approchait du village en courant et l’on crut qu'il venait piller une bassecour, mais il se jeta sur une bande de 26 porcs et les poursuivit jusqu'à leur porcherie. Le domestique de ferme voulut alors attraper le renard et c’est ainsi qu’il fut mordu. La blessure étant insignifiante l'on n’y prêta aucune attention. Le renard capturé fut abattu à coups de fusil.

Le 9 juillet, juste deux mois après la morsure, le domestique se sentit mal à son aise. Malgré une soif ardente, il ne pouvait pas boire. Le lendemain 10 juillet à 6 heures du matin, les symptômes de la maladie devinrent plus intenses, la respiration était très pénible. Deux médecins consultés diagnostiquèrent l’hydrophobie et le malade fut envoyé à l'hôpital de Klagenfûürth où il mourut le soir du même jour à 8 heures, après avoir présenté tous les signes de la rage.

. À Klein-Saint-Veit, le 21 mai, un petit berger de 14 ans fut mordu . par un renard au pied et au pouce de la main gauche. L’animal fut abattu et enfoui. Le garçon dut être interné à l’hôpital de Klagenfurth le 14 août suivant avec les symptômes typiques de l’hydrophobie. Il mourut dans la nuit du 15 au 16 août, cinq jours après que s'étaient déclarés les premiers signes de son mal.

Dans le même canton, une vieille paysanne fut surprise par un renard le 29 mai pendant qu’elle gardait les moutons, mais ne fut pas blessée. Vers la même époque, à Henzendorf, une génisse au pâturage était mordue par un renard. Elle fut atteinte de rage le 4 juin et dut être sacrifiée. De même, le chien d’un garde forestier devint enragé après avoir été mordu par un renard 9 jours auparavant.

À Mosburg —— canton de Klagenfürth —une domestique de ferme traversait la forêt le 24 juillet quand elle fut attaquée par un renard qui déchira sa robe sans toutefois la blesser. La domestique tua le renard à coups de pied. Le lendemain, deux jeunes gens qui pêchaient la nuit des écrevisses furent poursuivis à leur tour par un renard

sans être blessés.

À Ja fin de novembre 1871 dans une maison du canton de Saint-

Veit un renard détruisit à coups de dents le pas de la porte d'entrée, se faufila dans l’antichambre par le trou ainsi creusé et attaqua le chien qui y couchait. Les habitants de la maison attirés par les hurlements du chien arrivèrent et abattirent le renard.

Dans l’année 1872, la rage parmi les renards s’étendit dans le canton de Vôlkermarkt qui avait été jusque là préservé et l'on a pu remarquer dans cette région beaucoup de cas semblables aux précédents. La rage se déclara chez plusieurs chiens et cochons qui avaient été mordus par des renards.

En résumé, dit Oertl, la rage du renard en Carinthie survint surtout dans les cantons de Feldkirchen, Saint-Veit, Klagenfurth, Gurk, Eberstein et Friesach. Ces régions furent les plus infestées de toute la province. Les chasseurs observèrent une très grande diminution, même une disparition presque complète des renards et l’on attribua alors ce fait aux ravages exercés par l’épizootie sur cette

‘espèce.

Nous allons voir qu’en ce qui concerne la Côte-d’Or et la Haute- Marne, soixante ans plus tard, les faits se passeront et seront interprétés exactement de la même facon.

Autres Epizoofies. — Vingt ans après les événements rapportés par Oertl, Drygalsky fait part, en 1892, d’un cas de rage chez un renard venu dans un village allemand où il avait mordu plusieurs chiens de garde qui étaient enchaînés. Il avait de la même manière attaqué un bœuf et deux veaux. Il fut mis à mort par les paysans à coups de fléau. Les chiens mordus, le bœuf et les deux veaux furent sacrifiés, le bœuf ayant présenté avant son abatage les signes pathognomoniques de la rage,

En 1902, Gabryszewski publie la relation d’une épizootie de rage chez le renard et le blaireau, qui se déclara en Galicie en 1900 et 1901, au cours de laquelle 81 cas de la maladie furent constatés sur le renard, un certain nombre de ceux-ci ayant été vérifiés par les inoculations critères aux lapins. Dans la plupart des 81 cas relatés,

les renards se montrèrent agressifs vis-à-vis des animaux et des hommes.

Dans le même temps, aux États-Unis, la rage du renard était diagnostiquée dans le district de Columbia. à plusieurs reprises ; deux cas en 1895, un autre cas en 1903 (Georges Hart),

Dans l'Alaska, au voisinage du delta du Yukkon, la rage du renard

a été constatée au printemps de 1915, par le capitaine Fernebaugh dèe l’armée américaine.

hi.

Les renards atteints avaient la gueule ouverte et il s’en écoulait de la bave : ils approchaient des habitations ou des campements en essayant de mordre les chiens. Affolés, plus ou moins paralysés et amaigris, ils étaient tués aisément.

Néanmoins, cinq chiens furent par eux mordus et succombèrent ultérieurement à la rage.

Mentionnons, incidemment, que la maladie paraît avoir été ignorée à l’intérieur de l'Alaska jusqu’en 1914, année où un homme en mourut, trois semaines après avoir été mordu par un chien d’esquimau.

Enfin, d’après Storer, l’on aurait vérifié l'existence de la rage sur le renard gris en Californie.

Mais de ce que la rage sur cette espèce est un fait scientifiquement acquis et établi par des constatations certaines, il ne faut pas conclure qu'elle soit malgré tout très fréquente. Ainsi selon Babès (1) alors que sur 10.000 personnes mordues en Roumanie, 315 l’étaient par des loups, une seule avait été mordue par un renard, un autre par un blaireau, une autre par un ours enragé.

Dans la nouvelle Roumanie, à Cluj,en 1923 et 1924, deux personnes ont été traitées à l'Institut Pasteur après avoir été mordues par deux renards (2).

A l’Institut hygiénique de Varvosie, de 1886 à 1927, soit pour une période de 40 ans, une seule personne a été traitée à la suite de morsures par un renard (3).

En revanche, dans un travail d'ensemble portant sur 106 cas de rage diagnostiqués en Prusse Orientale pendant la dernière guerre par K. Bierbaum, l'authenticité de 24 cas de rage sur le renard est nettement établie. Les renards venaient du territoire occupé de Courlande où ils avaient été parmi les éléments les plus actifs de la propagation de la rage. Ces renards ne manifestaient aucune frayeur devant l’homme et ils assaillaient les fermes, attaquant les personnes et les animaux.

En France, la rage du renard ne semble pas avoir fait jusqu'alors l’objet de communications spéciales. Seule, la statistique de l'Institut Pasteur de Paris, relevée par Ménétrier, signale, entre 1887 et 1896, 2 cas de morsures par des renards, le Conseil d'hygiène de

(1) Babès, Traité de la rage, p. 51. $

(2) Communication personneïle de M. le professeur Jean Dragoïu, de 1 Institut Pasteur de Clui. ES

(3) Communication personnelle de M. le professeur J. Gordzialkowski, de l'Université de Varsovie

Paris ayant mentionné antérieurement parmi les contaminations de rage dont l’homme avait été victime en 32 ans, de 1850 à 1872, 655 cas dus à des chiens enragés, 22 cas provoqués par des chats enragés, 38 cas de contagion par des loups enragés et 1 seul cas imputable à un renard enragé.

De toute manière, toutes ces multiples observations, qu’au risque de paraître quelque peu monotone, nous avons tenu à relater, montrent, sans discussion possible, que la rage des animaux sauvages de nos forêts (martre, blaireau, renard, etc...) n’est pas un mythe et ne saurait être contestée que par ceux-là seuls dont le caractère est de nier l’évidence ou qui peuvent avoir un intérêt personnel à se refuser à admettre les faits les mieux établis, :

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