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PASSAGE DU VIRUS DE LA MÈRE AU FŒTUS

La question du passage du virus rabique à travers le placenta se rattache intimement à celle de la virulence du sang, car il est infiniment probable que de même que pour le charbon, la tuberculose, la fièvre typhoïde, etc., c’est par ce liquide organique seulement que le virus peut passer de la mère au fœtus.

Nous avons cependant pensé que le sujet méritait d'être exposé

(4) À. Marie. L’Etude expérimentale de :a Rage, p. 54.

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séparément, étant donnée l'importance au point de vue de la biologie

générale de cette contagion in utero.

Or, celle-ci n’a jamais pu être mise en évidence chez l’homme. Pour tant qu’une observation négative puisse être démonstrative, celle de Krokiewiez, faite en 1902, est caractéristique à cet égard. Une femme enceinte meurt de rage sept semaines après avoir été mordue par un chien enragé. Un lapin inoculé avec la moelle épinière de la mère devient enragé le vingtième jour. Un autre lapin inoculé avec la moelle du fœtus reste vivant.

L'on trouve rapportées dans le dictionnaire de Zundel deux observations, incomplètes d’ailleurs, de Spinola et de Canillac qui sont, écrit Zundel en 1876, les deux seules observations sur la rage congénitale que l’on connaisse.

Spinola a observé une vache en état de gestation avancée, mordue par un chien enragé et qui resta bien portante, tandis que son veau mourait de la rage quinze jours après la naissance.

Canillac aurait vu de même un veau né d’une vache enragée prendre la même maladie le troisième jour après le part.

Depuis lors, bien que les résuitats obtenus aient été très inconstants, l’on a pu du moins s'assurer sur le lapin et le cobaye de cas positifs de transmission du virus rabique à travers le placenta.

Les premiers essais dus à Pasteur avaient été négatifs. Pasteur inocula sous la dure-mère une chienne pleine avec'du virus rabique. Treize jours après l’inoculation, l'animal présentait des symptômes de rage et le lendemain mettait au jour cinq chiots dont deux mouraient le jour suivant. Quatre lapins inoculés avec la moelle épinière de ces derniers étaient encore vivants au bout de 161 jours. Une nouvelle expérience sur une lapine pleine donna à Pasteur les mêmes résultats.

Inversement Perroncito et Carita observent en 1887 que le bulbe d’un petit d’une lapine rabique donne la rage au cobaye, en même temps d’ailleurs que le bulbe d’un autre mort-né de la même portée reste inactif.

En 1888, Zagari transmet la rage à cinq lapines, six cobayes et une chienne pleines ; les recherches entreprises sur les fœtus donnent des résultats négatifs. Celli et de Blasi, en 1888, Bombici, en 1892, aboutissent aux mêmes conclusions.

Galtier, en 1898, examine les fœtus de sept chiennes, trois brebis, trois chèvres, cinquante lapines ou cobayes, toutes mortes ou tuées en période de rage déclarée. En aucun cas il ne peut transmettre la rage avec les centres nerveux de ces fœtus.

Au cours de la même année, Abba obtient les mêmes résultats avec les sept fœtus d’une lapine enragée. En 1898 encore, von Ratz

pratique l’autopsie d’une vache enragée et, avec la moelle du veau presqu’à terme, il inocule deux lapins qui restent en vie, alors que deux autres lapins inoculés avec les centres nerveux de la vache deviennent enragés après une période d’incubation de dix-neuf jours.

Aussi, en 1900, Babès était-il autorisé à écrire : «Les données sur la transmission de la rage de la mère au fœtus sont à reprendre sur la base de nombreuses expériences ».

Loir (1902) en Rhodésie, inocule une lapine pleine par trépanation. Celle-ci met bas 9 jours plus tard un petit qui meurt au bout de quatre heures.

Le bulbe du lapereau est inoculé à un lapin, l'extrémité inférieure de sa moelle à un autre. Ces deux lapins prennent la rage après 7 et 9 jours d’incubation, la mère succombant de son côté à la paralysie 3 jours après la mise bas.

‘ T1 semblerait donc que non seulement la transmission peut avoir lieu in utero, mais encore qu’elle s'effectue de facon précoce. *

Konradi (1908) injecte du virus fixe dans le cerveau de 2 cobayes sur le point de mettre bas. Le bulbe des petits donne la rage à 8 cobayes au 91e jour et à 2 lapins au bout de 105 et de 475 jours. Les passages sont positifs. Les bulbes des mères avaient donné la rage dans les délais normaux.

À la suite de la publication des travaux de Konradi en 1908, plusieurs communications ont été faites sur le même sujet. Certaines des expériences dont elles rendaient compte (celles de Dammann et Hasenkamp, une expérience de Miessner-Kliem et Kapfherger) confirmaient les résultats obtenus par Konradi, à savoir que le virus rabique se transmet de la mère à l’embrvon.

Une troisième communication, de Repetto, et une seconde expérience de Miessner-Kliem et Kapfberger infirmaient par contre ces résultats.

C’est pourquoi Konradi a entrepris toute une nouvelle série de recherches dont il a fait connaître le détail en 1916 et au cours desquelles il a examiné le lapin infecté avec du virus fixe et le chien inoculé avec le virus des rues. Les cobaves inoculés par trépanation avec les bulbes des fœtus ont, dans chacune des deux séries d’expériences, succombé à la rage, mais beaucoup plus tardivement que les sujets éprouvés avec les bulbes des mères. L'auteur insiste sur le fait que les inoculation faites avec la substance nerveuse des foetus doivent être pratiquées non pas sur des lapins, mais sur des cobaves, ces animaux étant plus réceptifs. Tls doivent de plus être gardés en observation pendant au moins un an et demi, ces cobaves contractant le mal beaucoup plus tard que ceux qui recoivent le virus de la mère.

Car si le virus rabique se transmet bien de la mère au foetus, il S’affaiblit néanmoins dans ce processus et c’est pourquoi la rage se déclare graduellement de plus en plus tard, au fur et à mesure que le virus s'éloigne de son origine.

Cependant il convient, à côté de ces recherches expérimentales, de mentionner une observation de Lafranchi et Lenzi recueillie en 1918 chez le chien et qui démontre que le virus rabique de la mère, infectée dans les conditions naturelles, peut parvenir au foetus à travers le filtre placentaire, sans qu'il en résulte pour ce virus une diminution dans son activité.

Remlinger, en 1919, émet l’avis que la rage héréditaire (conceptionnelle) n'existe pas et que tous les cas de transmission au foetus sont dus à une contamination placentaire. 11 expose les diverses conditions nécessaires pour réaliser cette transmission et donne les résultats qu'il a obtenus dans de très nombreuses expériences. Il aflirme, enfin, que la rage prétendue spontanée n est" que de la rage transmise héréditairement (contamination placentaire) par la mère atteinte de la maladie au cours de la gestation.

Cremone, en 1920, rapporte le cas d'une chienne setter-laverack morte de la rage 19 jours après avoir mis bas sept chiens qu’elle nourrit pendant 11 jours, soit jusqu'à l'éclosion des premiers signes de rage. L'auteur put suivre quatre d’entre eux : l’un mourut de la rage au bout de 7 jours, l’autre 30 jours après la fin de l'allaitement. Cremone soutint la thèse qu'il s’agit là d’une transmission intra-utérine ou d’une contamination par le lait.

Une autre observation des plus intéressantes a trait à la rage conceptionnelle naturelle bovine et a été relatée dans ses détails par Delaunay et Huguier en 1923 :

Dans une ferme appartenant à l’un des auteurs, il existait un nombreux troupeau bovin gardé, au pâturage, par un chien de berger. Or, les fermiers s’aperçurent que ce chien présentait soudain des signes d’excitation. 11 mordiliait les bovins qu'il gardait, ce n'était pas la morsure du chien rabique, mais une période de surexcitation à laquelle les cultivateurs ne portèrent qu'une attention relative. Quelques jours après, le chien se paralysa et mourut rapidement. Cet incident était oublié lorsqu'’au bout de plusieurs semaines, un bovin du troupeau présenta une période d’excitation rapidement suivie de phénomènes paralytiques mortels. Un vétérinaire appelé ne put porter de diagnostic, ce qui parut du reste tout naturel au Dr Delaunay en présence de ces signes si vagues.

Au bout d’un certain temps, quatre bovins furent pris successivement de symptômes de paralysie avec excitation prémonitoire

et mort consécutive ; deux vétérinaires appelés, ayant eu connaissance des commémoratifs et ayant examiné les animaux malades et vivants portèrent le diagnostic : rage paralytique provoquée par des morsures de chien rabique.

Le dernier bovin atteint était une vache en état de gestation à terme ; cette femelle ayant été prise de coliques, on demanda au vétérinaire traitant d'intervenir pour l'accouchement : celui-ci pratiqua la délivrance et eut un foetus vivant. Or, à quelques jours de là, la mère succomba à la paralysie, son lait n’ayant jamais été donné au nouveau-né. Le veau paraissait en excellente santé, quand, après plusieurs semaines, il présenta des signes d’excitation puis de la paralysie rabique aboutissant à la mort.

Toutefois, et si ces faits ont la valeur d’une observation expérimentale, il y a une certaine réserve à faire au point de vue de la précision du diagnostic. En effet, si deux vétérinaires ont pu porter de visu le diagnostic rage, il manque le concours du laborataire qui eût été si précieux pour confirmer l’évolution rabique.

L. Rossi a pu se livrer également à plusieurs constatations dont les résultats ne cadrent pas rigoureusement avec les conclusions de Konradi.

En 1922, Rossi reçoit dans son service quatre vaches mordues par un chien enragé. Toutes quatre meurent de la rage en quelques jours. Deux d’entre elles étaient pleines, l’une de huit mois, l’autre de six. L'examen histologique permit de mettre en évidence de nombreux corpuscules de Négri dans la corne d’Ammon des vaches, alors qu’on n’en observait pas dans celle des fœtus. Des lapins et des cobayes inoculés avec le cerveau des mères moururent de la rage en quinze jours, tandis que trois lapins et neuf cobayes inoculés avec les centres nerveux des fœtus étaient encore vivants neuf mois après l’inoculation. L'auteur conclut que la transmission de la rage de la mère au fœtus n’est pas un fait constant. 11 estime que les cas de rage signalés chez les veaux nés de mères mortes de la rage pendant la gestation ou peu après l'accouchement devraient être soumis à la critique histologique et biologique. Contrairement à ce qu'aflirmerait Konradi, Rossi admet que le passage du virus rabique de la mère au fœtus présente des variations et des différences sensibles suivant les espèces animales.

B. LES SOURCES DE LA VIRULENCE AVANT L'APPARITION DES SYMFTOMES OÙ APRÈS

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