LA DISPARITION DE CEUX-CI
Dès 1890, Roux et Nocard montraient que trois jours déjà avant l'apparition de tout symptôme suspect dans les allures d’un chien ayant reçu dans l’œil une inoculation de virus fixe, sa bave pouvait se trouver virulente.
Et ils se demandaient en outre, s'ils n'étaient pas plutôt au-dessous qu’au-dessus de la réalité en exprimant l'assurance qu’un tel animal pouvait être des plus dangereux pour la propagation de l'affection, trois jours avant la manifestation chez lui des premiers prodromes de celle-ci.
Dans leurs expériences, Roux et Nocard recueillaient, au moyen d’un pinceau, la salive d'un chien depuis le jour de l’inoculation jusqu’à celui de l'élévation thermique par quoi se traduit d’abord la maladie. Délayée dans l’eau, cette salive était ensuite injectée dans les muscles du cou de lapins et de cobayes et ceux de ces animaux qui étaient éprouvés ainsi contractaient la rage avec de la salive prélevée 24, 48 ou même 72 heures avant que quelque changement que ce soit ait pu être observé dans les allures du chien.
Depuis trente-huit ans, ces recherches ont été confirmées et complétées par beaucoup d’autres expérimentateurs et quelques intéressantes observations.
Pampoukis, en 1900, rapporte le cas d’une femme mordue le5 juin 1898 à Volos par un chien qui ne présente des symptômes de rage que 8 jours plus tard. Négligeant le traitement spécifique parce que se croyant en sûreté, la personne meurt de rage 71 jours après avoir été mordue, après deux jours de maladie.
Rabieaux et Guinard, en 1903, chez des chiens infectés expéri-mentalement, constatent à la faveur d’une fistule du canal de Wharton, 2 à 4 jours avant l'apparition de tout phénomène rabiforme, la virulence de la salive sous-maxillaire.
J. Nicolas, trois ans plus tard, opérant sur 3 chèvres, 3 lapins, 4 chiens rabiques montre que la nocivité de leur salive mixte, décelée par l’épreuve intraoculaire chez le lapin, peut être effective 5 jours avant la constatation de la fièvre prémonitoire chez le chien, 6 jours auparavant chez la chèvre, 2 jours avant seulement chez le lapin.
Cruickshank et Wright aboutissent à des résultats analogues en inoculant des animaux sous la dure-mère avec le virus des rues, et au premier Congrès international de Pathologie comparée, en 1912, Delaunay cite l'observation de Youatt identique à celle de Pampoukis, et concernant un chien qui transmit la rage à une femme en la mordant, 8 jours avant de présenter le moindre signe suspect.
Babès a relaté le cas d’un enfant gravement mordu par un chien, à Craïova, la victime mourant de rage 14 jours plus tard alors que l’animal était encore vivant. Ce chien avait montré des signes d’excitation à l’époque où il avait blessé l’enfant ainsi que d’autres personnes ; il s'était calmé ensuite, mais la rage éclata chez lui le 12€ jour après qu'il eût mordu.
Zaccaria a fait connaître de son côté, en 1903, le cas d’un chier qui, mordu 13 jours avant que le mordeur ne prit la rage, contracta néanmoins la maladie.
En 1904, Remlinger signale qu’au cours d'expériences effectuées avec Mustapha Effendi, deux chiens auxquels avait été injecté du virus rabique dans la veine jugulaire avaient présenté par la suite une rage caractéristique qui s'était terminée spontanément par guérison.
On est en droit de se demander, écrit Remlinger, si un chien ne peut pas inoculer une rage mortelle alors que lui-même aura échappé à la maladie.
« De fait, ajoute-t-il, nous avons été consulté récemment par une jeune fille qui craignait d’avoir été contaminée par sa jeune sœur, morte quelques jours auparavant de rage furieuse caractéristique et diagnostiquée du reste par trois médecins. Comme nous demandions pourquoi le traitement pastorien n'avait pas été suivi, il nous fut répondu que le chien qui avait mordu l'enfant au pied cinq mois avant l’éclosion de la maladie n'avait excité aucune méfiance et qu'actuellement encore il était vivant et bien portant. Or, il était sûr d’une part que c'était bien ce chien qui avait mordu, de l’autre, que l’enfant n'avait jamais été mordue par un autre animal ».
Dix ans plus lard, en 1914, Konradi citeit le cas — analogue à celui de Zaccaria — d’un chien qui en mordit un autre 14 jours avant sa mort el 12 jours avant l'apparition de tout symptôme, L'animal mordu mourut néanmoins de rage 39 jours après et l’observateur ajoutail : « Nous basant en partie sur nos propres expériences et en partie sur les données de Zaccaria, nous savons que la morsure
VE cire
est dangereuse, même 13 jours avant l'apparition des symptômes caractéristiques de la rage ».
Ces faits sont corroborés par l’observation de Bouteil, vétérinaire à Saint-Germain-en-Lave, lequel est, en 1920, témoin des faits suivants : un chien mord au visage un enfant de 7 ans, le 23 mai; il est mis en observation durant 7 jours el, ce septième jour, le vétérinaire conclut à la méchanceté et délivre un certificat aux termes duquel il déclare n’avoir pu observer l'existence d'aucun signe suspect pouvant être rapporté à la rage. L'animal est abattu. Cependant, le 15 juillet suivant, l'enfant, non traité, devait être d'urgence transporté à l'hôpital Pasteur où il mourait de rage quelques jours plus tard. Sans doute, une observation plus prolongée du chien mordeur aurait-elle permis de constater quelque symptôme apparent de la maladie.
Martel, Directeur des Services vétérinaires de la Seine, relate de son côté, une observation du même ordre : «Le 3 février 1922, un chien est trouvé errant à Paris, place du Hâvre et mord l’agent qui le capture. Le propriétaire, habitant rue Caumartin, devait, le 11 février, retirer son chien de la fourrière, où l'animal avait été mis en observation et visité chaque jour depuis le 4 du même mois. Faute de paiement des frais de séjour, le chien reste en fourrière. Il meurt le 12 avec des symptômes de rage ».
En résumé, écrit M. J. Verge qui a donné en 1923, dans la Revue de Pathologie comparée une étude très documentée sur cette question, « les prévisions formulées en 1890 par Nocard et Roux ont été largement dépassées : la salive des animaux enragés renferme le virus plusieurs jours avant l’apparition des premiers symptômes. Si l’expérimentation dit deux à cinq jours, la clinique montre, par des faits chaque jour plus nombreux — certains ayant la valeur d’expérience — que la virulence de la bave peut précéder de 14 jours l’éclosion du processus morbide et que, partant, toute morsure faite à ce moment est susceptible de déclancher la rage chez la personne ou l’animal mordus ».
D'autre part, il existe des cas où des chiens atteints d’une forme de rage abortive ont pu guérir d'accidents rabiques tout en demeurant dangereux pendant quelque temps.
Dans les Archives Vétérinaires (1) a été rapporté le cas du Dr Putegnat, de Lunéville, déjà bien caractéristique. Un enfant avait été mordu le 1er janvier 1847 à l’avant-bras gauche par un chien qui fut chassé à coups de bâton.
Quarante-neuf jours après la morsure, les premiers symptômes de la rage furieuse se déclarèrent sur l'enfant qui mourut en moins de 24 heures. Quant au chien mordeur — et nous supposons que toutes précautions ont alors été prises pour son identification certaine — il ne présenta aucun signe de rage pendant les 6 mois qui suivirent la morsure et il fut alors abattu.
Tardieu décrit l’histoire d’un garçon boucher qui, en 1860, fut morau par un chien furieux et mourut neut mois plus tard avec des symptômes manifestes de rage, cependant que l'animal mordeur était encore parfaitement sain.
Pietrement (2) fait état d’un cas, d’ailleurs très embrouillé, où un chien en aurait mordu un autre qui serait devenu enragé. Ce dernier à son tour mord un cheval qui également meurt de rage, tandis que le premier chien moräeur reste sain.
Decroix a publié l’histoire d’un chien qui fut mordu par un autre, lequel continua à se bien porter, pendant que les symptômes de la rage se seraient déclarés déjà le lendemain de la morsure chez l’animal blessé !
Babès (3) fait très justement observer que pas un seul de ces cas n’est certain et que chacun d’eux peut être interprété de différentes façons. Il n’est pas prouvé en eflet que le sarcon boucher de Tardieu, l'enfant cité par Putegrat ou les animaux de Pietrement et de Decroix qui moururent de rage n'aient pas été infectés auparavant par des animaux véritablement enragés.
Des constatations récentes offrent plus d'intérêt. C’est ainsi que Remlinger (4) a examiné soigneusement un chien guéri des accidents rabiques qu'il avait présentés à la suite d’inoculations expérimentales et dont la salive, prélevée cinq jours après la disparition des troubles morbides et inoculée à des cobayes dans la chambre anté. rieure de l'œil, avait donné la rage à ceux-ci.
(2) Journal de medecine vétérinaire miittaire, 1863, p. 82,
(3) Babès. Traité de la rage, p. 13.
(4) Remlinger, C.R. Société de Biologie, 1907,T. LXII, p. 800.
U s’agissait d’un chien de rue de pelage roux inoculé dans l'œil avec du virus fixe le 27 septembre 1906 et qui était demeuré en santé parfaite jusqu’au 23 octobre. Il avait alors traduit brusquement une rage à caractères mixtes : furieuse et paralytique, avec accès de fureur, tendance à mordre, voix bitonale typique, parésie des membres postérieurs. Le lendemain et le surlendemain, les premiers troubles s’amendent, tandis que les phénomènes paralytiques s’accentuent. La paralysie des quatre membres et des muscles de la nuque est à peu près complète et l’on porte un pronostic des plus sévères.
Cependant, à partir du 28 octobre, la paralysie diminue et le chien qui, depuis 5 jours, n'avait touché aucun aliment, commence à boire. il se rétablit peu à peu les jours suivants. Le 1€7 novembre, une légère parésie du train postérieur persiste seule et le 5, l'animal peut être considéré comme entièrement guéri.
Or, sur deux cobayes ayant été inoculés avec de la salive prélevée le 10, l’un est mort de rage au 61° jour, le diagnostic ayant été confirmé par deux passages chez le lapin.
Il est donc vraisemblable, ajoutait Remlinger, que la salive peut demeurer virulente plus de cinq jours après la guérison.
Il n’est d’ailleurs pas exceptionnel de voir dans les laboratoires des animaux infectés expérimentalement avec un virus rabique se rétablir après avoir présenté des accidents typiques.
J. Courmont et Ch. Lesieur rapportent de la sorie l’histoire d’une chèvre qui avait été inoculée par Arloing et Lesieur pour tenter d'obtenir un sérum antirabique.
Après avoir été traitée pendant 24 jours, elle avait reçu trois fois du virus frais fixe (1 c.c. de moelle de 3 jours) dans le sang et à {rois reprises aussi du virus sous la peau
Quelques jours après les dernières injections, elle présenta des signes d’excitation, se précipitant tête baissée contre la porte de son écurie, refusant de boire et de manger. L’on porta ie diagnostic de rage furieuse.
Au bout de 48 heures les symptômes s’amendaient ; le septième jour, ils avaient disparu. Après une période de tranquillité de 17 jouis, les mêmes symptômes reparurent puis la guérison s’affirma définitive (1).
L'on est en droit de considérer que les auteurs lyonnais se sont trouvés en présence d’un cas de rage abortive expérimentale de la chèvre. Cette forme de l'affection, fait remarquer Babès, est assez fréquente chez le chien.
(1) Etudes cliniques sur la rage humaine. Journ. de physiologie el de pathoi. génerales, 1906, p. 1048.
La plupart des chiens inoculés avec des substances peu virulentes (rate, sang) présentent la fièvre prémonitoire qui n’est que la première manifestation de la rage. Elle disparaît pour se répéter ou elle évolue en rage manifeste. Von Lôte, en confirmant la réalité de cette conception a dénommé cette forme de rage, «rage récurrente » (1).
De son côté P. Remlinger, en 1919, a pu observer un cas de guérison spontanée de la rage à virus fixe chez le lapin.
Sur quatre animaux de cette espèce expérimentalement infectés, trois traduisirent classiquement leur rage et moururent en 48 heures, mais la maladie évolua chez le quatrième avec une grande lenteur et se termina au bout d’une vingtaine de jours par la guérison, l’immunité contre la rage paraissant avoir été définitivement acquise.
Galli-Valerio observe un cas de guérison de la rage expérimentale chez un rat. D’Aunoy rapporte également en 1921 l'observation d’un lapin guéri de la rage après injection de virus fixe. La salive de l’animal guéri recueillie 16 jours après la trépanation était virulente mais ne l'était plus au 40€ jour.
H. Vincent a relaté un fait qui démontre aussi la possibilité de la guérison spontanée de la rage expérimentale chez le lapin. Un animal de cette espèce, inoculé sous la dure-mère avec une parcelle du bulbe d'un chien rabique montre 14 jours plus tard les premiers signes d’une rage furieuse, Après avoir présenté ces manifestations durant une semaine, il fut atteint d’une parésie des membres postérieurs, les signes de rage furieuse allant s’atténuant dans le même temps. Or, malgré la gravité de ces symptômes, l'animal finit par guérir.
En 1889, Hôügyes croyait devoir déjà conclure de certaines observations qu'il pouvait y avoir des cas sporadiques de guérison spontanée de la rage chez les chiens. Ces cas, ajoutait-il, sont rares. En trois ans et demi, ie n’en ai vu que 13 sur 159 animaux inoculés de diverses façons.
Des constatations de cet ordre ont été faites par Pasteur, Chamberland, Roux, V. Lôte, Konradi.
Auparavant, en 1881, Decroix avait rapporté une communication instructive du Dr Menecier, de Marseille, relative à la guérison de la rage expérimentale du chien.
Le 14 juin 1864, trois chiens inoculés étant déjà morts enragés chez l’expérimentateur, un de leurs autres congénères devient triste et refuse sa nourriture. Blotti au fond de sa cage, il fait entendre dès le soir plusieurs aboïements caractéristiques. Le lendemain, il passe une partie de la journée à ronger les angles de sa cellule. Ses pupilles
(1) Babès. Traité de La rage, p. 267.
sont dilatées, ses mâchoires ne serrent qu'avec peine. Il plonge souvent la gueule dans l’eau de l’abreuvoir sans lapper.
Le 16, le Dr Menecier trouve l’animal couché sur le flanc, dans le coin le plus reculé et le plus obscur de sa cage. On le croit mort et, pour l’amener à l’extérieur, l’on introduit un crochet de fer entre les barreaux de la cage. À peine apercçoit-il l'instrument qu’il se lève et le saisit entre ses dents. L'observateur recueille à ce moment de la salive qu’il inocule à un lapin et à deux chiens au nez, aux oreilles et sous la peau des cuisses.
Dans la muit du 17 au 18 le chien avait bu toute l’eau de son abreuvoir. Resté couché toute la journée du 18, le soir à 6 heures, lorsqu'on lui jette du pain trempé il s'avance et en mange quelques morceaux. Le 19 il s'approche de lui-même de la grille de sa cage, agitant faiblement la queue.
Toutefois, il montre encore une gueule congestionnée qui laisse écouler sur les côtés une salive peu abondante. On lui présente une barre de bois et il se retire sans la mordre. Le 21, le chien ne manifeste plus qu’un peu de lassitude, son aboïement, faible, est normal. Les jours suivants, il reprend toutes les allures de l’animal en parfaite santé et on le conserve encore plusieurs mois dans le chenil sans autre accident.
Or, 48 jours après son inoculation, le lapin succombaïit à la rage paralytique et les deux chiens inoculés en même temps mouraient peu après enragés, l’un le 53, l’autre le 608 jour !
Babès et Hermann ont relaté des faits analogues au cours de la rage naturelle chez le chien, Ohira en aurait observé un cas chez l’homme.
Goldschmidt a communiqué une observation de M. Tierno, vétérinaire à Funchal, faite au cours de la célèbre épidémie de rage de Madère de 1892-1893. Elle a trait à un cas de guérison de rage naturelle chez une chienne qui offrit des signes cliniques ne laissant que peu de doute sur la nature de l’affection. Cette chienne, âgée de 3 ans devint triste subitement et cessa de manger le 15 août 1892. Elle présenta, le lendemain, de la paralysie de la mâchoire inférieure. Bavant abondamment dès le 17, elle faisait entendre un hurlement rauque, continu. Après 5 jours, elle était paralysée complètement sauf pour la queue que la bête agitait quand elle voyait son maître.
La dysphagie était considérable. C’est avec de grands efforts qu’elle avalait le bouillon que son propriétaire, muni de gants de gros cuir lui versait dans la bouche. La paralysie de la mâchoire dura un mois pendant lequel la bête continua à être nourrie de bouillon de poulet et de viande hachée. La diminution des symptômes paraly-
tiques fut accompagnée du retour à l’état normal de la langue jusque là noire et enflée. La paralysie ne disparut qu’au bout de 4 mois, mais après 6 mois, il y avait encore une légère gêne dans le mouvement du cou et de l’épaule droite.
En outre du cas plus baut rappelé de Ménecier, Decroix a rassemblé plusieurs observations assez caractéristiques de guérison de la rage chez le chien. le cheval et l’homme (1).
Rev, ancien Directeur de l’Ecole Vétérinaire de Lyon, recoit dans les hôpitaux un chien mordu par un autre chien enragé. La rage furieuse s’est déclarée sur le chien mordu, il a guéri.
Laquerrière, vétérinaire militaire, a vu une chienne mordue par un chien enragé. Klle a contracté la maladie ; l’abatage a été ordonné avec insistance ; le propriétaire n’a point voulu sv résigner, sa chienne à guéri sans soins.
Decroix lui-même a vu un cheval présenter les symptômes pathognomoniques de la rage furieuse ; cet animal a guéri en 8 à 10 joursé
Cet auteur à inoculé la salive d’un homme, prélevée quelques heures avant qu’il mourût de la rage, à un chien qui est devenu enragé et qui a guéri. La salive d’un chien enragé inoculée de même par Decroix, à un autre chien, a provoqué chez celui-c1 l’éclosion de la rage dont il a guéri, le premier chien mourant de rage.
Le Dr Lunel à traité un moissonneur atteint de la rage après avoir été mordu par un chien enragé. Le malade a gué:i. Un chien merdu le même jour par le chien enragé puis séquestré comme suspect est mort de la maladie.
Le Dr Nichols, à une époque où un homme et des animaux étaient morts de rage dans une localité, fut appelé pour donner des soins à un Anglais qui présentait les symptômes caractéristiques de la rage furieuse et qui a fini par guérir en quelques jours. Il avait été mordu 21 jours auparavant.
Un chien enragé mordit deux hommes, une vache et un cochon : tous furent atteints de la rage ; tous moururent, excepté un homme à qui le Dr Hooper, médecin anglais, donna des soins.
«On trouve dans la littérature médicale, écrit Babès (2) un certain nombre d'observations analogues empruntées aux meilleurs auteurs : Bouley, Youatt, Camille Leblanc en particulier. Si l’on considère que certains chiens sont complètement réfractaires à la rage expérimentale, il paraît logique d'expliquer cette immunité
(4) Decroix. Neuf cas de guérison de la rage, p. 30. (2) Babès, loc. cit, p. 130.
né
par une atteinte antérieure. Il n’est pas exceptionnel non plus d’apprendre, dans les instituts antirabiques, qu’une personne n’avant pas subi le traitement pastorien a succombé à la race, alors que le chien mordeur était encore vivant. Il est donc probable que dans des cas, exceptionnels il est vrai, la rage clinique est susceptible de guérison tout comme la rage expérimentale... Si donc la rage clinique se comporte comme la rage expérimentale, un chien sain pourrait parfaitement transmettre la maladie ».
Un cas de guérison de la rage naturelle a été observé également par Peueh sur une’ truie. Le 26 octobre 1889, on apporte à l'École Vétérinaire de Toulouse une truie lauragaise âgée de 3 ans qui avait manifesté des symptômes de fureur en revenant &’une foire, mordant un homme à la main.
L'animal présentait des symptômes de paralysie rahique, de dysphagie, d'analgésie avec des mouvements convulsifs des mâchoires. I guérit après plusieurs jours de maladie.
L'on procéda alors à une inoculation de contrôle avec une émulsion pure de bulbe de lapin rahique dans la chambre antérieure de l’œil, 72 jours après la manifestation des premiers symptômes. En même temns., 2 chiens. 2 lapins, 2 cobaves témoins furent inoculés, dans les mêmes conditions. Trois des témoins moururent de rage cependant que résistaient un chien, un lapin, un cobaye et Ja truie.
Cinq semaïnes plus tard l’on inocula à nouveau les quatre animaux restants avec une émulsion préparée en délavant dans de J’ean stérilisée le bulbe rachidien d’une vache morte de rage furieuse. L’inoculation fut faite encore dans la chambre antérieure de l’œil et l’on éprouva en même temps quatre animaux neufs, un chien, deux lapins, un cobave.
Ces derniers moururent tous de la rage et, des trois témoins avant résisté à la première inoculation, deux aussi contractèrent cette fois la maladie. Résistèrent seuls un chien ainsi que la truie qui fut conservée jusqu'au 29 mai 1890 sans présenter le moindre signe de rage. |
Cette chservation déclare Peuch établit avec preuves expérimentales à l’apoui —- que chez le porc la rage est susceptible exceptionnellement de se guérir d'elle-même. Faisons cependant remarquer que cette observation ne fait pas connaître le sort de l’homme . mordu par la truie et qu’il eut été plus intéressant peut-être, de chercher à inoculer à certains animaux réceptifs, la secrétion salivaire de l'animal suspect pendant la période d’état de la maladie.
En conclusion, l’on doit admettre que, du point de vue scientifique, le sujet rabique peut être une:source de contagion non seulement
pendant une quinzaine de jours avant l’apparition des premiers symptômes de la maladie, mais encore durant plusieurs jours après sa guérison.
Cependant, il ne nous paraît pas superflu d’insister sur ce fait que les sources de la virulence rabique ne se trouvent jamais chez les animaux sains, ceux-ci étant dans l’impossibilité la plus absolue de propager l'affection.
Tous les cas de transmission de la rage, quand on les examine de près, sont dus à la contamination par un animal enragé même lorsqu’il semble en être autrement a priori.
Kraus, Gerlach et Schweinburg ont eu à traiter, à trois reprises différentes à l’Institut antirabique de Vienne, des individus mordus par des chiens mais qui soutenaient n’avoir été mordus que par des animaux en bonne santé apparente.
Si dans ces trois cas l’on put vérifier l'exactitude de ces affirmations, les enquêtes administratives qui furent ouvertes perinirent toutefois d'établir qu’il y avait eu dans les logements de ces trois individus, ou dans leur voisinage immédiat, d’autres chiens qui étaient morts de rage. Aussi est-on fondé à croire qu’il y avait eu confusion dans l'esprit des victimes en ce qui concerne le chien qui les avait mordus.
A ce point de vue, une observation faite à ce même institut, en:
1924, est très suggestive : une jeune fille, à Vienne, manifesta des symptômes de rage type. Trois jours avant, le chien de la famille dans laquelle elle servait comme domestique était tombé malade aussi de rage. Ayant sa pleine lucidité, la jeune fille déclara que non seulement elle n'avait pas été mordue, mais qu’elle n’avait même jamais approché, ni caressé le chien, ayant pour les animaux de cette espèce une instinctive répugnance. Les maîtres de la jeune servante confirmèrent ses indications et il fut impossible en effet de constater aucune cicatrice ni aucune morsure chez la malade.
La jeune fille et le chien moururent tous deux de la rage, sans que la solution de l'énigme ait pu être trouvée, la recherche des corps de Négri ayant été positive.
Et ce ne fut qu'ultérieurement que l’on découvrit, à la suite d’interrogatoires répétés des propriétaires, qu’une chatte de la maison était morte six semaines auparavant dans des convulsions. I’on peut légitimement penser que c’est cette chatte qui avait infecté à la fois la jeune fille et le chien.