‹ Les Sources de la Virulence RabiqueChapitre 33 sur 53 · PRET À · texte numérisé non relu

PRET À

présentaient des plaies allongées, superficielles, parallèles les unes

aux autres qui paraissaient bien avoir été causées par des griffes. L'enfant succomba 21 jours, l'adulte 58 jours après l'accident. Par contre, une vingtaine d’autres personnes griflées aussi par des loups enragés ont échappé à la maladie, bien que n'ayant subi aucun traitement.

Ces faits incitèrent Babès et Vasilu à poursuivre des recherches (effectuées sur les souris blanches et les chiens) en vue d’examiner quelles sont les égratignures ou les plaies susceptibles d’être infectées par la rage et à quel moment elles peuvent être infectées.

Et de leurs expériences, ils concluent qu'on peut s’abstenir de faire subir le traitement aux personnes portant des légères égratignures fermées et qui ont été souillées, 24 heures après avoir reçu ces égratignures, où plus tard, par la salive d’un animal enragé.

Très remarquable est le cas de contagion indirecte exposé à la Société de Biologie par Kocevaloff, cas qui s’est présenté à l’Institut Bactériologique de Kharkow et où le virus de la rage a été transmis d’un animal malade de la rage à la victime par l'intermédiaire d’un autre animal resté sain. ;

Au mois de juin 1923 à Chorol, dans le gouvernement de Poltava, un chien enragé se précipite sur un petit chat et le couvre de bave sans le mordre apparemment. Le chat se sauvant du chien grimpa sur un arbre et excité par la lutte avec le chien, étant tout mouillé de bave, il griffa assez profondément la main de sa maîtresse Mme R**#, lorsque celle-ci le prit pour le calmer. Sur l’égratignure, on appliqua de la teinture d’iode dans les 5 ou 10 minutes qui suivirent et on oublia l’accident, le chat étant toujours parfaitement bien portant, le chien ayant été tué après avoir présenté tous les symptômes de la rage. |

Deux mois après Mme R*** vômit, est excitée, ne peut rien boire, la seule vue de l’eau et des objets brillants et tous les efforts pour boire provoquent des spasmes des muscles pharyngiens, des convulsions de la face et de tout le corps. Les accès convulsifs deviennent plus fréquents ; la malade meurt après quelques jours.

Mme R*** est donc morte de rage, le diagnostic ayant été porté par quatre médecins tandis que le chat qui la blessa était resté parfaitement indemne. Le virus de la rage a été inoculé dans ce cas par la griffe du chat souillée de bave virulente.

Jne autre observation classique est celle d’une vieille femme dont les mains portaient des écorchures et qui contracta la maladie pour avoir nettoyé une écuelle où avait bu et mangé un chien enragé.

Dans le même ordre de faits encore, il y a lieu de retenir l’observation, faite il y a quelques années à l’Institut antirabique de Vienne et rapportée par Kraus, Gerlach et Schweinburg (1). Un chien sûrement enragé, l'examen de ses centre nerveux ayant montré des corps de Négri, chercha à mordre un petit enfant mais ne put que faire, sans le blesser, un trou dans son pantalon. Environ quatre heures plus tard, la mère reprisa la déchirure et coupa le fil de la reprise avec ses dents en se fendant légèrement la lèvre inférieure. La rage survenait chez cette femme après 14 jours d’incubation. L'on ne peut pas ne pas être surpris par la similitude de cette observation avec celle rapportée par Caelius Aurelianus il v à plus de 15 siècles :

Graves cite un cas décrit par Park et Williams qui eurent l’occasion de l’observer en 1906. Une fillette de 6 ans manifesta une rage typique dans une région où il y avait eu récemment plusieurs cas de rage du chien, mais les parents étaient sûrs qu’elle n’avait pu être mordue.

Six semaines avant l’apparition des symptômes cependant l’enfant était tombé dans la rue el s'était coupé profondément la joue sur une pierre tranchante. La blessure fut cautérisée et guérie sans plus de trouble. Mais un chien enragé avait été de passage dans cette même rue quelques instants auparavant. Il est raisonnable de penser que la pierre avait pu être plus ou moins imprégnée par la bave du ch'en et qu'ainsi l'enfant avait été infecté.

Un tel cas, ajoutaient les auteurs, ne doit pas arriver très souvents mais sa possibilité doit être envisagée.

Signalons enfin une observation extrêmement curieuse de transmission de la rage faite il y a plusieurs années à l’École Vétérinaiee de Vienne (2). Un palefrenier excita un chien enragé, en lui présentant une canne. Le chien mordit dedans. En voulant retirer la canne, ce qui demanda un grand effort, une incisive de l’animal fut arrachée et vint frapper avec force à la conjonctive l’un des yeux du palefrenier qui contracta la maladie.

(1) Lyssa, 1926, p. 131.

(2) Kraus, Gerlach et Schweinburg, loc. cit., p. 129.

En dehors des circonstances où les causes de la rage peuvent être rapportées à des corps ou griffes souillés de virus, des cas indiscutables et bizarres de contaminations par simple dépôt de virus sur une muqueuse ou par léchage ont été aussi relatés.

Van Swieten, citant Palmarius (1), raconte qu’un paysan étant sur le point de mourir de rage, voulut dire adieu à ses enfants dans l'intervalle de deux accès. Il les embrassa et eut alors une crise d’étouffement. Sept jours plus tard les enfants furent saisis du même mal et moururent dans de grandes souffrances.

En 1785, Enaux et Chaussier déclarent avoir vu un homme frappé par la maladie pour avoir reçu sur les lèvres la bave d’un chien enragé.

Dans une circonstance (2) la bave d’une vache énragée sauta dans le visage d’un homme lequel s’essuya et n’y pensa plus. Quelques Jours plus tard il tomba malade de rage et mourut après 3 jours de douleurs.

Morand parle d’un homme qui contracta l’hydrophobie parce qu'un peu de bave d’un animal rabique lui était tombé sur la joue.

Bardsley signale un individu qui, endormi sur le sol, fut léché sur la bouche par un chien rabique et fut atteint ensuite par l'affection.

Une dame, écrit Lawrence, possédait un caniche français qu’elle affectionnait beaucoup et qui avait l'habitude de lui lécher la figure. Elle avait un petit bouton au menton dont elle avait gratté machinalement le sommet. Le chien lécha la surface excoriée de ce bouton et contamina sa maîtresse qui mourut de rage peu après.

Portal en 1779 relate le cas d’un abbé du Vivarais qui est mort de la rage pour s'être laissé lécher un instant par un petit chien une légère écorchure que son perruquier venait de lui faire en le rasant(3), Ce chien périt de la rage peu après et la maladie éclata chez l’ecclésiastique dès qu'il eut appris le genre de mort du chien.

En 1815, B. Ballinghall (4) cite l’histoire d’un sergent, J. Clarke, lequel mourut de la rage sans pouvoir se rappeler avoir été jamais mordu. Mais ses amis racontèrent après sa mort qu’il avait l’habitude de se laisser lécher par son chien une petite blessure qu'il avait au pied. Or l’animal avait été tué trois semaines auparavant après avoir mordu deux soldats.

(1) Fleming, loc. cit.

(2) Salzb med. chir. Zeitung 1795, 3° vol., p. 80.

(3) Portal. Observations sur la nature et le iraitement de la rage, p. 67. (4) The Einburg méd. and. surg. Journal 1815, p. 74.

Lipscomb rapporte le cas d’un indigent du Kent qui fut atteint de rage après s’être fait lécher, par un chien en bonne santé apparente, un ulcère qu’il avait à la jambe, ayant été persuadé de l'influence salutaire de cette pratique.

En 1904, Semenoff, en Russie, examine un individu enragé sur le ‘ corps duquel l’on ne peut, malgré des recherches minutieuses, trouver trace de blessure ou de morsure et qui prétendait, en effet, n’avoir jamais été mordu, ni griffé par aucun animal.

En été, il avait dormi pendant quelque temps dans une voiture remisée dans une cour avec, à ses pieds, un petit chien de garde. Le chien aurait été toujours en bonne santé et il ne l'avait jamais mordu ni griffé. Un jour il disparut sans revenir.

Tout porte à croire qu’il était devenu enragé et qu'il avait peutêtre léché la figure de son maître pendant qu'il dormait.

Les lèvres et la muqueuse buccale ne montraient aucune trace de blessure, mais l’on doit remarquer que des petites lésions de ces muqueuses peuvent guérir très rapidement sans laisser la moindre marque ni cacatrice.

En tout cas, au moment où fut faite la communication de Semenoff, il n’apparut pas clairement qu’elle constituait une preuve certaine de la perméabilité des muqueuses intactes à l’infection rabique.

L'année précédente, en 1903, à Padoue, Pace avait publié l'observation d’un napolitain âgé de 47 ans qui, pour prouver à ses amis que son chien malade n’était nullement enragé, s'était fait introduire dans le nez, le plus loin possible, l'extrémité pointue de la langue de l’animal. Un mois plus tard il avait succombé à la rage; son bulbe, inoculé, ayant reproduit en 11 jours la maladie.

Bien que Pace affirme que la muqueuse nasale ne présentait aucune solution de continuité, l’on est autorisé à penser que la langue du chien a pu néanmoins la léser ou au moins la meurtrir.

Or l’on sait, depuis les travaux de Galli-Valerio et de Vera Salomon, que l'infection est à coup sûr obtenue en traumatisant légèrement la pituitaire avec un tampon imprégné d’émulsion virulente ; des expériences de Galtier, de Conte, de Remlinger montrant d'autre part que très souvent et sans {trauma la contamination par la pituitaire saine peut être réalisée.

L'infection naturelle par la voie des muqueuses paraît cependant plus probable dans l'observation faite à Constantinople par Remlinger (1) sur un jeune grec de 23 ans n'ayant jamais été mordu et n'étant pas alcoolique. Il satisfaisait à un besoin naturel dans une

(1) Bulletin de l’Institut Pasteur, 1904, p. 794,

rue de Stamboul lorsqu'un chien couché tout à côté s’approcha davantage et, avant que le jeune homme ait pu l’en empêcher, passa deux ou trois fois sa langue sur la muqueuse anale parfaitement saine de la victime. Le chien succombait à la rage quatre à cinq jours plus tard, sans que le léché y prit garde. Mais au bout de 40 jours, celui-ci traduisait à son tour les signes caractéristiques de l’hdyrophobie et succombait en 48 heures.

La muqueuse anale alors examinée ne présentait ni ulcération ni fissures d'aucune sorte.

Nous ne croyons pas que doive être inscrite au compte des contaminations de cet ordre l'observation rapportée par Palmirski et Karlowski relative à un homme de 33 ans qui aurait contracté la rage après une incubation de deux mois à la suite d’un coït infectant avec sa servante, au premier jour de la maladie de celle-ci, trop de causes d'infection ayant pu alors intervenir.

A la Société médicale des hôpitaux de Lyon, Leclerc et Sarvonnat communiquent le 21 juin 1904 le cas suivant :

Il s’agit d’une jeune fille de 23 ans, très bien portante antérieurement, n'étant pas spécialement nerveuse. Le 25 décembre 1903, le chien de la maison fut mordu par un chien inconnu et errant. Vers le milieu de janvier le chien mordu qui jusque-là ne manifestait rien de particulier, Iécha les mains de la jeune fille qui avait assez souvent des crevasses en hiver mais ne se souvint pas en avoir eu plus spécialement à ce moment là.

En tout cas, selon ses dires, ses mains ne présentaient ni coupure, n; écorchure, tout au plus des crevasses.

Vers la fin de janvier (40 jours environ après avoir été mordu) le chien lécheur quittait tout à coup la maison et disparaissait sans qu’on sut pourquoi, définitivement. Il fut oublié et la malade en particulier n’attacha aucune importance ni au léchement, ni à la fuite de l’animal. ;

Le 29 avril suivant, c’est-à-dire presque 3 mois et demi après avoir été léchée, la jeune fille ressentit une faiblesse dans les jambes et commença à éprouver des spasmes du pharynx qui allaient en s’accusant, réveillés et augmentés qu'ils étaient par l’ingestion de tout aliment liquide ou solide.

Entrée à l'hôpital le 3 mai, elle mourait brusquement deux jours plus tard, six jours pleins après le début des premiers phénomènes caractéristiques, et trois mois et demi après avoir été léchée.

Son bulbe, inoculé à des lapins, provoqua la mort de ceux-ci avec les symptômes de la rage paralytique. L’examen histologique du ganglion spinal avait montré des lésions intenses de neuronophagie.

Un an plus tard, Paviot et Nicolas, à la Société médicale des hôpitaux de Lyon encore, rendent compte d’une intéressante observation de rage clinique vérifiée expérimentalement très soigneusement :

Une chienne appartenant à un cultivateur âgé de 36 ans, mordue le 3 juillet 1904, meurt de rage entre le 14 et le 17 juillet sans qu'on puisse préciser la date et est enterrée par le cultivateur lui-même.

Cette chienne allaitoit un jeune chien âgé alors de 3 semaines qui fut pris un mois plus tard de troubles identiques à ceux qu'avait présentés sa mère : hydrophobie, spasmes pharyngés rendant la déglutition impossible, convulsions, paralysie.

L'animal, qui n'avait pas de tendance à mordre, est tué par son maître vers le 15 août et enterré par lui.

Le propriétaire est absolument certain de ne pas avoir été mordu par aucun de ses chiens, maisil aurait été léché à plusieurs reprises sur les mains qui, toutefois, selon lui et sans que ses souvenirs sur ce point puissent être considérés comme absolument exacts, ne présentaient aucune plaie. Il est cependant probable qu’il devait s’y trouver des crevasses comme on en rencontre souvent chez les cultivateurs.

N'ayant aucune crainte de contamination, l'intéressé n’informa personne de son cas et ne suivit pas le traitement pastorien.

« Sa santé, depuis le 15 août, était excellente lorsque surviennent le 22 septembre, les premiers signes suspects. D’abord douteux, ceux-ci s’accusent et se caractérisent le surlendemain. Le malade, malgré tous ses efforts ne peut arriver à absorber une gorgée d’eau. Il est pris d’une véritable phobie pour les liquides.

Dirigé aussitôt sur l'Hôtel-Dieu, le malade présente des phénomènes d’excitation furieuse et meurt le lendemain 25 septembre. Des inoculations au lapin, très soigneusement eflectuées avec des fragments: de substance nerveuse prélevés en des régions diverses, ont donné des résultats positifs, le liquide céphalo-rachidien, la corne d’Ammon, la circonvolution frontale ascendante, le bulbe, se révélant également infectés.

Un cas analogue aux deux précédents avait été cité déjà par Faber (1) en 1850 qui le rapporta d’après André Marshall.

Il s'agissait d'une jeune fille qui avait soigné avec dévouement un chien malade. Elle avait une égratignure aux mains mais ne se souvenait pas avoir été jamais mordue. Un jour le chien malade se sauva de la maison. On le ratirapa, on soupçonna chez lui la rage et on l’abattit. Six semaines plus tard la jeune fille manifestait des phénomènes rabiques et succombait de la maladie.

(1) Faber.Loc cil., p. 268,

Gasiorowsky signale en 1927 à la Section d'hygiène de la Société des Nations que le 18 août 1924 a été dirigée de Hozochow sur l’hôpital général de Lwow une jeune fille âgée de 18 ans qui y est morte le 2 septembre en présentant les symptômes typiques de la rage. Selon ses déclarations répétées, elle n'avait été ni mordue ni égratignée, mais seulement léchée par un chien qui avait ultérieurement mordu 4 personnes de la même localité, l'examen histologique révélant chez l'animal l'existence de corpuscules de Négri.

La contagion par léchage peut également se présenter chez l’ani mal et Wermter a rapporté un cas de rage du bœuf dû au léchage des plaies de castration par un chien-enragé. La contagion peut enfin se réaliser chez les herbivores par le dépôt de have virulente sur des plaies récentes résultant de coups de cornes.

De ces diverses et curieuses relations, l’on doit bien conclure que la rage peut être transmise, non seulement par morsure et par léchement, mais encore par coup de griffe et aussi par des objets ou des corps souillés de virus et venant traumatiser les tissus.

En ce qui concerne plus spécialement la transmission par coup de griffe, P. Remlinger fait remarquer que le chien et le chat ont, à l’état normal, l'habitude de se lécher les pattes lesquelles peuvent être contanimées, ainsi que les griffes, soit directement par le léchage, : soit indirectement par l'intermédiaire de la litière sur laquelle la bave d'un congénère rabique aura été répandue.

Nous en avons terminé avec l'étude que nous nous proposions de faire des sources même de la virulence rabique.

Dans un magistral rapport sur la rage lu aux séances des 2 et 9 juin 1863 de l’Académie impériale de médecine, H. Bouley, analysant un mémoire de M. Bévière, vétérinaire à Grenoble, mémoire soumis à l'appréciation de cette Compagnie, reprochait à son auteur d’emprunter trop souvent sans les discuter, des opinions toutes faites dans la myriade d’écrits qui ont été publiés sur la rage, de telle sorte que, «en même temps qu'il propage des choses vraies il en répand aussi de complètement erronées, sans qu’il soit possible aux lecteurs à l'intention desquels son ouvrage est composé de discerner le vrai du faux ». | |

Et Bouley faisait en particulier grief à Bévière de la phrase suivante

» Les animaux de toutes les espèces : mammifères, bimanes, quadrumanes, carnasssiers, rongeurs, pachydermes, ruminants, cétacés et les oiseaux sont susceptibles de contracter la rage par inoculation ».

«La rage des cachalots et des baleines » commentait plaisamment Bouley (1) « voilà sans doute quelque chose d'assez inattendu, et, si le fait était démontré exact, ce serait à coup sûr la démonstration la plus convaincante que les animaux enragés ne sont pas hydrophobes, ceux au moins qui, bravant la fureur des flots, seraient allés attaquer les baleines jusque dans leur domaine, à moins que l’on admette toutefois que la rage ait pu être transmise à ces monstres marins par quelque partisan effréné de la médecine comparée et de l’expérimentation appliquée à tous les sujets de l’échelle zoologique. »

Nous ne voudrions pas nous attirer des critiques aussi justifiées. Cependant, si nous n’avons pas fait place — et pour cause — dans notre revue de la question, à la rage des cétacés, nous n’avons pas craint de rapporter — avec les réserves convenables — toutes les observations et expériences qui nous ont paru intéressantes, tant sur la transmission du virus par des corps étrangers le supportant que sur la rage des diverses espèces animales et, spécialement, des rongeurs et des oiseaux.

Or, Bouley ne pouvait guère, en 1863, du point de vue scientifique, que nier l’existence de ces dernières. Ainsi n’hésitait-il pas à écrire que la rage n’était pas inoculable aux rats « puisqu'elle ne sévissait pas à l’état épizootique dans nos caves et nos égouts » et que, d'autre part, toutes les histoires de coqs enragés dont les morsures auraient été mortelles pour l’homme n'étaient que des contes «l'exemple cité par les auteurs du canard furieux dont la morsure aurait transmis la rage pouvant être à bon droit qualifié du nom même de l’animal auquel on a fait jouer ce rôle fantastique ».

Il apparaît bien qu'aujourd'hui la rage — exceptionnelle il est vrai — des muridés, et la rage — plus rarissime encore — des gallinacés ne puissent plus être contestées.

D'ailleurs, à la lumière des expériences ou des observations modernes, il semble que certains des récits et rapports d'autrefois sur la matière méritent d’être considérés avec plus d'attention que celle que l’on a naturellement tendance à leur accorder.

Nous sommes loin de soutenir que doive être admis avec trop de confiance et sans discernement tout ce qui a pu être écrit sur la rage

(1) Rapport sur la rage, Paris, Baillière, 1863, p. 41.

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avant l'ère pasteurienne, et même depuis ! Beaucoup de ces relations fourmillent en effet d’invraisemblances ou sont incomplètes au point qu'elles n’ont plus aucun intérêt. Mais nous estimons qu'il y aurait quelque vanité à croire que rien n’est à retenir des constatations qui ont pu être faites anciennement sur cette maladie. Sans doute, la rigueur de la méthode expérimentale était alors inconnue et l’on sait que c’est beaucoup grâce à celle-ci, que dans l'interprétation de faits équivoques, maintes causes d’erreurs peuvent se trouver évitées.

Tout de même, nous n'avons pas le droit de penser que l’esprit critique est particulier aux hommes de science de notre époque et si tous les siècles ne peuvent s’enorgueillir d’un Archimède ou d’un Pasteur, ce serait une prétention singulière que d'admettre qu’il ny a eu d’observateurs consciencieux et sagaces que ceux-là même de notre temps !

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