LA LUTTE EN CÔTE-D'OR CONTRE L'ÉPIZOOTIE DE RAGE | SUR LE RENARD
A la lumière des connaissances acquises sur le virus rabique, ses . caractères et sa nature, nous nous proposons de développer à présent, quelques considérations d’ordre très général ayant trait à l’origine de la maladie elle-même et aux moyens à appliquer pour obtenir peut-être son extinction.
Nous exposerons, en premier lieu, les dispositions qui ont été mises en œuvre en Côte-d'Or pour juguler l’épizootie de 1925-1928, en lempêchant d’abord de s'étendre, en s’efforçant ensuite d’en tarir les sources.
L'Administration départementale, en Côte-d'Or comme ailleurs, n'est jamais demeurée passive lorsque des cas de rage lui ont été signalés. Même en dehors de toute épizootie, chaque année, en conformité des dispositions de l’article 14 du décret du 6 octobre 1904, les autorités communales reçoivent régulièrement des instructions sur la conduite à tenir lors de l’apparition d’un cas de rage dans une localité. Avant donc que soit signalée l’existence de la maladie sur les renards de la région dijonnaise, l’action des autorités locales était déjà contrôlée et guidée très soigneusement. Aussi, en temps voulu, tous les magistrats municipaux intéressés réglementaient-ils la circulation des chiens en prescrivant leur abatage ainsi que celui des chats ayant été en contact d'animaux enragés ou suspects.
L'exécution de cette dernière prescription, comme Souvent, n'allait pas sans résistance. En 1923, en particulier, il fallait poursuüivre jusque devant la Cour d’appel de Dijon‘ qui le condamnait à 200 francs d'amende — un propriétaire de Val-Suzon qui se refusait absolument à abattre un de ses chiens sûrement contaminé.
Quoi qu’il en soit, dans le moment même où nous apprenions, le 7 janvier 1926, le diagnostic expérimental porté par le Laboratoire d’Alfort sur le premier renard étranglé à Vernot six semaines auparavant, il apparaissait que les prescriptions édictées localement et séparément par les autorités communales n'étaient plus suffisantes pour s’opposer avec quelque chance de succès à l'extension de l'épizootie.
Au surplus, et sous la pression — si vivement accusée parfois qu’elle aurait pu légitimement donner lieu à des poursuites correctionnelles -— de certains attionnaires des sociétés de chasse intéressés, plusieurs maires se montraient circonspects à l'extrême et pour tout dire défaillants.
Îlimportait donc d’envisager de toute urgence des mesures d’ordre général et de confier leur exécution à la gendarmerie en adressant à celle-c: des instructions spéciales, précises et rigoureuses.
Le 21 janvier, sur notre demande, un arrêté préfectoral était pris, réglementant la circulation des chiens dans les trois cantons d’Issur-Tille, Grancey-le-Château et Saint-Seine-l'Abbave et dans cinq communes du canton de Dijon-Nord.
Il se révélait rapidement insuffisant dans ses effets ef, dès le 4 février, nous signalions la nécessité qui s’imposait de décider le plus rapidement possible la fermeture de la chasse avec chiens, laquelle était ordonnée six jours plus tard pour les quatre cantons précités. |
Malheureusement. à la rédaction de l'arrêté que nous avions proposé, un correctif regrettable, malgré nos vives représentations, se trouvait ajouté qui rendait les mesures sur la matière à peu près inopérantes : était interdite la chasse avec chiens: liberté »!
De plus, nous indiquions, également à cette date du 4 février, que les obligations dont nous recommandions le respect devaient comporter comme corollaire immédiat des dispositions spéciales tendant à intensifier la destruction des renards par l’ingestion d’appâts empoisonnés convenablement préparés.
Nous devons encore à la vérité, de déclarer ici que cette dernière proposition, si motivée à tous égards par la situation qui s’aggravait chaque jour, n’a pas été prise alors en considération par suite d'interventions pressantes et diverses, les chasseurs entendant que la destruction des renards par le poison ne soit pas ordonnée avant le 1er avril — c'est-à-dire, en somme, pas avant que la chasse sous bois ne soit officiellement fermée,
Nous ne pouvons que déplorer qu'entre l'avis des Services techwiques indépendants et avertis et l’opinion de personnalités plus ou
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moins intéressées directement à contrarier l’action de ceux-ci, ce soit cette dernière opinion qui ait justement prévalu.
Car si, en dépit des ordonnances préfectorales du 24 février, étendant à tout le département l’interdictien de la chasse avec chiens. en liberté :, et du 4 mars, règlementant la circulation des chiens sur toute l'étendue du territoire de la Côte-d'Or, l'éradication de l'épizootie de rage sur le renard n’a pas été plus tôt réalisée, la faute peut assez justement en être attribuée aux pouvoirs publics, dont la tâche en la circonstance était assurément fort délicate, mais qui, par-un souci peut-être trop accusé de contingences particulières, n’ont pas cru devoir faire exécuter avec toute la diligence souhaitable les suggestions qui leur avaient été soumises.
Il est certain que s’il avait été décidé de procéder à.l’empoisonnement des renards dès le 15 février, par exemple, les appâts déposés auraient eu alors, dans le moment où la neige encore couvrait le sol et où le vivre se faisait rare, une efficacité autrement marquée que six semaines plus tard, en avril, au moment du printemps.
Or, il ne nous semble pas qu'il aurait été impossible d’amener alors les représentants des sociétés de chasse à comprendre où se trouvait leur réel intérêt.
Pour tardive qu'elle ail été, cette opération s’est effectuée cependant du 1° avril au 31 mai sous la direction des lieutenants de louveterie, dans leurs circonscriptions respectives.
Le distingué Président de la Fédération des chasseurs de la Côted'Or, M. le Dr Dubard, lieutenant de louveterie pour l’arrondissement de Dijon, a apporté dans ces conjonctures, à l'Administration, un concours des plus précieux. Dans une série d'articles documentés parus dans la presse départementale, il s’est efforcé d’éveiller l’attention des chasseurs sur l'importance de la question et la réalité de l’épizootie niée par beaucoup d’entre eux. II a montré l'utilité des destructions préconisées et indiqué quelques-uns des procédés auxquels il convient de recourir pour obtenir les meilleurs résultats.
Parmi ceux-là, certains doivent a priori être rejetés. Ainsi l’on ne peut songer à utiliser, même au terrier, l'emploi de gaz ou de liquides asphyxiants (sulfate de carbone, chloropicrine, etc...) le déterrage ou le piochage présentant des inconvénients et nécessitant l’intervention des chiens pour s'assurer que la retraite est habitée. Or, le contact des chiens avec des renards suspects de rage est à écarter comme allant au rebours du but à atteindre puisqu’étant de nature à augmenter les dangers de contagion.
Il ne reste donc qu’à recourir à l’empoisonnement des fauves par des appâts préparés placés dans les endroits fréquentés par les
renards et que les animaux domestiques (bétail, chiens, poules), et autant que possible le gibier, ne risquent guère d’atteimdre.
La substance toxique employée fut la strychnine, les comprimés ou les pilules utilisés étant délivrés par les lieutenants de louveterie sur une demande des pétitionnaires, visée par les maires des communes pour les bois particuliers ou par l’Inspecteur des Eaux et Forêts pour les bois soumis au régime forestier : le toxique ayant de plus été éprouvé pour s’assurer de sa parfaite qualité, de la constance de ses effets et pour éviter de se servir de produits falsifiés inefficaces.
Les préparations molles ont été laissées de côté et l’on s’est arrêté à l'emploi des comprimés et des pilules pour avoir des doses bien déterminées et pour ne pas disséminer à la surface de l’appât les petits cristaux de strychnine dont la saveur révélatrice n’aurait pas manqué d’écarter les renards que l’on se proposait de détruire.
Pour de telles fins, la confection des amorces ne laisse pas que d’être délicete. Klles sont apprêtées de préférence avec des boyaux de volailles (poules, canards, oies, etc...) ou de lapins ou avec l’intestin grêle du mouton.
Ces intestins sont coupés en fragments de 4 à 5 centimètres de longueur. A l’aide d’un fil, on les lie à l’une des extrémités, puis au moyen d’une pince on introduit par l’autre bout laissé libre une pilule ou un comprimé de strychnine au fond du sac ainsi formé que l’on ferme ensuite par une ligature.
L’on fabrique de la sorte la quantité d’appâts qui convient en les comptant avec le plus grand soin pour n'en pas perdre. Chacun d’entre eux est ensuite trempé dans une graisse quelconque suffisamment chaude pour roussir l'extérieur du boyau et dessécher le pourtour. On les place alors sur un morceau de carton ou sur un bout de planchette.
L'on prépare en même temps un mélange de saindoux et de suif frais de mouton que l’on maintient liquide en le chauffant légèrement et auquel on ajoute 10 à 15 gouttes d'essence d’anis. L'on
trempe les appâts un à un dans ce mélange tiède et on les sort en laissant la graisse se figer tout autour. L'opération est plusieurs fois recommencée de manière que, du fait de la successive accumulation des couches de graisse, l’amorce ait finalement acquis le volume d’une petite noix.
L'on recommande de même, à défaut de ces boyaux, d’avoir recours à des vairons dans le ventre desquels on introduit le comprimé de strychnine. Des souris des champs, des grains de raisins secs enrobés comme les pelits sacs d’inteslins dans une graisse à essence d’anis peuvent aussi servir avec avantage, en suivant la