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galeries souterraines. Quelques-uns d’entre eux mangent ces petites proies, d’autres se contentent de les tuer. À noter aussi que les chats de ferme vont parfois à la chasse des rongeurs des champs.
« Ces faits étant connus, qui oserait affirmer que parmi les rongeurs et les petits carni-insectivores (taupes, musaraignes, etc...) aucune espèce ne peut être un véhicule de germes ou un réservoir de virus rabique (microbe ou protozoaire) ? Personne, je crois, car personne, à ma connaissance tout au moins, n’a fait de recherches à ce sujet.
« Dans ces conditions, le loisir existe d'émettre l’hypothèse de loups, renards, etc... se contaminant, soit le plus souvent par les blessures buccales ayant pour cause déterminante les os brisés de petites proies infectées, soit plus rarement peut-être par des morsures de celles-ci ».
Ainsi pourrait-on expliquer l’origine de la maladie chez le chien de garde d’une ferme très isolée qui devient enragé subitement alors que l’on est aujourd’hui réduit le plus souvent, à supposer, très hypothètiquement, sa possible contamination par un chien de passage que” personne n’a rencontré.
Mais en dehors de la recherche de l’espèce animale ayant provoqué dans un endroit donné une épizootie de rage déterminée, l’on peut se demander aussi quelle est l’origine toute première de cette maladie infectieuse.
Dans un article instructif de la Revue générale de Médecine vétérinaire, M. Carré, directeur-adjoint du Laboratoire des recherches des Services vétérinaires à Alfort, étudiant l’étiologie du mal de Lure a mis en évidence le fait curieux d’une affection qui, existant à l’état latent dans une région, ne peut se manifester pourtant qu'avec le concours d’une autre maladie sévissant à plusieurs centaines de kilomètres.
Et de même que, d’après les observations de Carré, il faut au pyobacille, hôte habituel des litières, l’action préalable déprimante du virus agalaxique pour lui permettre d'acquérir tout son pouvoir pathogène à l'égard de l’organisme du mouton et de la chèvre, de même il n’est pas interdit de penser que la première épizootie de rage n’a pu se produire qu’à la faveur d’un concours de circonstances variées qui ont permis au virus rabique de préciser ses caractères, d'affirmer sa nocivité avant de se répandre et de se perpétuer.
Quoi qu’il en soit au surplus de l’origine de cette entité morbide, il est une question également que l’on peut légitimement se poser
et qui est de connaître si l’espèce canine a bien été la première espèce animale frappée par cette maladie.
David Sime (1) soulève le problème et s’efforce d'y répondre dans un ouvrage publié en 1903 par l’Université de Cambridge. Il fait d’abord remarquer que depuis un temps immémorial, la rage a été considérée comme étant essentiellement une maladie de l'espèce canine. ;
Rappelant les opinions exprimées par les savants les plus qualifiés pour avoir un avis sur le sujet tels que Pasteur et Fleming, Sime déclare que si l’on s’en rapporte à ceux-ci, l’on doit admettre que la rage du chien est la forme initiale de la maladie d’où dérive la rage de toutes les autres espèces sensibles.
Il classe ensuite les formes présentées par la rage canine sous cinq types selon les symptômes : une rage entièrement paralytique, une rage à manifestations uniquement furieuses, une rage mixte au cours de laquelle peuvent prédominer ou les phénomènes paralytiques ou les phénomènes furieux à moins que les uns et les autres ne se partagent exactement le tableau clinique.
Se référant au pouvoir atténuant très marqué que possède l’organisme du chien à l'égard du virus rabique et aussi l’organisme du singe, il montre qu’une distinction doit être faite entre ces animaux et ceux qui, comme le lapin, le cobave, ont des organismes au travers desquels s’exalte, au contraire, la virulence rabique.
En dépit de ce fait que la maladie est répandue surtout dans l’espèce canine — mais elle n’est pas plus prédominante ni caractéristique de cette espèce que le tétanos n’est une maladie prédominante de l’espèce chevaline par exemple —- il n’y a pas de raison de croire que sous sa forme paralytique, ou sous sa forme furieuse, ce soit essentiellement une maladie du chien.
S'il en était ainsi et si elle provenait uniquement de cette espèce, pourquoi, écrit Fleming. l'usage systématique de la muselière ne parviendrait-il pas à la faire totalement disparaître.
Or cela n’est pas, d’où il suit que l’on ne doit pas considérer la maladie comme ayant été primitivement une maladie de l'espèce canine, mais comme ayant plutôt frappé d’abord les animaux des espèces dont les organismes ont la faculté d’exalter la puissance du virus rabique !
Étudiant alors plus particulièrement ceux-ci et considérant que c’est le lapin qui possède cette faculté au plus haut degré, Sime conclut positivement que la rage a été et est avant tout une maladie du lapin.
(1) David Sime, Rabies, p, 204.
Si, en Australie, où les lapins pullulent et où il n’y a pas de chiens, la rage néanmoins est inconnue, cela tient, dit l’auteur, à ce que le lapin se trouve là dans des conditions de vie extraordinairement favorables et n’est pas pourchassé. Si la rage malgré tout est surtout répandue chez le chien, cela tient à ce que cet animal chassant fréquemment est infecté par les proies qu'il capture. C’est de cette manière qu'une première fois la maladie fut transmise à un chien. Celui-ci poursuivait un lapin rabique. Il l’atteignit aisément, la paralysie commençant, il l'empoigna brutalement par le cou et lui brisa les vertèbres. Une aiguille osseuse lui inocula un peu de substance médullaire. Il contracta la rage et infecta ensuite ses congénères.
C'est de cette façon, selon Sime, que la rage soudainement apparaît dans des régions jusque-là préservées.
Après avoir rapporté le cas de rage par eux constaté sur une lionne d’Abyssinie, cas que nous avons plus haut signalé, Manouélian et Viala se demandent également comment cet animal sauvage a pu être contaminé. « Est-ce, écrivent-ils, par une morsure de chien ou par une morsure d’un individu de son espèce ? Il nous a été impossible de nous renseigner sur ce point. On peut aussi supposer qu’elle s’est nourrie d'un animal enragé, soit avant sa capture, qui était récente, soit après sa captivité, une blessure faite à la muqueuse buccale par une esquille osseuse ayant permis l'introduction du virus rabique provenant soit de la bave, soït du cerveau et de la moelle de l’animal enragé qui lui a servi de nourriture ».
Il nous a paru qu’il n’était pas inutile de rappeler ici l’essentiêl de la théorie échafaudée” par David Sime. Il y a là des vues de l'esprit qui, quoique demeurant évidemment du pur domaine de l’hÿpothèse, méritent qu'on v réfléchisse et ne laissent pas que de présenter un réel intérêt. Aussi bien et comme le fait remarquer Remlinger avec humour, si la rage est essentiellement une maladie du lapin, on ne saurait plaindre cet animal de faire les frais du traitement d’une maladie que lui-même engendra !
Par ailleurs, nous avons vu que Carlos França conclut de ses observations expérimentales que la rage est une zoonose des mammifères supérieurs, le virus qui la provoque s’affaiblissant au fur et à mesure que l’on descend dans l’échelle animale. Mais en rendant compte des travaux de França, FE. Leclainche fait observer qu'il est plus philosophique de renverser la proposition et de voir dans la rage une maladie habituelle des espèces inférieures, non mortelle, évoluant accidentellement chez les mammifères supérieurs sous une forme grave ou toujours mortelle (1).
(1) Revue générale de Médecine vétérinaire, 1926, p. 575.