‹ Les Sources de la Virulence RabiqueChapitre 8 sur 53 · ACTION DES HUMEURS DE L'ORGANISME · texte numérisé non relu

ACTION DES HUMEURS DE L'ORGANISME

Action de la salive. — L'action de la salive humaine provenant d'un organisme sain serait susceptible d’affaiblir le pouvoir pathogène du virus rabique. Au début du x1xe siècle Zinke inoculant différents animaux avec un mélange de bave de chien enragé et de salive humaine constate qu'aucun d’entre eux ne contracte la maladie.

Le fait que la rage ne peut être reproduite par inoculation du virus dans les glandes salivaires corrobore cette constatation et semble prouver également le pouvoir d'atténuation de la salive à l'égard du virus.

Action du suc gastrique. — L'action du liquide stomacal qui agit surtout par l’acide chlorhydrique qu’il renferme sur le virus rabique a été mise en évidence depuis longtemps puisque déjà, Percival, à la fin du xvrrre siècle, avait eu l’idée de traiter les morsures faites par des animaux enragés par le suc gastrique du chien et du chat et que dans les premières années du siècle suivant, Zinke puis Volli recommandaient les injections préventives avec du virus rabique affaibli par l’effet du suc stomacal pour se prémunir contre la maladie.

Wyrschikowsky, en 1891,a vu de son côté que les émulsions de moelles virulentes sont stérilisées en 3 heures à des températures de 16° à 36° par le mélange d’une solution d'acide chlorhydrique à 3 pour 1.000 avec un extrait glycériné de glandes à pepsine de l’estomac du lapin, du bœuf, du cheval, du mouton ou du rat, la virulence étant éprouvée par l’inoculation intra-crânienne au lapin.

Centanni, l’année d’après, observe qu’en mélangeant une émulsion de virus fixe avec du suc gastrique artificiel à la température de 370, ce n’est qu'après 12 heures de digestion que l’atténuation du

virus se manifeste, les animaux éprouvés alors par le mélange ne contractant la rage qu’au bout de six semaines. Mais l’atténuation du pouvoir pathogène du mélange est totale après vingt heures de contact.

Centanni 2 pu saisir, dans cette expérience, certains passages intermédiaires entre le maintien de la virulence et la disparition de celleci et a préparé à volonté, dans un but d’immunisation, des virus plus ou moins affaiblis par la seule action du suc gastrique sur le virus.

D'autre part, Babès et Talasescu étudient en 1894 l'influence du suc gastrique naturel du chien obtenu par fistule stomacale. Mise à l’étuve à 200 l’émulsion d’un gramme de moelle rabique avec 20 c.c. de suc gastrique perd tout pouvoir pathogène après 4 heures et demie de contact.

Bien que la perte de la virulence au contact du suc gastrique naturel soit relativement rapide, Nocard et Leclainche font remarquer que le contenu de l’estomac peut être dangereux si la salive a été déglutie depuis peu, des vétérinaires ayant pu contracter la rage à la suite d’une inoculation par le contenu stomacal pendant l’autopsie.

Action de la bile. — Frantzius, en 1898, et Lebell, l’année d’après, avaient cru établir que la bile d'animaux sains restant sans effet sur le virus rabique pendant que la bile des animaux enragés détruisait le virus, il y avait dans la bile de ceux-ci un véritable pouvoir antitoxique acquis.

Vallée, en 1901, reprenant les expériences de Frantzius, montre que contrairement à ce que pensait cet auteur, la bile des lapins morts de rage n'offre pas d’autre propriété que celle de la bile de lapins indemnes de la maladie. Il n’y a aucun pouvoir antimicrobien ou antitoxique dans ce liquide organique des animaux atteints, la bile jouant simplement le rôle d’un antiseptique énergique.

Le contact pendant quelques instants d’une dilution bulbaire virulente avec un volume égal de bile, suflit pour la neutraliser,

Successivement, les résullats de Vallée ont été confirmées par les recherches de Kraus, de Galavielle et Aoust, de Salomoni et enfin de Lesieur dont les expériences ont porté sur plusieurs biles animales (lapin, bœuf, pore et mouton) sur la bile humaine et aussi sur les sels biliaires (glycocholate et taurocholate). En raison de la grande toxicité de la bile introduite dans les centres nerveux, les inoculations d'épreuves étaient faites dans l'œil du lapin.

Lesieur aboutit donc à des conclusions identiques à celles de Vallée. Les biles, qu’elles proviennent de sujets rabiques ou normaux,

neutralisent le virus in vitro après un contact de quelques instants. Il en est de même des sels biliaires en solutions de concentration semblables à celles de la bile.

Enfin, les animaux qui résistent aux injections de virus rabique ainsi neutralisé ne contractent aucune espèce d’immunité.

Il est intéressant à ce propos de noter que ce pouvoir antitoxique du foie à l'égard du virus rabique est bien connu de certains peuples indigènes qui l'ont autrefois appliqué à la prévention de la rage. Ainsi les Hindous du Bengale, lorsqu'ils étaient mordus par un chien enragé, mangeaient un morceau saignant du foie de celui-ci que l’on abattait aussitôt et ne ressentaient, paraît-il, aucune suite de leurs blessures. Dans les mêmes circonstances, les Bédouins, les Soudanais mangent le foie cru du chien.

Action de l'urine. — Elle a été étudiée par Bebbi qui mêla du virus rabique à de l’urine humaine et inocula le tout, à la dose de 1 c.c. sous la dure-mère, à une série de cobayes. Aucun d’eux ne contracta la rage, d'où Bebbi conclut que le virus rabique, dans l'urine, perd complètement son pouvoir pathogène, principalement à cause de l'acidité de l’urine même

Abba estime que l'urine n’a pas sur le virus rabique un pouvoir neutralisant aussi marqué que semble le croire Bebbi. Au bout de 8 à 10 jours seulement, le virus rabique, mêlé à l'urine, commence à s’atténuer. Ce n’est qu'après 30 jours environ qu'il a perdu toute activité, et cela bien que l'urine, après avoir perdu l'acidité initiale, soit devenue alcaline nettement.

Action du liquide péritonéal. — Le liquide péritonéal jouit d’un pouvoir affaiblissant et neutralisant très marqué à l’égard du virus rabique.

Remlinger déclare que les tentatives pour cultiver le virus rabique en sac de Collodion dans le péritoine du chien ou du lapin sont vouées à un échec certain, des cerveaux entiers et non pas seulement des émulsions épaisses de substances nerveuses perdant rapidement dans le péritoine tout pouvoir pathogène. Au bout d’une heure, l’atténuation du virus est déjà sensible. Après 6 heures, la moitié des animaux soumis à l’inoculation d’épreuve résiste à celle-ci et la neutralisation du pouvoir pathogène du virus est totale après douze heures de séjour dans la cavité péritonéale.

Il en conclut que l’on ne saurait expliquer un tel résultat — étant donné la résistance du virus rabique aux divers agents d'atténuation — ni par l’action de la température, ni par celle de la phagocytose et qu’il convient de la rapporter à l'existence d’un pouvoir rabicide énergique du liquide péritonéal in vitro.

A: Marie arrive à des résultats approximativement semblables à ceux obtenus par Remlinger bien qu'en différant quelque peu, les conditions dans lesquelles les expérimentateurs se sont placés n'étant pas comparables exactement. Il constate que le pouvoir nocif d'une émulsion décimale de virus fixe inoculée dans le péritoine d’un cobaye à raison de 3 c.c. reste intact après 24 heures de séjour dans la cavité péritonéale.

On lave la cavité péritonéale avec 10 c.c. d’eau physiologique 24 heures après l’inoculation, on sacrifie l'animal et on prélève l’exsudat qui est additionné de son volume d’eau salée puis centrifugé. Le culot de centrifugation, inoculé dans le cerveau d’un cobaye à la dose de 0,10 c.c. lui donne la rage dans les délais normaux.

Dans une autre expérience, deux cobayes reçoivent chacun 9 gr. de cerveau rabique dans le péritoine et l’exsudat se montre encore actif 48 heures plus tard.

Cependant, la même quantité de virus ayant été injectée dans la cavité péritonéale d’un autre cobaye, si l’exsudat n'est retiré qu’au bout de trois jours, son culot de centrifugation se montre alors dépourvu de toute virulence.

Il convient donc de conclure de ces expériences sur l’action du liquide péritonéal à son pouvoir neutralisant très marqué. :

Action de la substance cérébrale. — À. Marie a mis en valeur l’action antirabique (très mamifeste des substances provenant du cerveau humain en utilisant l’extrait de cerveau d’une personne ayant succombé à la rage et aussi l’encéphale d'individus qui étaient morts des maladies les plus diverses : tuberculose, scarlatine, épilepsie, paralysie générale, infection puerpérale.

Les choses se passent, dit l’auteur, comme si le cerveau humain réagissait en élaborant des produits d'autant plus actifs qu'il prend lui-même dans la maladie une part plus considérable,

Action du sérum sanguin. —— A) des sujets non vaccinés : Evangelista, en 1891, a prétendu avoir constaté les propriétés antirabiques in vitro du sérum normal de chiens -- non immunisés -— une dose de 8 c.c. pouvant neutraliser après un contact de 25 heures à 379, 0,50 c.c. d’une émulsion épaisse de virus fixe. Mais il convient de souligner que ni Marie, ni Kraus n’ont pu obtenir de tels résultats.

Dé travaux antérieurs entrepris par Gibier sur la rage des oiseaux, il résultait déjà que le sérum de pigeon, espèce presque réfractaire

à la-rage dans les conditions naturelles, possède un pouvoir antira- :

bique plus énergique, puisqu'il détruit la virulence en 15 heures. Le sang de la poule présente lui aussi des propriétés antirabiques

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très nettes ainsi que l’ont établi les recherches de Marie. Celui-ci a pu voir que 3 c.c. de sérum neuf d'une poule neutralisaient 1 cc. d’une émulsion virulente centésimale filtrée sur toile et sur papier stérilisés. Kraus obtenait de son côté des indications identiques sensiblement, le sérum de poule dont il se servait s'étant montré toutefois plus actif que dans l'expérience précédente.

B) Des sujets vaccinés : De son côté, Babès, en 1891, avait vu que le sang d’un chien vacciné contre la rage neutralisait à volume égal et après un contact de six heures, le pouvoir pathogène du virus fixe.

Sur deux lapins ayant été inoculés sous la dure-mère avec cette préparation, l'un avait survécu, l’autre avait succombé en 36 heures à des symptômes rabiques sans que son bulbe se soit montré cependant virulent. LETT

Selon Schwarz et Tizzoni, le sang de lapins immunisés contre la rage peut acquérir des propriétés antirabiques plus accusées que celles que l’on retrouve dans le sang de chiens vaccinés.

D'autre part, Kraus et Kreissl ont étudié le sang humain chez les personnes en traitement à l’Institut antirabique de Vienne. Au début des vaccinations, leur sérum n’a aucune action sur le virus rabique, mais quand le traitement est terminé, et surtout au 22€ jour de celuici, le sang présente des propriétés antirabiques qu’il conserve pendant longtemps.

Action du venin de la vipère et de certains batraciens.— A. Calmette, en 1895, constate déjà que des lapins fortement immunisés contre le venin de cobra résistent à l’inoculation de virus rabique des rues introduit dans la chambre antérieure de l'œil.

Mme Phisalix montre, en 1914, que le venin de la vipère aspic, associé au venin muqueux de certains Batraciens (Salamandre terrestre, Axolotl, Grenouille rousse), inoculé à doses répétées et telles qu’un lapin qui les reçoit se montre préservé contre l’action de ces venins, rend l’animal réfractaire au virus rabique fixe introduit par la voie intra-cérébraie. Le mélange des venins de Je et de batraciens est ainsi rabicide in vivo.

En 1928, le même auteur a mis en évidence le pouvoir que possède le venin de vipère de tuer dans ses émulsions le virus rabique auquel on le mélange.

Enfin, en collaboration avec F. Pasteur, Mme Phisalix a procédé à des recherches expérimentales qui ont établi que le pouvoir rabicide du venin de la vipère aspic était détruit par Paction des rayons ultra-violets. 11 we

Action de la lymphe des insectes. — M. de Gedroyc a entrepris des expériences visant à démontrer la valeur immunisatrice de la Iymphe d’insecte et son influence sur le virus rabique.

Les insectes, qui sont très sensibles à l’action de presque toutes les bactéries, ne sont nullement influencés par le virus rabique.

L'auteur a pu établir de plus que ce virus est détruit in vivo, en 24 heures, par la Iymphe des chenilles,

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