Poèmes antiques, XXVIII, XXXIII, XXXI
L'indocile troupeau des chèvres aux poils lisses,
et que le tintement aigu des grelots s'unit par intervalles à la plainte des vagues ou au bruit grêle des pins sur la colline. Heure charmante, où la vierge de l'Etna, Thestylis, descendant vers la source, embellit encore de sa grâce cette nature souriante; où chaque soir elle rêve d'être aimée par un dieu, pour qu'il ravisse au temps jaloux la fleur de sa beauté; où chaque soir, après une attente vaine et quelques pleurs versés, elle se reprend à espérer, car elle songe tout bas :
Je l'aime et je suis belle ! Il m'entendra demain !
Kléarista, c'est la Sicile au lever de l'aurore, quanc l'alouette joyeuse
D'un coup d'aile s'envole au sifflement des merles,
et que les lièvres, tapis dans le creux des sillons, remuent les épis d'un bond inattendu; quand Kléarista s'en vient par les blés
Avec ses noirs sourcils arqués sur ses yeux bleus,
et que le berger de l'Hybla, se demande qui rayonne le mieux sous le ciel, de la Sicilienne au doux rire ou de l'Aube sortant de l'écume marine.
Paysage, enfin, c'est la Sicile aux heures les plus chaudes du jour, quand, tous les souffles s'étant apaisés et tous les bruits d'ailes s'étant tus, le silence de l'air n'est plus interrompu que par le murmure léger des abeilles fidèles ; quand les béliers dorment dans la moiteur des noirs
gazons et que par de là les blés mûrs, lourds de sommeil, la mer tranquille étincelle au soleil; quand sur les rudes cheveux de l'Aigipan, immobilisé en un rêve souriant, les larges papillons vont se poser comme des flocons de neige : accoudé sur l'épaisse mélisse en face de ce spectacle incomparable, le pasteur, oublieux de la rumeur humaine, laisse couler les heures divines et savoure en paix la lumière des cieux.
Odes anacréontiques. — Médailles antiques. — Études latines ■
Des neuf petites pièces que Leconte de Lisle a réunies sous le titre d'Odes anacréoniiques et qui sont toutes dans le même mètre (le gracieux vers de dix pieds coupé après le cinquième), une, Y Abeille, est traduite du Voleur de Miel attribué à Théocrite (Idylle XIX), une autre, la Cavale, est imitée d'un des rares poèmes authentiques qui nous restent du véritable Anacréon (Fragment 75). Les sept autres pièces, les Libations, la Coupe, la Tige a" œillet, le Souhait, le Portrait, la Cigale, la Rose, sont empruntées au faux Anacréon (Odes anacréontiques, IV, XII et XVIII, VII, XX, XXVIII, XLIII, LUI). Leconte de Lisb, en les intitulant Odes anacréontiques, n'ignorait pas que, lorsque Henri Estienne publia pour la première fois en 1554, sous le nom du poète de Théos, les pièces renfermées dans un manuscrit du xe siècle, il fut dupe d'une illusion, que le monde