‹ Les sources de Leconte de LisleChapitre 90 sur 114 · Poèmes barbares, VI · texte numérisé non relu

Poèmes barbares, VI

combat homérique, c'est le combat homérique. L'entreprise pouvait paraître bien ambitieuse de condenser en quatorze vers les caractères principaux des combats d'Homère ; mais le poète n'a-t-il pas vraiment tenu les promesses de son titre ?

De même qu'au soleil l'horrible essaim des mouches

Des taureaux égorgés couvre les cuirs velus,

Un tourbillon guerrier de peuples chevelus,

Hors des nefs, s'épaissit, plein de clameurs farouches.

Tout roule et se confond, souffle rauque des bouches, Bruit des coups, les vivants et ceux qui ne sont plus, Chars vides, étalons cabrés, flux et reflux Des boucliers d'airain hérissés d'éclairs louches.

Les reptiles tordus au front, les yeux ardents, L'aboveuse Gorgû vole et grince des dents Par la plaine où le sang exhale ses buées.

Zeus, sur le Pavé d'or, se lève, furieux, Et voici que la troupe héroïque des Dieux Bondit dans le combat du faîte des nuées.

C'est d'un passage du IVe chant de l'Iliade que Leconte de Lisle s'est probablement inspiré pour peindre le tumulte de la bataille :

Et quand ils se furent rencontrés, ils mêlèrent leurs boucliers, leurs piques et la force des hommes aux cuirasses d'airain; et les boucliers bombés se heurtèrent, et un vaste tumulte retentit. Et on entendait les cris de victoire et les hurlements des hommes qui renversaient ou étaient renversés, et le sang inondait la terre l.

i. Traduction de Leconte de Lisle, édition in-8°, p. 71.

C'est" au XXe chant de Y Iliade que l'on voit la troupe héroïque des Dieux bondir tout entière dans la mêlée avec l'assentiment de Zeus.

C'est d'un passage du XVIe chant qu'est sans doute imitée la sortie des vaisseaux :

Et ils se répandaient semblables à des guêpes, nichées sur le bord du chemin et que des enfants se plaisent à irriter dans leurs nids. Et ces insensés préparent un grand mal pour beaucoup ; car, si un voyageur les excite involontairement au passage, les guêpes au cœur intrépide tourbillonnent et défendent leurs petits. Ainsi les braves Myrmidones se répandaient hors des nefs, et une immense clameur s'éleva1.

La comparaison des guêpes n'ayant pas paru à notre poète assez réaliste, il les a transformées en un essaim de mouches sortant des taureaux égorgés ; réminiscence du IVe livre des Géorgiques :

Aspiciunt liquefacta boum per viscera toto Stridere apes utero et ruplis effervere costis.

NIOBE 2

Niobé est un des plus anciens poèmes de Leconte de Lisle, et c'est un de ceux où il a exprimé le plus clairement ses idées générales.

Il est imité librement d'une page des Métamorphoses d'Ovide (VI, v. 146 et suiv.).

Page 1