LE CHŒUR D'HOMMES
Le souffle de Borée a refroidi vos deux.
Oh ! combien notre Troie est plus brillante aux yeux !
Vierges, suivez Hélène aux rives de Phrygie,
Où le jeune Iakkhos mène la sainte Orgie,
Où la grande Kybèle au front majestueux,
Sur le dos des lions, fauves tueurs de bœufs,
Du Pactole aux flots d'or vénérable habitante,
Couvre plaines et monts de sa robe éclatante !
DEMODOCE.
• Etrangers, c'est en vain qu'en mots harmonieux Vous caressez l'oreille et l'esprit curieux. C'est assez. Crâce aux Dieux qui font la destinée, Au sol de notre Hellas notre âme est enchaînée, Et la terre immortelle où dorment les aïeux Est trop douce à nos cœurs et trop belle à nos yeux. Les vents emporteront ta poussière inféconde, Ilios ! Mais Hellas illumine le monde !
Mais, par moments, il semble que le poème prenne plus
de généralité et que l'héroïne représente, non plus l'âme du monde à un moment de l'histoire de la civilisation, mais l'âme humaine de tous les temps. Par moments, Leconte de Lisle semble nous donner dans son personnage le portrait de l'humanité entière, et nous la représenter comme assujettie au plus intolérable des supplices: celui de se sentir en proie à des passions irrésistibles dont elle n'est point responsable et d'entendre en même temps une voix non moins impérieuse qui les condamne. Par moments, Leconte de Lisle semble déclarer que. la vie est mauvaise et qu'elle nous oblige à faire ce que nous désapprouvons, notre raison nous prescrivant, sous peine d'une honte irrémédiable, d'accomplir le devoir, et nos passions nous contraignant à le violer. Telle est du moins la force des invectives d'Hélène qu'on se demande si dans le sort de son héroïne le poète n'a pas voulu nous faire reconnaître toute destinée humaine.