KES SOURCES DE TACITE
s'en rapporlo à son propre récit "); qu'il a, en un mol, altéré la source on faveur de Cclsus ? De même , parce f[uc Plutarque ^'-> trouve insulTisanie l'explication donnée par Tacite'^' du grand nombre des morts de Bedriacum, et parce cju'il accepte'^' comme plausible, quand il énumère les motifs qui ont pu décider Othon à l'action immédiate, une opinion que Tacite réfute ^^\ Gersteneckcr croit avoir la preuve que Plutarque, dont le texte, en ces deux passages, oiTrc de grandes ressemblances avec celui de Tacite, a rectifié Tacite lui-même. La communauté de source rend au moins aussi bien compte de ces rapports : dans le premier cas, c'est Tacite qui reproduit la source et Plutarque qui la corrige, frappé par les détads que lui a donnés sur l'amoncellement des cadavres Mestrius Florus; dans le second, c'est Plutarque qui reproduit la source et Tacite qui rejette l'explication comme invraisemblable.
Enfin, dit Gerstenecker, le récit des opérations de la guerre entre Otbon et Vitellius est tellement confus dans Plutarque, qu'il doit dériver d'un récit déjà inexact, du récit de Tacite. Mais l'inexactitude n'est point particulière à cette biographie de Plutarque : c'est un caractère général de ses biographies romaines, surtout quand il s'agit de guerres. D'ailleurs, en afïh'mant que Plutarque a puisé, pour raconter ces opérations militaires, dans Tacite et non à la même source que Tacite, Gerstenecker affirme implicitement que la source de Tacite lui était supérieure en précision dans cette partie du récit. Or, si Tacite a pu donner une reproduction inexacte d'un original exact, pourquoi Plutarque, moins intelligent, moins compétent, simple biographe, n'au-
'■' Celsus , pendant ia campagne , n'a rien fait de plus que ies autres généraux , Paulinus et Gallus; après ia défaite, c'est lui qui a pris l'initiative de ia capitulation. Conçoit-on que Tacite dise : trMansitque Celso velut fatalitor etiam pro Olhone fides intégra et infelix» ? Nous reviendrons plus tard sur l'explication que Mommsen, Hermès, t. /i, p. 298, et Krauss, p. 53, donnent de ces égards de Tacite pour Celsus; cf. cli. v, S m, n° /i.
(2) 0., iti.
(■^) II, liti.
(5) II, .37 sqq.
TACITE ET PLUTAROUE. 113
rail-il pas pu l'aire du mémo ori{jinal une copie encore moins exacte *^^?
3. A côté de ces objections tirées de rapprochements entre les deux textes, il convient d'en mentionner une autre qui, au premier aspect, semble résulter du texte de Tacite. Si l'explication du rapport de Tacite et de Plutarque par la communauté de source est la vraie, Tacite, dans la partie des Histoires qui correspond au Galba et à XOthon, a reproduit une source principale et presque unique. Cette conséquence nécessaire de l'explication n'est -elle pas incompatible avec les affirmations de Tacite? Souvent, il mentionne des opinions ou des témoignages, il cite sur le même fait des versions différentes. Voici la liste des passages de ce genre pour la partie des Histoires qui est en question :
I, 7. Fitere qui credevent . . . (meurtre de Fonteius Capito).
i/i. Pisonein Licinianum arcessi jubet, seu propria eloctione, sive, ut quidam crediderunt , Lacone instante. . .
17. Pisouem/er«H/. . . (attitude de Pison au moment de l'adoption ).
28. Sed sceleris (l'assassinat de Galba) cogilalio inccrtum an repens.
3i. Quod postea creditum est... (la cohorte de garde était- elle hostile à Galba?)
3^. Mulli arhitrahanlur . . . (h propos du hruit de la mort d'Othon).
kx. Alilium Vergilionem fuisse Iradunt.
Extremam ejus(de Galba) vocem, ut cuique odium aut admiratio fuit, varie prodidere. Alii suppliciler interrogasse. . .; plures obtulisse . . .
De percussore non satis constat : quidam. . ., alii. . .; crehriov fama tradidit. . .
U-i. De quo (Vinius) et ipso ambigitur. . . (quelles furent ses dernières paroles?).
('^ Cornélius oppose (p. 3 sqq.) à i'hypothèse de la source commune la ressemblance frappante de Tac, II, 87 sq., avec Plut., 0., 9. Or dans ce passage de Tacite, dit-il, Timilalion de Salluste est manifeste; donc la ressemblance des deux auteurs ne peut pas être expliquée par l'usage commun d'un ouvrage historique de l'époque impériale; elle ne peut être expliquée que par la dépendance de Plutarque. Mais Cornélius ne s'aperçoit pas que, justement, les endroits où Tacite a imité Salluste n'ont pas d'équivalent dans le texte de Plutarque; en sorte que le rapprochement est, au contraire, tout en faveur de la communauté de source.
n/i LES SOURCES DE TACITE.
I, kh. Nitllaiii cacdein Ollio majore laelitia (quo celui de Pison) oxce-
pisso . . . diciliir.
66. Sedfama conslans fiiii ipsmu Valciitem magna peciinia empltim
(par les Viennois).
78. Crcditus est (Olhon) cliam de celebranda Neronis memoria agi-
tavisse . . .
90. In robiis urbanis Galeri Tracbali ingénie Otlionem uti crede-
balur.
II, 2. Fuerunt qui accensum desiderio Bérénices reginae (il s'agit de
Titus) vertisse itor crederent.
3. Gonditorem templi regem Aeriam vettis memoria, yu/iam ipsius
deae nomen id jwrhibent. Fania recentior Iradit . . . (Digression
sur Vénus Pa|)hienne).
8. Tune servus e Ponto, sive, ut alii tradidere. . . (le faux Néron).