‹ Les sources de Tacite dans les Histoires et les AnnalesChapitre 22 sur 75 · IGG LES SOURCES DE TACITE · texte numérisé non relu

IGG LES SOURCES DE TACITE

('lablle pour toute l'année G() et le commencement de 70, ou bien les choses se sont passées de la sorte, ce qui n'est pas croyable, ou bien ils n'ont pas changé, pendant celte période, de source principale. Démontrer la communauté de source entre Tacite et Suétone, c'est donc démontrer aussi l'unité de la source commune.

Une quatrième source pour répo([ue racontée dans ce qui nous reste des Histoires est Dion Cassius''^, dont l'ouvrajTe nous est parvenu fort endommagé par le temps. Les livres LXIV, LXV et LXVl, qui nous intéressent ici, sont parmi ceux qui ne nous ont pas été conservés intégralement. Ils ne nous sont guère connus que par les épitomateurs Xiphilinus et Zonaras. Ce que fait Xiphilinus, ce n'est pas précisément un abrégé de Dion, c'est une série d'extraits où, le plus souvent, avec le sens sont reproduits les termes mêmes : il choisit dans le texte de Dion ce qui, à son goût, est le plus important^-'. Quant à Zonaras '^), il a composé son histoire en se servant de Dion et parfois il nous l'a transmis avec plus d'exactitude que Xiphilinus. Mais il ne s'est pas servi seulement de Dion; de même, tout n'est pas de Dion dans les extraits de Xiphilinus : il atteste lui-même ^''' qu'il a consulté Plutarque. En sorte qu'il nous est très diflicile, n'ayant Dion ni complet ni pur, de savoir au juste dans quel rapport de parenté il est avec nos trois autres auteurs.

Son récit ressemble fréquemment, et quehjuefois jusque dans

''' Hirzel et Wiedenianu iront l'ait dans leur comparaison des quatre auteurs (|u\ine ])lace très socimdaire à Dion. — H. Peler, p. 98, note a, et Mommsen, Hermès, t. i, p. Sa 9, ont touché incidemment à la question du rapport de Dion avec les trois autres. — Elle a été étuiUée de près par Sickel et Beckurts, qui concluent à la communauté de source. — Cornélius, p. 9 sqq. , croit que Dion s'est servi de Tacite. — Cl', aussi Krauss, p. •?a) sqq. — Nous aurons à reparler de Dion à propos des Annale»; cl. n' parlie, cliap. m, S i.

^-) Cf. Christensen, p. 9 s(|.

^•') Cf. W. A. Schmidt, Veber die Qucllen des Zonaras, dans ZeilschriJ'l f. Alkrihumwissenscliajt , i83q.

(") XLÏV, 1, r (I. V, p. :;i, 1. 7).

les ])liis petits détails, taiitùl à l'un, tantôt à l'aulre des trois nk'its d(''jà étudiés. Mais Dion ost-il indépendant de Tacite, de Plutarcpic et de Suétone? Rien ne prouve qu'il se soit servi de Tacite : leur ressemblance s'expliquerait fort bien par la communauté de source. On ne saurait affirmer qu'il n'a pas eu Plularque parmi ses sources. Quant à Suétone, il l'a connu certainement. Il parle comme Suétone de l'horreur d'Othon pour la guerre civile ''^ il raconte comme Suétone le suicide du soldat qui se perça de son épi'e aux pieds d'Olhon parce qu'on le traitait de menteur et de lâche '-1 Or ni le premier de ces détails, qui man([ue dans Tacite et dans Plutarque, ni le second, que donne Plutarque '^', mais avec une différence notable, Suétone ne les a empruntés k la source commune : il les doit, dit-il lui-même (0., lo), au témoignage de son père. Donc, directement ou indirectement, Suétone a été, ici et probablement ailleurs, la source de Dion. Il semble pourtant que sa source principale n'a été ni Suétone ni Plutarque, mais la source commune de Suétone, de Plutarque et de Tacite. En effet, il y a dans les fragments de Dion plus d'un passage comme ceux dont, en comparant Tacite avec Plutarque et Suétone, nous avons tiré des arguments en faveur de la communauté de source. Dion, alors, raconte ou juge de la même manière que les autres, se rapprochant davantage tantôt de l'un, tantôt de l'autre, mais avec un détail précis qui manque dans les trois autres et qui n'a nullement l'air d'une intercalation ''^l La fusion des trois autres auteurs, avec adjonction d'une ou de plusieurs sources secondaires, n'est donc pas l'explication la plus naturelle de ce rapport. Il est plus probable que Dion s'est servi de la source commune, avec Plutarque, Suétone et d'autres encore comme sources secondaires. Il atteste lui-même qu'il a fait beaucoup de recherches'^' et sa bonne vo-

'" Dion, LXIV, lo; SuéL, 0., lo.

(^' Dion, ibuL, 11 ; Suél., ibiiL, 10.

('') Cr. Siclvcl et Beckurls.

•''"'> LUI, if), (> : ÔOevTiep kii iyiy -tsivii ta è^rjs (il \a fnlainer \o n'cil de

lonic n'est pas douteuse. Ce qui contribuerait à nous faire croire qu'il a suivi la source commune, c'est qu'il rejette sur les Vilelliens la plus grande part de responsabilité dans le pillage de Crémone (LXV, i5). Suétone n'en parle pas, et Tacite, qui décrit longuement cette scène (III, 82), attribue tout le mal aux Flaviens vainqueurs. L'excuse que fait valoir Dion peut très bien avoir été invoquée par la source commune, à qui Tacite reprocbe sa partialité en faveur des Flaviens (II, 101).

Mais, on le voit, la ([uestion est complexe; les matériaux ne sont pas suffisants pour que l'on puisse la résoudre avec certitude. D'ailleurs, pour nous, dont le seul but est de rechercher les sources et de mesurer l'originalité de Tacite, elle n'a pas, tant s'en faut, la même importance que pour ceux qui voudraient étudier et apprécier toutes les sources de l'histoire de cette époque. Même si le problème était résolu, il ne s'ajouterait rien d'essentiel aux résultats que nous possédons déjà. La richesse de la source commune serait une fois de plus mise en lumière; mais n'est-elle pas suffisamment attestée par le fait que cette source a pu fournir trois dérivations indépendantes, comme les récils de Tacite, de Plutarque et de Suétone?

l'époque impériale), oaa yt Kai àvayxctiov êalai eheïv, es -aoii koli SeSi^Xcoxat Çpdaoù, eh'ovTCûs oCtCiis ehe xai ètépecs zsws ë^st. HpoaéaTai fiévroi t« ixCioTs xaî T-VS èfiris èo^aalas, es Saov èvèéyt-vat, èv ois é.X'ko t< [iSXXov rj tô Q-pvÂovuevov vSvvyiOvv SK -BToAAôiv uv àvéyvwv rj Kal ijHouaa i) xal eiSov tSKiJ.r'ipacrOat.

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