‹ Les sources de Tacite dans les Histoires et les AnnalesChapitre 27 sur 75 · LES SOUHCES DE TACITE · texte numérisé non relu

LES SOUHCES DE TACITE

5. Les ;ir|jiiments (|U(3 la cilalioii de Tacite (III, i?8) nous a l'ournis tout à l'heure contre Cluvius valent également contre tout auteur autre que Pline et que Messalla''^. La source principale est nécessairement Pline ou Messalla. Est-ce Messalla? En ■y G, il n'était pas encore ttaetate senatoria??'-', c'est-à-dire qu'il n'avait pas vingt- cinq ans. Il en avait donc au plus trente-cinq à la mort de Titus, en 81. Nous ignorons la date de sa mort. Mais s'il avait écrit un grand ouvrage historique, il ne pourrait guère l'avoir écrit que sous Vespasien ou Titus. D'une part, en elîet, Tacite dit formellement que sa source ou ses sources sont contemporaines des Flaviens : «Scriptores temporum, qui, potiente rerum Flavia domo, '"^^ 55 Si ce passage ne se rapporte pas à la source principale seule, il est évident que la source principale fait partie du groupe des historiens ainsi désignés. D'autre part, pendant la tyrannie de Domitien il était trop dangereux d'écrire l'histoire, surtout quand on avait les idées de Messalla, qui est, dans le Dialogue des Orateurs, le défenseur de la vieille époque républicaine. Donc, avant l'âge de trente-cinq ans, Messalla aurait composé un grand ouvrage historique. Cela n'est pas très vraisemblable : les orateurs romains qui , d'Auguste à Trajan , se sont illustrés dans l'histoire , ne s'y sont consacrés qu'assez tard : tels Servilius Nonianus, Cluvius Rufus, Tacite. Il ne faut pas invoquer, pour démontrer que Messalla ne fut pas historien, le silence de Quintilien, qui ne le cite

Rhein. Mus., t. 26, p. &07 sq. et 533 sqq.; Lango, 34 sqq.; Dieckmaiin, 11 sq. , <{ui croit pourtant que Tacite a peut-être lu Cluvius, surtout à cause du doute sur les intentions de Verginius (I, 8). La meilleure réfutation est celle de Clason. lîeckurts, 67 sq., s'est attaché à montrer que l'argumentation de JNissen n'est pas solide. H y a du bon dans ses observations, mais il exagère. Quant à lui, il ne se décide ni pour Cluvius ni pour Pline. Beilezza, p. 3o8 sqq., n'apporte rien d'intéressant dans le df'hal : en somme, d'après lui, la source principale serait à la fois (;luvius et IMine.

'"' Clason, Tac. n.Siiet., 88 sq(i., et Nissen, Ti^S sqq., ont montré que Messalla n'est que source secondaire. Beckurts, /19 sq. , n'est point parveim à détruire leurs arguments.

(^1 Tac, IV, f,'2.

(' II, ini.

point dans son énumération du livre X ^^^ : il no cite pas non plus Cluvius et Pline. Tacite, qui était on avait été l'ami de Messalla'-', qui le nomme plusieurs fois et en fait le plus brillant éloge dans les Histoires ^^\ ne lui donne pas non plus formellement le titre d'historien; mais, si nous en étions réduits à ses indications, nous ne saurions pas davantage que Cluvius, dont il parle cependant à plusieurs reprises, avait composé un ouvrage historique. Pourtant, ce qui serait extraordinaire, ce serait que ni Quintilien, ni Tacite, ni Pline le Jeune, ni aucun autre témoin de l'antiquité n'eût mentionné cet ouvrage de Messalla. De ce silence général il semble bien résulter que l'écrit de Messalla dont s'est servi Tacite n'avait pas l'importance d'un ouvrage historique en règle et n'a pu, par conséquent, lui servir de source principale. En outre, Messalla, qui servait comme tribun dans l'armée des Flaviens pendant la campagne contre les Vitelliens (Tac, III, 9, 1 1 et 18], avait assisté au siège de Crémone. Or Tacite, dans le passage où il le nomme concurremment avec Pline, contre-balance son autorité par celle de Pline, qui, pourtant, ne racontait pas en témoin oculaire. Puisque cette qualité de témoin oculaire ne suffit pas pour donner à Messalla la prépondérance sur Pline, c'est que Pline a d'ailleurs des titres sérieux à la confiance de Tacite, c'est qu'il est l'auteur préféré et constamment suivi. Et non seulement Messalla n'est pas la source principale pour la partie conservée des Histoires, mais il n'est même pas la somxe principale pour la campagne des Flaviens contre les ViteUiens; c'est un point sur lequel nous insisterons, quand nous reparlerons de Messalla à propos des sources secondaires de Tacite, et nous exposerons alors en détail le peu que l'on sait de lui*^'.

<" Dans ri'iiunK'iafion de X, 1, loA sqq. Lliistorîen qu'il loue sans le nommer (loA)esl, selon toute probabilité, Fabius Rusticus. Nous y reviendrons, quand . nous rencontrerons Fabius dans la deuxième partie (cli. 11, S lu, n" 2).

'■^) Cf. le DiaL des Oral.

"^ Cf. surtout III, 9, et IV, /i 3.

'■") Cf. eh. IV, ,S 11. . -

18/i • LES SOURCES DE TACITE.

1. Messalla ainsi écarté, il reste Pline l'Ancien, qui est, non pas vraisemblablement, mais nécessairement, la somxe principale cherchée. Voyons d'abord tout ce qu'il est aujourd'hui possible de savoir sur son grand ouvrage histori(|ue perdu. Cette étude achevée, nous serons en mesure de constater que Phne l'Ancien remplit, en effet, et remplit à merveille, toutes les conditions requises pour être la source commune de Tacite, de Suétone et de Plutarque; et que, par conséquent, même si la nécessité dont nous parlons n'existait pas, il serait encore logique de songer à lui en l'absence de tout témoignage qui nous fasse connaître, ou simplement soupçonner, qu'un autre historien les eût également remplies. Ce sera là, non pas la preuve, qui n'est plus à faire, mais en quelque sorte la vérilication de la preuve.

Pline le Jeune, dans sa réponse à Capiton, qui lui a conseillé d'écrire un ouvrage historique {Ep., V, 8), constate que son oncle lui a donné l'exemple : «Avunculus meus idemque per adoptioncm pater historias, et quidem religiosissime , scripsit. » Dans une autre lettre (III, 5), où il énumère les ouvrages de son ojicle, il donne le titre exact de ces Histoires : ce A fine Aufidii Bassi triginta unus. jj Enfin, Pline l'Ancien lui-même, dans la préface de son Histoire naturelle, qu'il dédie à Titus en 77, s'exprime ainsi (20) : r^Yos quidem omnes, patrem, te fratremque, diximus opère justo, temporum nostrorum historiam orsi a fine Aufidii Bassi. Ubi sit ea quaeres? Jam pridem per acta sancitum et alioqui statutum erat heredi mandare, ne quid ambilioni dédisse vita judicaretur. Proinde occupantibus locum faveo; ego vero et posteris, quos scio nobiscum decertaturos, sicut ipsi fecimus cum prioribus». Ce que ces trois textes, d'ailleurs précieux, ne nous apprennent pas, c'est le point exact où commençait et celui où s'arrêtait le récit historique de Pline.

Nous savons qu'il remontait au moins jusiprau conimencc-

ment du règne de i\'éron. Dans Vllisloirc nalurellc, Pline se cite deux fois lui-même ])our cette époque (H, 199): ^^ Anno Neronis principis supremo, sicut in rébus ejus exposuimus??; (il, 9 3;?) : r Neronis principis supremis, sicut in rébus ejus retulimus. w Il est cité deux fois par Tacite dans les Annales, au chapitre 53 du livre XV, pour un événement de l'année 65, et au chapitre 9 0 du livre Mil, pour un événement de l'année 55, deuxième année du règne de Néron. La citation des Histoires (III, 28) se rapporte au siège de Crémone en 69. Puisque, d'après son propre témoignage, Pline parlait de Titus et de Domitien, son récit allait au moins aussi loin que la partie conservée des Histoires. Mais il nous importe de préciser davantage : d'une part nous voulons savoir, si cela est possible, jusqu'à quel moment Tacite avait eu ce guide à sa disposition; d'autre part, comme nous retrouverons Pline parmi les sources des Annales, nous devons rechercher à partir de quel moment il a pu jouer ce rôle.

La deuxième question revient à celle-ci : où s'arrêtait l'ouvrage d'Aufidius Bassus, dont Pline s'était fait le continuateur? Il allait tout au plus jusqu'à l'avènement de Néron; mais allait-il jusque-là? Nipperdey '^' et Glason^-' croient que oui. — Aufidius Bassus a survécu plusieurs années à Claude. Il vivait encore quand Sénèque le Philosophe écrivit la trentième lettre à Lucilius : «Bassum Aufidium, virum optimum, vidi cjuassum, aetati obluctantem . . . Bassus tamen noster alacer animo est. 55 Or les lettres à Lucilius furent écrites par Sénèque dans les dernières années de sa vie, peu avant 65. N'est-il pas naturel d'admettre que Bassus continua son histoire jusqu'à la limite marquée par le nouveau règne? Pline, qui se cite deux fois dans son Histoire naturelle à propos de Néron, ne se cite jamais à propos de Claude, quoiqu'il parle souvent de ce prince. Les citations de Tacite ne remontent pas non plus au delà de Néron. On pour-

(') Rhein. Mus., 17 (i8(i-j), 438 sqq. Cf. Nipperdey-Aiidreson, Inlivd., p. -2^ et 28.

'-) Tac. H. Suet., .'10 s(|(|.

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