‹ Les sources de Tacite dans les Histoires et les AnnalesChapitre 28 sur 75 · ISC) I.ES SOURCES DE TACITE · texte numérisé non relu

ISC) I.ES SOURCES DE TACITE

lail o1)J('cUt (|ue l'ouvrage de Bassus est déjà cilé par Sénèque le llliéteiir (^Suns., VI , i 8 et 2 3 ). Or Sénèque le Rhéteur survécut à Tibère, puisque Suétone [Tib., 78) mentionne sa version sur la mort de cet empereur. Mais à l'avènement de Caligula il avait r|uatre-vingt-di\ ans. Il a du mourir bientôt après. L'ouvrage d'Au- (idius Bassus, connu et cité par Sénèque le Rhéteur, ne comprenait pas le règne de Caligula. C'est vrai; mais l'ouvrage d'Aufidius Bassus était-il achevé? Ne l'a-t-il point publié par parties, comme Tacite ses Histoires? La citation en question se rapporte à la mort de Cicéron : tout ce que l'on peut légitimement en conclure , c'est que Bassus avait dépassé ce point du vivant de Sénèque le Rhéteur. Les citations de Pline par Suétone (^Caligula, 8) et par Tacite (^Ann., I, 69) ne prouvent rien contre l'ojiinion de Nipperdey et de Clason : elles sont tirées des Libri bellorum Germaniae ^^\ et non de l'ouvrage qui était la continuation d'Aufidius.

Cependant Nipperdey a un scrupule. C'est seulement, dit-il, à partir de 5i, trois ans avant l'avènement de Néron, que Tacite se met à rapporter des prodiges ou présages. Il est vrai que la grande lacune qui sépare du XP le VI" livre des Annales ne nous permet point pour cette partie une affirmation catégorique; mais il n'y a pas de prodiges dans les six premiers livres. Il y en a au contraire dans les Histoires et dans les livres des Annales (Xin-XV)t^' qui correspondent au règne de Néron, c'est-à-dire là où nous savons que Tacite s'est servi de Pline, cpii avait, l'Histoire naturelle nous le montre, le goût et la curiosité des prodiges. N'est-ce pas la preuve que les Histoires de Phne commençaient au plus tard en 5i? Si jusque-là Tacite ne rapporte pas de prodiges, c'est qu'il n'en trouve pas dans l'écrivain ou les écrivains qu'il suit, et qu'il dédaigne de les rechercher dans les sources premières comme les Acta diurna. En somme, l'ouvrage de Pline comprenait sans doute une partie du règne de Claude

'■' Ouvraffo ({ue nous retrouverons parmi les sources des Annales; cl', m' partie, cil. m, S IV.

^-'' H n'y a pas de prodiges dans ce qui nous lesle du livre XVl.

cl commençait peut-être après la mort de Messalinc, en hS. — Je ne crois pas que le scrupule de INipperdey doive être pris en considération. Parmi les historiens romains, Pline n'était assurément pas le seul ([ui se plût à rapporter des prodiges et des présages. Les mentions de faits de cette espèce sont très nombreuses, par exemple, dans Tite Live. Il serait donc assez téméraire d'attribuer à l'influence de Pline la différence qu'il pourrait V avoir, sous ce rapport, entre les premiers et les derniers livres des Annales : qui nous dit que Cluvius Rufus, autre source de Tacite pour les règnes de Néron et peut-être aussi de Claude, n'avait pas ce même goût? D'ailleurs, la différence en question existe-t-elle réellement? Dans le livre II des Annales, il y a trois mentions d'événements merveilleux : au cha[)itre i/i, le songe de Germanicus avant la bataille d'Idisiavisa ; au chapitre 17, le présage des aigles pendant la même bataille; au chapitre 5/i, la prédiction de l'oracle d'Apollon Clarien à Germanicus. On pourrait, à la rigueur, soutenir que les deux premières mentions sont encore dues à l'influence de Pline, auteur cVunc Histoire des fruerres de Germanie; mais la troisième? Et celle du prodige de l'Euphrate, au chapitre 87 du livre VI? Quant à la partie perdue des Annales, puisque nous trouvons une mention de prodige au livre VI et deux au livre XI (1 1 et 21), avons-nous seulement le droit de conjecturer qu'elle n'en contenait aucune ^^'?

Il y a pourtant une raison sérieuse de croire que l'ouvrage d'Autidius dont Pline se fit le continuateur ne finissait pas exactement avec le règne de Claude, mais s'arrêtait quelque part dans ce règne : c'est le titre même que Pline donne à son ouvrage : r. A fine Aufidii Bassi?5. Un pareil titre ne se concevrait guère si PHne avait commencé son récit à partir d'un nouveau règne ou même d'un événement considérable quelconque. N'aurait-il pas adopté dans ce cas un titre analogue à celui des Annales de Tacite : wAb cxcessu divi Augusti??, ou de l'histoire

^'' Sickel, p. 35 sq. , remarque que, dans Dion, les prodiges, plus rares auparavant, deviennent très fréquents à partir de LX , a6 (Claude). Celte remarque n'est pas non plus dérisive.

romaine de Tile Live : c^Ab iirbo ('Oiiditaî?? Aufidiiis s'éluit donc arrêté, soit, volontairement et en véritable annaliste, à la fin d'une année, soit, interrompu par la maladie ou la mort, à un événement quelconque. Reconnaissons qu'il est impossible de préciser davantage. Tout au plus peut-on ajouter que l'absence do toute citation des Histoires de Pline antérieure au règne de Néron donne à penser que son récit ne commençait pas longtemps avant l'avènement de Néron ^^\

Cette absence et le fait qu'Aufidius survécut plusieurs années à Claude ne permettent pas d'avancer le terme d'Aufidius, avec Christensen *'-', jusqu'à la mort de Tibère, ou, avec Detlefsen '^^, jusqu'à la mort de Caligula. D'ailleurs, les raisons de Detlefsen ne sont pas solides. Pline, dit-il, définit son ouvrage une histoire contemporaine, «temporum nostrorum historiamj?. Or, à la mort de Caligula, en /ii, il avait déjà dix-huit ans. Tacite, dont les Histoires, par opposition aux Annales, sont aussi un récit d'histoire contemporaine, avait à peine le même âge au i^'' janvier 69, son point de départ. Quand Néron monta sur le trône, Pline l'Ancien avait plus de trente ans : c'eût été faire commencer un peu tard l'histoire de son temj)s^'^\ Detlefsen oublie que Pline n'a pas eu à déterminer le début de son récit en se plaçant à ce point de vue, mais qu'il a repris l'exposition là oii l'avait laissée Bassus. Il ne s'est pas proposé d'écrire toute l'histoire de son temps, mais l'histoire de son temps à partir de la jin de Bassus : «temporum nostrorum historiam orsi a fine Aufidii Bassiîî. Il serait d'autant plus surprenant qu'Aufidius, ayant survécu plusieurs années à Claude, n'eût pas entamé ce règne

<') INipperdey conjecture, avons-nous dit, que Bassus a pu s'arrêter en i8, à la mort de Messaline; Sickel ne précise pas : «Perducor igilur ut credam aliculji in \ita Ciaudii scribenda (Ibrtasse ab anno i/i p. Cbr.) Piinium inilium operis l'ecisse. v

'-) P. Go sq.

'•') Philologus, t. 3h{i8-iQ), lio sqq.

''■' Detlefsen combat i'opinion de ceux qui voudraient faire rotiimencer l'ouvrage de Pline avec le règne de Néron; mais son objection porte aussi contre ceux qui, comme nous, le font commencer quelque part dans les dernières années de Claude.

LA SOfIRGE PRINCIPALE DE TACITE. 189

rclad'vrmcnl long;, quo l'usante élail, au i" sircli;, de conduire l(> vrv'd liisloriquc aussi près que possible du présent. A plus l'orlc raison pcul-on faire la même o])jection à Christensen, qui assigne comme terme à l'ouvrage de Bassus la mort de Tibère, sans produire aucun argument de quelque valeur. Il s'appuie par exemple, sur le passage de Suétone ( Caligula, 8) oi^i Pline est cité à propos du lieu de naissance de Caïus. Mais il reconnaît lui-même que la citation peut se rapporter à l'autre ouvrage bislorique de Pline, les Lihri hcUorum Germaniac. Cela est certain : le lieu nommé par Pline est une localité de Germanie, un village du pays des Trévires. Enfin , à ceux c|ui font commencer les Histoires de Pline exactement avec le règne de Caligula ou de Claude, on peut reprocher de ne pas tenir compte des termes frappants du titre : «A fine Aufidii Bassi?5, sur lesquels nous appelions tout à l'heure l'attention.

Le point initial du récit de Pline était donc quelque part dans le règne de Claude et, probablement, dans les dernières années de ce règne. Le point final était dans le règne de Vespasien, dans les premières années du règne '^l En yy, quand Pline dédie VHistoire naturelle à Titus *^', il ne travaille plus à sa continuation de Bassus; la façon dont il parle de cet ouvrage le démontre : ç« Vos quidem omnes, patrem, te fratremque, diximus opère justo. 75 Pourrait-il employer ce parfait, s'il était encore en Irain d'écrire le récit du règne de Vespasien? Il dirait alors ftje raconter, et non pas «j'ai raconté les actions de ton père, les tiennes et celles de ton frère 57 ^^l iMais y a-t-il longtemps qu'il n'y travaille plus? Dans la liste que Pline le Jeune nous a laissée

(') Clason, Tac. k. SupI., g. 3, ne précise pas. Nipperdey-Andresen , Introihicliou , •i8, admet que, peu avaul sa mort, Pline avait pu poursuivre son récit jusqu'à ravèiiement do Titus. Dctlefsen incline à prendre l'année 71 comme terme : Touvrage roiniiiençant en ài et comptant trente et un livres, chaque année aurait ainsi l'ormé un livre.

(-' Cette date est lixée par les mots : crCensorlus tu scxiesque consul. . .?> (3).

('' Mais on ne peut tirer un argument (connue le fout Detlefsen et Lehmann, p. a6) de ffJam pridem per acta sancitum et alio(|ui statutum erat heredi mandarej?. — Ces mots prouvent que la résolution de Pline est arrêtée depuis longlen)ps, mais non que son ouvrage est achevé depuis longtemps.

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