‹ Les sources de Tacite dans les Histoires et les AnnalesChapitre 30 sur 75 · LHS SOURCES DE TACITE · texte numérisé non relu

LHS SOURCES DE TACITE

t'('()iil;ii( une Icclui'o, proiianl tlos noies oL faisant dos oxlraits'". IjO seul (les nombreux ouvrages de ce prodigieux travailleur qui nous soit parvenu, YHistoirc naturelle, nous permet de deviner cjuel riche trésor de renseignements nous avons perdu en perdant ses Histoires. Les moyens d'information ne lui manquèrent pas. D'abord, il vivait dans l'intimité de personnages qui avaient pris une part considérable aux événements de l'époque, comme Verginius, Vespasien et Titus : il dut faire son profit de leurs récits et de leurs confidences. Puis, la collection des documents officiels ou publics , « acta diurna , acta senatus 55 , était à sa disposition. Enfin, il lut tout ce que les contemporains avaient écrit sur son sujet, en particulier les mémoires de Corbulon sur ses exploits en Asie et ceux de Vêtus sur son gouvernement de la Germanie ''l

Quant à Pline lui-même, né en f?3 , puisqu'il est mort en 79 à cinquante-six ans (PI. le J., Ep., Ill, 5, 7, et VI, 16), il avait une trentaine d'années à l'époque où commençait son récit. Son rôle personnel avait été sans importance. Après avoir servi en Germanie (PI. le J., Ej)., III, 5, /i)*^', il était de retour à Rome en 62 au plus tard (Hist. nnt., XXXIII, 3, 63)'^'. iMais y resta-t-il longtemps? Nous allons le trouver en 70 investi de fonctions qui supposent une carrière équestre déjà avancée. 11 a donc exercé quelques charges sous le règne de Néron, des procurations parmi lesquelles sans doute une de celles d'Espagne, dont parle son neveu [Ep., III, 5, 17). En sorte qu'il n'a pas pu suivre, d'une façon continue , en témoin oculaire , les événements qui se passaient alors à Rome. Une inscription d'Arados ^^\ habilement

0 Cf. lettre à Baebius Macer (III, 5, 8 sqq.).

(-) Corbulon est cité dans VHist. nat., II, 180, et V, 83 ; Vêtus, dans les Index des livres Ill-Vl.

'') Sur la date de ces campagnes, cf. Mommsen, Hermès, t. 19 (188/1), p. &lih sqq.

^"^ Cf. Tac, AniK, XII. 56, avec les notes de Nipperdey.

^^' Corpus I. Gr., t. III, p. 1278; cf. Momnison, ouv. cité. Pour la réfutation des objections faites par 0. Hirschfeid à la restitution de jMomnisen, cf. Pli. Fabia, Pline l'Ancien a-t-il assisté an siège de Jérusalem par Titus? {Rev. de philologie, juillet 1893).

rt'slitiK'o ft snvaininiMit commentc'e par Mominsen, nous apprend ijiiil a été dvrsTrirpoTros Tt^spiov louXiov A-AsqavSpov i-Kiipyj)v tov lovSa'ùoîi alpxTov, c'est-à-dire adjoint au chef d'élat -major (général. Il n'a pas eu cette situation avant 70, car en Cnj Tiberius Alexander est encore préfet d'Egypte (Tac. , Ilist.. I, 1 1 -,11, 7 'i et 79) et n'a pu prendre les nouvelles fonctions qui lui sont attribuées dans le texte épigraphique qu'au début de 70, à l'entrée de Titus en campagne [Hist., V, 1 ). Pline a donc assisté au siège de Jérusalem, l'un des plus importants parmi les événements qu'il devait bientôt après raconter. C'est évidemment à ce siège qu'il fait allusion, quand il rappelle à Titus (//(W. nat., préf., 3) qu'ils ont mené ensemble la vie des camps, et non, comme on le croyait autrefois, à ses campagnes de Germanie, pays où Titus a servi lui aussi (Suét. , Tit., 4), mais quelques années après Pline , puisqu'il est né seulement en lu. De ce que Pline occupe en 70 le poste important dont nous avons parlé, il y a tout lieu de conclure qu'il était en Orient depuis quelque temps déjà et que le nouvel empereur ou son fds avaient eu ainsi l'occasion d'apprécier ses capacités. 11 aurait donc passé loin de Rome l'année des quatre empereurs. Y revint-il avec Titus vainqueur? Nous l'ignorons. Mais, ayant exercé encore, d'après la même inscription d'Arados, les fonctions de procurateur de Syrie et celles de préfet de la 22^ légion en Egypte, il n'a pas pu y séjourner très longtemps. C'est peut-être en Orient, dans les loisirs de ces deux charges, que fut composée la continuation d'Aufidius Bassus.

\ avait-il déjà, quand il se mit à continuer Aufidius Bassus, quelque ouvrage historique en règle qui pût lui servir de source principale pour la première partie de son récit et lui épargner ce travail de l'ccinquisitio?', de la préparation des matériaux, dont parle Pline le Jeune? En un mot, se trouva-t-il dans la même situation que Tacite écrivant les Histoires? Il y a tout lieu de croire que non : il s'était écoulé trop peu de temps depuis la mort de Néron. Des deux historiens que Tacite nomme avec Pline pour le règne de Néron, Fabius Rusticus n'a sûre-

10/1 l.ES SOUaCKS DE TACITE.

miMil pas ])ul)lio son oiivrafjc avant, lV'|)0(|iio où Pline se mil à «'crii'c le sicn''^ Chivins Uufus a public le sien avant l'apparition de celui de Pline ('-' : c'est même sans doute à lui que Pline fait allusion quand il dit : c^Occupantibus locumfaveo '•''^j ; mais les deux ouvrages sont contemporains par la date de la composition : ils ont été préparés et écrits pendant les premières années de Vespasien. Pline a donc pu consulter Cluvius, mais il n'a pu le prendre pour source principale. Nous ne connaissons pas d'autre historien du règne de Néron qui ait écrit avant Pline ou en même temps que lui. Servilius Nonianus, mort en 69, n'avait certainement pas entamé le règne de Néron; il n'est même pas sûr qu'il ait raconté celui de Claude '^\ En admettant qu'il l'ait raconté et que Pline ait commencé son récit quelque part dans les dernières années de ce règne , la partie commune aux deux ouvrages était insignifiante^^'. Tout le sujet ou presque tout le sujet était neuf. Le travail de préparation des matériaux était à faire. Pour un curieux et un laborieux comme Pline, il n'y avait pas à cela le moindre inconvénient : on peut même dire que cette circonstance surtout lui suggéra l'idée de continuer Aufidius Bassus.

Mais il est [)ermis de se demander si, dans la recherche et le choix de ses matériaux, Pline avait apporté autant d'intelligence et de sens critique que d'ardeur au travail et d'exactitude. Les matériaux de son Histoire luilurcllc sont de valeur très in-

C' Cf. 2° partie, rlk 11, S m, n" 2. Nous reparlerons de Fabius à propos des Annales (â'' partie, cli. 11, .'^ m, 11° 2) et, tout à l'heure, à propos des sources secondaires.

t-' Il est cité dans Plularque ( 0. , 3 ), qui a pris la citation dans sa source , Pline. Même si l'on n'admet pas que Pline a été la source commune , la priorité de Cluvius est certaine : très âgé à l'avènement de Vespasien, il n'a pas survécu à Pline. Nous le retrouverons aussi parmi les sources des Annales et nous essayerons alors de préciser; cf. 2' partie, cli. 11, S m.

(^' Préf. de YHifit. nat. Passage cité plus haut. — L'allusion peut se rapporter aussi au récit partiel de Messalla, s'il a paru avant la mort de Pline ; cf. cli. iv, S n.

f") Cf. 2' partie, cli. 11, S i.

(^' Le livre XII des Annales embrasse à lui seul les cinq dernières années de Claude et quelques mois de plus.

égale : il a compila avec abondance, il n'a pas toujours clioisi en pleine connaissance de cause. Il a fait des lectures colossales, mais il ne les a pas classées et digérées. Son érudition est très vaste, sa capacité scientifique médiocre '^l II est vrai que dans la continuation de Bassus il s'agissait, non de science, mais d'événements politiques et militaires. Or Pline était un soldat et un administrateur : il avait occupé dans l'armée des grades et des situations importants; Vespasien en avait fait son collaborateur '-'. Cependant il ne fut jamais qu'un subalterne. Sa compétence professionnelle d'excellent militaire, d'administrateur irréprochable, n'implique pas nécessairement une grande iiiiesse et une grande élévation d'esprit. Deux passages des \nn((ks de Tacite viennent fortifier l'impression produite par VHisioirc naturelle, et nous portent à croire que les Histoires de Pline ne brillaient pas, elles non plus, par des qualités de cet ordre. Pline avait raconté que, suivant le plan arrêté par les conjurés, aussitôt après le meurtre de Néron, Pison devait se rendre au camp des prétoriens accompagné d'Antonia, fille de Claude. Tacite rapporte ce détail et ajoute (XV, 53): rcNobis cjuoquo modo traditum non occultare in animo fuit, quamvis absurdum videretur aut inanem ad spem Antoniam nomen et periculum commodavisse , aut Pisonem notum amore uxoris alii malrimonio se obstrinxisse. 5? Il reproche donc à Pline d'avoir accepté une version invraisemblable. Et cependant il n'ose pas la condamner sans rémission, subitement repris par un scrupule de pessimiste : «Nisi si cupido dominandi cunctis adfectibus flagrantior est. '7 Sachant d'un côté, par Y Histoire naturelle, à quel point Pline aime les détails, de l'autre, par les citations de Tacite '^', qu'il a servi de source à celui-ci pour les derniers livres des Annales, nous n'hésiterons pas à voir dans le passage suivant une autre critique a l'adresse de Pline, quoique Pline n'y soit

'■' Cl. lo jugement de Çuvier, Biogi: nniv., t. ."îô.

'^') Cf. Siiél.,/rflg-m., ('■(]. Rolli, p. 3oo (= éd. I\eillersclield, p. 92); I>line[e .louue, III, 5; Mommsoii, I fermés, I. ig, p. G'i/i s(j([. (^) Ann., Xin, 90; XV, 53.

19(i LES SOURCES DE TACITE.

pas nommé (Mil. 3i) : «Ncrone itoniin. L. Pisonc consiilihiis paiica mcmoria digna cvenore, nisi cui libeat laiidandis fundamontis et trabibus, quis niolem ampbitbeatri apud campum Martis Caesar extruxerat, volumina impicre, cum ex dignitatc popidl Romani repertum sit res inlustros annalibus, talia diurnis urbis actis mandare'".» Tacite reproche donc à Pline, et d'un ton assez impertinent, de s'être jeté dans une longue description peu digne d'un véritable historien. Dédaigneux à l'excès du détail, il était porté à exagérer ce défaut de Pline. Mais il est très croyable aussi que l'ouvrage de Pline valait par l'abondance des détails plus que par les vues d'ensemble, et qu'il avait traité l'histoire en érudit plutôt qu'en philosophe.

Même si l'on n'admet pas que Pline est la source principale des Histoires de Tacite, on est forcé de reconnaître qu'il est parmi les écrivains visés dans ce passage déjà plus d'une fois cité (II, loi) : r-Scriptores temporum, qui, potiente rerum Flavia domo, monimenta belli hujusce composuerunt, curam pacis et amorem reipublicae, corruptas in adulationem causas, tradidere. » Ainsi, d'après Tacite, en cherchant des motifs honorables à la trahison des officiers vitelliens, Pline s'est rendu coupable d'adulation, et nous trouvons que Tacite a raison. Quand l'historien mettait en avant l'amour de la république et le désir de la paix, il savait fort bien qu'il altérait la vérité, que les traîtres furent guidés par des mobiles beaucoup moins nobles et désintéressés. Mais, écrivant sous Vespasien, ses amitiés, ses relations, sa situation et celle du plus connu de tous ces traîtres, Cécina, ne lui permettaient guère d'être impartial. En dehors même de ces ménagements à l'égard des puissants du jour, imposés par les circonstances, ses convictions flaviennes, sincères et respectables d'ailleurs, durent l'égarer plus d'une fois. Eût-il fermement voulu être impartial, qu'il se serait involontairement laissé aller à la partialité : il racontait beaucoup trop tôt la révolution qui porta au pouvoir la dynastie fla-

'') Nous insisterons sur ce passage, 2^ partie, cli. m, S iv.

vionii»\ H ne faiuli'iiit pas regarder comme une garantie d'imparliîililé lo l'ait que Pline a retardé jusqu'après sa mort la publication de son ouvrage. D'abord, lui-même ne dit pas qu'il ail pris ce parti pour avoir son franc parler et se mettre à l'abri (les ressentiments que sa liberté aurait pu lui attirer. 11 dit seulement qu'ayant parlé dans son livre de Vespasien, de Titus et (le Domitien, il ne le publiera pas lui-même pour ne pas avoir l'air de faire sa cour à la famille impériale, la cour d'un vivant, une cour intéressée : <xNe quid ambitioni dédisse vita judicarelur. -1 Knsuite. qui charge-t-il de la publication? Son neveu et lils adoptif, Pline le Jeune. A quel moment cette publication aura-t-elle lieu? Aussitôt après la mort de l'auteur, puisque l'ouvrage est prêt, et, selon toute apparence, sous le règne d'un Flavien. C'est-à-dire que, si Pline avait été pleinement impartial, il aurait exposé son éditeur aux inimitiés redoutées pour luimême. Il avait donc, moitié par conviction et moitié par nécessité. Ilalté les Flaviens et leurs amis aux dépens de leurs adversaires. r[ suitout sans doute de Vitellius'^*. N'avait-il pas eu, par contre, une tendance à noircir Néron? Puisqu'il figure certainement parmi les sources de Tacite pour le règne de Néron'-', il est naturel que nous lui appliquions cette appréciation générale de Tacite (^Ann., 1, i) : ctTiberii Gaique et Claudii ac Neronis res, florentibus ipsis ob metum falsae, postquam occiderant. recentibus odiis compositae sunt. v Cette autre désignation générale de Tacite (HisL, I, i) lui convient aussi, et doublement, s'il a flatté les Flaviens et noirci Néron : «Postquam bellatum apud Aciium. . ., veritas pluribus modis infracta, primum. . ., mo\ [iijidine adsentandi aut rursus odio adversus dominantes : ita neutris cura posteritatis inter infensos vel obnoxios.»

à. Si, au point de vue de la forme, il faut juger des Histoires de Pline par son Histoire naturelle, ce devait être une compilalion très ricbe plutôt qu'une composition très artistique. L'abondance excessive des détails embarrassait la marclie de l'bistorien

i' cr. (h. V, s m.

" Cl', les rilations Aun. , Xlll, 20, et XV, bli.

et obscurcissait son exposition. Pourtant ce défaut de l'ordonnance était sans doute moins sensible dans le premier ouvrage, où l'ordre chronologique guidait pour ainsi dire pas à pas l'annaliste, que dans le second, où le savant avait à trouver un plan systématique. La différence entre le style des deux ouvrages ne pouvait pas être bien sensible : ils furent écrits l'un à la suite de l'autre. Peut-être les Histoires étaient-elles plus soignées, moins inégales, parce que la matière, moins aride, se prétait mieux aux ornements littéraires : k Levioris operae hos tibi dedicavi libellos», dit Pline à Titus, en lui présentant YHislolre naturelle, t^nam nec ingenii sunt capaces..., ncque admittunt excessus aut orationes sermonesve aut casus mirabiles vel eventus varios, jucunda dictu aut legentibus blanda. Sterilis materia, rerum natura, hoc est vita, narratur, et baec sordidissima sui parte, ut plurimarum rerum aut rusticis vocabulis aut externis, immo barbaris . . . Praeterea iter est non trita auctoribus via nec qua peregrinari animus expetat. r Les Histoires devaient otre écrites comme les parties les plus travaillées de VHistoire miturelle, la préface et les introductions des différents livres. Or, ce qui frappe dans ces morceaux, c'est ia préoccupation de briller et de plaire, qui se manifeste par la fréquence des pensées à effet, des tournures recherchées, des expressions bizarres à force de vouloir être neuves et variées. L*auteur vise aussi à la force et à la concision; il y atteint assez souvent, mais souvent aussi il dépasse le but et tombe dans l'emphase ou dans l'obscurité. L'écrivain vaut à peine mieux que le savant, et il suit, sans originalité, la mode du i*"" siècle ''l

5. Les Histoires de Pline ne sont plus citées après Tacite. Elles ont dû tomber j)roraptement dans l'oubli. Deux raisons, semble-t-il , expliqueraient leur sort. L'ouvrage , commençant sous Claude, en pleine dynastie julienne, et finissant sous Vespasicn,

^'' Sur le style de Vliist. nal., cl'. Detielsen, Philologus, t. i8, p. 817 sq.; Joh. Millier, Ber Stil des dlieren Plinius, Innsbruck, i883. — Pour la caracléristique des Histoires de Pline, cf. Clason, Tac. u. Suet., 17 sq.; Nipperdey- Andresen» Introd., a8; surtout INissen, 5oo et SaA sq.

LA SOURCE PlUNCIPALE DE TACITE. 1U9

on pleine d^iuislie navionne, ne constitunil pas un loiiL neUonu'iit délimité, n'embrassait pas une périoilo complète de l'hisloin^ romaine; il n'était qu'une continuation. Puis, Pline, par malheur pour lui, fut suivi de près par Tacite, qui refit son œuvre (U eut uuc^ double supériorité : d'abord, les Annales et les HisUtircs formaient un ensemble solide et net; la mort d'Auguste et celle de Domitien limitaient une véritable période ; le double chef-d'œuvre ne commençait pas et ne iinissait |)as à un évé'uement quelconque. De plus, le génie d'écrivain (|ui man(|uait à Pline. Tacite le possédait : ce l'ut lui (jui donna à la matière sa forme délinitive et parfaite '^l

Si maintenant nous passons en revue les conditions que doit remplir la source commune, telle que nous la connaissons par l'étude des reproductions de Tacite, de Plutarque et de Suétone, nous voyons que les Histoires de Pline les remplissent toutes à souliait.

1. La source commune était très riche, puisqu'elle a pu fournir trois dérivations indépendantes comme les récits de Tacite, de Plutarque et de Suétone. L'auteur s'était livré à de consciencieuses recherches dont les citations de versions différentes, très nombreuses dans Tacite surtout, sont la preuve manifeste. Les Histoires de Pline, nous le savons par le témoignage de son neveu et par les indications que ['Histoire naturelle nt)ns fournit sur sa tournure d'esprit, se faisaient remarquer par la pr('occupation scrupuleuse de l'exactitude et par l'abondance des détails. — Parmi les documents mis à prolit par la source commune se trouvait l'ouvrage historique de Cluvius Rufus, puisqu'une citation de Cluvius, dans le texte de Plutar(|ue, correspond exactement à une citation indéterminée ([ui est dans

'•^1 Ce n'est pas à ilire que Pline n'ait plus eu do lecteurs. D'abord Suétone l'a prél'éré, connue source, à Tacite (et I^lutar([ue aussi, si toutefois il a écrit après Tacite). 11 faudrait en dire autant de Dion, si, pour lui, la communauté de source était absolument démontrée. Mais le grand public appartint à Tacite.

200 LES SUURCFS DE TACITK.

Suétone, et puisque, par cousiMpient, elle provient de l'orifjinal reproduit par les deux écrivains ^'l Pline a pu consulter Cluvius, dont les Histoires, composées à peu près en même temps que les siennes, ont été' publiées avant; il ne les avait peut-être pas sous la main au monient où il rédigeait son récit du prmcipat d'Othon, à qui se rapporte la citation, mais rien ne lui fut plus facile, quand il les connut, que d'insérer cette citation comme retouche. — S'il est bien vrai, comme nous l'avons allirmé, que le témoignage oral de Secundus, cité par Plutarque''\ remonte aussi jusqu'à la source commune, Pline, contemporain de l'ancien secrétaire d'Othon, qui est i'un des personnages du Dialogue des Orateurs, a pu le connaître et recueillir ce témoignage de sa bouche, d'autant mieux ([ue luimême s'est occupé d'art oratoire et a écrit un traiti'i de rhétorique'^*. — La source commune, étant donné le rapport de Tacite et de Suétone, devait aller au moins jusqu'aux premiers temps du règne de Vespasien, c'est-à-dire aussi loin que la partie conservée des Histoires de Tacite. Nous avons vu que, si Pline n'avait pas raconté tout le règne de Vespasien, il en avait certainement raconté le début et s'était probablement arrêté peu après la prise de Jérusalem par Titus, à l'année -y i. — Tacite, entreprenant les Histoires, et voulant avoir pour la première partie de son ouvrage une source principale, a dû choisir comme guide l'écrivain qui le conduirait le plus loin. Nous ne connaissons pas d'historien qui, avant Tacite, ait poussé son récit plus loin ou même aussi loin que Pline. Nous sommes sûrs que Cluvius n'était pas arrivé à la mort de Yitellius'^^ Quant à

(" Pkt.. 0., 3 — Suéf., 0.. 7.

'') Pline ieJeunc, /i}j.,lIL 0,7 : trMagisniiraberissiscieris (avunculum meum) aliquandiu causas acfitasse"; un peu plus haut (5), il nomme parmi les ouvrages de son oncle : «Studiosi très, in se\ volumina propter amplitudinem divisi, quibus oratorem ab incunabulis instituit et perficit». Gf. Aulu-Gelie, XI, 16, 1 sqq., et Quintilien, III, 1, 21; XI, 3, i/i3 et i/)8.

'^^ Nous sommes même à peu près sûrs qu'il s'était arrêté au 1" janvier 69;

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